Sei Shônagen in « Notes de Chevet »
Lues mais aussi aimées, vues, entendues, etc.
Montalembert et l'Europe de son temps est une biographie de l'historienne Marguerite Castillon du Perron parue aux éditions
François-Xavier de Guibert le 13 novembre 2009 (668 pages, 34 €, ISBN 978-2-7554-0350-3).
Il y a des noms qui sont connus mais dont on ne sait pas exactement qui ils sont et quand ils ont vécu. C'était le cas de Montalembert et, comme j'aime l'Histoire, j'ai accepté de recevoir cette biographie. Je remercie donc Céline et les éditions Guibert pour ce document inestimable sur la vie d'un Grand Homme et sur le XIXème siècle.
15 avril 1810, Marc-René de Montalembert (issu d'une famille d'aristocrates ruinés) et Eliza-Rosee Forbes (fille unique de James Forbes, ancien gouverneur des Indes, naturaliste, savant, philosophe et artiste, riche mais sans particule) sont heureux de vous annoncer la naissance de leur premier fils, Charles.
Au vu de la maladie de sa mère et de la carrière de son père, Charles de Montalembert est rapidement confié à James Forbes, ce grand-père anglais, veuf, aimant et instruit qui l'élève, du moins jusqu'à son décès le 1er août 1819. L'enfant rejoint alors ses parents et vit avec son frère Arthur (né en 1812) et sa sœur Élise (née en 1814). Depuis l'âge de 3 ans, il aime lire et apprendre, il parle déjà l'anglais et le français, il va apprendre l'allemand (la famille vit un temps à Stuttgart) puis le grec et le latin. À Paris, il fréquente le lycée Bourbon puis Sainte-Barbe, se fait des amis (en particulier Léon Cornudet) qui ont les mêmes idées religieuses, politiques et philosophiques que lui, connaît des hommes de Dieu et des aristocrates, et souhaite continuer ses études (il a réussi son bac en août 1828) mais ses parents le pressent de les rejoindre en Suède où son père a été muté. À partir de là, Montalembert va étudier, voyager (Irlande, Allemagne, Italie, Suisse, Angleterre, Constantinople, Espagne, Pologne, Portugal...), écrire, faire carrière : « Journaliste, orateur, homme politique, historien, voyageur et pèlerin, grand seigneur et gentilhomme campagnard, voire même économiste rural et sylviculteur, mais toujours et d'abord chevaleresque apôtre de Dieu et de la liberté [...]. » (page 623). Il va aussi épouser Anna de Mérode en 1836 dont il aura 6 filles, mais les deux premières étant mortes en bas âge, il restera Élizabeth, Madeleine, Thérèse et Catherine (qui entra dans les ordres).
Ce qui m'a plu
C'est très bien écrit, d'une façon très fluide, à tel point qu'on a l'impression de lire un excellent roman.
La biographie ne débute pas alors que Montalembert est adulte ou célèbre, elle commence à sa naissance et même avant, avec la rencontre et le mariage de ses parents. On a ainsi le temps de vraiment s'attacher à lui comme à un héros et sa vie est passionnante.
On voit aussi défiler pratiquement tout le XIXème siècle, avec l'évolution de la vie et des mentalités, et ça aussi, c'est passionnant.
Les notes sont en bas de page, pas en fin de volume comme souvent, et ça, c'est vraiment bien.
Des annexes (généalogie, chronologie, bibliographie, index) permettent de retrouver un nom, une date, un ouvrage et la bibliographie de Montalembert.
Marguerite Castillon du Perron a effectué un énorme travail et il y a de nombreux extraits ou informations inédits.
Pour vous dire la vérité, je ne l'ai pas encore terminé mais franchement : un grand homme un grand livre !
La voleuse de livres est un roman (que je voulais lire depuis longtemps !) de Markus Zusak paru aux éditions Oh en mars 2007 (527 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-915056-48-8). The book thief (2005) est traduit de
l'australien par Marie-France Girod. Parution en Pocket en mars 2008 (633 pages, 7,80 €, ISBN 978-2-26617-596-8).
