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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 04:55

TurbansChapeaux.jpgCoupCoeur2011Turbans et chapeaux est un roman de Sonallah Ibrahim paru aux éditions Actes Sud dans la collection Littérature – Mondes arabes en février 2011 (278 pages, 22 €, ISBN 978-2-7427-9519-2). al-'amâma wa al-qubba'a (2008) est traduit de l'arabe (Égypte) par Richard Jacquemont.

 

Sonallah Ibrahim est né en 1937 au Caire (Égypte). Il est journaliste et écrivain.

Du même auteur : Cette odeur-là (1966), Étoile d'août (1974), Le comité (1981), Beyrouth, Beyrouth (1984), Les années de Zeth (1992), Charaf ou l'honneur (1997), Warda (2000), Un automne à San Francisco (2003), Carnets de prison (2005), Le petit voyeur (2007).

 

J'ai eu envie de découvrir Le Caire ! Avec ses « ruelles si étroites qu'on ne peut s'y croiser à deux, des traverses tortueuses où celui qui ne connaît pas parfaitement le quartier est assuré de se perdre. » (page 11).

 

22 juillet 1798. Les Français – Napoléon et son armée – entrent au Caire.

Certains Cairotes fuient mais les routes ne sont pas sûres : « Les Bédouins et les paysans arrêtent les gens qui quittent la ville et les dépouillent de leurs bagages et leurs vêtements. » (page 13).

Le cheikh Abderrahman el-Jabarti va se cacher avec ses biens et laisse sa maison et ses deux épouses aux bons soins de son secrétaire (le narrateur) et de Jaafar le serviteur.

Pour éviter les ennuis, ceux qui restent s'enferment chez eux.

Mais le narrateur est curieux et c'est tant mieux ! Il va écouter, observer et tout raconter quotidiennement (ou presque) dans son journal.

« En me dressant sur la pointe des pieds, j'ai pu voir les têtes des Français, couvertes de leurs étranges coiffes. Leurs chefs ont mis le pied à terre. Celui qui était à leur tête était tout petit. » (page 22).

 

« Tu connais le français ?

Un peu.

Nous avons besoin de jeunes gens comme toi. Que dirais-tu de venir ici tous les jours nous aider à classer les livres arabes de la bibliothèque ? Tu seras rémunéré. » (page 69).

Et voilà comment le narrateur va devenir bibliothécaire pour les Français à l'Institut et... rencontrer Pauline Fourès. Elle est mariée mais le jeune Cairote inexpérimenté va tomber amoureux d'elle et devenir son amant. C'est merveilleux, elle est belle, elle sent bon, elle joue du piano et lui fait découvrir la musique classique (Mozart, Beethoven...). Malheureusement Napoléon la remarque à une soirée : il renvoie son époux à Paris, en fait sa maîtresse et l'installe dans la maison de l'Ezbekieh à côté de son palais.

 

Il y a les Égyptiens qui d'emblée détestent les Français et ceux qui les acceptent. « Aucun prophète n'est encore venu. Et tout compte fait, on ne se porte pas plus mal avec les Français qu'avec les Turcs et les mamelouks. » (page 38).

Les Français occupent l'Égypte depuis un an mais les Turcs combattent pour revenir et les Britanniques se sont alliés avec les Ottomans. Certains Égyptiens rêvent d'une armée égyptienne indépendante composée des différentes populations égyptiennes et entraînée par les militaires français.

« Je me suis rallié aux Français par patriotisme, par sympathie pour mon peuple. Acceptes-tu, toi, que l'Égypte reste soumise à des brutes étrangères, Turcs ou mamelouks ? Il faut qu'on s'en débarrasse pour que l'Égypte revienne aux Égyptiens, coptes ou musulmans.

Mais pour le moment, nous sommes aux mains des Français, et ils ne sont pas prêts de nous lâcher.

Mieux vaut pour l'Égypte n'importe quel gouvernement plutôt que celui des Turcs. Et je continuerai de rechercher l'aide des États européens pour le bien de notre pays. » (page 185).

En janvier 1800, les Turcs battent les Français mais aussitôt revenus, ils commettent des exactions : taxes, confiscation des biens avec obligation pour les propriétaires égyptiens de les racheter aux vainqueurs, vols, racket, abus... Moins de deux mois après, c'est le chaos : appel au Jihad, massacre des Chrétiens, Coptes, Syriens, barrages et contrôles, pillages, pègre des Maghrébins, milices...

Je comprends mieux l'expression devoir choisir entre la peste et le choléra !

« Ce sont eux qui ont échauffé les esprits en promettant au peuple monts et merveilles, et le peuple dans son ignorance s'est laissé mener par eux. » (page 213).

« Ne vois-tu pas qu'il a tout intérêt à ce que la guerre se poursuive ? C'est elle qui lui donne le moyen de piller et de s'enrichir, de jouer au chef et de vivre sur l'habitant ! » (page 214, il parle du chef de la pègre).

 

Mais ce beau roman n'est pas que sexe et guerre ! La prose du jeune Cairote est très belle et il raconte très bien la vie quotidienne ; il décrit aussi très bien les gens, la ville et ses transformations. Du coup, c'est très agréable à lire, et on a envie de continuer son journal, allez quelques jours de plus !

J'ai bien aimé aussi la rencontre entre le narrateur et le peintre Denon, le vendredi 12 juillet 1799 (pages 152 à 154). Le peintre a été « frappé de stupeur » puis conquis par les pyramides et il a tout dessiné : le temple de Denderah, la Vallée des Rois, Assouan, l'île d'Éléphantine, l'île de Philae...

En fait, tout est histoire de rencontres dans ce roman : le narrateur va rencontrer des Français militaires ou civils, l'amour en la personne de Pauline, le mode de vie européen, la culture européenne. Pendant trois ans, il va évoluer à ces contacts tout en restant lui-même : un jeune homme, bon musulman, avide de découvertes et de connaissances, comme son maître le lui a enseigné !

 

Un joli passage

« Avant de m'endormir, je me suis pris à imaginer le jour où j'aurai réuni assez de notes pour en faire un livre que je signerai de mon nom. » (page 63).

 

Par contre , j'ai été « ravie » d'apprendre que « les femmes ne sont pas dotées de toute la raison humaine, […], ne connaissent pas la limite à leur désir sexuel et incitent les hommes à commettre le crime de fornication, c'est-à-dire à avoir des rapports sexuels en dehors du mariage. » (pages 250-251).

Sans commentaire, le débat serait trop long et s'envenimerait sûrement !

 

Abd al-Rahmân al-Jabarti (1754-1822) fut un chroniqueur de la Campagne d'Égypte et un historien. Le narrateur, dont on ne connaît pas le nom alors qu'on peut lire les noms de ses amis et des autres personnes, est un de ses disciples. Mais pourquoi ne saura-t-on jamais son nom ? Sûrement parce qu'il symbolise les jeunes hommes de son âge (19 ans), inexpérimenté et presque naïf, mais intelligent, curieux et perspicace.

 

Turbans et chapeaux est un excellent roman que je vous conseille si vous aimez l'Égypte ou Napoléon (ou les deux !), les romans sous forme de journal, l'Histoire et la belle littérature.

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commentaires

Lilibook 18/09/2011 22:08



Je ne connaissais pas ce titre, et ça m'a l'air intéressant !



Catherine 19/09/2011 13:32



Bonjour Lilibook, très intéressant . Un coup de cœur pour moi et j'espère que tu le liras et qu'il te plaira aussi. Bonne semaine.



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