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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 00:08

DamnatioMemoriae.jpgDamnatio memoriae : plaidoyer pour Néron est un roman de Jean Dreydemy paru aux éditions Société des Écrivains en mai 2011 (390 pages, 21 €, ISBN 978-2-748364118).

 

Je remercie Abeline et les Chroniques de la rentrée littéraire de m'avoir envoyé ce roman en plus de Mon frère italien, de Giovanni Arpino.

 

Jean Dreydemy... Je n'ai pas trouvé d'infos sur l'auteur ! Un autre roman de lui : Nivaland ou Les orages du Montabone (janvier 2003).

 

Àl'âge de 2 ans, Lucius est orphelin : son père, Barberousse Domitius, est mort au combat « quelque part dans le sud » et sa mère, Agrippine (dont le frère Caligula est empereur) s'est exilée aux îles Pontines avec son amant, Sénèque. Son grand-père, Germanicus, a été assassiné à Antioche où les premiers Chrétiens ont créé une église (les Romains polythéistes n'aiment ni les Juifs ni les Chrétiens monothéistes). Sa tante paternelle, Lépida Domitia, ne voulant pas s'encombrer d'un enfant, le confie à deux serviteurs de confiance, Euclide et Icare qui vont l'élever et l'aimer comme leur fils. « Ainsi s'ébaucha une vie tranquille à Antium, pour un fils de famille impériale, entre un acrobate et un barbier. » (page 13). « Si, plus tard, quelqu'un avait demandé à Néron quel espace de bonheur il avait connu dans sa courte vie, il aurait certainement répondu : 'mon enfance à Antium'. » (page 98).

La première fois que Lucius voit Rome, c'est lors de la victoire des Romains en Bretagne, et il trouve cette ville laide mais plus tard : « « Rome aimait Néron. Néron aimait Rome. » (page 210).

La Pax Romana (paix romaine) est instaurée. « L'époque était aux jeux, puisqu'il n'y avait pas de guerre importante, mais uniquement un maintien de l'ordre du côté de l'Asie. » (page 62).

Icare se tue pendant un spectacle et Lucius reste d'abord avec Euclide puis sa mère le récupère et ils vont vivre à Rome. Agrippine épouse Claude, le nouvel empereur, et prépare l'accession au pouvoir de son fils unique alors que Claude a déjà un fils, Britannicus, et une fille, Octavie (que Néron se verra contraint d'épouser alors qu'il aime Claudia Acte, la fille d'une esclave).

Lucius a 12 ans lorsque Claude l'adopte et le renomme Néron (« homme courageux »). À 14 ans, il est émancipé et devient consul ; l'histoire continue : assassinats, empoisonnements, mensonges, complots, trahisons, scandales...

 

Ce roman historique est la biographie de Lucius Domitius Ahenobarbus devenu Néron, empereur de Rome, qui selon ce qu'il avait affirmé à sa mère à l'âge de 10 ans est aussi devenu « musicien, acteur, metteur en scène de théâtre. Le plus célèbre, le plus grand que Rome ait connu ! » (page 64).

Alors, fiction ou réalité ? La question est la même pour les biographies antiques (historiographies) rédigées par Tacite (Les Annales, en 110) et par Suétone (La vie des douze Césars, entre 119 et 122) car le Sénat a prononcé une Damnatio memoriae contre Néron à sa mort. Il aurait donc dû disparaître des mémoires, de l'Histoire, eh bien c'est raté !

En tout cas, j'ai beaucoup aimé suivre ce héros déchu depuis sa naissance à Antium (aujourd'hui Anzio) en décembre 37 jusqu'à sa mort à Rome en juin 68. La première partie (une centaine de pages) qui raconte l'enfance d'un petit Romain de l'Antiquité est passionnante car on découvre la vie quotidienne, les métiers, les jeux (adulte, Néron fera interdire les combats de gladiateurs).

Une autre ville a compté dans la vie de Néron, c'est Pompéi (je rappelle que cette ville fut détruite en 79) car il y trouva l'amour en la personne de Poppée qui lui donna une fille, Claudia Augusta.

Alors fou ? Manipulateur ? Assassin ? Victime de médisances et de folles rumeurs ? On a pourtant l'impression à la lecture de ce livre que Néron était un pacifiste, un artiste passionné de musique (il composait et jouait de la lyre), de poésie et de théâtre, qui ne voulait pas que son règne soit « marqué par les guerres ni les conquêtes. » (page 180), qui désirait l'affranchissement des esclaves et qui se promenait incognito parmi le peuple pour entendre les avis et les opinions. « Que pensait le peuple ? Néron souhaitait l'apprendre par ce moyen direct. Bien sûr, le peuple ne disposait d'aucun levier politique, mais peut-on gouverner une multitude sans se préoccuper de l'opinion qu'elle a de vous ? Les gens parlaient du prix et de la qualité des produits, du déroulement des jeux, de leurs problèmes familiaux, plus rarement des colons de Bretagne ou des légionnaires d'Orient. » (pages 245-246).

Bien sûr l'homme n'était pas parfait : Néron a lancé une répression contre les monothéistes car, pour parvenir à leurs fins, ils utilisaient « l'injure, la calomnie et les pratiques magiques pour abuser de la crédulité des gens. » (page 312). Il n'aimait de toute façon pas les religions : « Que maudites soient ces religions avec leurs prophètes, leurs messies, leurs fanatiques, leurs prêtres, leurs rituels ! Je n'y vois que des ferments d'affrontements et de massacres ! » (page 332). Et se faisait donc des ennemis.

Mais après le traité de paix avec les deux frères, Vologèse le Parthe (les Parthes étaient les ancêtres des Perses) et Tiridate l'Arménien, Néron devint « commandant suprême » car il y avait la paix avec le monde entier (connu de l'époque).

Mais la paix est un leurre... « Si tu veux la paix, prépare la guerre ! » (page 362).

 

Quelques extraits

« Chaque fois que tu quittes un ami, fais comme si tu le voyais pour la dernière fois, approuva Sénèque. » (page 127). Néron repense à cette phrase plus tard : « Ils prirent congé d'Euclide avec émotion. 'Lorsque tu quittes un être cher, fais comme si tu le voyais pour la dernière fois', recommandait Sénèque. Euclide mourut avant la fin du chantier. » (page 204).

« Le Circus Maximus méritait bien son superlatif. Sur ses gradins, les habitants de Rome venaient exprimer leurs enthousiasmes, caresser des rêves de fortune, vomir leurs frustrations quotidiennes dans un bouillon égalitaire : pauvres et riches, lettrés et illettrés, aristocrates et esclaves. » (page 160). N'en est-il pas toujours de même ?

