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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 23:18

Cocteau-MaraisCocteau – Marais : un si joli mensonge est une biographie de Jean Cocteau et de Jean Marais par Bernard Spindler parue aux éditions du Rocher en avril 2011 (248 pages, 12 pages de photos couleur ou noir et blanc, 20 €, ISBN 978-2-268-07077-3).

 

Je remercie les éditions du Rocher de m'avoir envoyé ce livre (et je suis désolée de n'avoir pas pu le lire peu de temps après sa réception).

 

1937. Jean Marais, 24 ans, auditionne devant Jean Cocteau pour Œdipe roi. C'est le début d'une grande aventure cinématographique, théâtrale et personnelle (26 ans) entre les deux hommes, celui qui est né en même temps que le cinématographe et celui qui se métamorphosera pour le cinéma (La Belle et la Bête, Fantomas...).

 

Flashback. Enfance de Jean Cocteau ; enfance de Jean Marais. Ambition et œuvre de Jean Cocteau : dramaturge, poète, peintre et cinéaste ; ambition et rôles de Jean Marais : acteur de théâtre et de cinéma mais aussi auteur, peintre.

Leurs points communs sont nombreux : élevés par leur mère, mauvais élèves, une guerre (la première pour Cocteau ambulancier, la deuxième pour Marais), passionnés de théâtre, peintres, narcissiques et surtout ambitieux !

Par contre Marais n'a jamais touché à l'opium alors que Cocteau a du suivre plusieurs désintoxications, en vain...

 

On croise du beau monde dans cette double biographie : les Noailles, Lucien Daudet, Madeleine Carlier, Maurice Rostand, Marcel Proust, Serge Diaghilev, Picasso, Satie, Roland Garros, Guillaume Apollinaire, Raymont Radiguet surnommé Radigo, Darius Milhaud, Joseph Kessel, Coco Chanel, Maurice Sachs, Suzy Solidor, Bunuel, Natalie Romanov-Paley, Yvonne de Bray, Luchino Visconti, Serge Reggiani, Michèle Morgan, Jean-Pierre Melville, et tant d'autres !

 

JeanCocteau.jpgJean Cocteau

« Faute de beauté grecque, Jean Cocteau cultive un charme troublant, un rien de préciosité dans la voix, une brillance de bonté et d'amusement dans le regard qui n'appartient qu'aux êtres différents. » (page 10).

« Je ne crois pas à la mort, parce que la mort est une forme de vie. » (page 18).

« […] il vise désormais un projet ambitieux, à haut risque, « l'art total ». L'intelligence rapide de Cocteau a parfaitement saisi : un tel projet ne peux exister qu'en rupture avec le classicisme figé. » (page 68).

 

Jean Marais

« Moulouk n'est pas un chien, c'est un ami. » (page 19)

« Ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi... » (page 219).

 

Les points forts

- les extraits et les poèmes (en italique) tout au long du livre ;

- l'évolution du théâtre et du cinéma au XXe siècle ;

- les incursions artistiques : musique (Groupe des Six, arrivée du jazz), danse (Charleston, chorégraphes russes), peinture, littérature (Nouvelle Revue Française) et la première campagne de promotion pour le n° 5 de Coco Chanel ;

- le contexte historique (début du XXe siècle, première guerre mondiale, entre-deux-guerres, années folles, vie mondaine, Montparnasse, Krach boursier de 1929, arrivée au pouvoir de Mussolini, deuxième guerre mondiale, occupation, censure).

 

JeanMarais.jpgQuelques extraits

« La France a changé d'allure, il suffit de regarder les femmes dans la rue. Les privations de la guerre ont aminci les silhouettes, peau blanche, peau brune, les chevilles se dénudent. Le jazz-band et la tango mania ont poussé les valses de Vienne sur le reculoir. Pour un temps. Les femmes, en l'absence des fils et des maris parti au front, ont pris l'habitude, nouvelle, de décider, seules. L'après-guerre s'inscrit dans la recherche et la découverte. […] Le progrès, c'est la liberté […], le Train bleu [...]. » (page 90).

« Pour la première fois dans l'histoire de la littérature, on va vendre des livres comme des savonnettes, des fruits ou des bibelots. L'auteur et son livre sont des produits commerciaux. Il convient donc de battre tambour pour les faire connaître […]. Nous sommes dans les années vingt, cette manière de penser est révolutionnaire. » (page 99).

« En ces années quarante, les beaux salons ne désemplissent pas. Il est de bon ton de s'y montrer en intéressante compagnie [...]. Fréquenter les soirées de l'ambassade d'Allemagne, où l'on croise l'essentiel des gens de théâtre et de cinéma, ce n'est tout de même pas collaborer […]. » (page 181).

 

Un si joli mensonge est une biographie très intéressante (plus que je ne le pensais) de deux grands noms du monde artistique français du XXe siècle : Cocteau (1889-1963) et Marais (1913-1998), et aussi de tous ceux qui les entouraient. Je me suis rappelée qu'enfant, j'aimais beaucoup Jean Marais (Quel charme ! Quel regard !) dans les films de cape et d'épée : La tour prends garde !, Le comte de Monte-Cristo, Le bossu, Le Capitan, et les films fantastiques : les Fantomas, Joseph Balsamo (feuilleton)... Mais que plus tard, il m'avait impressionnée aussi dans La Belle et la Bête, L'aigle à deux têtes, Les parents terribles, Orphée qui sont des films de Jean Cocteau ! Des films à revoir assurément...

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 06:07

Touriste.jpgTouriste est un récit de voyage de Julien Blanc-Gras paru Au Diable Vauvert en mai 2011 (262 pages, 17 €, ISBN 978-2-84626-295-8).

 

Je remercie Babelio de m'avoir envoyé ce livre dans le cadre de Mots pour mots qui permet de poser des questions à l'auteur.

 

Julien Blanc-Gras est né en 1976 à Gap. Il est journaliste et un grand voyageur.

Du même auteur : Gringoland (2005), Comment devenir un dieu vivant (2008).

 

Passionné de géographie depuis l'enfance, l'auteur consacre sa vie aux voyages : il est un touriste et visiter ces pays n'est pas un tableau de chasse, c'est vital !

« Aussi loin que je me souvienne, c'est la géographie qui a retenu mes faveurs. Pendant des années, je me suis couché avec un globe terrestre. […] Le premier livre que j'ai ouvert était un atlas. » (page 8).

« Il faut se rendre à l'évidence. Je dois aller dans tous les pays du monde. Je ne trouverai pas le repos dans l'immobilité. […]. » (page 10).

