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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 04:27

TueSheherazade.jpgJ'ai tué Schéhérazade : confessions d'une femme arabe en colère est un essai de Joumana Haddad paru aux éditions Actes Sud en septembre 2010 (144 pages, 14,70 €, ISBN 978-2-7427-9280-1). Je l'ai lu en poche édité dans la collection Babel (n° 1158) en février 2013 (151 pages, 7 €, ISBN 978-2-330-01509-1). 

I killed Sheherazade (2010) est traduit de l'anglais par Anne-Laure Tissut.

 

Joumana Haddad est née le 6 décembre 1970 à Beyrouth (Liban). Elle est journaliste, traductrice, poétesse, essayiste, artiste (collages d'art) et aussi actrice (Qu'est-ce qui se passe ?, réalisé par Jocelyne Saab en 2009). Elle dirige les pages culturelles du quotidien An-Nahar (site en arabe) et a fondé en 2009 la revue littéraire, culturelle et érotique Jasad qui signifie Corps (site en arabe et en anglais). Elle a reçu de nombreux prix. Du même auteur : Le retour de Lilith (recueil de poèmes, 2011), En compagnie des voleurs de feu (interviews d'écrivains) et Superman est arabe (essai, 2013).

Plus d'infos sur http://www.joumanahaddad.org/ (en rénovation) et sur http://www.ikilledscheherazade.com/ (en anglais).

 

Quelques mots sur Etel Adnan qui a écrit la préface de cet essai en français.

Etel Adnan est née le 24 février 1925 à Beyrouth (Liban) d'une mère grecque chrétienne et d'un père syrien musulman. Elle vit aux États-Unis (Californie), elle est poétesse, romancière, essayiste et artiste (peinture). Elle écrit en français (elle a été élevée en français dans l'école d'un couvent et a étudié la philosophie à la Sorbonne), en anglais et en arabe mais elle parle aussi le grec et le turc.

« Il fallait tuer un mythe historique pour libérer le corps, donc également l'esprit, et écrire cette expérience pour mieux l'affirmer. » (page 13).

 

Dans une note au lecteur, Joumana Haddad explique pourquoi elle a écrit ce livre : parce qu'en décembre 2008, elle a vécu la remarque d'une journaliste (qui était un compliment) comme une provocation. Et dans « Pour commencer... », elle s'adresse au lecteur occidental avec humour et talent afin d'éloigner ses préjugés, ses illusions, ses « opinions prêtes à porter » pour en venir à la question primordiale : « Qu'est-ce qu'une femme arabe ? » et prévient que « Ce livre est une tentative modeste de réfléchir à la question. » (page 17).

Ça vous intéresse ? Alors, on y va ! Mais attention, l'auteur va parler d'autocritique, de schizophrénie, d'hypocrisie, d'obscurantisme, de médiocrité, de superficialité, de contrôle des masses, de malentendus, d'ignorance, de discriminations mais aussi de liberté, de créativité, de beauté, de dignité et d'espoir ! Parce que « il faut continuer à frapper ce mur de l'intérieur. C'est notre seul espoir. Car il ne peut être démantelé, ni pénétré ni abattu depuis l'extérieur. » (page 24). Cette phrase m'a fait pensé au Mur de Berlin en 1989, les gens ont commencé à l'abattre du côté Est puis ce fut des deux côtés qu'il fut abattu !

Lorsque le mur commence à tomber, le lecteur comprend que (l'auteur parle des Arabes) « nous sommes nos pires ennemis » (page 28) et que « toutes les femmes arabes ne courbent pas l'échine. » (page 29) car « la femme arabe […] atypique, libre, rebelle, indépendante, moderne, de libre pensée, non conventionnelle, éduquée et autonome, n'est pas un mythe. Elle existe […], elle n'est pas si rare que vous pourriez le penser. […] Elle doit être remarquée. Elle mérite d'être reconnue. » (page 29).

 

Quoi que vous ayez observé, quoi que vous pensiez, lisez cet essai ! Il ouvre les yeux aussi bien des Occidentaux que des Arabes car il a été écrit pour les deux, pour lutter contre l'ignorance, l'indifférence et les erreurs qui existent des deux côtés, pour dire la réalité. À travers son témoignage (enfance, adolescence, relations familiales...) et son expérience (lectures, émancipation, guerre...), Joumana Haddad, farouche défenseur de la liberté de penser et d'expression, qui a commencé à écrire à l'âge de 11 ans (elle fait l'éloge de la littérature – donc de la lecture – et de la culture), « 'fanatique' de la féminité » (page 90) (il faut dire qu'elle est très belle) mais pas féministe, et réfractaire aux étiquettes, éclaire le monde !

