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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 22:05

EnversDesAutres.jpgL'envers des autres est un roman de Kaouther Adimi paru aux éditions Actes Sud en mai 2011 (107 pages, 13,80 €, ISBN 978-2-7427-9725-7). Un extrait de 10 pages est disponible au format pdf sur le site de l'éditeur.

 

Kaouther Adimi est née en 1986 à Alger. Elle a étudié la langue et la littérature françaises et vit maintenant en France. L'envers des autres est son premier roman. Il est d'abord paru aux éditions Barzakh (Algérie) en janvier 2010 sous un autre titre : Des ballerines de papicha. Il a reçu le Prix littéraire de la Vocation en 2011.

 

J'ai présenté un extrait de ce roman pour Le mardi sur son 31 # 11.

 

Je tiens absolument à remercier à nouveau Mimi – du blog Les plaisirs de Mimi – qui m'a offert ce livre, en plus dédicacé par l'auteur ! Je vais présenter ce court roman d'une façon totalement différente de la sienne donc vous pouvez aussi lire sa note de lecture de L'envers des autres.

 

Le quartier Khorti à Alger au mois de mai.

« Les jeunes de mon quartier se réunissent toutes les nuits pour fumer un peu, jouer aux dominos et refaire l'Algérie à coups de grands discours patriotiques. Lorsqu'ils ne parlent pas de quitter le pays, ils parlent de mourir pour lui. » (page 11).

 

Un appartement avec une famille.

La vieille mère, ridée et arthritique, veuve depuis une quinzaine d'années.

Sarah, l'aînée, avec Hamza, son mari, devenu fou, et leur fille de 9 ans, Mouna, amoureuse d'un copain d'école.

Adel, le fils et Yasmine, la plus jeune fille, qui étaient si proches et qui n'arrivent plus à se parler...

 

Un roman choral dans lequel chacun raconte sa vision de la famille, sa vie à Alger, ses souvenirs, ses rêves ou son désespoir.

 

Voici les quatre « voix » féminines :

Sarah : « Mon Dieu, où est le fringant jeune homme que j'ai épousé ? » (page 28).

Yasmine : « Les hurlements sont une forme de routine nécessaire au bon fonctionnement de la journée. Le silence est trop pesant, il nous angoisse, nous donne l'impression qu'un drame est en train de se préparer. Les cris sont comme un protège-cahier : tant que quelqu'un crie, on est presque certain de ne pas avoir de problème. » (page 46).

Mouna : « J'ai décidé d'être sa femme. Pas maintenant, je suis encore trop jeune. Je ne sais même pas faire la cuisine, mais plus tard, pourquoi pas ? » (page 63).

La mère : « Pourtant j'ai tout fait pour eux, tout ! […] Et pour quoi ? J'ai soixante ans, trois enfants, un gendre et une petite-fille sur les bras. Et je n'ai plus personne vers qui me tourner. » (page 90).

 

Mais Adel est important aussi dans cette histoire.

« Quant à moi, je n'existe pas. Pièce en plus, comme ces boutons cousus sur les chemises, au cas où. Une pauvre petite chose, comme dit Sarah. » (page 71).

 

J'ai été agréablement surprise et charmée par ce roman. Presque tout est différent de ce que j'imaginais !

La ville « blanche » est sale. La mère est désabusée. Les jeunes hommes désœuvrés (ils n'ont pas voulu étudier, ils n'ont pas de travail) fument, boivent et pensent que les filles sont soient des saintes soit des traînées, mais surtout des traînées. Un homme est cloîtré dans sa chambre sous prétexte qu'il est devenu fou. Son épouse, Sarah, qui s'éclate dans la peinture, est devenue obsessionnelle. Adel et Yasmine, après une relation frère-sœur fusionnelle, ont grandi et ont des comportements différents : lui se replie sur lui-même et dépérit, elle veut étudier et s'ouvre aux autres (ils ne se comprennent plus).

PremierRoman1DefiCentPagesQuelle liberté ? Quel avenir ?

Peut-être un espoir de bonheur avec la fillette, qui se réjouit de ses chaussures, danse, se moque du regard des autres, et veut être une papicha (une minette).

On n'est pas loin de « l'enfer, c'est les autres » !

Le monde à l'envers... L'envers des autres...

 

Une 10e lecture pour le challenge Premier roman et une première lecture pour le tout nouveau défi Cent pages.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 05:26

MonPatientSF.jpgCoupCoeur2006.pngMon patient Sigmund Freud est un roman de Tobie Nathan paru aux éditions Perrin en mars 2006. Je l'ai lu en poche : éditions Points, collection Les grands romans, parution en octobre 2011 (472 pages, 8 €, ISBN 978-2-7578-2567-9).