Markus Zusak est né le 23 juin 1975 à Sydney (Australie) d'une mère allemande et d'un père autrichien. Il est écrivain (depuis tout jeune), est marié, a une fille et enseigne l'anglais.
Du même auteur : The underdog (1999), Fighting ruben wolfe (2001), I am the messenger (2002), When dogs cry (2002), Bridge of clay (2009).
Sous-titré « Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter », ce livre envoûtant parle « d'une fillette, de mots, d'un accordéoniste, d'Allemands fanatiques, d'un boxeur juif, de vols » nous dit la quatrième de couverture.
Vous trouverez effectivement tout ça dans ce roman mais surtout une très belle histoire.
On est en 1939, c'est la guerre. Liesel Meminger, bientôt 10 ans, vient de perdre son petit frère, son père a été arrêté car il est communiste, sa mère la confie à un couple de Munich, les Hubermann, avant de disparaître. Il ne reste à Liesel que ses souvenirs et un livre, le manuel du fossoyeur qu'elle a dérobé pendant l'enterrement de son frère. Elle découvre Molching, le quartier où vivent ses parents d'adoption, fréquente l'école où elle a du mal à apprendre, c'est Hans qui va lui enseigner à lire et à écrire la nuit. Elle se lie d'amitié avec Rudy Steiner, vole quelques pommes avec une bande de mauvais garçons et quelques livres aussi, mais aide Rosa, sa nouvelle maman blanchisseuse à livrer le linge propre et repassé, bref une vie de petite fille de son époque.
Mais un jour de novembre 1940, Max Vandenburg, un boxeur juif, débarque chez eux : son père mort au champ de guerre lorsqu'il avait deux ans avait en fait sauvé Hans qui avait hérité de son accordéon. Malgré le danger, la famille cache le jeune homme au sous-sol de la maison.
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[Cliquez sur le widget pour lire les 14 premières pages de La voleuse de livres.]
Ce récit qui contient les illustrations de Max est rédigé dans un style inimitable, celui de la Mort, pas celle qu'on pourrait imaginer, noire avec une faux, non un être invisible mais qui aime les couleurs, et qui a de la compassion pour les âmes qu'elle vient chercher, ce qui fait un roman chaleureux et humaniste.
« Parfois, ça me tue, la façon dont les gens meurent. » (page 450).
« En conséquence, je trouve toujours des humains au meilleur et au pire d'eux-mêmes. Je vois leur beauté et leur laideur, et je me demande comment une même chose peut réunir l'une et l'autre. Reste que je les envie sur un point. Les humains ont au moins l'intelligence de mourir. » (page 473).
Ce livre, traduit en 20 langues, est un best-seller et il le mérite ! |
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Les rouges portes de Lorraine est
le premier tome de la trilogie Le roman fauve, d'André-Marcel AdamekLuc
Pire/Le grand miroir le 27 août 2009 (313 pages, 20 €, ISBN 978-2-50700-263-3). paru aux éditions
Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé ce roman (je l'ai même reçu en double, désolée, mais j'en ai donné un pour qu'il soit lu par d'autres lecteurs).
André-Marcel Adamek (son vrai nom est Dammekens) est né le 3 mai 1946 à Gourdinne (dans la province de Namur) d'une mère normande et d'un père flamand. Cet auteur belge a commencé a écrire jeune, un recueil de poèmes dès 1965, plusieurs romans dont Le fusil à pétales qui a reçu le prix Rossel en 1974 et Un imbécile au soleil le prix Jean Macé en 1984, un recueil de nouvelles.
