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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 00:00

SyndromeFritz.jpgCoupCoeur2010.pngLe syndrome de Fritz est un roman de Dmitri Bortnikov paru aux éditions Noir sur Blanc le 14 octobre 2010 (189 pages, 18 €, ISBN 978-2-88250-238-4).

Sindrom Fritska (2003) est traduit du russe par Julie Bouvard et a reçu le Booker Prize russe et le Prix du Best-seller russe en 2003.

 

Ce livre est dans ma PAL depuis Noël et j'aurais voulu le présenter en 2010 pour le challenge Une année en Russie mais je n'ai pas eu le temps de le lire... Entre temps il a reçu le Prix de la Russophonie 2010 et le challenge Une année en Russie continue en 2011 ce qui me permet d'y présenter ce roman dense et désespéré.

 

Dmitri Bortnikov est né en 1968 à Samara, une ville russe le long de la Volga et proche de la frontière avec le Kazakhstan. Il a étudié la médecine puis est entré dans l'armée et enfin a exercé plusieurs métiers avant de s'installer en France à la fin des années 90 (il vit à Paris) et de devenir écrivain.

Du même auteur : Svinobourg (Le Seuil, 2005), La belle endormie (2006), Furioso (2008).

 

Fritz, 32 ans, vit dans un squat sans électricité surnommé Le Territoire, dans la rue Thermopyles à Paris. On est en février, il fait froid, c'est humide. Désespéré depuis le départ précipité de son ami Sergio, le Tchèque, Fritz va écrire. Il se souvient de son enfance dans la steppe russe : « ses terres boudées par l'humanité » (page 71) puis de ses années d'armée.

Enfant obèse dont le rêve, après avoir vu le Roi Lear à la télévision, est de devenir Bouffon. « Devant le miroir de la salle de bains, j'avais juste envie de gerber. Sur ce gros tas de graisse répugnant que ce foutu miroir me renvoyait en pleine gueule. » (page 77).

AnneeRussie2011Détesté par son père professeur d'histoire et alcoolique : « Nous avons eu notre période d'amour, mon père et moi. Extrêmement brève. Comment aurait-il pu en être autrement ? La période de la haine est dense ; celle de l'indifférence, infinie. » (page 24). Taquiné par un grand-père antisémite et alcoolique lui aussi qui raconte des histoires sordides ; un peu délaissé par une mère fatiguée par son travail à la maternité ; heureusement aimé par son arrière-grand-mère aveugle : « Légèreté des aveugles. Étrange légèreté des aveugles. » (page 34).

Peu de moyens de se divertir, les visites à l'oncle Gueorgui à l'abattoir, un livre d'animaux (son animal préféré est la hyène) et un tome de l'Histoire de la Grande Guerre Patriotique qui lui fait aimer les ruines : « Je plane au-dessus des décombres. Au-dessus des rues dévastées, des squelettes des maisons, des cheminées d'usine éventrées. Il n'y a pas âme qui vive dans ces villes. Ces villes russes, biélorusses, polonaises, allemandes, tchèques. […] Ruines. Décombres. Désolation. À l'époque, ce spectacle était pour moi le plus beau et le plus paisible du monde. […]. » (page 37).

Peu d'amis, Sergueï le Dindon, un enfant épileptique avec qui personne ne veut jouer ; Nadia Patte de Poule, une fillette infirme de la main gauche : « Toute ma vie j'ai éprouvé un vif dégoût pour les infirmes, qui, eux, m'adoraient. […] Ils me savaient un des leurs. Ils flairaient en moi leur propre misère. » (page 58).

Et puis la fascination de Fritz pour le corps d'Igor, un peu plus âgé que lui ; Igor qui roule en moto et qui déserte l'armée.

Lorsque son arrière-grand-mère meurt, Fritz se sent seul au monde. « Je venais de découvrir la douleur. Mais au plus profond de cette douleur, je sentais une extraordinaire liberté. La liberté de celui qui n'a plus personne. » (page 46).