 

Tobie Nathan est né en 1948 au Caire (Égypte). Après des études en France (il écrit en français), il devient professeur universitaire en psychologie. Il est ethnopsychiatre et auteur (romans, théâtre, textes scientifiques). Plus d'infos sur le blog de Tobie Nathan.

 

Je remercie Libfly de m'avoir envoyé ce deuxième roman dans le cadre d'Un poche, un(e) mordu(e), une critique (le premier roman reçu pour cette opération était Le baiser de la pieuvre, de Patrick Grainville).

 

Décembre 2003, en Afrique. Leopold Caro est psychologue et psychanalyste, en coopération universitaire à Bujumbura (Burundi). Alors qu'il se rend à un colloque à Dakar (Sénégal), il se retrouve coincé à l'aéroport de Lagos (Nigéria). Il y rencontre Jack Bean, comme lui en transit : l'homme est triste car il a raté l'enterrement de sa mère à Tel Aviv (Israël). Jack raconte alors à Leopold que son ancêtre, Isaac Rabinovitch né le 13 juin 1887 à Odessa (Ukraine) et exilé à Vienne (Autriche) a étudié la médecine et a bien connu Sigmund Freud. « C'était un proche, un intime, peut-être l'ami le plus cher de Sigmund Freud ! – Vous vous rendez compte qu'il s'agit d'un document exceptionnel ? » (page 24). Un feu s'est déclaré dans l'aéroport et les voyageurs sont parqués dehors en plein soleil. Jack autorise Leopold à faire une copie de son dossier Zahav (L'or) sur une clé USB. « Et le temps poursuit son cours. C'est lui le véritable maître en Afrique : le temps qui finit par avoir raison de tout ! » (page 22). Durant son voyage et son retour au Burundi, Leopold lit le journal d'Isaac Rabinovitch, devenu Jack Bean.

Été 1908, à Vienne. Isaac Rabinovitch, jeune étudiant en médecine de 21 ans, rencontre Hanna von Kessler dont il tombe éperdument amoureux malgré la différence d'âge et Otto Gross qui va le psychanalyser. « Je vous crois surtout névrosé, Rabinovitch. Vous savez ce que c'est, un névrosé ? C'est quelqu'un qui préfère les plaisirs de l'enfance à ceux de la maturité. Voilà ce que c'est ! » (page 85). Lors d'une soirée, le jeune homme découvre la sexualité, une sexualité très libre. Il rencontre les pionniers de la psychanalyse et devient un proche de Freud, son élève, son confident, son psychanalyste.

Janvier 2004. De retour à Bujumbura avec sa maîtresse, Preciose, une authentique descendante des anciens rois du Burundi, Leopold continue la lecture du journal d'Isaac Rabinovitch mais il est contacté par Gamliel Bean qui lui apprend que son père a été assassiné peu après leur rencontre à l'aéroport de Lagos.

Leopold est-il lui aussi en danger ?

 

Afin que vous compreniez mieux ce roman qui suit en parallèle la vie de Leopold Caro et la vie d'Isaac Rabinovitch, et qui s'annonce comme un thriller – mais pas que – je vous laisse lire quelques extraits qui vous feront sentir plus proches de chacun des deux hommes.

 

Du côté d'Isaac Rabinovitch dit Jack Bean

« Sous l'impulsion initiale du maître, je veux dire de Sigmund Freud, ce groupe avait enfin identifié la nature du mal. Le mal, c'était la névrose, et sa cause, la 'répression sexuelle'. » (page 32).

« L'inconscient est ce qui lie les êtres d'une même communauté à leur insu. […] : l'inconscient est cet espace où chacun ressemble à l'autre ; où tous constituent un tout. » (page 36).

« J'ai connu le monde d'avant les deux guerres – c'était le mien ! C'était notre monde, celui que nous avons perdu, nous autres qui sommes nés avant ce siècle. Un monde de tranquille insouciance où les morts reconnaissaient les vivants comme des leurs et les protégeaient. » (page 45).

« Vous voilà attrapé par le même microbe que nous tous, mon jeune ami. Vous serez psychiatre et vous vous engagerez dans la psychanalyse, je vous le prédis ! » (Freud à Rabinovitch, page 232).

 

Du côté de Leopold Caro

« Ils se sont affranchis de leurs traditions pour entrer dans la modernité, et là ils ont rencontré l'individualité la plus obtuse, une véritable sauvagerie. Ils vous riront au nez tous ces diplomates... Oui, la jalousie ! L'envie et la jalousie ! L'autre jour, je proposais aux deux seuls linguistes du pays de prononcer une conférence ensemble. Le plus vieux a refusé, arguant que l'autre, son cadet de quelques années, ne viendrait que pour piller ses idées (…]. Quant au plus jeune, il a évidemment refusé de paraître en public aux côtés d'un homme qu'il juge compromis dans le gouvernement […]. Jalousie... Envie et jalousie ! Je finis par croire que les Viennois du début du XXe siècle, ceux que décrit Jack Bean dans son journal, avaient tout compris. » (page 77).