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 04:03

RouteBanlung.jpgSur la route de Banlung : Cambodge 1993 est une bande dessinée de Jacques Rochel et Vink parue aux éditions Dargaud dans la collection Long courrier en septembre 2011 (64 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-205-06509-1).

 

Jacques Rochel et Vink sont tous les deux nés au Vietnam.

Vink, pseudonyme de Vinh Khoa, est né le 24 décembre 1950 à Danang. Francophone, il a été au Lycée Blaise Pascal et à l'Université de Saïgon avant d'étudier en Belgique puis de se lancer dans la bande dessinée. Ses séries comme Le moine fou ou Les voyages de He Pao sont très connues. Le blog de Vink (et Claudine).

Jacques Rochel a fréquenté le Lycée Blaise Pascal en même temps que Vink (en 1968). Il est franco-vietnamien et vit aux États-Unis. Il travaille par l'ONU.

 

Jacques a été envoyé par l'ONU à Ratanakiri pour organiser des élections démocratiques et distribuer les paies pendant 6 mois.

La bande dessinée raconte la vie des missionnés de l'ONU (appelée UNTAC au Cambodge), leurs relations avec la population et l'organisation des élections.

Certains anciens Khmers rouges n'ont pas perdu espoir de revenir au pouvoir, ils complotent et cherchent de l'argent. Après l'échec du vol de la valise avec la paie des employés de l'ONU (200 000 $ chaque mois), ils vont profiter des retrouvailles de Jacques avec Mai (elle est vietnamienne et ils ont étudié ensemble il y a 25 ans) pour faire un chantage « sur la route de Banlung ».

De plus, Jacques a laissé dans le New Jersey son épouse, Ma (elle est Philippine) et leurs deux enfants, Nathalie et Philippe. Un jour où ils se parlent au téléphone, Ma dit à son mari que Philippe a été diagnostiqué autiste. Jacques ne veut pas y croire.

 

Ratanakiri est située au nord-est du Cambodge, près de la frontière vietnamienne. C'est la ville de naissance de Pol Pot et le berceau des Khmers rouges... C'est dire si ces premières élections de 1993 sont importantes !

La bande dessinée se lit sur 56 pages, surtout pour découvrir les relations humaines et le travail de réconciliation fait grâce à l'ONU, mais il y a un dossier de 8 pages supplémentaires avec des explications et de nombreuses photos.

En fait, Vink et Jacques Rochel se sont retrouvés à Liège pour le 40e anniversaire de leur promotion. C'est là qu'ils ont eu l'idée de faire cet album ensemble. « Incroyable ! Il faudrait écrire un bouquin là-dessus ! – Humm, oui, un bouquin là-dessus serait intéressant... » (page 59).

Effectivement ce témoignage est intéressant, il raconte un événement précis en 1993 : le régime des Khmers rouges a été renversé depuis 14 ans mais on sent encore leur présence (est-ce encore le cas maintenant ?). Je n'ai pas considéré cette bande dessinée (pratiquement autobiographique) comme un carnet de voyage mais comme un carnet de travail. Bien sûr, il y a du dépaysement, mais si vous cherchez le voyage, vous serez déçus, par contre si vous lisez Sur la route de Banlung comme un témoignage personnel et historique de l'après Khmers rouges, c'est parfait.

Le montant total de cette mission de l'ONU me laisse pantoise... 1 620 963 300 $ ! En 1993... Combien ça coûterait maintenant ?

À noter, page 19 et page 43, deux très belles peintures à l'huile de Vink (pleine page).

Si vous voulez en savoir plus sur le drame cambodgien, j'ai présenté cet été L'année du lièvre, 1 : Au revoir Phnom Penh, de Tian.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 23:15

RomanBergen2.jpg1900 L'aube (2) est le deuxième tome de Le roman de Bergen de Gunnar Staalesen paru aux éditions Gaïa en mars 2007 (270 pages, 21 €, ISBN 978-2-84720-085-0) mais je l'ai reçu en poche : Points (Grands romans, juin 2011, 338 pages, 7 €, ISBN 978-2-75782-371-2). 1900. Morgenrød (1997) est traduit du norvégien par Alexis Fouillet.

 

Je remercie Bibliofolie (qui n'existe plus maintenant) de m'avoir envoyé ce roman en même temps que le tome 1.

 

Gunnar Staalesen est né en 1947 à Bergen (Norvège). Il a étudié la philologie et a commencé à écrire en 1969. Il est surtout connu pour sa série de polars avec le détective privé Varg Veum créé en 1975. Le roman de Bergen est une grande fresque historique et sociale mais aussi policière consacrée à sa ville natale.

Plus d'infos sur le site officiel de l'auteur (en norvégien).

 

La fresque Le roman de Bergen : 1900 L'aube tome 1 ; 1900 L'aube tome 2 ; 1950 Le zénith tome 1 ; 1950 Le zénith tome 2 ; 1999 Le crépuscule tome 1 ; 1999 Le crépuscule tome 2.

 

Après la quasi-destruction de Bergen par un feu accidentel, on se retrouve en 1917, date où la première guerre mondiale touche la Norvège car – malgré sa neutralité – le pays craint l'ennemi allemand surtout en mer avec des victimes humaines et des pertes de marchandises et de bateaux. Ensuite il y a la pénurie d'énergie (gaz, charbon), de nourriture et la grippe espagnole (1918) avec ses nombreuses victimes. « C'est dans ce contexte que l'engagement politique au sein des syndicats se développa. » (page 39).

 

C'est avec un grand plaisir que je me suis plongée dans ce deuxième tome pour retrouver la ville de Bergen et les personnages que j'ai aimé suivre dans le premier tome. J'ai été un peu déroutée d'être confrontée à de nouveaux personnages, les enfants des personnages principaux du tome 1 ayant grandi sont maintenant aux premières loges. Eh oui, c'était logique !

 

Contrairement au premier tome, ce tome n'est pas un roman policier, ce qui n'est pas gênant car c'est une saga historique et sociale. D'ailleurs, c'est surtout le social qui est privilégié pour cette période car il y a de plus en plus de jeunes qui débarquent de leur campagne pour travailler en ville, le chemin de fer reliant de plus en plus de communes. En découlent les problèmes entre les patrons et les employés, des conflits sociaux, la naissance du syndicalisme, les premières grèves et l'arrivée du communisme en Norvège.

« Compte tenu des problèmes que la grève créa de la sorte pour le reste de la population, qui s'était habituée au tramway et en avait fait un moyen de transport courant et un élément acquis dans le tableau urbain, les employés du tram ne reçurent ni enthousiasme ni soutien notoire de la part de leurs concitoyens. » (page 146).