Juillet 1631, Pierre Palurme, peintre lorrain « accrédité auprès des Trois Évêchés et de la cour de Nancy » parti deux ans à Florence étudier les peintres toscans, mais ayant subitement perdu la vue, revient à Lunéville « monté sur un mulet famélique » et se fait agresser par deux brigands, Lazare Bouterolle et Nicéphore Branlemoine. Le second ayant tiré sur le premier pour lui sauver la vie, Palurme lui offre un carnet de croquis de la Vierge à l'enfant. Puis il retrouve sa maison rue de la Commanderie, son apprenti Thomas Lescaut, et entreprend malgré sa cécité d'aller au bout de l'apprentissage de l'orphelin qu'il considère comme son fils. Pour cela, il faut gagner quelque argent auprès de l'évêque et en travaillant pour Georges de La Tour un autre peintre ou pour Renaud Millebuis « maître imagier à Épinal », ce qui permet d'employer une soubrette, Manou surnommée La Merlette, une orpheline élevée dans un couvent, attentive et économe dont Thomas tombera vite amoureux.
La suite, c'est de l'Art, de l'Histoire, de la vie quotidienne en ce début de XVIIè siècle en Lorraine (après une épidémie de peste, et avec des bruits de guerre entre Papistes et Huguenots), des trahisons, mais surtout des rencontres et des amitiés, avec le peintre Georges de La Tour et son valet turc Selim Ali Sinan qui joue aux échecs, le brigand Nicéphore Branlemoine renommé Antoine Heurtefeuille, le lieutenant-criminel Michel Sarpenjade et le jeune avocat Jean-Paulhain Goffinoles.
Un roman palpitant et coloré, dans un style original (recours au vieux françasi), qui se termine après quelques (més)aventures à Tournai, chez Boniface Lescaut le vieil oncle de Thomas, avec une fin en partie inattendue (n'ayez crainte, je ne révèle rien) et qui amène une seule question : à quand le tome 2 ?
Quelques extraits
Pierre Palurme à Thomas : « [...] Crois-tu que pareil cheminement te conduira à la maîtrise ? Aussi, ma volonté est que tu commences ton chef-d'œuvre à l'automne de l'an à venir afin que de le soumettre à la gilde de Saint-Luc sans trop languir. » (page 77).
Georges de La Tour à Thomas : « Il te faudra apprendre à pourtraiturer dépourvu d'émotion et sans oublier qu'avant toute chose, nous sommes des témoins. » (page 98).
Les deux maîtres devant le chef-d'œuvre de Thomas : « Mais, dit Palurme avec inquiétude, est-ce bien raisonnable, si jeune encore de renier les écoles ? Comment réagira la corporation de Tournai à ce défi ? – Ceci est une autre affaire, répondit La Tour d'un ton moins enjoué. Je ne me fais guère de souci à ce propos. Une école balayant l'autre, il se trouvera bien un prince ou un riche bourgeois pour cautionner la manière de Thomas et lui passer commande. » (page 123).
« L'âge d'or de la Lorraine s'achevait sur cet épisode sanglant qui allait emporter près de deux tiers de la population. Et plus aucun chemin vers les quatre points cardinaux n'était bon à prendre si l'on tenait à sa peau. » (page 244).
« Boniface comprit que son gentil neveu était affligé d'une très grande naïveté. En plus d'escompter la reconnaissance de la gilde en présentant un tableau à la limite du blasphème, il espérait de surcroît une cérémonie de mariage en la nef de la cathédrale où ne s'unissaient que des gens de haute lignée. » (page 308).
Le prénom Nicéphore serait-il à la mode en ce moment ? En effet, le héros du roman Si les abeilles disparaissaient... que j'ai lu récemment s'appelle également Nicéphore ! C'est un prénom qui me touche car il était porté par Niépce (1765-1833), l'inventeur de la photographie. Son origine est grecque (Νικηφορος), avec Nicéphore 1er surnommé Le Logothèque (760-811), empereur byzantin de 802 à 811.
Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé Si
les abeilles disparaissaient... de Jean-Pierre Fleury. Je pensais que ce livre était un document, mais c'est bien un roman, drôle
et enlevé, paru aux éditions Alphée le 15 octobre 2009 (296 pages, 21,90 €, ISBN
978-2-7538-0502-6).
