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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 17:20

Restons un peu au Japon aujourd'hui – après Le convoi de l'eau, d'Akira Yoshimura – avec Kaïken, un thriller de Jean-Christophe Grangé paru aux éditions Albin Michel en septembre 2012 (480 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-22624-303-4).

 

Jean-Christophe Grangé est né le 15 juillet 1961 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Il est journaliste et écrivain. J'ai lu (et apprécié) ses 5 premiers romans mais je n'ai pas lu les 4 suivants. Je remets les pieds à l'étrier avec Kaïken. Plus d'infos sur http://www.jc-grange.com/ (actuellement en refonte).

 

Juin 2011. Olivier Passa, commandant à la Brigade criminelle depuis 7 ans et son adjoint, Philippe Delluc, surnommé Fifi, enquêtent sur les meurtres commis depuis février par un tueur surnommé « l'Accoucheur » car il torture des femmes enceintes, les éviscère et brûle leur fœtus. Les policiers pensent que le coupable est Patrick Gaillard mais ils n'ont aucune preuve contre lui et ont même subi une injonction de ne plus l'approcher ; dans ces conditions, comment mener à bien l'enquête ?

« Ils burent en silence. En un regard, ils se comprirent. Parler d'autre chose. Évacuer à tout prix la pression. Mais le silence s'éternisait. Hormis leur boulot de flic, ils n'avaient qu'un sujet en commun : le marasme de leur vie privée. » (page 23).

Effectivement, au même moment, dans sa vie privée, Passa vit dans le sous-sol aménagé de sa maison et s'apprête à divorcer de son épouse japonaise, Naoko Akutagawa. Pourtant ils avaient tout pour être heureux : deux fils beaux et intelligents, Shinji (8 ans) et Hiroki (6 ans), un Montagne des Pyrénées qui répond au nom de Diego, une superbe maison, des revenus confortables (elle gagne plus que lui), et il est fasciné par le Japon mais il y a depuis des années une incompréhension entre Naoko et lui.

« Une respiration du cœur, un soulagement de l'esprit... Le Japon. » (page 31).

« Il était entré en résonance totale avec cette culture. Il était fait pour être Japonais. » (page 33).

Naoko, elle, ne s'est jamais sentie à l'aise et véritablement acceptée même si elle a occulté les traditions japonaises (à part la langue qu'elle apprend à ses enfants) pour vivre à l'occidentale.

« Finalement, mon problème avec lui, c'est celui que j'ai toujours eu avec la France. Je n'ai jamais été ici qu'une bête de foire. Aujourd'hui encore, quand on apprend d'où je viens, on me dit : « J'adore les sushis ! ». Parfois même on se trompe et on me parle de nems. D'autres fois, pour me remercier, on joint ses mains sur la poitrine, à la thaïe. Ou on me souhaite « bonne année » en février, au Nouvel an chinois. J'en ai vraiment marre ! » (page 64).

Heureusement Naoko est soutenue par sa meilleure amie, Sandrine, mais celle-ci a un cancer en phase terminale et qui la soutient, elle ?

 

Je dirais que le maître-mot de de roman est la confrontation : entre un homme et son épouse, entre parents (ceux de Naoko) et enfants (Naoko et son frère) c'est-à-dire entre passé et avenir et entre traditions et modernité (typique du Japon), entre deux femmes, entre le Japon (l'Orient) et la France (l'Occident) mais aussi entre un policier (qui pense avoir raison) et sa hiérarchie, et bien sûr l'éternelle confrontation entre le Bien et le Mal car l'enquête est la confrontation entre deux orphelins : un du bon côté (même s'il ne l'a pas toujours été), le flic, l'autre du mauvais côté (et on comprend le pourquoi du comment même si ça ne l'excuse pas), le psychopathe.

« En définitive, il ne craignait pas la mort mais la vie. Une vie imparfaite, chargée de remords et d'abjections. » (page 78).

« Souviens-toi de ça, Olivier : tout est écrit dès les premières années. Pour lui. Pour toi. Pour vous tous. » (page 171).

 

J'ai bien aimé lire le passé d'Olivier et de Naoko et leur rencontre, ça m'a rapproché d'eux, ça m'a sensibilisée à leurs problèmes, leur détresse parce qu'il faut dire ce qui est : l'écriture de Grangé est efficace, nerveuse, mais elle reste froide, distante (est-ce dû à son style plus journalistique que littéraire ?). Attention, je ne dis pas que ce roman est nul ou mal écrit, non, il se lit très bien, on se laisse dangereusement embarquer et on veut absolument savoir la suite ! En plus, ce thriller est différent des précédents que j'ai lus : j'ai eu l'impression d'un huis-clos, oui, un huis-clos parisien. Peut-être à cause de la vie dans le sous-sol ou des planques dans la voiture... L'ambiance était lourde, étouffante et c'était très réussi. Comme j'ai lu les deux premières parties d'une traite, la troisième partie avec le voyage au Japon a été un bol d'air bienvenu, malgré l'horreur de la situation !

La vision d'Olivier : « Quand il ne resterait plus rien de lui – ni mari, ni père, ni homme –, il resterait encore le flic. « page 378).