 

Mais les inspecteurs Christian Moland et Ole Berstad sont toujours en vie, en activité et même montés en grade !

« C'était peut-être justement parce que ce lieu l'invitait toujours à repartir dans le passé, vers sa jeunesse maintenant disparue, qu'il en vint à méditer sur le temps qui s'écoulait, sur les nombreuses affaires sur lesquelles il avait travaillé – parmi lesquelles « l'affaire Frimann ». Bon sang, ça va faire vingt-cinq ans, avait-il songé. Vingt-cinq ans ! » (page 83).

« Après le départ de Nils Henrik Hauge, Berstad alla se poster près de la fenêtre. Il devait bien l'admettre : le bonhomme avait réveillé son intérêt pour cette affaire. Il se sentait à présent presque obligé de se replonger dedans une fois de plus […]. » (page 85).

En novembre 1924, l'affaire Frimann va être ré-ouverte avant sa prescription (le 2 janvier 1925) et Moland, Berstad, Mademoiselle Pedersen vont ressurgir du passé (pour mon plus grand plaisir).

De plus, Svend Atle Moland, un des fils de Christian Moland, devient policier comme son père, alors que son frère aîné, Per Christian, est parmi les conducteurs de tramway licenciés car grévistes.

 

D'autres thèmes sont abordés tout au long de ce roman :

La religion (ainsi que les abus d'un « homme de dieu ») : c'est un peu le christianisme (haugianisme) contre la laïcité (Christiana, la capitale est d'ailleurs rebaptisée Oslo en 1924).

Le commerce avec la ruine d'artisans et de commerçants après l'incendie mais certains ont su rebondir voire s'associer comme Fridtjof Helgesen et Haakon Emil Brekke !

Le théâtre a encore une place importante avec en particulier Normann Johannessen : le jeune homme qui avait découvert le corps sans vie du comédien Robert Gade en 1909 est en effet devenu directeur du National Scene en 1928 ; et avec le dramaturge communiste Hjalmar Brandt.

La libération des femmes : « Elle [Martha Nesbø] avait lu Kollontaï et Nini Roll Anker, et savait ce qui distinguait une femme moderne de sa congénère des siècles passés. Ce n'était pas en premier lieu la conscience politique, même si l'accession au droit de vote n'était pas négligeable, mais c'était sa liberté sexuelle, la libération du joug masculin, de la morale sociale victorienne et de l'oppression chronique de ses propres pulsions sexuelles, aussi bien dans le couple que dans la vie publique. C'est pourquoi elle avait décidé très tôt de faire ses propres choix, dans ce domaine également. » (page 168).

 

Cette saga du XXe siècle est vraiment riche et complète, et les bouleversements politiques internationaux commencent vers la fin de L'aube (octobre 1932) : le communisme en URSS, l'arrivée du fascisme en Italie et du national socialisme en Allemagne. Mais « Nous formons une bonne vieille nation de paysans, dont les ancêtres ont été démocrates pendant plus de mille ans. Tous les mouvements extrémistes, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont morts-nés, dans ce pays ! » (page 221).

 

La suite donc dans Le zénith puis Le crépuscule que je lirai dès que possible.

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 04:55

TurbansChapeaux.jpgCoupCoeur2011Turbans et chapeaux est un roman de Sonallah Ibrahim paru aux éditions Actes Sud dans la collection Littérature – Mondes arabes en février 2011 (278 pages, 22 €, ISBN 978-2-7427-9519-2). al-'amâma wa al-qubba'a (2008) est traduit de l'arabe (Égypte) par Richard Jacquemont.

 

Sonallah Ibrahim est né en 1937 au Caire (Égypte). Il est journaliste et écrivain.

Du même auteur : Cette odeur-là (1966), Étoile d'août (1974), Le comité (1981), Beyrouth, Beyrouth (1984), Les années de Zeth (1992), Charaf ou l'honneur (1997), Warda (2000), Un automne à San Francisco (2003), Carnets de prison (2005), Le petit voyeur (2007).

 

J'ai eu envie de découvrir Le Caire ! Avec ses « ruelles si étroites qu'on ne peut s'y croiser à deux, des traverses tortueuses où celui qui ne connaît pas parfaitement le quartier est assuré de se perdre. » (page 11).

 

22 juillet 1798. Les Français – Napoléon et son armée – entrent au Caire.

Certains Cairotes fuient mais les routes ne sont pas sûres : « Les Bédouins et les paysans arrêtent les gens qui quittent la ville et les dépouillent de leurs bagages et leurs vêtements. » (page 13).

Le cheikh Abderrahman el-Jabarti va se cacher avec ses biens et laisse sa maison et ses deux épouses aux bons soins de son secrétaire (le narrateur) et de Jaafar le serviteur.

Pour éviter les ennuis, ceux qui restent s'enferment chez eux.

Mais le narrateur est curieux et c'est tant mieux ! Il va écouter, observer et tout raconter quotidiennement (ou presque) dans son journal.

« En me dressant sur la pointe des pieds, j'ai pu voir les têtes des Français, couvertes de leurs étranges coiffes. Leurs chefs ont mis le pied à terre. Celui qui était à leur tête était tout petit. » (page 22).

 

« Tu connais le français ?

Un peu.

Nous avons besoin de jeunes gens comme toi. Que dirais-tu de venir ici tous les jours nous aider à classer les livres arabes de la bibliothèque ? Tu seras rémunéré. » (page 69).

Et voilà comment le narrateur va devenir bibliothécaire pour les Français à l'Institut et... rencontrer Pauline Fourès. Elle est mariée mais le jeune Cairote inexpérimenté va tomber amoureux d'elle et devenir son amant. C'est merveilleux, elle est belle, elle sent bon, elle joue du piano et lui fait découvrir la musique classique (Mozart, Beethoven...). Malheureusement Napoléon la remarque à une soirée : il renvoie son époux à Paris, en fait sa maîtresse et l'installe dans la maison de l'Ezbekieh à côté de son palais.

 

Il y a les Égyptiens qui d'emblée détestent les Français et ceux qui les acceptent. « Aucun prophète n'est encore venu. Et tout compte fait, on ne se porte pas plus mal avec les Français qu'avec les Turcs et les mamelouks. » (page 38).

Les Français occupent l'Égypte depuis un an mais les Turcs combattent pour revenir et les Britanniques se sont alliés avec les Ottomans. Certains Égyptiens rêvent d'une armée égyptienne indépendante composée des différentes populations égyptiennes et entraînée par les militaires français.

« Je me suis rallié aux Français par patriotisme, par sympathie pour mon peuple. Acceptes-tu, toi, que l'Égypte reste soumise à des brutes étrangères, Turcs ou mamelouks ? Il faut qu'on s'en débarrasse pour que l'Égypte revienne aux Égyptiens, coptes ou musulmans.