En 2020, Nicéphore de Mélisse vit sur une Terre extrêmement polluée, pratiquement vidée de ses ressources naturelles, de sa faune et de sa flore, où l'oxygène et l'eau se sont raréfiés, où la nourriture génétiquement modifiée a généré toutes sortes de malformations et de maladies, où les propagandistes réécrivent l'Histoire à leur avantage, et où les humains – du moins ceux qui en ont les moyens – ne survivent que grâce à la technologie. Héritier d'une riche famille, Nicéphore, qui a étudié chez les Jésuites puis à l'école militaire, parle huit langues et il est un Oligarque de la nation (la Terre est confédérée). Bref, il est un privilégié mais le jour où pour sauver un enfant, il écrase une abeille alors que c'est lui-même qui a instauré le programme de sauvegarde « de la bestiole, afin de détourner l'attention de la foule des véritables causes de ses malheurs. » (page 17), il est condamné. Nicéphore arrive à fuir, à retirer son implant et à le faire avaler par un animal sauvage afin de ne pas être localisé et prend la route, le sac au dos et la tête pleine d'espoir et de curiosité. Ayant trouvé dans une cave, un Lagarde et Michard XVIIIè siècle, il lit les extraits choisis des aventures de Zadig et de Candide. Tels les personnages de Voltaire, il va partir « à travers le vaste monde pour en découvrir les turpitudes. » (page 47).
Après des ruines et des champs de champignons immangeables, la première communauté que Nicéphore rencontre est celle de Candie, mais les Candiotes élevant des fourmis à miel ne se nourrissent que de sucre et Nicéphore les laisse à leur diabète pour continuer sa route. « Sa seule préoccupation est de ne pas changer de cap et de ne pas revenir sur ses pas à la rencontre de son passé. » (page 56).
Comme transporté dans l'espace et dans le temps, Nicéphore va être témoin d'un cours de philosophes grecs sur les abeilles, entendre parler de son lointain ancêtre Melissius de Samos, vivre avec un peuple de chasseurs-cueilleurs (pas la peine de s'exalter sur leurs merveilleuses et respectueuses traditions : ils détruisent complètement la ruche juste pour voler le miel...), rencontrer des apiculteurs de différents siècles, et même être prisonnier d'une secte qui voue un culte aux abeilles avant de retrouver, quinze ans après sa fuite, son époque et de peut-être apporter une solution à la destruction de la planète et à la disparition de certaines espèces dont les abeilles et les humains.
Malgré quelques longueurs et digressions sur notre époque, c'est finalement un bon roman de science-fiction (d'anticipation) et il y a même un petit côté Truman show. Et puis j'ai appris plus de choses sur les abeilles et sur le miel que dans Le jour où l'abeille disparaîtra..., de Jean-Christophe Vié !
Sans céder aux sirènes alarmistes qui n'ont pas plus de preuves à avancer que ceux qui pensent le phénomène naturel (observations et prévisions n'égalent pas preuves), il est temps de se rendre compte des dérapages certains et d'agir à son échelle pour économiser, éviter le gaspillage, choisir les produits qu'on achète, etc., ce qui n'est probablement pas grand chose mais, si tout le monde le fait, limitera un peu les dégâts...
Lorsque Céline m'a contactée pour me proposer de recevoir Mon dernier round, du général Bigeard, j'ai hésité et puis je me suis dit : pourquoi pas ? Oui,
pourquoi ne pas lire quelque chose de totalement différent de ce que je lis généralement ? Pourquoi ne pas lire le témoignage de cet homme de plus de 90 ans qui a vécu tellement de choses et
qui a sûrement tant à dire. Je remercie donc Céline et les éditions du Rocher pour ce livre-document.
Contre toute attente, me voici donc à lire Mon dernier round, du général Marcel Bigeard, paru le 22 octobre 2009 aux éditions du Rocher dans la collection Document (273 pages, 19 €, ISBN 978-2-268-06673-8).