 

« […] la vérité est ailleurs. Ça m'arrange, c'est là que je vais. » (page 73). Alors, on part ? Embarquement... Décollage immédiat !

 

Angleterre : « […] difficile d'imaginer à quel point ça puait (ou alors il faut s'imaginer respirer à l'intérieur du ventre d'un cachalot mort de la peste depuis six semaines). […] Hull est un port. On y débarque du poisson […]. » (page 23).

 

Colombie : « Comme la plupart des grandes villes sud-américaines, Bogotá hurle ses inégalités et sent la pisse. » (page 32).

 

Inde : « Dès l'aéroport, on est aspiré par les arômes de l'Inde, l'encens, les épices et la merde. L'arrivée à Bombay, il aurait fallu que Céline l'écrive. » (page 49). « J'ai entendu quelques histoires de jeunes Anglais venus faire de l'humanitaire en Inde en sortant de chez leurs parents, et repartant au bout de trois jours, traumatisés par la réalité de la misère, qui n'a rien à voir avec les images de la misère. » (page 53).

 

Népal : « Kathmandou, le nom fait rêver. La réalité moins. Cette ville est une cuvette, un enfer de pollution. Irrespirable. Je dois acheter un masque de protection. […]. » (page 65).

 

Djerba (Tunisie) : « L'équipe d'animation est très sympathique. Des jeunes gens souriants et plein d'énergie, mais un peu insistants. » (page 78). « Je bats finalement en retraite. […] Je reprends mon sac et je cours à la gare routière pour trouver une solution de repli en urgence. » (page 79).

 

Maroc : « Ali me présente Chachi . Chachi a l'air impassible. Il a le regard profond de ceux qui sont nés dans le désert. Il est assez grand et il ne sent pas très bon. Il devient un peu moins impassible au moment où je lui monte dessus. […] Chachi […] un bon chameau. » (page 84).

 

Polynésie : « Je rêve de Pyongyang et de Kampala, on m'envoie à Papeete. Voyez le niveau de mon drame. » (page 91). « Le paradis me navre. C'est le lieu du repos. Je suis angoissé à l'idée de me reposer ici […]. » (page 103).

 

Brésil : « L'autre évidence d'un point de vue panoramique, c'est que Rio de Janeiro est la plus belle ville du monde. » (page 113). « Mon groupe de touristes repart satisfait. Ils sont venus voir des pauvres en vrai. Ils en ont vu. » (page 118).

 

Chine : « Il fait très chaud, ça sent le panda. » (page 130) à propos de Pékin avant les Jeux olympiques. « Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas où je vais, je suis perdu. Mission accomplie. » (page 131). Finalement, à défaut d'aller au Tibet, l'auteur ira dans le Chongqing, fera une croisière sur le Yang Tsé Kiang, visitera Xi'an, Shanghai et la Grande Muraille de Chine.

 

Critiques et infos sur Babelio.com

Guatémala : « C'est bien un rat qui court sur mon lit. […] tu devrais quitter cet hôtel miteux et cette ville par la même occasion. Il faut toujours suivre les conseils des animaux, […]. […] Je suis ici depuis quelques semaines, durant lesquelles mon activité principale a consisté à ne rien faire. » (page 157). Et visite de Livingstone, la cité garifuna dans les Caraïbes.

 

Israël : « Trente mètres suffisent pour comprendre que cette ville est incomparable. » (page 177).

Ramallah (Palestine) : « Ici la vie est difficile mais les gens sont bien. Ce sont nos dirigeants qui sont mauvais. Ils n'ont aucun intérêt à faire la paix, le conflit les enrichit. C'est pareil du côté israélien, la plupart d'entre eux veulent la paix, mais leurs politiques sont tout aussi opportunistes. » (page 186).

Jordanie : « Ce sont des ânes. Les gens d'ici sont stupides et ils font des enfants stupides. Ils accueillent les visiteurs en leur disant fuck your sister et ils ne comprennent même pas ce qu'ils racontent. Ils ne font pas l'effort de comprendre l'autre. […]. » (Walid, page 195).

 

Madagascar : « Depuis le putsch, le pays est entre parenthèses. À peine gouverné, pas vraiment reconnu. […]. » (page 203). L'auteur travaille avec des scientifiques qui étudient les fonds marins au sud de l'île.

 

Mozambique : en montgolfière au-dessus du bush, au nord du pays, avec une équipe de chercheurs. « […] nous atteignons la Rovuma. C'est une large rivière aux berges tachetées de traces d'animaux venus s'abreuver. [...] – De l'autre côté, c'est la Tanzanie. » (page 251). « La situation est dramatique. J'ai un nouveau pays sous les yeux, là, à cent mètres. Et une poignée de sauriens sournois m'empêchent d'y accéder. » (page 252).

 

Quelle aventure ! J'ai voulu relever pour chaque pays une phrase, amusante ou dérangeante ou simplement représentative de ce que l'auteur a vécu dans le pays. L'auteur accorde surtout de l'importance aux odeurs, aux gens et à ce qu'il voit (ou pas). Il manque pas mal de pays sur les 200 que comptent la planète : un deuxième tome un jour ?

 

Quelques réflexions qui m'ont interpellée.

« Je crois qu'il y a deux catégories de gens qui ne sortent pas de chez eux. Dans le premier cas, c'est simple, cela ne leur vient même pas à l'idée. Dans le second, ils n'osent pas, considérant que l'inconnu est dangereux. Il ne faut pas les blâmer. Vu de loin, le monde est effrayant. […]. » (page 31). Je dirais qu'il y a aussi des gens qui aimeraient partir et qui n'ont pas du tout les moyens.

« Il est toujours un moment dans la vie du voyageur, où, passée l'euphorie béate de la découverte, on se surprend à maudire la population locale. Pour sa lenteur, l'aberration de l'organisation, les trous dans la route, la chiasse, bref, pour de mauvaises raisons. Ça passe vite, c'est dans le processus qui conduit à l'amour éternel d'un pays. » (page 68). Je pense qu'on aime vraiment un pays quand on y a voyagé (voire vécu) et qu'on a vu les défauts mais qu'on continue de l'aimer.

« J'essaye de me figurer le nombre de personnes qui, sur cette terre, vivent et meurent sans jamais avoir l'occasion de s'éloigner de leur lieu de naissance. » (page 88). Déjà pour déménager en changeant de ville, voire pire de région, pour beaucoup c'est impossible !