Mais pour le moment, nous sommes aux mains des Français, et ils ne sont pas prêts de nous lâcher.

Mieux vaut pour l'Égypte n'importe quel gouvernement plutôt que celui des Turcs. Et je continuerai de rechercher l'aide des États européens pour le bien de notre pays. » (page 185).

En janvier 1800, les Turcs battent les Français mais aussitôt revenus, ils commettent des exactions : taxes, confiscation des biens avec obligation pour les propriétaires égyptiens de les racheter aux vainqueurs, vols, racket, abus... Moins de deux mois après, c'est le chaos : appel au Jihad, massacre des Chrétiens, Coptes, Syriens, barrages et contrôles, pillages, pègre des Maghrébins, milices...

Je comprends mieux l'expression devoir choisir entre la peste et le choléra !

« Ce sont eux qui ont échauffé les esprits en promettant au peuple monts et merveilles, et le peuple dans son ignorance s'est laissé mener par eux. » (page 213).

« Ne vois-tu pas qu'il a tout intérêt à ce que la guerre se poursuive ? C'est elle qui lui donne le moyen de piller et de s'enrichir, de jouer au chef et de vivre sur l'habitant ! » (page 214, il parle du chef de la pègre).

 

Mais ce beau roman n'est pas que sexe et guerre ! La prose du jeune Cairote est très belle et il raconte très bien la vie quotidienne ; il décrit aussi très bien les gens, la ville et ses transformations. Du coup, c'est très agréable à lire, et on a envie de continuer son journal, allez quelques jours de plus !

J'ai bien aimé aussi la rencontre entre le narrateur et le peintre Denon, le vendredi 12 juillet 1799 (pages 152 à 154). Le peintre a été « frappé de stupeur » puis conquis par les pyramides et il a tout dessiné : le temple de Denderah, la Vallée des Rois, Assouan, l'île d'Éléphantine, l'île de Philae...

En fait, tout est histoire de rencontres dans ce roman : le narrateur va rencontrer des Français militaires ou civils, l'amour en la personne de Pauline, le mode de vie européen, la culture européenne. Pendant trois ans, il va évoluer à ces contacts tout en restant lui-même : un jeune homme, bon musulman, avide de découvertes et de connaissances, comme son maître le lui a enseigné !

 

Un joli passage

« Avant de m'endormir, je me suis pris à imaginer le jour où j'aurai réuni assez de notes pour en faire un livre que je signerai de mon nom. » (page 63).

 

Par contre , j'ai été « ravie » d'apprendre que « les femmes ne sont pas dotées de toute la raison humaine, […], ne connaissent pas la limite à leur désir sexuel et incitent les hommes à commettre le crime de fornication, c'est-à-dire à avoir des rapports sexuels en dehors du mariage. » (pages 250-251).

Sans commentaire, le débat serait trop long et s'envenimerait sûrement !

 

Abd al-Rahmân al-Jabarti (1754-1822) fut un chroniqueur de la Campagne d'Égypte et un historien. Le narrateur, dont on ne connaît pas le nom alors qu'on peut lire les noms de ses amis et des autres personnes, est un de ses disciples. Mais pourquoi ne saura-t-on jamais son nom ? Sûrement parce qu'il symbolise les jeunes hommes de son âge (19 ans), inexpérimenté et presque naïf, mais intelligent, curieux et perspicace.

 

Turbans et chapeaux est un excellent roman que je vous conseille si vous aimez l'Égypte ou Napoléon (ou les deux !), les romans sous forme de journal, l'Histoire et la belle littérature.

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 05:53

RoseAimee2.jpgLe marin perdu dans la brume est le deuxième (et dernier) tome de la série Rose-Aimée, de Béatrice Bottet. Il est paru aux éditions du Matagot le 16 juin 2011 (511 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-35450-155-6).

 

Je remercie Mathilde et les éditions du Matagot de m'avoir envoyé ce roman qui me permet d'avoir la suite et fin de cette charmante série. Plus d'infos sur Rose-Aimée sur le site officiel.

 

Béatrice Bottet vit à Paris. Elle a été professeur d'histoire avant de se lancer dans l'écriture. Elle est célèbre pour ses cycles de romans Le grimoire au rubis (site officiel) et des livres sur le fantastique et l'étrange.

 

Août 1852. Sans nouvelles de sa bien-aimée, Martial Belleroche embarque sur L'Amandine direction Le Horn puis San Francisco. Il est maître d'équipage, ou bosco, et a fait embarquer Fidélia (La Fauvette) qu'il amène avec le manuscrit à Albert Garancher.

Mai 1853. L'Amandine arrive enfin à San Francisco. Pendant ce temps, à La Villette, Rose-Aimée continue son travail de chanteuse et de danseuse au cabaret des Trois anges, et se morfond... « L'oublier, non, je ne peux pas, même si je voulais. Il est toujours là, dans mon esprit. Il ne me laisse pas une seconde de repos. » (page 29). Roxelane, une nouvelle fille embauchée par Jousselin, douée de voyance lui prédit qu'elle reverra Martial mais pas tout de suite. Ciragette, sa collègue métis, lui dit la même chose.

Noël 1854 : Noël « en famille » à San Francisco, chez Albert et sa nièce Fidélia. Grâce à Martial, Fidélia, qui s'est très bien adaptée à la vie américaine, file le parfait amour avec Bruce Leary, un Irlandais dont la grand-mère était une noble française.

Janvier 1855. Il est décidé que Martial traversera les États-Unis en diligence pour prendre un bateau à New York et que Bruce l'accompagnera en France.

 

Ah enfin, les deux tourtereaux vont se revoir ! Ce n'est pas trop tôt ! Au bout d'un moment, les « est-ce qu'il m'aime encore », « est-ce qu'il reviendra », « est-ce que je le reverrai et quand » de Rose-Aimée et les « est-ce qu'elle pense à moi », « est-ce qu'elle veut encore de moi », « pourquoi elle ne m'écrit pas » de Martial m'ont... gonflée !

Rose-Aimée et Martial vont donc se retrouver mais la route est encore semée d'embûches et il va se passer des choses quand même intéressantes : la traversée d'Est en Ouest des États-Unis en diligence (Wells Fargo) avec évidemment une attaque de bandits, la rencontre avec la charmante institutrice Mary Ann Trenton, la traversée de l'Atlantique, le bagne à Brest (plus de détails sur tout ça et plus encore dans les annexes en fin de volume).

 

Trois extraits pour vous donner envie car si comme moi, vous avez aimé La belle qui porte malheur, il faut lire ce tome 2 malgré ses quelques longueurs !

