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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 22:08

AgenceDamesDetectives1.jpgJe vous ai déjà parlé de Mma Precious Ramotswe, l'héroïne des romans d'Alexander MacCall Smith qui crée la première agence de dames détectives au Botswana avec 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis et Vague à l'âme au Botswana.

 

L'agence N° 1 des dames détectives (The No. 1 Ladies' Detective Agency) est une série britannique (BBC) et américaine (HBO) de 7 épisodes réalisés au Botswana.

Le site dédié sur la BBC.

 

En août, cette série est diffusée sur Arte le jeudi soir.

Plus d'infos sur Mma Precious Ramotswe et son assistante Mma Grace Makutsi sur Arte.

 

Jeudi de la semaine dernière, j'ai manqué l'épisode pilote (de 109 minutes, réalisé en 2008) et je n'ai pu voir aucune des deux rediffusions...

J'espérais le voir en ligne mais il n'y est pas.

Dommage...

 

Hier ont été diffusés les deux premiers épisodes (de 52 minutes) :

 

Le bon filon (The big bonanza)

Pas facile de trouver des clients... Malgré le peu de trésorerie, Mma Ramotswe a fait imprimer des prospectus que Wellington, un orphelin, va distribuer dans les rues de Gaborone (la capitale du Botswana). C'est difficile aussi pour Mma Makutsi qui n'a pas encore vraiment de salaire alors qu'elle doit s'occuper de son frère malade. Dans cet épisode, les dames détectives devront retrouver Lucky, le chien de Rra Banda qui s'est sauvé ; découvrir comment a disparu Peter, le mari de Petal Siphambe et pourquoi le Dr Komoti, un dentiste Nigérian installé au Botswana a parfois un comportement bizarre. Parmi les personnages principaux, il y a aussi le garagiste, JLB Maketoni, très ami avec Mma Ramotswe, et ses deux apprentis.

 

Poison (Poison)

L'agence de Mma Ramotswe commence à être connue. Dans cet épisode, les dames détectives devront découvrir ce que manigance le père de Tabitha (elle travaille à l'orphelinat), un marchand d'art africain ; qui empoisonne la famille du riche Rra Makgothi et pourquoi il y a un décès chaque vendredi à 14 heures à l'hôpital de Tlokweng car le Dr Sibenke, étranger, est accusé. Mma Ramotswe qui se fait passer pour l'assistante de Rra Makgothi passe quelques jours dans la ferme familiale où elle est empoisonnée ! Mais c'est aussi l'anniversaire de JLB Maketoni et Mma Ramotswe va l'inviter au restaurant.

 

Quelle excellente idée de passer ce mois d'août au Botswana ! C'est – tout comme les romans – frais, dépaysant et drôle. Jill Scott est enveloppée à souhait, je veux dire qu'elle correspond bien à l'héroïne d'Alexander MacCall Smith, enjouée, intuitive et généreuse. Les autres acteurs sont bons aussi, et Wellington est très mignon. On ne peut pas dire que ce soit vraiment policier, c'est plutôt le quotidien, ses problèmes, les relations entre les gens et quelques mystères à résoudre. Cette série m'avait déjà séduite avec les romans, elle fait de même avec ces épisodes.

Jeudi prochain : Un garçon au cœur africain et Question de morale.

Allez, une bonne tasse de rooibos ?

AgenceDamesDetectives2.jpg

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 01:08

JemeilJamlaJemeil & Jamla est un album illustré de Patricia Musa et Salah El-Mur paru aux éditions Grandir en 2003 (28 pages, 16 €, ISBN 2-84166-225-X).

 

Patricia Musa est née en 1956. Elle a vécu en Afghanistan, en Égypte, au Liban et au Soudan : sa thèse portait sur les contes baggara et nouba du Soudan.

 

Salah El-Mur est né en 1966 à Khartoum (Soudan). Il est peintre, illustrateur, et ses œuvres ont été exposées dans de nombreux pays.

 

Deux enfants orphelins, Jemeil et sa sœur Jamla, vivent dans un campement avec des nomades. Ayant hérité de troupeaux (chameaux, vaches, moutons), ils sont riches. Mais sept jeunes hommes sont jaloux et manigancent de tuer Jemeil durant une chasse dans la savane. Deux fois, Jamla empêche son frère de se joindre aux méchants jeunes hommes mais à la troisième invitation, Jemeil est obligé d'y aller... Il se retrouve attaché durant plusieurs jours sur le dos d'une bête sauvage et survit par miracle. Sa vengeance sera terrible !

 

Jemeil & Jamla est un conte des éleveurs baggara du Soudan, recueilli (et traduit) par Patricia Musa à Ed Dilling (Soudan) en février 1989 auprès d'Alia El Acha. Il est illustré à l'encre sur papier par Salah El-Mur alors qu'il était à Nairobi (Kenya).

 

Les encres sont extraordinaires, surréalistes, mais le conte est cruel (vengeance et magnanimité).

 

J'avais dit que je lirais un conte pour Littératures de l'imaginaire sur les 5 continents. Je termine donc ce défi avec ce conte du Soudan pour l'Afrique.

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Publié par Catherine - dans album illustré conte Afrique
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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 08:09

J'ai lu cette série de bande dessinée durant le weekend de Pâques – pur hasard, aucun lien de cause à effet, juste que j'avais deux heures de libre – mais je n'avais pas encore publié ma note de lecture...

 

ChatRabbin1.jpgTome 1 : La Bar-Mitsva

Dargaud - Poisson Pilote, avril 2002, 48 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05207-1

Préface d'Eliette Abécassis : « [...] C'est à la fois une poésie, un conte pour adulte, et une discussion intelligente, pondérée, et drôle, du judaïsme. [...]. » (page 2).