« On ne peut pas se contenter d'accumuler les expériences et d'enfiler les villes toute sa vie. J'ai visité Sydney, Montréal, Tokyo, New York et leurs petites sœurs. Qu'en ai-je tiré, passée la jouissance éphémère de la découverte touristique ? » (page 165). Quand même j'aurais bien aimé lire un chapitre, quelques anecdotes sur ces villes.

 

Un bien beau voyage en tout cas, qui plaira aux amoureux de la géographie et à ceux qui aiment les voyages et les récits de voyage dépaysants.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 15:29

DerniereBagnarde.jpgLa dernière bagnarde est un roman historique de Bernadette Pécassou-Camebrac paru aux éditions Flammarion le 13 avril 2011 (312 pages, 20 €, ISBN 978-2-0812-2141-3).

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé ce roman, qui raconte en fait une histoire vraie.

 

Bernadette Pécassou-Camebrac est journaliste, elle réalise pour la télévision. Ses précédents romans sont parus chez Flammarion : La belle chocolatière (2001), Le bel Italien (2003), L'impératrice des roses (2005), La villa Belza (2007) et La passagère du France (2009). Je n'en ai lu aucun et je ne connaissais pas cet auteur.

 

Mai 1888, La Rochelle, Marie Bartête et d'autres femmes embarquent sur le Ville-Saint-Nazaire en compagnie de sœur Agnès et de la mère supérieure. Pendant six semaines, elles sont enfermées à fond de cale et voyagent dans des conditions innommables. « Elles n'avaient plus de larmes ni de forces. » (page 20).

Arrivées à Saint-Laurent-du-Maroni, à 260 kilomètres au nord de Cayenne, elles déchantent vite. Non seulement rien n'est prévu pour leur arrivée, mais elles sont cloîtrées dans un immonde carbet sale et humide où elles sont décimées par la fièvre bilieuse. « Ici on respirait un air étouffant sur une bande de terre humide et brûlante, boueuse et poussiéreuse, entre une jungle envahissante et un fleuve marron. » (page 125). Il ne restera que 15 femmes sur les 40 embarquées.

Louis Dimez et le Docteur Villeneuve font du mieux qu'ils peuvent, mais le jeune docteur Dimez ne tient pas le coup (en général, les fonctionnaires restent deux ans, et retournent en France, malades ou fous...) et il faudra attendre son remplaçant, Romain Gilot du corps militaire des médecins coloniaux. Mais, malgré sa jeunesse et sa motivation, que pourra-t-il faire de plus ?

 

Marie Bartête avait 20 ans, elle était originaire du Béarn, employée de maison à Bordeaux. Elle n'avait pas été condamnée au bagne, elle avait été « reléguée » parce qu'elle avait été arrêtée trois fois pour vol avant. Elle avait fait un peu de prison et réglé sa dette à la société, mais une loi de la Troisième République la considérait comme une récidiviste et l'envoyait en Guyane pour se débarrasser d'elle et épouser un bagnard. En fait, les femmes reléguées servaient plutôt de chair fraîche et personne ne disait rien...

« Ce qu'il y a de bien, vois-tu, ajouta alors le surveillant en chef, c'est que la chair fraîche on nous en envoie régulièrement, et qu'elle ne repart jamais pour se plaindre. Alors si comme dit l'autre cinglée le bon Dieu voit tout, pour l'instant il n'a encore rien raconté à personne. Ça ne doit pas être un bavard. » (pages 101-102).

 

J'ai relevé quelques incohérences de temps. Par exemple, « un an plus tôt » (page 177) alors que les femmes sont déjà là depuis près de deux ans. Ou « Quelques mois plus tôt, […] averti sœur Agnès [...] » (page 206) alors que sœur Agnès est morte avec les nombreuses femmes de fièvre bilieuse la première année.

 

Les personnages sont intéressants car on découvre des bribes de leur passé, leur parcours, on vit avec eux à Saint-Laurent-du-Maroni et on comprend leur impuissance et leur désespoir. Il y a Marie Bartête, mais aussi Louis Dimez puis Romain Gilot, les fonctionnaires (qui ne pensent qu'à une chose : partir !), sœur Agnès et la mère supérieure : Adrienne de Gerde, jeune fille de bonne famille qui n'avait pas pu épouser l'homme qu'elle aimait et qui avait été reléguée au couvent par sa famille puis reléguée en Guyane par sa hiérarchie, ainsi donc reléguée comme ces femmes dont la société se débarrassait...

 

L'histoire est tragique, poignante, et le livre se lit assez vite mais dans la douleur... J'ai déjà lu des histoires de miséreux, la pauvreté, l'alcool, la violence, mais là, c'est vraiment sordide. Le sort de ces femmes est ignoble, et il n'y a aucun témoignage d'elles à part celui qu'a recueilli le jeune journaliste Albert Londres en avril 1923 : Marie Bartête était la seule survivante, la dernière bagnarde !

Si vous voulez connaître le sort des bagnards de Cayenne, il y a Au bagne, d'Albert Londres (1923), et celui des deux mille femmes reléguées, il y a maintenant La dernière bagnarde, de Bernadette Pécassou-Camebrac (2011, il était temps !).

 

Si des lecteurs de Guyane passent par ici, n'hésitez pas à laisser un commentaire, un témoignage sur Saint-Laurent-du-Maroni ou Cayenne, merci !

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 12:03

SecretArthur.jpgLe secret d'Arthur : une tragédie bretonne est un roman de Philippe Tourault paru aux éditions du Rocher en mars 2011 (237 pages, 18 €, ISBN 978-2-268-07084-1).

 

Je remercie Céline et les éditions du Rocher de m'avoir envoyé ce roman historique bien intéressant et je remercie l'auteur de me l'avoir dédicacé (ça fait toujours plaisir).

 

Philippe Tourault est né en 1943. Il est historien, spécialiste de la Bretagne historique. Il est aussi Président du jury du Grand Prix du Livre d'Histoire (créé en 2007) et membre de l'Académie Littéraire de Bretagne et des Pays de Loire. Il a été chroniqueur au Figaro Littéraire, à Presse-Océan et actuellement au mensuel Nouvel Ouest.

Du même auteur : Les Angevins au temps des guerres de religion (1987), Anne de Bretagne (1990), Initiation à l'histoire de l'Église (1999), Saint-Dominique face aux Cathares (1999), La résistance bretonne du XVe siècle à nos jours (2002), Les rois de Bretagne du IVe au Xe siècles (2005), Les ducs et duchesses de Bretagne du Xe au XVIe siècles (2009).