« Pour passer le temps, elle [Rose-Aimée] balaya du regard les rangées de livres. Jadis, quand elle était pensionnaire, elle avait adoré les livres, elle accablait la sœur bibliothécaire de demandes. En conséquence, les religieuses rationnaient sa boulimie de lecture sous le prétexte que trop de lecture, c'est trop de plaisir, et qu'il y avait mieux à faire quand on est une bonne chrétienne que de se donner des plaisirs futiles et des distractions qui vous éloignent de la prière. En revanche, les religieuses forçaient à lire celles qui n'aimaient pas cela. » (page 141).

« Je n'ai eu que de la chance, se dit-elle. […] Tu as dû renoncer à ce à quoi ta famille te donnait droit, une bonne éducation, une jolie maison, mieux un hôtel particulier dans un quartier huppé, on a tué ton enfance dans un triste pensionnat, tu as dû te défendre en tuant, tu as été enfermée, recluse volontaire, pendant cinq ans avec cette vieille dame tyrannique, tu danses dans ce cabaret minable dont tu sais très bien que c'est un bordel, […], tu vis dans un couvent avec la seule compagnie de fantômes, tu gagnes à tout prendre un franc par jour, tu es obligée de vivre la nuit comme les hiboux, tu suscites malgré toi une terrible malédiction et tu trouves que tu as de la chance. Sais-tu bien ce que tu dis ? » (pages 186-187).

« C'est un homme parfait, pensa Rose-Aimée. Un homme dur à la tâche et courageux, un homme qui aime la beauté et le travail bien fait. Et il est beau, en plus, même avec presque pas de cheveux et une chaîne à la cheville. » (page 420).

 

Et une vidéo (merci à Mathilde pour le lien) !


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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 06:03

ChurchillYalta.jpgChurchill à Yalta : la Pologne trahie est un roman de Michael Dobbs paru aux éditions ZdL le 26 mai 2011 (360 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-9538791-0-0). Churchill's triumph (2005) est traduit de l'anglais par Lucie Delplanque. 

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé ce roman historique qui m'a passionnée et enthousiasmée.CoupCoeur2011

 

Quelques mots sur les éditions ZdL

Zofia de Lannurien est née en Pologne ; elle vit en France depuis les années 70 ; elle crée maintenant une maison d'éditions pour faire mieux connaître la Pologne et l'Europe de l'Est.

Churchill à Yalta : la Pologne trahie, de Michael Dobbs est le premier livre des éditions ZdL (j'aime beaucoup la couverture).

Le labyrinthe de Poutine : la face obscure de la nouvelle Russie, de Steve Levine et Les 100 ans à venir : un scénario pour le XXIe siècle, de George Friedman sont annoncés pour l'automne 2011.

Plus d'infos sur Zofia de Lannurien éditions.

 

Michael Dobbs est né le 14 novembre 1948 à Cheshunt en Angleterre. Après un doctorat en études de défense nucléaire en 1971, il est devenu journaliste aux États-Unis. Puis, de retour en Angleterre, il s'est engagé en politique, jusqu'en 1995. Son premier roman, House of cards (le premier tome d'une trilogie politique historique) est paru en 1989. Il est passionné par Churchill et lui a consacré cinq romans, dont Churchill à Yalta : la Pologne trahie, qui a reçu le prix Benjamin Franklin du meilleur roman historique en 2008. En février de cette année, il est devenu Lord Dobbs de Wylye à la Chambre des Lords.

Plus d'infos sur son site officiel.

 

Juin 1963. Sur le Christina, yacht d'Aristote Onassis, au large de Corfou, Winston Churchill se retrouve face à un serveur polonais qu'il a rencontré il y a près de 20 ans.

 

Février 1945. Staline refusant de sortir de l'Union Soviétique, il a invité Churchill et Roosevelt à Yalta, en Crimée.

« La ville n'était plus qu'une terre de souvenirs, ce qui rendait encore plus incroyable qu'elle eût été choisie pour accueillir la conférence la plus importante de la guerre. » (page 49).

Les trois hommes les plus puissants du monde, surnommés La Sainte Trinité, sont des vieillards malades et épuisés par la guerre...

Winston Churchill a déjà 70 ans ; il voyage avec sa fille (Sarah Oliver), son valet (Frank Sawyers), son ministre des Affaires étrangères (Anthony Eden), son sous-secrétaire d'État (Sir Alexander Cadogan) entre autres. La délégation anglaise est logée au palais Vorontsov.

Franklin Roosevelt a 63 ans, mais il est en fauteuil roulant (il mourra deux mois après la conférence de Yalta) ; il voyage avec sa fille, Anna Boettiger et ses conseillers. La délégation américaine est logée au Livadia, l'ancien palais d'été du tsar.

Joseph Staline, à 65 ans, est en forme et supporte encore bien l'alcool. La délégation russe est accompagnée de nombreux employés, comme Marian Nowak et ses collègues du Metropol, grand hôtel de Moscou, réquisitionnés et transférés par le NKVD. Ils logent au palais Youssoupov de Koreïz.

« Le monde soviétique était un édifice d'improbabilités, dans lequel il n'existait aucune ligne droite ni aucun bon sens. » (page 96).

Marian Nowak – qui se fait passer pour un plombier – demande de l'aide à Sawyers car il est en danger : il est en fait le comte Tadeusz Raczynski, lieutenant du 14e Uhlan (le meilleur régiment de Cavalerie de Pologne) et il a des informations sur le massacre de Katyń car il était parmi les officiers prisonniers mais il a pu s'échapper.

« C'était un crime aux proportions extraordinaires ; un crime contre les Polonais – tous les Polonais, le monde s'accordait sur ce point. Le reste, en revanche, n'était qu'un fatras d'accusations et de soupçons. » (page 54).

Évidemment le NKVD espionne les délégations britannique et américaine (surveillance, écoutes, personnel de maison qui ne frappe pas aux portes avant d'entrer). Staline mène la danse. Roosevelt, qui veut que Staline entre en guerre avec lui contre le Japon, lui accorde tout et exige la reddition sans condition de l'Allemagne en totale méconnaissance de la culture et de la courtoisie européennes. Surtout Roosevelt et Staline se rencontrent pour des accords et des protocoles secrets. Churchill montre sa désapprobation en faisant des discours mais il se sait trahi par ses deux alliés, lui ainsi que l'empire britannique, et aussi la Pologne et les Chinois...

Churchill à sa fille, Sarah : « Vois-tu, nous sommes trois autour de cette table : l'ours, le bison et l'âne. Mais seul ce bon vieil âne sait comment rentrer chez lui. » (page 139).