Dès les premières cases, j'adore : « Chez les Juifs, on n'aime pas trop les chiens. Un chien, ça vous mord, ça vous court après, ça aboie. Et ça fait tellement longtemps que les Juifs se font mordre, courir après ou aboyer dessus que, finalement, ils préfèrent les chats. Enfin, pour les autres Juifs, je ne sais pas, mais mon maître, lui, il dit ça. Je suis le chat du rabbin. » (page 3). Eh oui, c'est un chat qui raconte cette histoire, un chat gris aux yeux verts, un chat plein d'humour, parfois cynique, souvent subtil, un chat « complètement libre » qui sait lire et qui veut étudier la Kabbale, un chat qui veut faire sa Bar-Mitsva ! Un chat qui aime sa maîtresse, Zlabya, la fille unique du rabbin (veuf), un chat qui pour obtenir la parole a dévoré le perroquet : « Cet oiseau parle sans cesse, qui n'a rien à raconter. » (page 7) ! « Zlabya, ma fille, il y a eu un miracle : le chat parle ! – Oh ! Papa, c'est merveilleux ! – Oui, mais il y a un grand malheur, aussi. – Quoi donc ? – Il ne dit que des mensonges. » (page 10). Un chat qui observe les quatre élèves de son maître et qui découvre leurs défauts, leurs vilénies, leurs mensonges. Mais humains et chat ne se ressemblent-ils pas ?

J'adore ! Il faut absolument que j'embraie sur le tome 2 !

 

ChatRabbin2.jpgTome 2 : Le Malka des lions

Dargaud - Poisson Pilote, avril 2003, 48 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05369-8

Préface de Fellag : « Ce chat iconoclaste a une conscience des problèmes humains qui dépasse de loin celle des humains eux-mêmes. [...]. » (page 2).

Le rabbin a reçu deux lettres ce matin. L'une est du Malka des lions, un cousin qui va leur rendre visite : Zlabya et ses copines sont en ébullition ! L'autre est de Paris car le rabbin doit faire une dictée pour prouver qu'il est bon en français et « être agréé par le consistoire des Juifs de France » (en un mot garder le poste de rabbin qu'il occupe depuis trente ans). J'avais oublié de dire que l'histoire se déroule en Algérie. La dictée ne se passe pas très bien... Le chat, voulant aider son maître, invoque le nom de Dieu en sachant très bien que c'est interdit et perd l'usage de la parole... Heureusement le cousin arrive, accompagné de son lion porte-bonheur ! Arrive aussi le petit-fils d'un voisin mourant, un charmant jeune homme qui plaît bien à Zlabya mais qui doit « entrer en fonction ici-même dans quelques semaines » ! S'en est trop pour le rabbin qui part se recueillir sur la tombe de Messaoud Sfar, son ancêtre, toujours de bon conseil. En chemin, le rabbin et le chat rencontrent Cheikh Mohammed Sfar, un vieil arabe qui voyage à dos d'âne et qui est aussi un descendant de Messaoud Sfar.

Ce tome 2 est aussi amusant que le premier et le chat (le lecteur aussi) apprend beaucoup de choses sur les traditions juives, sur l'amitié fraternelle entre les Juifs et les Arabes (ancêtre commun), mais curieusement il ne parle plus de faire sa Bar-Mitsva.

 

ChatRabbin3.jpgTome 3 : L'exode

Dargaud - Poisson Pilote, octobre 2003, 48 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05497-X

Préface de Georges Moustaki : « [...] Je me réjouis de constater que, dans l'œuvre de Sfar, les valeurs philosophiques et l'art de vivre de la minorité judéo-méditerranéenne dans laquelle a baigné mon enfance ont gardé toutes leurs lettres de noblesse. [...]. » (page 2).

Ouf, Abraham a conservé son poste de rabbin, le jeune homme de Paris étant là pour une autre synagogue. Mais il épouse Zlabya et l'emmène à Paris en voyage de noces et pour la présenter à ses parents et à ses sœurs. Le rabbin et le chat sont bien sûr du voyage. Mais le chat n'a toujours pas retrouvé la parole. Le rabbin s'est mis en tête de retrouver un neveu, Raymond Rebibo, un grand chanteur à ce qu'il dit... L'exode, c'est-à-dire le voyage jusqu'à Paris via Marseille, ne se déroule pas comme prévu : déjà il pleut des trombes d'eau à Paris (c'est gris, c'est moche) et en plus le rabbin refuse de loger chez les parents de son gendre qui ne respectent pas le Shabbath et les traditions juives. Il fuit sous la pluie (le chat le suit), se réfugie trempé dans une église catholique (la synagogue était fermée et l'hôtel l'a refusé). Le chat fait la connaissance d'un chien (un corniaud) et le rabbin retrouve son neveu chanteur. Voici une aventure rocambolesque comme on peut en vivre à Paris ! Le rabbin, Zlabya et le chat découvrent la vie européenne, la religion catholique, la nourriture non-casher, les soirées parisiennes...

C'est toujours drôle, mais je suis déçue que le chat ne parle plus...

 

ChatRabbin4.jpgTome 4 : Le paradis terrestre

Dargaud - Poisson Pilote, septembre 2005, 52 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05725-1

Préface de Jean « Moebius » Giraud : « [...] Joann Sfar [...] fait partie de ces gens d'âme dont le rôle est de raconter des histoires qui donnent du sens aux histoires que leurs aînés leur ont racontées. [...]. » (page 3).

Le rabbin est en voyage à Oran ; le chat « traîne » avec le cousin Malka et son lion qui traversent le désert et se donnent en spectacle de village en village, mais ils sont suivis par un serpent qui effraie le chat. Le Malka est vieux, le lion aussi, et ils ont moins de succès qu'avant en ce qui concerne la « protection des habitants » mais le Malka charme toujours autant avec ses histoires (comme celle d'un prince des montagnes qui l'a entendu chanter en plusieurs langues en plein désert et avec qui il est devenu ami). Pourtant la vie entre les communautés a changé depuis que l'abbé Lambert a tenu un discours de haine contre les Juifs et les Arabes... Il « s'habille en homme de Dieu, mais ce n'est pas un bon chrétien. » (page 40). « [...] en douce, il leur disait que leurs malheurs, c'était la faute des Juifs. [...] il leur expliquait que tous leurs soucis, c'était la faute des Arabes. » (page 41). Des heures sombres approchent, peut-être même une guerre, mais Abraham Sfar, le rabbin enseigne à ses étudiants « Tu auras passé des années à préparer une guerre, à t'endurcir, et le jour où on viendra te tuer, tu mourras tout de même. Crois-moi, il vaut mieux employer ton temps dans l'étude. » (page 50).

Si seulement les hommes avaient étudié et travaillé au lieu de faire la guerre... Drôle, philosophique, poétique même, dommage que le chat ne soit plus le personnage central.

 

ChatRabbin5.jpgTome 5 : Jérusalem d'Afrique

Dargaud - Poisson Pilote, décembre 2006, 84 pages, 12,50 €, ISBN 2-205-05868-1

Préface de Philippe Val : « Je pense comme toi. Au contraire de l'amitié entre les hommes, l'amitié entre les peuples n'existe pas. [...]. » (page 3).