 

Février 1196. La duchesse Constance, veuve du duc Geoffroy, entre avec son fils, Arthur, dans Rennes. Il a 9 ans et il déclare aux dignitaires de la ville : « Je jure devant vous tous, devant toute la nation bretonne, de défendre les droits et privilèges des clercs et des nobles, de défendre les faibles. Je jure devant Dieu de maintenir à tout jamais l'indépendance de la Bretagne. » (page 10). Puis il est couronné et béni dans la cathédrale et acclamé par le peuple. Après la cérémonie et un festin, Constance et Arthur retournent dans leur château de Bouffay, à Nantes.

« Pour l'instant, c'est la paix. Tout va bien. Ma mère peut régner tranquillement et vient de me faire couronner, moi le duc Arthur. Mais demain, demain ? » (page 14).

Mais ce n'est pas vraiment la paix : la Bretagne appartient à la couronne anglaise, les Plantagenêts, et on craint que Richard Cœur de Lion – revenu des Croisades – n'envahisse le pays.

Et si Constance a appelé son fils Arthur, c'est pour qu'il agisse comme le roi Arthur et libère la Bretagne ! « Oh, soyez tranquille, mère : je protégerai cette terre bénie ainsi que toute la Bretagne de toutes mes forces. » (page 31).

Dans la forêt de Brocéliande, Arthur rencontre une orpheline de 10 ans, Ermengarde. La jolie rousse est conviée au château où elle deviendra demoiselle de compagnie de Constance au même titre qu'une autre orpheline de 12 ans, la blonde Isabeau.

France12e.JPGArthur grandit mais tout s'accélère : sa mère est enlevée, les troupes de Richard débarquent sur le continent, Arthur fuit à Brest car le château-forteresse est inexpugnable, puis l'évêque lui conseille de s'allier au roi de France, Philippe le Capétien. Bien qu'il considère cette alliance comme une trahison à la Bretagne, Arthur se rend à Paris où il rencontre le roi et Louis, l'héritier de la couronne qui a le même âge que lui.

 

Nous n'avons pas ici affaire au Arthur de la légende médiévale, qui devint roi après avoir défendu la Bretagne fin du Ve et début du VIe siècles. Pourtant cette histoire du duc Arthur, imprégnée encore de légendes et de magie, mais surtout d'intrigues et de trahisons (et pas seulement venant d'Ermengarde) est aussi intéressante. Car au moment où s'arrête mon résumé ci-dessus, l'histoire continue, et même encore après la mort de Richard (avril 1199) avec Jean Sans Terre, fils d'Aliénor d'Aquitaine et cadet de Richard et de Geoffroy.

Un détail important. Les femmes régnaient comme Constance et donnaient leur avis, eh oui !, comme Isabeau et Ermengarde proches d'Arthur : « Et vous charmantes demoiselles, que dites-vous de tout cela ? » (page 146).

Cette lecture m'a appris beaucoup de choses encore sur le Moyen-Âge, le comportement des gens et leur manière de penser, les relations entre les hommes et les femmes, la façon de mener une guerre, les motivations à s'allier avec le roi de France qui à l'époque ne régnait que sur un petit territoire (partie bleue) puisqu'une partie appartenait à des vassaux du roi (partie bleue plus claire) et que la partie occidentale – de la Normandie aux Pyrénées – appartenait aux Anglais (partie verte).

Vous aimez l'Histoire ? Le Moyen-Âge ? La Bretagne ? J'espère que ce roman vous plaira autant qu'à moi !

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 00:03

127Heures.jpg127 heures est un récit d'Aron Ralston paru aux éditions Michel Lafon le 10 février 2011 (304 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-7499-1372-8). Between a rock and a hard place (2004) est traduit de l'américain par Yves Forget-Menot.

 

Je remercie Camille et les éditions Michel Lafon de m'avoir envoyé ce livre.

 

J'aime la Nature, la montagne, les grands espaces et l'aventure mais j'ai hésité avant d'accepter ce livre parce que j'avais peur que le thème (l'alpinisme) ne m'intéresse pas vraiment et que certaines scènes soient trop difficiles mais je ne regrette pas de l'avoir lu car il est vraiment très bien.

 

Ce livre n'est pas un roman, c'est l'histoire d'Aron Ralston, un aventurier de 27 ans (il est né en octobre 1975 dans l'Indiana), fier, expérimenté, qui n'hésite pas à partir seul pour des randonnées et des escalades souvent dangereuses.

 

Ce 26 avril 2003, Aron part dans les gorges de l'Utah pour randonner dans le Blue John Canyon, un canyon reculé et peu fréquenté, autrefois cachette des bandits de la Horde sauvage (Butch Cassidy, Blue John...). Il n'a prévenu personne et n'a jamais de téléphone portable. Le matin, il rencontre deux jeunes femmes de la région, Megan et Kristi, mais ils ne partent pas du même côté et elles ne savent pas où il va exactement.

Tout se passe bien, mais un peu avant le rappel du Big Drop, un énorme rocher tombe sur Aron qui lève la main droite pour protéger son visage et c'est cette main qui va être coincée entre le caillou et la paroi. Il sera impossible de la retirer ou de soulever le rocher (il pèse dans les 500 kilos).

Pendant 127 heures, soit plus de 5 jours, Aron va rester bloqué, luttant pour sa vie, luttant contre la déshydratation (il lui reste moins d'un litre d'eau), contre la faim (il ne lui reste que deux burritos), contre l'hypothermie, contre la douleur, contre une insuffisance cardiaque (dans ces cas-là, le cœur peut lâcher) et aussi contre la folie.

 

Comment va réagir le jeune homme qui a déjà par le passé failli mourir noyé, failli tomber dans une crevasse, et été pris dans une avalanche ? Car pendant les jours (5 jours et quelques et 5 nuits) où il est bloqué, il ne raconte pas que son calvaire : il se remémore sa vie, sa passion de la montagne depuis qu'il a 12 ans, ses voyages avec sa jeune sœur ou ses amis, son travail d'ingénieur, ses excursions sur les plus de 4000 mètres, etc., et s'enregistre chaque jour sur sa petite caméra portable. Dès le début, il pense à couper son bras mais il n'en a pas le courage...

 

Quelques extraits

« Nous ne sommes pas remarquables parce que nous nous trouvons au sommet de la chaîne alimentaire, ni parce que nous modifions notre environnement […], nous le sommes précisément parce que nous exerçons notre volonté dans cet univers en dépit de notre insignifiance comme de la fragilité et du caractère éphémère de notre existence. » (page 19).

« Je voulais savoir qui j'étais vraiment : étais-je de ceux qui se laissaient mourir ou au contraire de ceux qui surmontaient tous les obstacles pour se sauver et sauver les autres ? » (page 84).