Yalta1945.jpg

« À quoi bon écrire un roman sur des événements historiques ? Comment cela pourrait-il enrichir une mer sur laquelle tant d'historiens ont déjà navigué ? » (page13, préface de l'auteur).

Un roman ? Pourtant ce que je viens de lire est un récit précis de ce qui s'est déroulé durant ces huit jours à Yalta ! Et j'en ai été scotchée ! Quoi, le personnage de Marian Nowak et la ville de Porun sont des inventions de l'auteur ? Mais ils représentent à eux seuls les Polonais et les villes de Pologne ! Bon, d'accord, ce roman historique est en partie une fiction mais il m'a appris tant de choses sur Churchill et les Anglais, Roosevelt et les Américains, Staline et les Russes, sur le partage du monde tel que l'ont décidé Roosevelt et Staline que je ne peux le considérer que comme un grand livre d'Histoire ! Que je vous conseille bien sûr absolument !

 

Churchill a des défauts mais il est un « grand homme » qui aime la liberté et j'ai aimé ses pensées sur Staline (pages 61 et 63) et aussi les pensées de Roosevelt sur l'Europe (pages 76-77) : trop long pour noter un extrait, à vous de les découvrir ! Mais voici un dialogue édifiant, durant le dernier repas à Yalta, entre Churchill et Staline : « – Dites-moi, maréchal... Que se passe-t-il en Russie lorsqu'un politicien est viré ? […] – Eh bien, ils disparaissent, marmonna Staline […]. Ils se retirent de la vie publique. » (page 288). Quel doux euphémisme !

 

Quant au Général de Gaulle, il n'était pas invité car Roosevelt et Staline ne l'aimaient pas, et puis la France vaincue avait été occupée, avait collaboré et n'avait pas été capable de se libérer toute seule, elle était donc méprisée, au même titre que la Pologne : « Ils ont perdu. Incapables de défendre leur pays, puis de le libérer. Ils devront donc se contenter de ce qu'ils trouvent. » (Staline, page 172).

 

Après la conférence de Yalta, l'Organisation des Nations Unies (chère à Roosevelt) devait mettre fin à toutes les guerres... « Belles paroles, nobles aspirations. » (page 118).

 

« […] la guerre ne s'achève pas simplement le jour où les balles cessent de siffler. La lutte pour la liberté est sans fin. Elle se poursuit, tant que la tyrannie est debout et que des hommes souffrent. » (page 346). Je voulais conclure avec ces mots de Churchill qui sont encore tellement vrais !

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 12:03

SecretArthur.jpgLe secret d'Arthur : une tragédie bretonne est un roman de Philippe Tourault paru aux éditions du Rocher en mars 2011 (237 pages, 18 €, ISBN 978-2-268-07084-1).

 

Je remercie Céline et les éditions du Rocher de m'avoir envoyé ce roman historique bien intéressant et je remercie l'auteur de me l'avoir dédicacé (ça fait toujours plaisir).

 

Philippe Tourault est né en 1943. Il est historien, spécialiste de la Bretagne historique. Il est aussi Président du jury du Grand Prix du Livre d'Histoire (créé en 2007) et membre de l'Académie Littéraire de Bretagne et des Pays de Loire. Il a été chroniqueur au Figaro Littéraire, à Presse-Océan et actuellement au mensuel Nouvel Ouest.

Du même auteur : Les Angevins au temps des guerres de religion (1987), Anne de Bretagne (1990), Initiation à l'histoire de l'Église (1999), Saint-Dominique face aux Cathares (1999), La résistance bretonne du XVe siècle à nos jours (2002), Les rois de Bretagne du IVe au Xe siècles (2005), Les ducs et duchesses de Bretagne du Xe au XVIe siècles (2009).

 

Février 1196. La duchesse Constance, veuve du duc Geoffroy, entre avec son fils, Arthur, dans Rennes. Il a 9 ans et il déclare aux dignitaires de la ville : « Je jure devant vous tous, devant toute la nation bretonne, de défendre les droits et privilèges des clercs et des nobles, de défendre les faibles. Je jure devant Dieu de maintenir à tout jamais l'indépendance de la Bretagne. » (page 10). Puis il est couronné et béni dans la cathédrale et acclamé par le peuple. Après la cérémonie et un festin, Constance et Arthur retournent dans leur château de Bouffay, à Nantes.

« Pour l'instant, c'est la paix. Tout va bien. Ma mère peut régner tranquillement et vient de me faire couronner, moi le duc Arthur. Mais demain, demain ? » (page 14).

Mais ce n'est pas vraiment la paix : la Bretagne appartient à la couronne anglaise, les Plantagenêts, et on craint que Richard Cœur de Lion – revenu des Croisades – n'envahisse le pays.

Et si Constance a appelé son fils Arthur, c'est pour qu'il agisse comme le roi Arthur et libère la Bretagne ! « Oh, soyez tranquille, mère : je protégerai cette terre bénie ainsi que toute la Bretagne de toutes mes forces. » (page 31).

Dans la forêt de Brocéliande, Arthur rencontre une orpheline de 10 ans, Ermengarde. La jolie rousse est conviée au château où elle deviendra demoiselle de compagnie de Constance au même titre qu'une autre orpheline de 12 ans, la blonde Isabeau.

France12e.JPGArthur grandit mais tout s'accélère : sa mère est enlevée, les troupes de Richard débarquent sur le continent, Arthur fuit à Brest car le château-forteresse est inexpugnable, puis l'évêque lui conseille de s'allier au roi de France, Philippe le Capétien. Bien qu'il considère cette alliance comme une trahison à la Bretagne, Arthur se rend à Paris où il rencontre le roi et Louis, l'héritier de la couronne qui a le même âge que lui.

 

Nous n'avons pas ici affaire au Arthur de la légende médiévale, qui devint roi après avoir défendu la Bretagne fin du Ve et début du VIe siècles. Pourtant cette histoire du duc Arthur, imprégnée encore de légendes et de magie, mais surtout d'intrigues et de trahisons (et pas seulement venant d'Ermengarde) est aussi intéressante. Car au moment où s'arrête mon résumé ci-dessus, l'histoire continue, et même encore après la mort de Richard (avril 1199) avec Jean Sans Terre, fils d'Aliénor d'Aquitaine et cadet de Richard et de Geoffroy.

Un détail important. Les femmes régnaient comme Constance et donnaient leur avis, eh oui !, comme Isabeau et Ermengarde proches d'Arthur : « Et vous charmantes demoiselles, que dites-vous de tout cela ? » (page 146).