« 'Mon dernier round' c'est mon combat final » dit Bigeard ; c'est en tout cas, à 93 ans, son quinzième livre, dans lequel il « porte un regard sans concession sur la France d'aujourd'hui. Sa seule passion : La France. »
Une enfance pauvre mais pas malheureuse (il est né en 1916 à Toul), employé de banque dès l'âge de 14 ans, sa rencontre avec Gaby, sa soif d'apprendre, son service militaire en 1936 (il est antimilitariste), la deuxième guerre mondiale et son appel sous les drapeaux, etc. Jusqu'à la dénonciation des casseroles du XXè siècle qu'on trimballe avec fracas : consommation à outrance, pollution, énormes salaires de patrons qui coulent leur entreprise, argent facile avec malversations et détournements, criminels et trafiquants en liberté, affaires politiques et financières douteuses, drogues et dopage, attaques des pirates des mers et surtout intégrisme et terrorisme islamiste international qu'il analyse pays par pays (il y a d'ailleurs parfois des listes de lieux et de nombres de victimes un peu rébarbatives mais qui font froid dans le dos tant il y en a).
Ce qui m'a plu finalement dans le livre de ce baroudeur qui n'a « jamais eu recours à la torture » (page 113) c'est son honnêteté (ce n'est pas de la 'grande littérature' mais il écrit comme il parle), sa connaissance du XXè siècle, son respect des autres (même et surtout de l'ennemi), son amour pour les pays et les populations dont il parle (Algérie, Afghanistan, Iran...) car ce sont les civils (surtout femmes, enfants et vieillards mais aussi animaux) qui pâtissent des attentats terroristes, et sa simplicité même si je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il écrit (vente d'armement français...).
Je conclus en disant que je ne méprise pas l'armée et les militaires (j'ai même du respect pour les Casques bleus, ces soldats de la paix) mais, non, je ne me lèverai pas le 14 juillet pour regarder le défilé à la télévision !
Quelques extraits
« Quand le mauvais exemple est donné par les responsables d'en haut, comment enseigner aux jeunes le respect des valeurs ? » (page 16).
« Pour progresser dans l'entreprise et dans la société il faut le vouloir, et savoir se fixer un objectif. Mais il faut aussi savoir saisir sa chance. » (page 30).
« J'ai toujours été un homme fidèle. Fidèle à ma banque, fidèle à mes principes, fidèle à ma femme et fidèle à la France. » (page 31).
« J'ai vu trop de morts pour aimer la guerre. » (page 71).
Avant-dernière question de l'autoportrait de lectrice (commencé il y a presque un an) :
lire et manger ?
La chorale des
maîtres bouchers est un roman de Louise Erdrich paru aux éditions Albin Michel dans la collection Terres d'Amérique en janvier 2005 (480 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-226-15673-0) et au
Livre de Poche dans la collection Littérature & Documents
en mai 2007, réédition avril 2008 (568 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-253-12147-3). The master butchers singing club (2003) est traduit de l'américain par Isabelle
Reinharez.
Louise Erdrich est née le 7 juillet 1954 à Little Falls dans le Minnesota et a grandi dans le Dakota (les deux états se
situent au centre-nord des États-Unis). Sa mère moitié française moitié indienne (Anishinaabe Ojibwé) et son père un Américain d'origine allemande (comme le héros de La chorale des maîtres
bouchers) travaillaient aux Affaires indiennes. Elle est auteur de romans y compris pour la jeunesse, de nouvelles et de poèmes.
Du même auteur : L'amour sorcier (1992), L'épouse Antilope (2002), Omakayas (2002), Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse (2003), Ce qui a dévoré nos cœurs (2007), Le jeu du silence (2008), Love medicine (2008).
Lorsque Suzanne m'a contactée pour me demander si j'aimerais recevoir ce titre en poche, j'ai été attirée par plusieurs choses : tout d'abord le fait que Sherman Alexie (auteur de Le premier qui pleure a perdu) était citée comme faisant partie de la même mouvance littéraire que Louise Erdrich, ensuite l'envie de découvrir plus en détails le sort des migrants allemands après la première guerre mondiale et l'Amérique des années 20 à 50 (les années 20 et 30 étant une période que je connais peu mais que je découvre, précédemment avec la Russie et le Japon), et enfin le fait que le héros soit boucher et crée une chorale en souvenir de la Chorale des maîtres bouchers dans laquelle chantaient son père et son grand-père m'a amusée et émue. Je remercie donc Suzanne et Chez les Filles de m'avoir envoyé ce roman.