La vision de Naoko : « Quelle que soit l'issue, qui resterait-il ? Le père. Cette idée la rassurait. […] À cet égard, elle aurait dû lui parler, lui expliquer, implorer son aide. Qu'est-ce qui l'en avait empêchée ? L'orgueil. Plutôt mourir que d'affronter le poids de ses mensonges. » (page 429).

 

Passan est en admiration pour le Japon depuis qu'il y a été pour la première fois en 1994 : la littérature, le cinéma, le seppuku, les samouraïs... C'est pourquoi, il a offert à Naoko un kaïken, petit sabre japonais qui ressemble à un poignard, un couteau, de 15 cm, et qui était porté par les femmes de samouraïs pour se défendre mais aussi en signe de lien indéfectible entre époux. Elles le cachaient dans une manche de leur kimono, sinon à la ceinture (obi) le poignard s'appelle un tantô.

« Quand tu vas au Japon, reprit-il, tu n'arrêtes pas d'osciller entre deux états d'esprits. Parfois tu as l'impression d'être sur la planète Mars. La seconde suivante, à travers une phrase, un détail, les Japonais te paraissent au contraire très proches. » (page 301).

« Tokyo est une ville kaléidoscope. À chaque angle de rue, le jeu des façades, l'agencement des enseignes forment un nouveau tableau. Tournez, les tons changent, les formes se modifient, au gré de combinaisons inédites. » (page 432).

Ce que Grangé dit sur le Japon est vrai. Mais, en fait, chaque personne qui aime le Japon a sa propre vision des choses, sa propre passion (les films de samouraï, la littérature contemplative, les arts martiaux, les mangas...) et aimera ce pays à sa manière, en étant surpris de la passion des autres (je pense que c'est aussi le cas pour des civilisations comme l'Inde ou la Chine, plus que pour d'autres pays).

 

J'ai repéré cette phrase : « Il était habitué au stoïcisme des Japonais : si on ne peut rien faire face à un problème, c'est donc que, d'une certaine façon, il n'existe pas. » (page 411).

Cette idée ne date pas d'hier, elle a déjà été énoncée avec entre autres :

« Si le problème a une solution, il ne sert à rien de s'inquiéter. Mais s'il n'en a pas, alors s'inquiéter ne change rien. » (proverbe tibétain).

« Il n'y a pas de problèmes ; il n'y a que des solutions. L'esprit de l'homme invente ensuite le problème. Il voit des problèmes partout. » André Gide (1859-1861).

« Un problème sans solution est un problème mal posé. » Albert Einstein (1879-1955).

 

Une lecture (avant fin août !) pour le Cercle de lecture de Litote (plus de 350 pages) et les challenges Des livres et des îles (pour le voyage au Japon, Honshû et Kyûshû), Lire sous la contrainte (mot étranger : kaïken, explications ci-dessus), Petit Bac 2013 (catégorie Objet) et Thrillers et polars.

 

 

 

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commentaires

Géraldine 19/09/2013 15:50

Je trouve les livres de Grangé un peu trop gores.... néanmoins, j'en ai racheté un en poche d'occas, donc à suivre !

Coccinelle 21/09/2013 08:23

Je ne le trouve pas plus gore que d'autres... Si ? Hum, par exemple par rapport à Maxime Chattam ou Harlan Coben ou Mo Hayder.

le Bison 05/09/2013 20:19

Je viens de finir son précédent (avant Kaïken), Miserere. Bon, certains diraient très bons. Il m'a manqué un petit truc en plus qui faisait ses charmes d'antan. Mais ce Kaïken, avec son incursion japonaise, sera peut-être l'occasion de reprendre espoir dans sa plume. Je le mets dans ma liste...

Coccinelle 05/09/2013 23:19

Bonjour Le Bison, je reçois bien tes nouveaux articles mais je n'ai pas toujours le temps de lire et de laisser un commentaire (désolée...). Je pense que Kaïken te plairait, il y a les relations entre un mari français et son épouse japonaise, chacun un peu déconnecté des pensées et du vécu de l'autre, et puis la dernière partie se déroule au Japon. Bonne fin de semaine.

Alex-Mot-à-Mots 01/09/2013 18:06

Un thriller efficace, j'avais bien aimé.

Coccinelle 02/09/2013 00:21

Comme tu dis : efficace ! Bonne semaine et bonne rentrée !

Stephie 01/09/2013 10:49

Ses fins me déçoivent... je ne le lis plus

Coccinelle 01/09/2013 14:15

Je n'ai pas lu ceux parus ces dernières années mais pour celui-ci la fin est correcte.

Philippe D 30/08/2013 21:19

Voilà un titre pour moi. Merci pour ta participation à mon challenge.
J-Chr. Grangé, c'est du dur. J'en ai lu trois, je pense. Il faut bien se tenir!
Au moins, maintenant, je sais ce qu'est un kaiken.
Bon weekend.

Coccinelle 31/08/2013 01:28

Je te l'avais dit que ce n'était pas grave si tu n'acceptais pas Fry (frire) car dans le titre c'était un nom propre. Et comme je n'avais pas de chance avec les mots anglais, j'ai laissé leur chance aux mots japonais, haïku, sumo et kaïken. Bon weekend à toi aussi.

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