Le chat continue d'observer le monde des humains. « Je crois qu'elle n'est pas heureuse avec lui. Tant mieux. Elle s'occupe plus de moi. » (page 6).

Le mari de Zlabya se fait livrer une énorme caisse pleine de livres juifs en provenance de Russie mais à l'intérieur au milieu des livres, il y a un Russe que tout le monde croit mort ! Que faire ? Comment ces Séfarades vont-ils enterrer un Ashkénase ? L'homme est -il même juif ?

« Elle est jolie, ta fille. – Oh, toi, on ne comprend rien à ce que tu dis, alors ça ne sert à rien de parler. » (page 18). Le Russe raconte la vie en Russie, la Révolution... Mais personne ne l'écoute, personne ne le comprend. « Écoute, mon ami, ferme-la. Quand tu parles, je comprends rien. Tais-toi ! » (page 20).

Heureusement, le Russe et le chat se comprennent, et le rabbin trouve à l'église orthodoxe un riche russe qui sert de traducteur. Le Russe a quitté son pays et veut aller en Éthiopie à la recherche des Juifs noirs, les descendants de la Reine de Saba. Des Juifs noirs ? Impossible !

Allez, tout le monde part en Afrique, le Russe, le riche qui paye les frais de l'expédition, le rabbin, son gendre et son chat, et puis aussi le Cheikh Mohammed Sfar, en pélerinage comme chaque année sur la tombe de l'ancêtre commun avec son âne.

« Croyez-moi, notre Dieu n'est pas haineux. Il aime la science et les Arts. Il n'est jamais aussi heureux que lorsque ses enfants sont paisibles. Quel dommage qu'il laisse tant d'ignorants parler en son nom. » (page 51).

Un album riche, plus épais, plein d'humour, de violence, de peinture et d'aventures.

Un hommage à Tintin, page 67, au Congo belge, avec un Tintin exécrable et accompagné d'un chien stupide !

Et puis l'amour pour le beau jeune homme russe avec une jeune et jolie serveuse noire prête à le suivre au bout du monde !

 

La suite « bientôt dans une tragédie érotique intitulée Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi ! ». Mais ça fait un bout de temps qu'il est attendu, ce tome 6 !!! D'autant plus que l'intégrale des 5 albums vient de paraître chez Dargaud. Alors finalement, un tome 6 ou pas ?

 

Une série que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire et que je conseille à tous pour passer un excellent moment de lecture.

 

Une série pour BD sur les 5 continents et 5 tomes d'un coup pour le Challenge BD de Mr Zombi et pour le Challenge PAL sèches de Mo'.

BullesBD Challenge-BD PALseches

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Publié par Catherine - dans bande dessinée chat Afrique
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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 16:39

LeLionKessel.jpgCoupCoeurXXe.pngLe lion est un roman de Joseph Kessel paru aux éditions NRF/Gallimard en avril 1958 (318 pages). Il a depuis été réédité, en particulier en poche chez Folio, Folio junior, Folio classiques, ou dans les œuvres complètes de Joseph Kessel comme Reportages, romans chez Quarto Gallimard en avril 2010.

 

Joseph Kessel est un aventurier et un écrivain français né en Argentine le 10 février 1898. Enfant, il vit quelques années dans l'Oural avant que ses parents s'installent en France. Il étudie à Nice puis à Paris, participe aux deux guerres mondiales. Grand voyageur, il devient ensuite reporter et romancier. Il entre à l'Académie française en 1962. Il meurt en France le 23 juillet 1979 laissant derrière lui une œuvre conséquente : des reportages, le Chant des partisans, et une centaine de livres – de La steppe rouge (1922) à Les temps sauvages (1975) – dont certains adaptés au cinéma (Belle de jour, La passante du Sans-Souci, L'armée des ombres...).

Le Prix Joseph Kessel est décerné chaque année depuis 1991 à une œuvre littéraire de voyage, biographie, récit, essai rédigée dans la même veine que les récits de Joseph Kessel.

 

 

Après un voyage en Afrique Orientale (Kivou, Tanganyika, Ouganda et Kénya) et avant de se rendre à Zanzibar, l'auteur s'arrête pour deux jours dans le Parc Royal au pied du Kilimandjaro. Il était « arrivé la veille, épuisé, à la nuit tombante » (page 12). Au réveil, il a devant lui un petit singe et, au milieu du brouillard, le Kilimandjaro : « Les neiges du Kilimandjaro traversées de flèches vermeilles. » (page 14).

C'est en s'approchant d'un point d'eau pour observer les animaux s'abreuver ensemble qu'il rencontre Patricia. La fillette de 10 ans est la fille du responsable du parc et elle communique avec les animaux. « Et les fauves ? demandai-je à Patricia. » (page 35).

Plus tard dans la matinée, l'auteur fait la connaissance des parents de Patricia : Sybil Bullit, une Anglaise plutôt citadine, et son époux, John Bullit. Ancien chasseur et même braconnier – connu sous le surnom de Bull Bullit – repenti depuis une dizaine d'années, Bullit est l'administrateur de la réserve. « On aime les bêtes pour les voir vivre et non plus pour les faire mourir. » (page 94).

Sybil Bullit : « J'essaie de faire oublier qu'il n'y a pas une ville à trois cents kilomètres d'ici et qu'on trouve à la porte de cette maison les bêtes les plus dangereuses. » (page 51).

John Bullit : « Pour une fois que j'avais un visiteur convenable. […] Les touristes... Vous ne connaissez pas cette espèce. » (page 87).

Dans la journée, l'auteur découvre la réserve avec un ranger : « La Réserve était immense » (page 99) et « Les bêtes étaient partout. » (page 100) mais il est déçu car la voiture ne sort pas de la piste et il ne peut approcher les animaux : « J'avais le sentiment d'être puni, privé, frustré, volé. » (page 101).

Au retour de cette excursion, il croise deux Masaï, un vieux (Ol'Kalou) et un jeune (Oriounga), un morane c'est-à-dire un Masaï qui deviendra adulte dès qu'il aura tué un lion (même si c'est maintenant interdit par le gouvernement).