Le récit débute fin novembre 1918 lorsque Fidelis Waldvogel revient de la guerre et retourne à Ludwigsruhe, sa ville natale où l'attendent ses parents et sa sœur Maria Theresa. « Revivre après avoir été mort à soi-même était dangereux. » (page 15). Son ami de tranchée, Johannes, étant mort à ses côtés, le jeune homme s'est donné la mission de prévenir sa fiancée, Eva Kalb. Or celle-ci est grosse et il décide de l'épouser. En 1922, alors que Franz a trois ans, Fidelis part tenter sa chance en Amérique et débarque à New York avec dans sa valise ses précieux couteaux et les meilleures saucisses fumées de son père. Son but est de se rendre à Seattle mais il s'arrête à Argus, une bourgade du Dakota du Nord : « Il ignorait qu'il ne repartirait jamais. » (page 29).
Voulez-vous savoir comment se construisaient les villes à cette époque ? « Le bourg d'Argus était la création du chemin de fer [...]. D'abord il y eut les magasins pour fournir les fermiers en matériel et en nourriture, et puis les banques pour garder leur argent, puis d'autres magasins encore où les banquiers et les commerçants, à leur tour, pouvaient faire des achats. On bâtit des maisons d'habitation pour les gens du bourg. On édifia une église, puis une autre. Une école. D'autres maisons pour les enseignants, les employés du chemin de fer et ceux qui construisaient les maisons. Des tavernes pour leur vice. Une pharmacie pour leurs douleurs, et ainsi de suite [...] le tribunal [...]. » (page 53). Voilà pourquoi on dit que les villes suivaient le chemin de fer et poussaient comme des champignons !
À Argus, Fidelis est embauché par le boucher, Pete Kozka, il met de l'argent de côté, achète une ferme à l'autre bout de la ville pour se mettre à son compte et enfin
fait venir Eva et Franz. C'est après avoir entendu le docteur Heech chanter qu'il fonde la Chorale des maîtres bouchers, même si celle-ci se compose en fait d'un boucher, d'un docteur,
d'un gestionnaire de crédit de la banque, d'un employé de la banque, du bootlegger, du shérif et même de l'ivrogne local (c'est plus tard que le boucher Kozka les rejoint) : « La
première rencontre eut lieu dans l'abattoir Waldvogel, doté d'un plafond élevé et de murs répercutant le son avec un effet agréable. » (page 71). « Qui eut pensé qu'un abattoir aurait
l'acoustique sacrée d'une cathédrale ? » (page 161).
Malgré la crise, l'affaire de Fidelis et Eva prospère. Le couple a quatre fils, Franz a 15 ans, Markus 9 ans, les jumeaux Erich et Emil 5 ans.
Un jour Delphine revient à Argus où elle est née. Elle y retrouve Clarisse son amie d'enfance devenue croque-mort et Roy son père, accusé d'avoir laissé mourir une famille dans sa cave alors qu'il était ivre. Elle est accompagnée de Cyprian, un artiste mi-Indien mi-Français, avec qui elle vit sans être mariée et qui refuse de la toucher car il a des penchants homosexuels. Rapidement Delphine va se lier avec Eva et travailler à la boutique.
Vivre, aimer, élever des enfants (pas toujours les siens), travailler, se créer des loisirs (créer la vie sociale), se battre pour son pays (ou son pays d'origine), faire des choix (pas toujours les bons)... Ce roman est une riche chronique de la vie dans une petite ville américaine entre les deux-guerres et pendant la deuxième guerre mondiale.