« Nous créons notre propre existence. J'avais recherché l'aventure ; je l'avais trouvée. » (pages 114-115).

« Au cours de mes expéditions moins dangereuses mais aventureuses, je poussais mes limites d'endurance en m'engageant dans des souffrances imposées pour tenter de briser mes résistances intérieures et de me surpasser. » (page 149).

 

Un récit incroyable et édifiant qui montre qu'il est important d'aller au bout de soi, même si ça peut paraître orgueilleux. Une lutte pour la vie. Une décision à prendre, et au bon moment. Un miracle. « Don't give up ! ».

Le livre contient 8 pages de photographies en couleur (l'auteur avait son appareil photo et sa caméra avec lui) qui permettent de voir Aron, son équipement et le lieu de l'accident.

Ce récit n'est pas trop difficile à lire finalement et je n'ai pas eu d'impression de voyeurisme (j'avais peur que ça soit un peu gore). C'est un témoignage à découvrir même si on n'aime pas la montagne ou l'escalade.

 

127 heures est sorti le 23 février dans les salles : un film de Danny Boyle avec James Franco, inspiré de cette histoire vraie et tourné dans l'Utah, près de Moab (les décors sont magnifiques). Et sur le site du livre, des places de cinéma à gagner !

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 00:04

AbsolumentDebordee.jpgAbsolument dé-bor-dée ! ou le paradoxe du fonctionnaire est un essai de Zoé Shepard paru aux éditions Albin Michel en mars 2010 (300 pages, 19 €, ISBN 978-2-22620-602-2).

 

J'ai patienté un peu pour lire ce livre... Tout le monde en parlait, même ceux qui ne l'avaient pas lu, tout le monde avait un avis, ceux qui travaillent dans le privé et ceux qui travaillent dans le public, et même ceux qui ne travaillent pas. Bref, j'ai voulu attendre que le tintamarre s'apaise pour le lire en me faisant plaisir. De toute façon, je n'aurais pas eu le temps de le lire avant, j'étais dé-bor-dée !!!

 

Zoé Shepard sort d'une grande école et décroche son premier poste dans une mairie. Elle raconte l'entretien d'embauche et les premiers mois – de novembre 2006 à juin 2007 – de son expérience de haut-fonctionnaire dans cette administration de la fonction publique territoriale. Elle est pertinente, amusante, parfois dégoûtée ou révoltée. Elle écrit de façon décapante les dysfonctionnements : heures à ne rien faire ou à faire en trois semaines ce qu'il est possible de faire en deux heures, les comportements des collègues et des supérieurs hiérarchiques : faignants, ambitieux, zélés, bavards, incompétents, accrochés à leur téléphone portable, atteints de réunionite aiguë... « En théorie, formés pour tout faire, et en pratique, incapables de faire grand chose. » (page 84), le copinage et le népotisme, son voyage dans le Jilin en Chine pour des partenariats économiques.

 

On ne sait rien de sa vie privée, à part qu'elle a un chat : elle veut se protéger et le nom d'auteur qu'elle utilise est un pseudonyme mais cela ne l'a pas empêchée d'être reconnue (son vrai nom est Aurélie Boullet) et suspendue pour manquement à son devoir de réserve. Elle a depuis été réintégrée. Si vous voulez en savoir plus sur Zoé Shepard, elle est sur Facebook, site sur lequel il existe aussi un comité de soutien.

 

Vérités ? Exagérations ? Sûrement un peu des deux ! En tout cas, j'ai bien rigolé en lisant ce témoignage. Tiens, un exemple : vous notez les rendez-vous de votre boss ? Si vous êtes une femme, vous êtes une simple secrétaire, si vous êtes un homme, vous êtes chef de cabinet !

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 00:08

GermainAuxerre.jpgSaint Germain d'Auxerre est une biographie écrite par Jean-Pierre Soisson parue aux éditions du Rocher - DDB Desclée de Brouwer le 5 janvier 2011 (222 pages, 21 €, ISBN 978-2-268-07053-7).

 

Je remercie Céline et les éditions du Rocher qui m'ont envoyé ce livre parfait pour découvrir le Ve siècle en France et en Europe.

 

Je n'avais pas réalisé que l'auteur est l'homme politique Jean-Pierre Soisson ! Né le 9 novembre 1934 à Auxerre (Yonne). Ancien maire d'Auxerre, ancien secrétaire d'État, ancien ministre (plusieurs fonctions), actuellement député de la ville d'Auxerre et conseiller de la région Bourgogne, il est aussi l'auteur de biographies (Charles le Téméraire, Charles Quint, Marguerite d'Autriche, Philibert de Chalon, Paul Bert).

 

« Germain fut le grand évêque gaulois du Ve siècle. » (page 9, première phrase).

 

Germain d'Auxerre (~378-448) était le fils unique de « riches propriétaires fonciers » (page 58), un « jeune homme de l'aristocratie gallo-romaine » (page 61). Il est devenu haut fonctionnaire impérial, a épousé Eustachie puis a été élu dix ans plus tard évêque d'Auxerre « contraint et forcé » (page 64). Il a en effet été choisi à la fois par la noblesse, le clergé et la population et a dû prendre la succession d'Amâtre, le quatrième évêque d'Auxerre (qui est à l'origine – druidique – de la tonsure). Au besoin, il sut aussi être un chef de guerre. Envoyé en Bretagne (Angleterre) puis en Armorique pour lutter contre les premières divergences (arianisme, nestorianisme) et hérésies (pélagianisme, donatisme), Germain a accompli quelques miracles (les miracles ont créé le culte des reliques et des médailles au Ve siècle). Durant sa première mission, Germain a béni Geneviève à Nanterre (elle avait dix ans), plus tard elle est devenue Sainte-Geneviève après avoir sauvé Paris des troupes d'Attila. Germain a aussi formé Patrice (devenu le Saint-Patrick de l'Irlande), Brieuc (devenu le patron de la Bretagne et l'Armorique) et Iltud (devenu le Saint du Pays de Galles).

« Germain, le grand évêque gaulois, fut le précurseur de la chrétienté médiévale. » (page 87) et « S'inscrivant dans la filiation de Saint Paul, il a clos au Ve siècle la première période du christianisme, celle du christianisme primitif, et ouvert la deuxième, celle de la chrétienté médiévale. » (pages 90-91).

Une des sources de l'auteur est l'hagiographie de Constance de Lyon, biographe de Saint Germain d'Auxerre.