Le soir, l'auteur va boire le thé chez les Bullit mais Sybil devient hystérique : « Savez-vous qui est ce King que ma fille attend jusqu'au soir et par qui elle se fait reconduire, et de qui son père reconnaît la voix ? Le savez-vous ? […] Un lion ! Oui, un lion ! Un fauve ! Un monstre ! » (pages 128 et 129). Patricia est donc l'enfant du lion dont il a entendu parler...

L'auteur aurait pu se contenter de ce court safari et partir à Zanzibar comme prévu, mais il décide de rester jusqu'au dénouement, car il sait qu'il va se passer quelque chose.

Le lendemain, Patricia vient le chercher pour partir en voiture avec Bogo, le chauffeur Kikouyou, et Kihoro, le Wakamba borgne et balafré qui prend soin d'elle. Et l'auteur découvre King !

 

Les Masaï selon John Bullit

« Les Masaï ne vendent et n'achètent rien. Ils ont beau être noirs, il y a du seigneur en eux. » (page 58).

« Personne au monde n'était aussi riche qu'eux, justement parce qu'ils ne possédaient rien et ne désiraient pas davantage. » (page 169).

 

L'auteur se rend compte que les membres de cette famille s'aiment mais qu'il y a un problème entre eux. Sybil reste seule toute la journée et souffre de solitude, John est tout à son travail et à ses bêtes, Patricia n'en fait qu'à sa tête, mène les adultes par le bout du nez et considère son lion comme un jouet sous prétexte qu'il a été recueilli tout bébé et qu'elle s'est occupée de lui. Mais jusqu'où peut aller le jeu avant qu'il n'arrive un drame ?

Le récit de Joseph Kessel est vraiment beau, avec une description admirable de la nature et des animaux, du moins de ce qu'il en voit. Mais l'auteur pointe aussi le caractère des humains et, en fin observateur, tente de comprendre et de deviner ce qu'il va bien pouvoir se passer. Une fillette de 10 ans qui joue avec les adultes et les animaux, qui va éprouver de la jalousie lorsqu'elle verra que King a deux lionnes et des lionceaux, et de l'orgueil lorsqu'Oriounga la demandera en mariage. Elle n'a que 10 ans...

En fait, j'ai trouvé Patricia détestable, égoïste, prétentieuse et je ne crois pas que l'Afrique avait besoin de personnes comme cela.

Mais Le lion est un roman magnifique que j'ai été contente de relire (je l'avais lu enfant et, même si j'avais été émerveillée par le lion et par l'Afrique, je n'avais sûrement pas compris tous les ressorts de ce drame...), une belle aventure, un safari inoubliable ! 

 

CoupsCoeurBlogosphereJaimelesClassiquesJ'ai choisi de lire Le lion pour Les coups de cœur de la blogosphère et j'en profite pour le présenter aussi dans J'aime les classiques puisque sont autorisés les classiques parus jusqu'en 1960.

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 00:13

AyaYopougon1.jpgAya de Yopougon est une série de bandes dessinées de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie qui paraît aux éditions Gallimard/Bayou.

 

On me conseille cette série depuis longtemps. Je me lance enfin avec ce tome 1 paru en novembre 2005 aux éditions Gallimard/Bayou (105 pages, 15 €, ISBN 978-2-07-057311-7). Il est préfacé par Anna Gavalda. Il a reçu le Prix du meilleur album à Angoulême en 2006.

 

Marguerite Abouet est née à Abidjan en 1971 et a vécu dans le quartier de Yopougon, mais elle a étudié en France où un grand-oncle l'hébergeait avec son frère aîné.

 

Clément Oubrerie est né à Paris en 1966 et a étudié l'Art avant de partir deux ans aux États-Unis. Depuis son retour en France, il est illustrateur (ouvrages pour la jeunesse) et a fondé La Station (un studio d'animation). Il joue aussi de la batterie dans un groupe de funk et a déjà voyagé en Côte d'Ivoire (ça aide pour illustrer cette bande dessinée !). Plus d'infos sur son site officiel et sur son blog, La marge brute.

 

1978, à Yopougon (surnommé Yop City), quartier populaire d'Abidjan, en Côte d'Ivoire.

Aya a 19 ans.

Ignace, son père, est cadre à la Solibra (fabrique de bières), Fanta, sa mère, est assistante de direction chez Singer (et guérisseuse) et elle a un petit frère, Fofana.

Adjoua et Bintou sont ses deux meilleures amies.

Pendant qu'Adjoua et Bintou sortent danser et se faire draguer au Ça va chauffer (« Elle est D.I.S.C.O. [...] ») ou au Secouez-vous, Aya préfère étudier plutôt que se retrouver en « série C » (coiffure, couture et chasse au mari !). Elle aimerait être médecin mais son père préfèrerait la marier, en particulier au fils du patron mais le fils du patron ne pense qu'à s'amuser.

Lorsqu'Ignace reçoit une promotion, il devient représentant mais du coup il est toujours sur les routes...

Adjoua tombe enceinte.

 

Petite réflexion par rapport à ce que dit Anna Gavalda dans la préface : j'ai remis cette histoire dans le contexte de l'époque c'est-à-dire en 1978. Je pense que – comme tous les pays du monde – la Côte d'Ivoire a changé depuis toutes ces années. Et puis est-ce que ça s'appelle être « très maligne » de se retrouver enceinte alors qu'on ne s'y attend pas et d'épouser un gars idiot qui n'est même pas le père du bébé ?

Enfin, je ne me suis pas attardée à cette préface et j'ai beaucoup aimé ce premier tome. C'est vivant, c'est frais et c'est drôle ! Il est possible de voir les cinq premières pages sur le site de l'éditeur.

Bon, il va falloir essayer le gnaman koudji (jus de gingembre) et la sauce arachide ! Et aussi lire la suite d'Aya de Yopougon !


Le tome 6 paraît d'ailleurs demain.

 

Je présente cette bande dessinée pour les trois défis BD auxquels je participe : le Challenge BD de Mr Zombi, BD sur les 5 continents et le Challenge PAL sèche de Mo'.

Challenge-BD.jpg BullesBD PALseches.jpg

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Publié par Catherine - dans bande dessinée Afrique
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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 23:04

RomanOrient.jpgLe roman de l'Orient insolite : une Anglaise chez les Maures est une biographie de Margareth Wilson rédigée par Bernard Saint Bris et parue le 26 août aux éditions du Rocher dans la collection Le roman des lieux et destins magiques (253 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-268-06976-0).

 

Je remercie Céline et les éditions du Rocher de m'avoir envoyé ce livre totalement dépaysant !