Mon passage préféré
« Delphine lisait et sommeillait sur un gros roman [...] qu'elle avait emprunté à la petite bibliothèque tenue par quelques enseignants au sous-sol du tribunal. [...] Elle avait toujours beaucoup lu, surtout depuis qu'elle avait perdu Clarisse. Mais désormais, c'était une obsession. [...] Elle lisait Edith Wharton, Hemingway, Dos Passos, George Eliot, et pour le réconfort, Jane Austen. Le plaisir de ce genre de vie – livresque, pouvait-on dire à son avis, une vie passée à lire – avait donné à son isolement un caractère riche et même subversif. » (page 443) « Elle habitait un personnage réconfortant ou terrifiant après l'autre. Elle lisait E.M. Forster, les sœurs Brontë, John Steinbeck. Qu'elle garde son père drogué sur son lit à côté de la cuisinière, qu'elle soit sans enfant, sans mari et pauvre, comptait moins dès lors qu'elle prenait un volume en main. Ses erreurs y disparaissaient. Elle vivait avec une énergie inventée. Quand elle arrivait au bout d'un roman, le posait et à contrecœur quittait son univers, elle se voyait parfois comme un personnage dans le livre de sa propre vie. Elle examinait les tenants et les aboutissants, les possibilités de l'étrangeté de son récit. Que ferait-elle ensuite ? » (page 444).
La trace du papillon : pages d'un journal (été 2006 – été 2007) est un recueil de textes courts écrits par Mahmoud Darwich à la fin de sa vie et publiés en avril 2009 aux éditions Actes Sud dans la collection Mondes arabes (186 pages, 20 €, ISBN 978-2-7427-8264-2).
Textes très courts (une ou deux pages, quatre pour les deux derniers textes) et poèmes (en vers ou en prose) dans lesquels l'auteur parle de ce qu'il voit, de ce dont il se souvient, de ce dont il a peur : la guerre, la mort, l'obscurité, la nostalgie, l'image de soi, le bonheur d'être en vie, la musique, les saisons, l'amour... De ce qu'il observe : enfants, animaux (surtout les oiseaux), arbres, couleurs, la beauté...
Rencontre avec Naguib Mahfouz sur le Nil, concert d'Oum Kalsoum, souvenirs de Beyrouth, Cordoue, Madrid, Rabat, Skogäs (banlieue de Stockholm), Paris...
Ainsi violence et folie des hommes (guerre, destruction) côtoient douceur de vivre et poésie, humour aussi (le moustique pages 21-22, l'arbre page 30, 'Un deux trois' page 57, le mot page 126).
Un beau recueil à lire d'une traite pour s'imprégner de la pensée de Mahmoud Darwich ou texte après texte pour réfléchir un peu chaque jour. Pour vous en convaincre, voici quelques extraits.
« Les morts des deux bords, quant à eux, comprennent tardivement qu'ils ont un ennemi commun : la mort. Cela a-t-il un sens ? Quel sens ? » (page 26).
« Si l'on me dit : Tu mourras ce soir, que feras-tu du temps qu'il te reste ? […] puis j'irai à pied au cimetière ! » (pages 27-28).
« Les critiques m'assassinent parfois […]. Les critiques m'assassinent parfois mais je ne meurs pas [...]. » (page 63).
« La trace du papillon est invisible. La trace du papillon ne s'efface pas. » (page 78, poème qui donne son titre eu recueil).
« Mais il y a une philosophie dans l'insouciance. Elle est l'un des attributs de l'espoir ! » (page 87).
« Le vin me porte à un rang plus élevé, ni céleste ni terrestre. Il me donne la conviction que je peux être poète, ne serait-ce qu'une fois ! » (page 103).
« Le patrimoine est se qui s'écrit aujourd'hui... et demain. » (page 143).
Mon extrait préféré : « La différence entre le narcisse et le tournesol est celle qui distingue deux façons de voir. Le premier regarde son image dans l'ondée et dit : Il n'y a que moi. Le second regarde le soleil et dit : Je ne suis que ce que je vénère. » ('Point de vue' page 105).
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