 

Cette passionnante biographie décortique les institutions romaines, le pouvoir et l'Église qui se coule « dans le moule des institutions romaines » (page 10) puis « supplée l'État défaillant » (page 47). Le lecteur voit s'écrouler l'Empire Romain (fondé sur l'otium, les loisirs, c'est-à-dire se cultiver et se divertir ce qui mène à la débauche), il suit les débuts du christianisme en Europe et la mise en place de gouvernements et de l'Église (elle est alors synonyme de pauvreté et de sobriété) dans les royaumes qui vont devenir Italie, France, Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne. Il est témoin des invasions, successions, intrigues, et voit défiler Romains, Gaulois, Huns, Goths, Wisigoths, Alains (il me semble que je ne les connaissais pas ceux-là !), Francs, Perses, Vandales et autres Barbares. Il assiste à l'avènement de l'empire germanique, à la sédentarisation des empereurs (à Rome pour l'Occident, à Constantinople pour l'Orient) et aux premiers conciles.

 

Un petit détail

Les bagaudes et jacqueries de l'ouest (Armorique) dues à la pauvreté ne datent pas d'hier !

 

Un passage intéressant

« […] deux partis se disputaient le pouvoir.

Un parti de la résistance, du repli sur l'Italie, germanophobe, n'admettait pas que des 'non-Romains' pussent diriger l'armée et, plus encore, occuper des postes importants au sein de l'administration. […].

[…] un parti de l'ouverture. Conscient que l'empire ne pouvait vivre replié sur lui-même, […] intégration, dans l'armée et la haute fonction publique, d'éléments étrangers. » (pages 24-25).

 

L'Antiquité et le Moyen-Âge comme si on y était ! « Un monde disparaissait, le monde antique, et un autre, qui serait le Moyen-Âge, surgissait. » (page 30). Une vie extraordinaire que celle de Germain d'Auxerre, qui ne supportait pas l'injustice, et qui a rassemblé les mondes romain et celtique. Un livre très instructif et facile à lire pour découvrir les débuts non seulement de la France mais aussi de l'Europe.

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 07:02

RichardAnthony.jpgQuand on choisit la liberté est l'autobiographie de Richard Anthony parue le 19 octobre 2010 aux éditions Florent Massot (366 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-916-54669-8).

En milieu de livre, 8 pages de photos en noir et blanc ou couleur et à la fin, une vingtaine de pages de la discographie de Richard Anthony avec une introduction d'Olivier Delavault.

 

J'avoue que Richard Anthony n'est pas dans ma discographie, bien que je connaisse quelques titres. Mais lorsque Gilles Paris m'a proposé ce livre, j'ai immédiatement accepté lorsque j'ai su que Richard Anthony était le premier, en 1958, à avoir chanté du rock'n'roll en France et donc à avoir fait découvrir aux Français ce nouveau style musical.

 

Dès la première page, je suis surprise en apprenant que Richard Anthony est né en Égypte – le 13 janvier 1938 – d'un père égyptien et d'une mère anglaise. Sa mère lui fait découvrir le jazz et son père la musique arabe. Je découvre qu'il est apatride : comment cela peut-il se faire alors qu'il se sent totalement Français ?

Après une enfance dorée au Caire durant laquelle il n'a entendu que les bruits de la guerre, sa famille s'installe à Paris en 1947, en Argentine en 1949 et de nouveau en France en 1951. Naît une sœur, Manuela (Btesh). Le petit Richard, surnommé Dicky par sa mère, a donc connu le pensionnat en Angleterre, le collège américain en Argentine, et enfin Janson de Sailly et la fac de Droit en France. C'est un homme instruit, éclectique, parlant plusieurs langues (français, anglais, italien, espagnol et arabe) et curieux, pas seulement en ce qui concerne la musique. Il est par exemple passionné de mécanique et de beaux modèles (voitures, bateaux, avions).

Dans les années 50, le jazz a déjà fait son apparition en France et de grands artistes émergent. Mais le rock'n'roll est encore inconnu et Richard a vraiment envie de devenir chanteur. « J'en parle partout, c'est devenu une obsession. » (page 48). Plusieurs rencontres ainsi que sa ténacité et son talent font que son rêve se concrétise et il est effectivement en 1958, avec les adaptations de Peggy Sue (Buddy Holly) et de You are my destiny (Paul Anka), le premier chanteur français à chanter du rock'n'roll. Ses musiciens sont issus du jazz mais il veut absolument un son rock, il sait que c'est la musique qu'attend la nouvelle génération. Et dès le début de sa carrière, il veut tout suivre (paroles, musique, enregistrement, arrangements, production). C'est un artiste complet et accompli.

Après 1960 arrivent Johnny Hallyday, Dick Rivers et ses chats sauvages, Eddy Mitchell et ses chaussettes noires, Franck Alamo, les Surfs, Hugues Aufray, Claude François, Sylvie Vartan, Sheila, France Gall, Petula Clark, Françoise Hardy... Tous les artistes avec qui Richard Anthony va être ami et va faire des tournées et des émissions de télévision.

À noter Europe 1 (la première radio à avoir passé sa chanson Peggy Sue), sa première scène en première partie de Dalida, le Palais des Sports en 1961 (premier festival rock en France), la création de Salut les copains, ses tournées avec France Gall puis Françoise Hardy, l'Olympia, et le concert gratuit Place de la Nation avec 200 000 personnes : « Les jeunes viennent en masse et depuis avant-guerre, en France en tout cas, aucun événement de quelque nature que ce soit n'a rassemblé autant de monde. » (page 108), et le Zénith en 1998 pour ses 40 ans de carrière.

L'histoire de Richard Anthony, c'est aussi les femmes qu'il a aimées, Michèle, Josiane, Sabine, Caroline, Élisabeth, et leurs enfants, ses maisons, ses voyages, ses spectacles et ses tournées, ses rencontres (Jacques Poisson, Pierre Rey, Maurice Chevalier, Daniel Filipacchi, Michel Bourdais...), ses amis (dont les Beatles et les Rolling Stones car il a enregistré pendant une dizaine d'années à Abbey Road), et aussi le contexte historique et social des années 60 (guéguerre des idoles lancée par les journalistes, violences après les concerts de rock, Mai 68, Général de Gaulle) et le changement de cap des années 70.