 

C'est en visitant une maison à vendre à Tanger que l'auteur découvre l'histoire de Margareth Wilson, grâce à l'album photos que lui montre un de ces descendants.

Margareth Wilson, une Anglaise de 20 ans, débarque à Tanger. Elle a été embauchée comme gouvernante pour les enfants des propriétaires de l'Hôtel de France.

À peine installée, Margareth est remarquée par son voisin, le Chérif de l'Oued Sébou, un descendant de Mahomet et de Moulay Idriss (fondateur du premier royaume musulman du Maroc).

Lorsque le couple part en voyage dans le Maroc du XIXe siècle avec suite et enfants (le couple a deux fils), c'est vraiment extraordinaire, presque féérique : Fès, Meknès, Marrakech, la Berbérie, Mogador, les ruines de Mazagran, Rabat, Chellah, Volubilis, Tingitanie, Tétouan, Ceuta...

« Rappelons-nous qu'en cette période encore quasi-féodale, on ne régnait et ne gouvernait que si l'on était vu souvent, bien vivant et toujours en mouvement. » (page 96).

C'est un monde de bazars, de murs et de ruelles, c'est un monde sensuel empli de volupté et de parfums.

Le Maroc est toujours resté indépendant, il n'a jamais été annexé par l'Empire Ottoman, mais il y a quand même des dangers, des conspirations.

« Les opinions en ce temps-là conservatrices qui circulaient à Fès reprochaient au Chérif ses goûts trop prononcés pour l'Occident et les idées nouvelles... » (page 133).

Le couple décide de fuir. Pourquoi pas en Inde ? Ce sera finalement Stamboul, en Turquie.

« Constantinople était alors l'une des villes les plus grandes et les plus cosmopolites du monde. C'était également le centre politique, culturel, et des affaires de l'ensemble du Proche-Orient et des Balkans. » (page 138) mais... « Au-delà de cette richesse féminisée, de ce luxe d'une cour amollie dans de trop faciles délices, la félonie régnait, les carafes de cristal gravées peintes et dorées distillaient dans leur eau, apparemment limpide, le poison. » (page 177).

Le couple décide à nouveau de partir. Ce sera Alexandrie, en Égypte, où vont avoir lieu les célébrations d'inauguration et d'ouverture du Canal de Suez (17 novembre 1869).

« Tout ce qui était grand, puissant, ambitieux, en vue et élégant de l'Europe et de l'Orient était présent. » (page 221).

 

Ce qui est insolite pour moi, c'est de dire que l'Afrique du Nord est l'Orient... L'Orient est par définition ce qui est à l'Est de l'Europe (et pas au Sud et à la même longitude), c'est-à-dire le Levant et il est généralement divisé en trois parties :

le Proche-Orient, qui est le plus proche de l'Europe, avec les pays de l'Orient qui bordent la Méditerranée, Israël, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie ; certains y mettent aussi l'Égypte à cause du Sinaï qui est en Asie.

le Moyen-Orient, un peu plus éloigné, avec les pays du golfe persique (Irak, Iran, Koweït) et ceux de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Oman, Qatar, Yémen).

l'Extrême-Orient, encore plus éloigné avec les pays d'Asie qui bordent l'Océan Pacifique, Corée (Sud et Nord), Chine (incluant Taïwan), Japon, et aussi les pays d'Asie du Sud-Est (Birmanie, Cambodge, Indochine, Laos, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Vietnam...) voire l'extrême est de la Russie.

Je suis donc stupéfaite qu'on puisse penser que le Maroc est l'Orient... !

 

Mis à part ce point « insolite » pour faire un clin d'œil au titre, ce roman est vraiment dépaysant. Je suis très contente de l'avoir lu. J'ai découvert le Maroc de la deuxième moitié du XIXe siècle ainsi que les villes d'Istanbul et d'Alexandrie vers la fin du XIXe siècle, et des personnages hauts en couleurs.

Mais j'ai quand même eu un peu de mal à m'attacher à cette famille : l'homme n'a-t-il pas d'autre nom que le Chérif de l'Oued Sébou ? Et on ne saura jamais les prénoms des deux fils du couple... Difficile dans ces conditions de s'identifier et de s'attacher à cette famille.

C'est pourquoi j'ai préféré lire cette histoire dans un esprit de découvertes géographiques et historiques.

De plus il y a 16 très belles pages en couleur : des reproductions de tableaux, des photos de Tanger, Gibraltar, Istanbul, Canal de Suez, Le Caire.

Si vous aimez – non, je ne vais pas dire l'Orient ;-) – le Maroc et les aventures romanesques du XIXe siècle, ce livre est fait pour vous !

En plus, l'auteur m'a dédicacé le livre, merci Monsieur Saint Bris !

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 15:17

CellesAttendent.jpgCoupCoeur2010.pngCelles qui attendent est un roman de Fatou Diome à paraître aux éditions Flammarion le 25 août 2010 (330 pages, 20 €, ISBN 978-2-0812-4563-1).

 

Née au Sénégal en 1968, Fatou Diome est arrivée en France en 1994 et vit à Strasbourg.

Recueil de nouvelles : La préférence nationale (2001)

Romans : Le ventre de l'Atlantique (2003), Kétala (2006) et Inassouvies, nos vies (2008).

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé ce roman. Ce fut une surprise de le recevoir. C'en fut une autre de le lire et de découvrir la belle écriture de Fatou Diome. C'est aussi mon premier roman de la rentrée littéraire de l'automne 2010.

 

Les mères

Arame est l'épouse du vieux Koromâk qu'elle déteste, « les corps distants, figés dans la haine, comme deux prisonniers s'accusant réciproquement du même crime, mais condamnés à partager la même cellule. » (page 137). Le fils aîné est mort en mer sur son bateau de pêche et, depuis le départ de leur mère, Arame élève ses sept enfants. Le cadet Lamine est revenu de Dakar sans travail et sans argent.

Bougna est la deuxième épouse de Wagane à qui elle a donné six enfants. « Des enfants qui grandissent maintenant à ses côté sans perspective d'avenir. » (page 50). Elle aimerait mieux pour son fils aîné, Issa, car le fils de la première épouse a réussi dans l'administration et envoie de l'argent à sa mère.

 

Le quotidien de ces familles ? Du riz et de l'huile en petite quantité, quelques légumes, parfois du poisson et quelques coquillages ramassés sur la plage. Et de l'eau qu'il faut s'épuiser à aller chercher au puits chaque matin.