Cette lecture m'a appris beaucoup de choses encore sur le Moyen-Âge, le comportement des gens et leur manière de penser, les relations entre les hommes et les femmes, la façon de mener une guerre, les motivations à s'allier avec le roi de France qui à l'époque ne régnait que sur un petit territoire (partie bleue) puisqu'une partie appartenait à des vassaux du roi (partie bleue plus claire) et que la partie occidentale – de la Normandie aux Pyrénées – appartenait aux Anglais (partie verte).

Vous aimez l'Histoire ? Le Moyen-Âge ? La Bretagne ? J'espère que ce roman vous plaira autant qu'à moi !

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 00:30

RoseAimee1.jpgLa belle qui porte malheur est le premier tome de Rose-Aimée, de Béatrice Bottet paru aux éditions du Matagot le 28 octobre 2010 (496 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-35450-132-7).

 

Je remercie Mathilde et les éditions du Matagot pour ce gros roman bien agréable à lire.

 

Béatrice Bottet vit à Paris. Elle a été professeur d'histoire avant de se lancer dans l'écriture. Elle est célèbre pour ses cycles de romans Le grimoire au rubis (site officiel) et des livres sur le fantastique et l'étrange.

 

Mai 1851, San Francisco, Californie. « […] d'un bout à l'autre de la Californie, les gens n'ont plus qu'un mot à la bouche : l'or, l'or, l'or. » (page 17). Martial Belleroche, 23 ans, est un marin français sauvé par un inconnu alors que trois ivrognes anglais l'agressaient. L'inconnu, c'est Albert Garancher, un journaliste, imprimeur, fondateur de La Gazette des Français. Le jeune homme qui est en Californie depuis trois ans, après avoir navigué dix ans, désire retourner en France. « Si vous voulez que je fasse quelque chose pour vous en France, ce sera de bon cœur, croyez-moi, pour payer ma dette de vie. » (pages 23-24). Garancher lui demande de retrouver sa nièce, Fifi-les-Guibolles, une chanteuse et danseuse de cabaret à La Villette. Il lui avait en effet confié son manuscrit sur la Grande Histoire du Travail avant de fuir la police politique en 1848. Martial se donne deux ans pour faire le voyage et ramener le manuscrit. Embarqué sur le premier bateau en partance, en juin 1851, Martial arrive à Nantes en mars 1852 (le voyage était vachement long !) et se rend à Paris avec son accordéon (un instrument encore inconnu).

Mars 1852, cabaret des Trois anges blancs, à La Villette. Fifi-Bout-d'Ficelle chante et danse pour le couple Jousselin mais refuse de se prostituer et attention à qui essaierait de la toucher car elle porte malheur. Depuis plusieurs soirs, un homme mystérieux l'observe mais il ne parle pas, ne danse pas et a une grosse boîte en bois avec lui. Cet homme, c'est bien sûr Martial Belleroche et il découvre qu'elle vit seule dans un couvent abandonné et qu'elle s'appelle Rose-Aimée. Lorsqu'il la sauve de quatre malfrats qui veulent la violer sur ordre de la mère Jousselin, il peut se rapprocher d'elle mais la belle, persuadée qu'elle porte malheur à tous les hommes autour d'elle, est devenue méfiante, sauvage même et presque insensible. « Je ne peux pas être indifférente à des morts qui ont eu lieu à cause de moi, tout de même... Et pourtant si, elle l'était. » (page 180).

 

L'époque – la deuxième moitié du XIXe siècle – est peu connue et passionnante. On passe peu de temps en Californie mais on apprend pas mal de choses sur Martial Belleroche, et bien sûr ensuite sur Paris, les cabarets, les bas-fonds et sur Rose-Aimée Blanc. Il y a des personnages secondaires dont les comportements sont intéressants, les Jousselin, les danseuses du cabaret (Ciragette...), les clients (Robertin...), les malfrats (l'Alphonse, l'Émile...), la Fauvette (prostituée, ex Fifi-les-Gambettes), les jumelles chez qui logent Martial (Berthe et Bertille), Jean Mazereau (qui fait des séjours en prison à cause de ses idées), l'honorable veuve Colombel. On a donc une histoire extrêmement bien construite, mêlant Histoire, aventure, amour (eh oui, entre Martial et Rose-Aimée, ça devait arriver !), et on ne voit pas passer le temps, surtout avec les nombreux rebondissements, mais lorsque le livre se termine... Heureusement, la suite, c'est pour bientôt et il n'y aura pas trop à attendre ! Le tome 2 : Le marin perdu dans la brume est annoncé pour mai 2010.

Tout comme pour Cœur de Jade, l'édition de Rose-Aimée est très soignée, les entêtes de chapitre sont très jolies et il y a une petite rose en face de la numérotation des pages (c'est mignon, non ?).

Un très bon point : les notes sont en bas de page ! Très important de ne pas devoir aller en fin de volume pour trouver la signification d'une note surtout lorsqu'on tient un pavé de 500 pages ! Mais il y a quand même (en fin de volume) des suppléments sur la Californie (San Francisco, la ruée vers l'or), Paris sous Napoléon III, La Villette, les cabarets, la Pègre, l'argent, etc.

Plus d'infos sur le site officiel de Rose-Aimée.


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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 00:09

CarVoiciJour.jpgCar voici que le Jour vient est un roman de Fabienne Ferrère paru aux éditions 10/18 dans la collection Grands détectives le 6 janvier 2011 (442 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-264-05332-9).

Parution au format broché aux éditions Denoël en octobre 2009.

 

Je remercie Blog-o-Book de m'avoir envoyé ce roman policier historique.

 

Fabienne Ferrère est professeur de philosophie du côté de Toulouse.

 

L'action se déroule à Paris en mai 1595. Après la mort de son frère aîné (Renaud), Gilles Bayonne (23 ans) est retourné vivre avec son vieux père, Bartholomé (médecin), sa jeune sœur Clotilde (il faudra ruser pour l'empêcher d'entrer au couvent) et leur serviable nourrice, Joséphine. Il a ramené un page, Pique-Lune (12 ans), un ancien petit voleur.

Bayonne est appelé par le Chancelier Philippe Hurault, comte de Cheverny, surnommé le Grand Maître des Corbeaux, dont il se méfie. « […] Cheverny pouvait bien se délecter au spectacle de son apparente soumission, il n'en avait cure. L'honneur était sauf. Fléchir le corps, quelle importance si l'âme ne pliait pas ? » (page 49).

Deux affaires sur lesquelles il va falloir enquêter en même temps : des vols dans le quartier de la Grande Boucherie et des crimes atroces commis avec des animaux. Des rats pour le Père Vuillard, des vipères pour Hugues Rivière et des vers pour Thévenon. Qu'ont fait ces hommes par le passé pour mériter une telle mort, un tel châtiment et quel est le point commun entre ces victimes ?