 

J'ai découvert un homme sensible, généreux et passionné. Un homme qui a connu la richesse, la précarité, un redressement fiscal, qui a vécu dans plusieurs pays (Égypte, Italie, France, Angleterre, Argentine, Espagne, États-Unis). Un homme dont la carrière dure depuis plus de 50 ans (avec des hauts et des bas, il est vrai). Un homme surnommé le père tranquille du rock, avec ce que ça implique : on peut le considérer comme un ringard ou un has-been, mais ce sont des faits qu'il est le précurseur du rock – ainsi que de la vague yé-yé et du twist – en France (en Europe ?) et qu'il est toujours là ! Mais il le dit lui-même : « Rien n'est acquis d'avance et tout peut arriver. C'est le public qui décide. » (page 61).

 

Cette biographie m'a appris – ou rappelé – de nombreuses choses sur les années 60 et 70 (une autre époque...), et je remercie Gilles Paris de me l'avoir envoyée.

 

Plus de Richard Anthony sur http://richard-anthony.fr.gd/ et sur http://richardanthony.com/.

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 00:25

LennonFoenkinos.jpgLennon est un roman biographique de David Foenkinos paru le 21 octobre 2010 aux éditions Plon (236 pages, 18 €, ISBN 978-2-259-21232-8).CoupCoeur2010.png

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé ce livre passionnant.

 

David Foenkinos est né en 1974 à Paris et il a étudié à la Sorbonne. Il est passionné de jazz et a été professeur de guitare.

Du même auteur : Inversion de l'idiotie : de l'influence de deux Polonais (2001, prix François Mauriac), Entre les oreilles (2002), Le potentiel érotique de ma femme (2004, prix Roger Nimier), En cas de bonheur (2005), Les cœurs autonomes (2006), Qui se souvient de David Foenkinos ? (2007, prix Giono), Nos séparations (2008), La délicatesse (2009, prix des Dunes).

Le blog de David Foenkinos sur Livres Hebdo (plus trop mis à jour).

 

Voici une biographie de Lennon un peu différente d'une biographie classique (chronologique). David Foenkinos est sûrement passionné par les Beatles et Lennon. Il utilise les cinq années où John Lennon a vécu aux États-Unis avec Yoko Ono et leur fils, Sean, pour raconter des séances d'analyse. Les séances ne sont pas régulières : parfois le couple est au Japon, ou bien Lennon ne ressent pas le besoin de s'épancher.

 

Une biographie qui tombe bien en cet automne 2010 puisque Lennon aurait eu 60 ans le 9 octobre et que cela fera 30 ans qu'il a été assassiné (8 décembre 1980 à New York).

 

L'auteur écrit donc comme si Lennon parlait à un psy et le lecteur apprend énormément de choses, parfois surprenantes : son enfance, ses parents un peu barrés, leur abandon, son éducation par sa tante Mimi (la sœur de sa mère), son premier groupe The Quarry Men : « J'ai compris très vite qu'être dans un groupe, c'était avoir une carapace. » (pages 78-79), ses rencontres avec ceux qui formeront The Beatles (Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr) et ceux qui graviteront autour du groupe comme Pete Best, Stuart Sutcliffe : « Il y a des morts qui paraissent plus scandaleuses que d'autres. Il y a des morts qui sont insoutenables. » (page 112) ou Brian Epstein, Hambourg où Lennon a peut-être tué un homme, ses conquêtes jetables, son épouse Cynthia et leur fils Julian dont il s'est très peu occupé : « On aime ses enfants d'une manière différente car on est différent au moment de les avoir. […] Il est mal tombé. » (page 20), son mal-être et sa violence, l'alcool et les drogues, l'écriture et la composition des chansons, la Beatlemania : « […] : nous étions comme une folie maîtrisée. Une révolution douce. Nous étions à la fois subversifs et respectueux. » (page 141), les voyages, le cri primal, les rencontres avec Elvis Presley : « Si je suis ce que je suis, c'est parce que Elvis a été ce qu'il a été. Il a dynamité ma vie. Je n'oublierai jamais la première fois que je l'ai entendu. […]. » (page 68), Bob Dylan : « […] je l'admirais profondément. […] Il m'a beaucoup influencé, surtout dans l'écriture des paroles. Il m'a poussé à être plus personnel, plus poétique, à élargir mon champ de vision. » (page 145), le Maharashi et le voyage initiatique en Inde : « J'évacuais enfin les cris et la folie des dernières années. » (page 174), etc., et bien sûr sa rencontre avec Yôko Ono à la galerie d'art L'Indica où elle exposait (quatorzième séance).

 

LennonAndOno.jpgJe connaissais les chansons des Beatles (et celles de Lennon après les Beatles), mais je ne connaissais pas l'homme. Je ne me rendais pas compte de la vie que Lennon avait pu avoir (en dehors du fait que je savais que les membres du groupe venaient de Liverpool, une ville prolétaire touchée par la crise) et de son caractère, de son comportement.

 

Lennon, l'homme qui se disait « plus populaire que Jésus », était un enfant, puis un adulte, timide, sensible, émotif, fragile, introverti, impressionnable qui se sentait minable et qui souffrait énormément : « Il n'y a pas de vacances à la douleur. La souffrance est une éternité. » (page 17). C'est vrai qu'il a été salaud, surtout avec les femmes, mais pas que : « […] : une partie de moi-même est persuadée que je suis un pauvre type, et une autre pense que je suis Dieu » (page 12), « J'étais un salopard, comme tous ceux qui réussissent. » (page 20). Passionné par l'œuvre de Lewis Carroll, il a ensuite cherché dans les drogues ce qu'il ne trouvait plus dans les livres : « Enfant, je me suis défoncé à l'imagination, et c'était quand même moins nocif. » (page 36) mais « Oh oui, j'étais différent. J'ai tout de suite su que j'étais un génie. J'avais en moi la part de souffrance nécessaire à la formation du génie. » (page 61). Lennon a retrouvé sa mère puis son père plus tard, il a également retrouvé son fils Julian plus tard, certainement qu'il s'est retrouvé lui aussi plus tard...

 

J'ai été émue lorsque Lennon apprend la mort d'Elvis (sixième séance).

 

Ce qui m'a surprise : « Quand je pense qu'à ce moment-là, tout le monde cherchait à nous opposer aux Stones. Comme quoi on était les gentils et eux les méchants. Quelle connerie. D'abord on était potes, on leur avait même écrit des chansons. Et puis j'étais cent fois plus violent que Mick. […]. Mais ils ont passé leur temps à nous copier. […]. Les seuls avec qui on a vraiment rivalisé, ce sont les Beach Boys. […]. » (pages 131-132).

 

Ma phrase préférée : « J'ai l'impression que le génie se paye parfois. Et que la sauvagerie dont on est victime soulage les minables. » (page 192).