 

L'idée de ses mères ? Envoyer leur fils en Europe, comme clandestin, et au péril de leur vie ! Pourtant, qu'avaient-elles de plus précieux que leur fils ? Mais les garçons sont d'accord et « leur futur départ pour l'Europe devint leur seul horizon. » (page 78). « […] partir en Europe, réussir comme les autres et améliorer notre sort. » (page 66). « […] gagner assez d'argent pour ne plus se contenter de rêves d'occasion. Et ceux qui les attendaient au village comptaient sur eux, en formulant le même vœu. » (page 153). Du coup, « Barcelone ou Barsakh » (Barcelone ou la mort), qu'ils disent !

 

FatouDiome.jpgLes épouses

Coumba a pu épouser Issa et a au moins connu l'amour avant le départ du jeune homme. D'ailleurs elle mettra au monde un fils mais la solitude et l'attente la minent de l'intérieur. Cependant sa mère lui a répété : « Tu es une femme, les choses sont comme elles sont, ce n'est pas à toi de les changer. » (page 164).

Daba est une Guelwaar ; pourquoi a-t-elle accepté de rompre ses fiançailles avec Ansou et d'épouser Lamine qui est déjà parti ? Parce qu'elle espérait mieux que la vie avec un pêcheur. Du coup, elle est une épouse sans mari, sans amour, alors qu'Ansou est là, tout prêt...

 

Combien de temps ces femmes vont-elles attendre ? Des nouvelles, de l'argent, un éventuel retour... « Parce qu'elles savent tout de l'attente, elles connaissent le prix de l'amour. »

 

De plus la vie est-elle plus belle et plus facile en Europe ? « Pendant que les expatriés souffraient du froid, logeaient dans des squats miteux, couraient les soupes populaires, risquaient leur vie pour des emplois de forçats, dribblaient les pandores lancés à leurs trousses, hantaient les zones de rétention, s'adonnaient aux amours de circonstances, larmoyaient devant les avocats commis d'office qui leur obtenaient des délivrances momentanées, les jeunes restés au village, portés par une liberté qu'on ne sent que chez soi, travaillaient vaillamment et contribuaient à l'essor du pays. » (pages 244-245).

 

Ce roman est une belle chronique de la vie sur les îles sérères de Gandoune au large du Sénégal, en particulier sur l'île de Niodior (île sur laquelle est née l'auteur).

Sans entrer dans des polémiques stériles, l'auteur pointe du doigt certains problèmes :

- économiques : moins de poissons durant la pêche, pas de travail et études chères, pas d'avenir.

- la polygamie : jalousie entre les épouses, inégalités, pauvreté, impossibilité de nourrir et d'éduquer de si nombreux enfants), les hommes ayant oublié qu'ils ne doivent pas prendre une autre épouse s'ils n'arrivent pas à subvenir aux besoins d'une et de ses enfants...

- les rêves stériles, illusions et sirènes de l'Europe, l'immigration à tout prix. D'ailleurs, en Afrique, de nombreux Sages plaident pour le « rester au pays ».

- le comportement de certains Occidentaux qui viennent en Afrique avec leur richesse et leur suffisance.

 

J'aimerais me permettre un conseil, non seulement pour les lecteurs qui ont été déçus par le Goncourt 2009 (eh oui, il y en a !) mais aussi pour tous : lisez Celles qui attendent ! C'est beau, humble, intime, parfois drôle, parfois triste, jamais mièvre ou lassant, et il mérite bien un prix ;-)

 

Quelques extraits en plus

« Car si la parole faisait loi, son abus était l'apanage des faibles. » (page 10).

« Quand dire ne sert plus à rien, le silence est une ouate offerte à l'esprit. » (page 11).

« […] toutes différentes, mais toutes prises dans le même filet de l'existence, à se débattre de toutes leurs forces. » (page 11).

« On voguait sur l'océan de l'existence, par tous les vents. » (page 173).

« Il n'est pas vrai que les enfants ont besoin de leurs père et mère pour grandir. Ils ont seulement besoin de celui qui est là, de son amour plein et entier. » (page 265).

 

Niodior.jpg

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 23:58

AfterTears.jpgCoupCoeur2010.pngAfter tears est un roman de Niq Mhlongo paru aux éditions Yago en mars 2010 (307 pages, 20 €, ISBN 978-2-916209-74-6). After tears (2007) est traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Laura Derajimski.

 

Comme littérature sud-africaine, j'ai déjà lu Chambre 207, de Kgebetli Moele qui m'avait beaucoup plu donc lorsque Gilles Paris m'a proposé cet autre roman paru aux éditions Yago, je n'ai pas hésité et je suis bien contente d'avoir également découvert cet auteur qui fait partie de la nouvelle génération d'écrivains post-apartheid, appelée aussi « génération kwaito » (il était lycéen lors de la libération de Nelson Mandela).

 

Niq Mhlongo (de son vrai nom Muhhandziwa Nicholas Mhlongo) est né à Soweto (Johannesbourg, Afrique du Sud) en 1973 dans une famille nombreuse (dix enfants). Contrairement au personnage de son roman, il a réussi ses études de littérature africaine et de sciences politiques, mais a ensuite abandonné le Droit pour écrire son premier roman, Dog eat dog (2004).

 

Je me suis demandé ce que signifiait le titre After tears et on ne l'apprend qu'à la fin du roman (page 266) donc je préfère ne rien dire, d'accord ?

 

Le roman se déroule entre le 22 novembre 1999 et le 9 mai 2000, avec le passage du nouveau millénaire (c'est ce qui est dit dans le roman, n'est-ce pas, mais il me semble que le nouveau millénaire commençait plutôt au premier janvier 2001 et pas 2000...).

 

L'instant de vie qui est donné au lecteur commence donc fin novembre 1999. « Et voilà. J'en avais assez du Cap. L'océan Atlantique glacial, les plages de sable blanc, la Montagne de la Table, le front de mer, tout ce qui m'avait jadis semblé magnifique dans cette ville s'était soudain enlaidi. Je me résolus en cet instant, devant le tableau d'affichage, à rentrer faire mes bagages et à partir pour de bon. » (page 11, début du roman). Après quatre ans d'études, Bafana Kuzwayo vient de rater son Droit. Le monde s'écroule, il rentre dans sa ville natale, Jo'burg (Johannesbourg) dans le quartier de Soweto où il a grandi.