 

Le vocabulaire et les expressions (je rajouterais presque les odeurs !) sont d'époque et je me suis tout de suite sentie plongée dans le Paris de la fin du XVIe siècle. J'ai compris que pétun signifie tabac mais est-ce que quelqu'un sait ce que veut dire toaille ? « Sa toaille, sa sacoche et ses bottes à la main, Gilles quitta la chambre […]. » (page 72).

 

ChienDiable.jpgL'enquête est un peu longue, mais bon, Gilles Bayonne et Pique-Lune vont en tâtonnant car à l'époque point de méthodes d'investigation ! Et puis, tous les hommes de Cheverny ne sont pas si honnêtes que ça et il vaut mieux éviter certains rustauds qui ne pensent qu'à se battre et à mettre des bâtons dans les roues.

 

Gilles Bayonne est un valeureux enquêteur, un chevalier du XVIe siècle, attendrissant et attachant, qui ne supporte pas « […] la gent sifflante et sinuante [...]. » (page 146), c'est-à-dire les serpents. Quant à Pique-Lune, enfant perdu reconverti à la Justice, mais déluré et audacieux, il apporte son lot de fantaisie et sera bien utile.

 

Ma phrase préférée

« Existe-t-il en ce monde pire crime que le renoncement ? » (page 429).

 

Je ne savais pas que Car voici que le Jour vient était la deuxième enquête de Gilles Bayonne. La première enquête, Un chien du diable, est parue aux éditions Denoël en mars 2006 et 10/18 en mai 2008 et il est bien dommage que je ne l'ait pas lue d'abord parce que le héros se rappelle ce qu'il a vécu dans le premier tome, en particulier la mort de son frère 7 mois auparavant et l'arrivée de Pique-Lune juste après. Ça m'apprendra à lire les séries dans n'importe quel ordre !

 

Un bon roman policier historique, à peine trop long, mais indéniablement une série de cape et d'épée à suivre.

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 00:08

GermainAuxerre.jpgSaint Germain d'Auxerre est une biographie écrite par Jean-Pierre Soisson parue aux éditions du Rocher - DDB Desclée de Brouwer le 5 janvier 2011 (222 pages, 21 €, ISBN 978-2-268-07053-7).

 

Je remercie Céline et les éditions du Rocher qui m'ont envoyé ce livre parfait pour découvrir le Ve siècle en France et en Europe.

 

Je n'avais pas réalisé que l'auteur est l'homme politique Jean-Pierre Soisson ! Né le 9 novembre 1934 à Auxerre (Yonne). Ancien maire d'Auxerre, ancien secrétaire d'État, ancien ministre (plusieurs fonctions), actuellement député de la ville d'Auxerre et conseiller de la région Bourgogne, il est aussi l'auteur de biographies (Charles le Téméraire, Charles Quint, Marguerite d'Autriche, Philibert de Chalon, Paul Bert).

 

« Germain fut le grand évêque gaulois du Ve siècle. » (page 9, première phrase).

 

Germain d'Auxerre (~378-448) était le fils unique de « riches propriétaires fonciers » (page 58), un « jeune homme de l'aristocratie gallo-romaine » (page 61). Il est devenu haut fonctionnaire impérial, a épousé Eustachie puis a été élu dix ans plus tard évêque d'Auxerre « contraint et forcé » (page 64). Il a en effet été choisi à la fois par la noblesse, le clergé et la population et a dû prendre la succession d'Amâtre, le quatrième évêque d'Auxerre (qui est à l'origine – druidique – de la tonsure). Au besoin, il sut aussi être un chef de guerre. Envoyé en Bretagne (Angleterre) puis en Armorique pour lutter contre les premières divergences (arianisme, nestorianisme) et hérésies (pélagianisme, donatisme), Germain a accompli quelques miracles (les miracles ont créé le culte des reliques et des médailles au Ve siècle). Durant sa première mission, Germain a béni Geneviève à Nanterre (elle avait dix ans), plus tard elle est devenue Sainte-Geneviève après avoir sauvé Paris des troupes d'Attila. Germain a aussi formé Patrice (devenu le Saint-Patrick de l'Irlande), Brieuc (devenu le patron de la Bretagne et l'Armorique) et Iltud (devenu le Saint du Pays de Galles).

« Germain, le grand évêque gaulois, fut le précurseur de la chrétienté médiévale. » (page 87) et « S'inscrivant dans la filiation de Saint Paul, il a clos au Ve siècle la première période du christianisme, celle du christianisme primitif, et ouvert la deuxième, celle de la chrétienté médiévale. » (pages 90-91).

Une des sources de l'auteur est l'hagiographie de Constance de Lyon, biographe de Saint Germain d'Auxerre.

 

Cette passionnante biographie décortique les institutions romaines, le pouvoir et l'Église qui se coule « dans le moule des institutions romaines » (page 10) puis « supplée l'État défaillant » (page 47). Le lecteur voit s'écrouler l'Empire Romain (fondé sur l'otium, les loisirs, c'est-à-dire se cultiver et se divertir ce qui mène à la débauche), il suit les débuts du christianisme en Europe et la mise en place de gouvernements et de l'Église (elle est alors synonyme de pauvreté et de sobriété) dans les royaumes qui vont devenir Italie, France, Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne. Il est témoin des invasions, successions, intrigues, et voit défiler Romains, Gaulois, Huns, Goths, Wisigoths, Alains (il me semble que je ne les connaissais pas ceux-là !), Francs, Perses, Vandales et autres Barbares. Il assiste à l'avènement de l'empire germanique, à la sédentarisation des empereurs (à Rome pour l'Occident, à Constantinople pour l'Orient) et aux premiers conciles.

 

Un petit détail

Les bagaudes et jacqueries de l'ouest (Armorique) dues à la pauvreté ne datent pas d'hier !

 

Un passage intéressant

« […] deux partis se disputaient le pouvoir.

Un parti de la résistance, du repli sur l'Italie, germanophobe, n'admettait pas que des 'non-Romains' pussent diriger l'armée et, plus encore, occuper des postes importants au sein de l'administration. […].

[…] un parti de l'ouverture. Conscient que l'empire ne pouvait vivre replié sur lui-même, […] intégration, dans l'armée et la haute fonction publique, d'éléments étrangers. » (pages 24-25).

 

L'Antiquité et le Moyen-Âge comme si on y était ! « Un monde disparaissait, le monde antique, et un autre, qui serait le Moyen-Âge, surgissait. » (page 30). Une vie extraordinaire que celle de Germain d'Auxerre, qui ne supportait pas l'injustice, et qui a rassemblé les mondes romain et celtique. Un livre très instructif et facile à lire pour découvrir les débuts non seulement de la France mais aussi de l'Europe.

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