 

En fait John Lennon a été un homme, tout simplement, avec ses qualités et ses défauts, et cela le rend vraiment attachant. Un homme de son époque, un homme qui a fait bouger son époque, un homme violent devenu pacifiste, un génie, un immortel.

 

Lisez Lennon, vous verrez !

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 00:22

PrincesseSoso.jpgChroniques d'une prof qui en saigne est un essai de Princesse Soso paru aux éditions Privé / Michel Lafon le 21 octobre 2010 (335 pages, illustrations en noir et blanc, 14,90 €, ISBN 978-2-35076-115-2).

 

Je remercie Camille des éditions Michel Lafon de m'avoir envoyé ce livre. Comme j'ai lu récemment L'école de la honte, d'Émilie Sapielak, je me suis dit que ça pouvait être intéressant de lire un autre témoignage, écrit de façon plus humoristique même si « Le monde va mal. » (page 105).

 

Princesse Soso est prof d'anglais en collège depuis 6 ans. Elle offre un témoignage détaillé et détendu de sa profession, des collégiens, des parents... Sur pas mal de points, son témoignage rejoint celui d'Émilie Sapielak mais elle le délivre de façon tellement différente, moins dramatique, et avec beaucoup plus d'humour que j'ai ri plusieurs fois malgré les « situations délicates, pénibles voire dangereuses » (page 46).

 

En tout cas, elle démarre fort : « Il faut bien garder en tête que le collège est une jungle. » (page 15) et n'hésite pas à se moquer gentiment du lecteur : « Vous remarquerez qu'une culture générale de premier ordre est conseillée pour bien comprendre cet ouvrage. » (page 7) et « Au fait, je ne vous ai pas dit. J'enseigne la langue de [Shakespeare] Britney Spears. » (page 8). Très drôle, elle aurait dû dire des Spice Girls qui sont Anglaises puisqu'elle enseigne l'anglais et pas l'américain ! À noter qu'elle écrit entre crochets ce qu'elle pense et à côté ce qu'elle se sent obligée de dire, bref souvent le politiquement correct.

« En six ans, j'ai côtoyé 1 542 élèves dans douze bahuts différents : des gamins adorables, des psychopathes en puissance, des mômes qui n'ont pas la moindre notion de respect de l'autre, des choupinous curieux et marrants, des ados qui ne savent pas lire et des cas sociaux en veux-tu en voilà... » (page 10).

 

Allez, c'est parti pour une année scolaire ? Trois trimestres palpitants, aux multiples rebondissements, avec des « enfants ignares et mal élevés » et des « ados violents et perturbés » (page 43), des parents démissionnaires et négligents » (page 127), et tout ce que vous avez envie / pas envie (rayez la mention inutile) de lire sur les profs, les enfants, les ados et les parents.

 

Princesse Soso ose dire les choses. « Certains diront que ce que j'écris est vraiment choquant et que je devrais changer de métier si je suis si aigrie. À cela je répondrai que ce que je trouve réellement choquant, c'est [...] » (page 61), « Le bahut a des allures de lupanar en ce moment... » (page 82), « Il est triste, affligeant, inquiétant (liste d'adjectifs non exhaustive) de constater qu'en 2010 beaucoup de familles vivent dans une précarité culturelle et intellectuelle d'une telle ampleur. » (page 90), « […] Une génération qui est fière de son ignorance et qui se complaît dans le rejet de la culture. » (page 146), « […] au lieu de se vautrer dans l'ignorance et surtout la fierté de cette ignorance. » (page 203), « Le collège unique est une terrible erreur. » (page 294) : évidemment elle argumente abondamment ses points de vue et apporte courageusement quelques solutions.

Éduquer les parents pour qu'ils deviennent des adultes responsables capables d'élever leurs enfants parce que « Le vrai problème, c'est que trop de gens élèvent mal leurs enfants. […] Je pense à l'absence de limites et de repères. » (page 235) : « Quand les parents fixeront de véritables limites à leur enfant et seront du côté de la connaissance et du respect, quand nous aurons plus de moyens humains pour encadrer, encourager, surveiller les élèves, quand la violence ne sera plus la norme sociale, peut-être l'école retrouvera-t-elle son aura d'autrefois. » (page 41), « Je ne pensais pas que tant de quadragénaires écrivaient comme des porcs sur un ordinateur. » (pages 68-69), « Au lieu d'apprendre de leurs erreurs et d'espérer que leur enfant réussisse mieux qu'eux, ils le brident et l'enferment dans leur médiocrité intellectuelle. » (page 222).

Appeler un chat un chat [ah, le politiquement correct...] : on ne doit pas dire une faute (connotation religieuse) mais une erreur [tout le monde en fait, c'est cool !], on ne doit pas dire échec scolaire [ouh, le gros mot !] mais réussite différée [MDR, il faut arrêter de prendre les gens pour des cons !]...

 

Les trois petits défauts du livre de Princesse Soso

Elle n'hésite pas à écorcher elle aussi la langue française en utilisant des anglicismes (ah, ben ça ne plaît pas à tout le monde ; au Québec c'est même interdit !) ou le langage des jeunes (pas jeunes-ados mais jeunes-adultes).

Sa culture générale en vrac, Hello Kitty, Pucca, les Bisounours, les Feux de l'amour, Sex and the city, Benjamin Castaldi et Secret story... : j'ai préféré prendre ça au second – et même au troisième – degré et en rire. C'était le but, n'est-ce pas ?

Les fameuses vacances dont les profs exténués ont besoin pour se reposer et se ressourcer, je veux bien, mais il existe d'autres professions (dans le social, les loisirs, la culture) où des adultes sont en contact tous les jours avec des enfants et des ados et ils n'ont pas autant de vacances pourtant ils en auraient besoin eux aussi pour se reposer et se ressourcer, non ?

 

Le petit plus

Princesse Soso aime les contrepèteries ! Un titre de chapitre : Le résultat des fouilles finit dans les caisses de l'État. Un autre : Le choix dans la date.

 

Un document à savourer pour son humour que vous ayez des enfants au collège ou pas ; et tout comme pour L'école de la honte, j'aimerais bien avoir les avis de profs qui ont lu ce livre.

 

Retrouvez Princesse Soso sur son blog, Food'Amour : apparemment Princesse Soso n'est pas que prof d'anglais, elle est aussi bonne cuisinière alors essayez son risotto, ses sushis et makis, ses muffins, etc !

 

PS : L'extrait « victime du crime qui tombe dans la déprime » (page 251) proviendrait-il du dessin animé Tic et Tac ?

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