L'oncle Nyawana vient le chercher à Park Station avec ses amis car il est fier de son unique neveu. En fait, personne n'a jamais pensé qu'il pourrait rater son diplôme, tout le monde l'imagine déjà avocat et son oncle l'a même déjà surnommé Avo. « Écoute-moi bien, Avo, je suis bien content que tu aies obtenu ton diplôme de droit. Félicitations ! » (page 23). Que faire ? Se taire...

Bafana ne souhaite pas mentir à sa mère mais « Elle avait totalement exclu l'éventualité d'un échec, ce qui venait malheureusement d'arriver. » (page 14) alors il laisse croire et se retrouve pris dans l'engrenage du mensonge... Par omission. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé de dire la vérité : « 'Euuuh...' Ma réponse fut longue à venir. 'Justement, j'espérais pouvoir en discuter avec toi, Mama'. » (page 32). Et comment décevoir son vieil oncle (le frère de sa mère), alcoolique et divorcé, qui lui dit : « Tes rêves sont réalistes parce que tu es instruit. » (page 61) et sa mère qui insiste pour qu'il « postule à un emploi de conseiller juridique, bien que [il n'ait] pas l'expérience requise. » (page 108) ? « Mon sentiment de culpabilité augmentait de jour en jour et l'envie pressante d'avouer mon échec à Mama devenait insoutenable. » (page 127).

Le malheureux Bafana (il est quand même vraiment à plaindre) est alors confronté à la dure réalité de la vie des pauvres à Soweto. L'alcool, le tabac, la drogue, le chômage, la musique, les filles vulgaires : « Les filles me déplurent aussitôt ; c'était le genre qu'il ne m'intéressait pas de connaître. À observer leur comportement et à les écouter parler, je savais qu'il me faudrait faire un gros effort d'adaptation si je voulais vivre à nouveau dans le township. » (page 93).

Il y a le sida aussi et la méconnaissance totale de cette maladie de la part de la population pauvre (rumeurs, refus de se soigner, contamination volontaire pour ne pas travailler et percevoir des allocations du gouvernement...).

Il y a la jalousie envers ceux qui ont réussi (les femmes en particulier) et le racisme des Noirs envers les autres Noirs : Bafana a une copine du Zim (Zimbabwe) qui doit renouveler son permis de travail tous les trois mois et il rencontre un Nigérian qui fait du business.

Et puis il y a la situation post-apartheid du pays (politique, économique et sociale) : l'ANC, parti pour lequel les Noirs ont voté en masse, se comporte comme les Blancs, comme les capitalistes, laissant les pauvres sur le carreau. L'échec du jeune Bafana symbolise alors l'échec de tout un pays, de tous les pauvres, de tous ceux qui galèrent, de tous ceux qui sont déçus et désœuvrés.

 

C'est un grand roman que je viens de lire ! Un roman représentatif de l'Afrique du Sud de ce début de XXIe siècle, avec une vision précise (pas édulcorée) de ce pays cosmopolite, et un peu d'espoir sans doute... En tout cas, Niq Mhlongo fait partie d'une nouvelle génération d'auteurs à suivre absolument !

 

Mon avis sur la couverture : j'ai l'impression que l'Afrique du Sud est le corps, on y met une tête (celle de Nelson Mandela qui symbolise le gouvernement) et on lui greffe des mains (qui représentent ceux qui travaillent, une minorité), mais ce n'est pas suffisant, ça reste quelque chose d'incomplet, de mal articulé. Qu'en pensez-vous ?

 

Un tout petit point, pas négatif mais embêtant, c'est le glossaire en fin de volume, pénible à consulter... Mais il est quand même indispensable car, comme le dit la traductrice, les mots utilisés par l'auteur « illustrent la diversité ethnique et lexicale des townships, où se mêlent indifféremment anglais, afrikaans, zoulou, sesotho, xhosa, ndébélé, swazi, venda, pedi, tswana et tsonga. […] ce mélange de langage, appelé Scamto ou 'parler du township' […]. » (page 9).

 

SafariLitteraireJe remercie encore Gilles Paris pour cette excellente lecture qui a ouvert mon horizon et me donne l'occasion de démarrer un deuxième tour du Safari littéraire organisé par Tiphanya. Et je félicite les éditions Yago pour leur politique éditoriale car c'est déjà le troisième roman édité par cette jeune maison d'édition que je lis et je ne suis pas déçue (les deux premiers étaient Le bateau-usine, de Takiji Kobayashi en novembre 2009 et Chambre 207, de Kgebetli Moele en février 2010).

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 00:03

OmbreDiable.jpgL'ombre du diable : Kinvuli cha shetani est un thriller de Gilles Lorillard paru aux éditions Thélès en septembre 2008 (300 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-303-00111-3).


Journaliste et écrivain, Gilles Lorillard a beaucoup voyagé, Afrique, Europe, Asie, Moyen-Orient et Amérique.


« Comme tout récit imaginaire, celui-ci puise une partie de son inspiration et de ses racines aux sources d'événements réels [...]. (avertissement, page 9).


Arusha. « À 1390 mètres d'altitude, cette ville était paisible, verdoyante, [...]. Point de départ pour l'ascension du Kilimandjaro ou le nord de la Tanzanie, éden des safaris mirifiques, Arusha bénéficiait d'un climat tempéré favorisé par la proximité du mont Meru. Cernée par les plantations de café, de blé et de maïs, la ville offrait au voyageur la possibilité d'entrer en contact avec la population. En Tanzanie, Arusha était l'unique endroit où se rencontraient les populations Bantoues et Massaïs. » (page 15).

Le couple de touristes. Brice et Justine Clairvaux, de riches Bourguignons, qui se sont rencontrés vingt ans auparavant, toujours amoureux. Monsieur chasse, avec respect ; madame photographie et peint.

Les Africains. Alan Crosbown, un guide d'origine sud-africaine, de bonne compagnie, polyglotte ; Odinga et ses fils, des porteurs, efficaces et fidèles.

La perfection dans un cadre idyllique. Avec de belles descriptions car l'auteur connaît bien l'Afrique, sa faune, sa flore. Ses dangers aussi.

Ibrahim al-Mahdik, surnommé l'ombre du diable, un braconnier soudanais sans aucune conscience. « Piller, violer, tuer ne constituait pas à ses yeux des actes immoraux ou d'une cruauté condamnable. Non, aucun de ses méfaits ne le chagrinait, ne le navrait et, comme il les commettait sans réelle perversité, son âme le laissait en paix. » (page 34).