« La vie a continué. » (page 105). Et Igor est parti à l'armée, dans un monde de glace. Au nord en pays Iakoute, près de la Mer de Laptev par – 45 °. Puis le long de la rivière Djida, près de la frontière mongole. « Frères humains, ce que vous pouvez être lourds ! À l'époque, le monde lui-même, qu'est-ce qu'il était lourd. Il pesait des tonnes. (page 169).

 

Le syndrome de Fritz est un roman (en partie autobiographique) charnel, brutal, cinglant, dans lequel vivent tous les liquides du corps (le sang : accouchement et abattoir, les larmes, l'urine, le sperme...) car c'est comme si Fritz vomissait sa vie. J'en ai déjà lu des récits, des témoignages sur la Russie, l'époque soviétique, mais celui-ci dépasse ce que j'avais lu, je veux dire au niveau organique, viscéral. J'en suis bouleversée. Rien d'écœurant pourtant, c'est l'histoire d'une vie, cruelle il est vrai, l'histoire d'un enfant (gros) qui devient un homme, dans une région rude et dans une famille qui aurait pu être une famille bourgeoise dans un autre pays. C'est un roman sombre, violent, terrible, d'une grande intensité et au constat douloureux : « On a survécu. Point barre. » (page 185).

Encore un pur chef-d'œuvre de la littérature russe !

 

Une interview de l'auteur à la parution du Syndrome de Fritz sur Dailymotion.

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commentaires

bortnikov 27/02/2011 14:43



mon prochain bouquin "Repas de morts" sort aux éditions Allia en aout, cette année. il est encore plus noir, il est à lire en Braille!)))



Catherine 28/02/2011 13:47



Bonjour Dimitri, merci beaucoup pour l'info ! http://www.editions-allia.com/fr/auteur/309/dimitri-bortnikov



bortnikov 26/02/2011 20:30



merci pour votre lecture Cathrine. c'est rare car vous avez pas lu entre les lignes mais CE qu'il a été écrit et c'est merveilleusement rare de notre temps.


dimitri Bortnikov



Catherine 27/02/2011 12:37



Bonjour Dimitri, je vous remercie pour votre intervention. C'est déjà arrivé que l'auteur se manifeste après une note de lecture mais votre
commentaire m'a vraiment touchée. Comment serait-il possible de lire votre roman entre les lignes ? Un tel roman, si charnel, si proche de l'âme humaine, si russe (j'aime la littérature russe).
En tout cas, merci à vous d'avoir écrit un si beau roman. J'espère lire d'autres titres de vous.



CecileSBlog 16/02/2011 09:39



Je l'ai dans ma PAL depuis qu'ils en avaient parlé à Jeux d'épreuves sur France Culture. Ils avaient en même temps donné le titre d'un autre livre : L'oiseau bariolé de Kosinski qui était sur le
même thème.



Catherine 16/02/2011 19:08



L'oiseau bariolé, je ne connais pas... Après recherche : roman paru en 1965 et traduit en français en 1966, de Jerzy Kosinski,
écrivain juif polonais (né en 1933) exilé aux États-Unis dès 1957 (mort en 1991 à NY). J'ai l'impression qu'il y a une polémique depuis des années au sujet de ce livre car l'auteur y critique les
Polonais et les Catholiques alors que des Polonais et des Catholiques ont aidé des Juifs pendant la guerre (y compris l'auteur et sa famille). Mais peut-être que c'est un roman qu'il faut avoir
lu ?



Bene 16/02/2011 08:17



Ok. tu m'a convaincu. J'adore cette maison d'édition et celui-ci me tentait plus que beaucoup (même si ça ne se dit pas...) Merci. A bientôt



Catherine 16/02/2011 18:58



Un très grand roman ! Après je comprends qu'il ne plaise pas à tous . Mais j'espère qu'il te plaira.



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