 

Quelques extraits pour vous en convaincre

« Mes camarades de classe étaient avides d'illusions, moi, de rêves. » (page 33).

« N'ayez pas peur des livres, même les plus dissidents, et en apparence les plus 'immoraux'. On ne se trompe jamais en choisissant la culture, qu'elle soit sophistiquée, pop, éclectique, antique ou moderne. » (page 45).

« Un ami m'a demandé un jour : 'Quel est ton endroit préféré au monde ?'. J'ai aussitôt répondu : 'Ma tête'. Ma vraie ville est donc peut-être... moi-même. » (pages 57-58).

« Alors pourquoi écrire de la poésie, plutôt que des romans, […]. Parce que 'la poésie est la preuve que la vie ne suffit pas', ainsi que l'a dit un jour Fernando Pessoa. Parce qu'elle est une URGENCE, une histoire d'une intensité passionnée, sans préliminaires, qui convient à mon âme impatiente. […] Parce qu'elle multiplie la vie. […]. » (page 73).

« […] mon mépris de toujours pour l'unanimité. À mes yeux, c'est la mentalité du troupeau. Qui fait l'unanimité n'a ni couleur, ni saveur ni odeur. » (page 78).

« Ah ! la censure. Ce fameux ange noir, pathétique, planant sur le triangle arabe des Bermudes (le sexe, la religion, la politique). S'il ne se montrait si malfaisant parfois, il me ferait presque pitié. » (page 82).

« Prier devrait être comme faire l'amour, une affaire privée. Tout le monde parle d'obscénité sexuelle, mais presque personne d'obscénité religieuse. » (page 113).

« Le voyage, c'est la vie. » (page 123).

« Vivre, c'est accepter qui on est. Mais c'est aussi accepter le changement. » (page 125). « Vivre enfin, c'est aussi savoir perdre. » (page 126).

 

J'aime !

Son « exemple qui illustre [sa] vision de la féminité […] la devanture de la boutique Sonia Rykiel à Saint-Germain-des-Prés : d'une grande beauté, stylée, mêlant les toilettes de séduction à une sélection de livres et de nouveaux titres de romanciers, penseurs, poètes et philosophes. Mode et culture. Nourriture pour le corps, nourriture pour l'esprit. Beauté externe, beauté interne, venant s'enrichir et se compléter l'une l'autre. » (pages 90-91).

 

Merci Joumana Haddad pour cet excellent essai qui aide à comprendre beaucoup de choses et qui en remet d'autres à leur place, en toute simplicité !


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commentaires

Mimi des Plaisirs 04/04/2013 22:49


Le titre est superbe et c'est déjà tout un programme , une pensée libre!

Catherine 04/04/2013 23:06



Tout à fait Mimi et il t'intéresserait sûrement. On me l'a prêté et je l'ai rendu donc je
ne peux pas te l'envoyer mais tu devrais le trouver facilement. Bonne fin de semaine et caresses à Fil de Soie. 



Mimi des Plaisirs 04/04/2013 22:47


Je pense que tu nous en as donné la quintessence avec tes citations et les remarques que tu as faites.
 Il y a largement ici de quoi donner à réfléchir.

Catherine 04/04/2013 23:04



Et heureusement il y a encore plein de choses à lire dans le livre.



zazy 03/04/2013 23:10


Il est en stock, je l'ai réservé !

Catherine 04/04/2013 00:22



Tant mieux, je t'en souhaite une bonne lecture. 



Salsifi 03/04/2013 21:21


" « 'fanatique' de la féminité » (page 90) (il faut
dire qu'elle est très belle) mais pas féministe, et réfractaire aux
étiquettes "



Tu achèves ici de me convaincre. Je m'intéresse dernièrement (et quelque part, plutôt inconsciemment) beaucoup à la condition des femmes dans les différentes parties du globe, à leurs témoignages
et à leur(s) combat(s). Cet essai pourrait être une piste de réflexion supplémentaire.

Catherine 04/04/2013 00:20



Étrange que je t'aie convaincue avec ce morceau de phrase car il y a des extraits plus
représentatifs de ce qu'elle écrit. 



zazy 02/04/2013 21:56


Très intéressant, j'espère le trouver à la bibliothèque

Catherine 03/04/2013 00:48



Ou un de ses autres ouvrages ?



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