Et puis l'horreur. Pendant que Brice chasse, Justine et son guide Findo sont partis vers la ville de Mto Wa Mbu et le lac Manyara. Malheureusement, ils sont tombés sur deux éclaireurs d'al-Mahdik... Findo est immédiatement tué et dépouillé ; Justine prisonnière, subit les outrages des braconniers et les morsures d'un cobra l'achève.

Vu l'état du corps de Justine, Victor Ndabaka, le capitaine des Games Rangers de Mto Wa Mbu, ne croit pas à un accident. Brice non plus et son objectif sera maintenant de venger la mort injuste et effroyable de Justine. Alan, Odinba et ses fils l'accompagnent pour venger la mort de leur ami Findo.

Les méchants. En Afrique, il y a bien des dangers, et pas seulement les fauves et bêtes venimeuses, mais aussi et souvent les hommes. Les fonctionnaires africains corrompus comme le commissaire Oldo Lengaï et les Noirs coupeurs de route, braconniers, pillards ou pirates. Les Arabes comme Ibrahim al-Mahdik, descendants des pourvoyeurs d'esclaves depuis plus de dix siècles, pirates, braconniers, tueurs, violeurs, voleurs. Les Chinois comme Li Toung Chow, paisible commerçant qui sévit dans les trafics juteux. Les mafieux sans scrupule issus de l'ancien KGB de l'Union soviétique comme le Bulgare Serguiev Effimovitch, riche homme d'affaires, à la fois voyou et mécène.

Heureusement qu'il y a quand même des Africains honnêtes et sympathiques !


Tout cela fait bien sûr un peu cliché mais l'auteur pointe finalement bien du doigt les problèmes de l'Afrique.

SafariLitteraireLes descriptions et explications de l'Afrique sont intéressantes. En plus de la Tanzanie, quelques escales à Zanzibar, et un haletant périple au Mozambique, Zimbabwe et Botswana à la poursuite des braconniers.

Ce n'est pas de la grande littérature et ce n'est pas du même niveau qu'un thriller américain, mais ça se lit bien.

 

Et voilà, en deux jours, j'ai rempli ma mission en ce qui concerne le Safari littéraire créé par Tiphanya !

Présenté également dans Littérature policière sur les 5 continents.

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 00:15

Chambre207.jpgCoupCoeur2010.pngChambre 2007 est le premier roman de Kgebetli Moele. Il est paru aux éditions Yago dans la collection Ciel ouvert (Roman étranger) en janvier 2010 (270 pages, 18 €, ISBN 978-2-916209-68-5). Room 207 est traduit de l'anglais (sud-africain) par David König.

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé ce roman qui m'a énormément plu.

 

Kgebetli Moele est né le 31 mars 1978 à Polokwane (dans le Limposo) et a grandi dans une ferme. Il fait partie de la nouvelle génération d'écrivains sud-africains, qui se nomme la Kwaito generation dans une Afrique du Sud post-apartheid, avec Niq Mhlongo et Kabello Sello Duiker (les générations précédentes étant des écrivains blancs comme Nadine Mordimer, Breyten Breytenbach, John Maxwell Coetzee ou Andre Brink). Il a commencé à écrire en 1991, et rédigé des scripts pour des émissions radio, pour le cinéma, et une pièce de théâtre. Chambre 207 a reçu le prix H.C. Bosman de la meilleure œuvre de fiction. Son deuxième roman Book of the dead est paru chez Kwela Books en août 2009.

 

Pendant plus de dix ans, six jeunes hommes partagent une chambre à Hillbrow, le quartier le plus dangereux de Johannesburg, elle-même la ville la plus dangereuse... D'Afrique du Sud ? Du continent africain ? Non, du monde ! Pourtant, ils n'ont rien de dangereux tous les six... Entrez dans leur univers, à la fois étroit (la chambre 207) et à la fois très ouvert (famille, études, filles, musique, écriture, rêves).

Leur refuge à tous, c'est la chambre 207 : « C'était un hôtel, à une autre époque... Tu sais, cette époque que les dirigeants du pays ne veulent pas qu'on oublie. » (première phrase, page 15). Le narrateur tutoie le lecteur et le fait véritablement entrer dans leur monde : « Ouvre la porte. Tu es accueilli par un petit couloir […]. » (page 15), « Entre, entre. […] Tu es ici chez toi, mon frère. » (page 17).

Matome, c'est le lève-tôt, il inspire la confiance mais a parfois des idées et des plans bizarres ! Il aime d'une façon christique, sans sexualité.

D'nice était un excellent élève, optimiste et rêveur, il est venu étudier à Wits, mais le manque d'argent et les sollicitations de la ville...

Molamo, ancien chauffeur de poids-lourds, a étudié pendant quatre ans à l'université de Cape Town et rêve de devenir « écrivain/réalisateur/acteur/poète/producteur ».

Modishi, surnommé Jean Le-Baptiste par Zulu-Boy, avait hérité de terres à la mort de son père mais ne voulait pas repartir à la campagne. Il est amoureux de Lerato, mais elle n'a que dix-sept ans et a déjà dû avorter deux fois.

Zulu-Boy est un voleur, comme tous les Zoulous, c'est parce qu'il aime les objets, frimer, attirer l'attention, et il a déjà été « arrêté plusieurs fois pour des délits stupides » alors qu'il vient d'une famille estimée.

Et puis il y a le narrateur, un Sotho surnommé Baba, qui après des études de cinéma écrit des scripts mais pour l'instant ils ont tous été refusés...

 Lorsqu'ils n'ont plus d'argent pour payer le loyer mensuel, parce qu'ils aiment s'amuser, faire la fête, boire de la bière, sortir avec des filles, ils sont expulsés de leur petite chambre et vont se réfugier chez Wada. Il est producteur indépendant et Matome travaille alors un peu avec lui.

SafariLitteraireTreize ans de vie commune et d'amitié, mais aussi de pauvreté, de violence parfois, treize ans avant que chacun leur tour, ils partent pour une autre vie, pas toujours celle qu'ils ont rêvée...

 

Un très beau roman, d'une grande puissance narrative, sans faux-semblants et fort en émotion. Je vous le conseille absolument, il faut le lire, vraiment.

 

Roman africain pour le Safari littéraire créé par Tiphanya.

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