« Si la psychanalyse s'est imposée en Europe, c'est bien parce qu'elle proposait une sorte de révolution culturelle – et cette révolution était avant tout sexuelle ! » (page 80).

« Il est clair qu'on ne peut pas tuer Gustave, comme on ne peut pas se débarrasser des exigences des morts, comme on ne peut faire taire la voix du vent... » (page 157). À savoir que Gustave est un énorme crocodile apparu en 1993 et qui vit dans la rivière Ruzizi.

 

PocheMordu.jpgLors de sa parution, en 2006, ce roman correspondait au 150e anniversaire de la naissance de Sigmund Freud (né le 6 mai 1856 en Moravie, à l'époque autrichienne et maintenant tchèque), médecin, neurologue et père de la psychanalyse. Freud accusait « l'hypocrisie sexuelle bourgeoise » car il pensait qu'elle était « la cause principale des névroses. » (page 237).

« Vienne, 10 novembre 1933. Lorsque je suis arrivé chez Freud cet après-midi, à 18 heures, j'ai croisé dans la rue, à deux pas de la maison, une bande de miliciens fascistes en uniforme qui hurlait un chant nazi. Pourquoi tarde-t-il tant à fuir ce pays qui commence déjà à marcher au pas de la dictature ? » (page 435).

Sigmund Freud est mort le 23 septembre 1939 à Londres où il s'est finalement réfugié avec sa famille. Sa maison londonienne est devenue le Freud Museum.

Avec Isaac Rabinovitch, le lecteur découvre la Vienne du XIXe siècle, celle où vécut Sigmund Freud, Otto Gross et tant d'autres. « Je me sens si fier d'avoir rencontré les plus grands psychanalystes de Vienne ; les plus célèbres : Adler, Graf, Heller, Hitschmann, Rank, Sadger, Tausk, Wittles et surtout Stekel. Oui, Stekel ! Je suis encore ébloui par ce petit bonhomme qui cache son intelligence derrière un masque de jovialité presque vulgaire. » (page 134). Vous le savez peut-être, en 1909, Freud a fait un voyage aux États-Unis avec Carl Gustav Jung : je me rappelle très bien de L'interprétation des meurtres, de Jed Rubenfeld et j'ai eu l'idée de créer une liste de lecture intitulée Littérature psy sur Libfly.

Avec Leopold Caro, le lecteur découvre l'Afrique de ce début de XXIe siècle : une Afrique qui se veut moderne mais qui est encore proche de son passé et de ses traditions pour le meilleur et pour le pire (guerres ethniques, massacres...).

Le journal de Jack Bean renfermerait-il quelque secret ? Après la première guerre mondiale, il y eut deux courses en Europe : une pour le socialisme, une pour la psychanalyse, et « quiconque s'intéressant à la psychanalyse sait que les documents authentiques concernant Sigmund Freud sont interdits de consultation – certains mêmes jusqu'en 2113 : ses notes cliniques, ses lettres, tout est conservé à Washington, dans des coffres, sous clé – comme si ces archives contenaient un secret militaire de la première importance ; comme si le salut de l'Occident dépendait du maintien de cette chape de plomb. » (page 25).

Les deux mondes sont passionnants, si éloignés l'un de l'autre, mais en fait si proches.

 

ChallengeThrillerChallengeBelleEpoqueJ'espère que vous serez tentés par ce roman fascinant et très bien documenté !

 

Je le place dans les challenges Thriller de Cynthia et La Belle Époque de Carnet de SeL.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 14:28

MarcheIncertitude.jpgLa marche de l'incertitude est un roman de Yamen Manai paru aux éditions Elyzad (Tunisie).

D'abord paru en 2008 (Elzévir), ce roman est repris par Elyzad dans une « édition revue par l'auteur » en poche en novembre 2010 (162 pages, 6,70 €, ISBN 978-9973-58-029-0).

Il a reçu le Prix Comar d'Or 2009 (Tunisie) et le Prix des Lycéens Coup de cœur de Coup de soleil 2010 (France).

 

Yamen Manai est né en 1980 à Tunis. Il a fait ses études en France et vit à Paris. Il est ingénieur (nouvelles technologies de l'information) et La marche de l'incertitude est son premier roman.

Du même auteur : La sérénade d'Ibrahim Santos (2011).

 

Marie Rimbaud a 15 ans, elle est amoureuse d'un garçon de son collège qui ne lève pas la tête des livres, elle devient anorexique. « Elle fanait comme une fleur qui perdait chaque jour un nouveau pétale. » (page 11). Sa mère l'emmène consulter un marabout africain qui leur vend un œuf spécial. Mais l'œuf est mangé en omelette par le beau-père de Marie et la mère, désespérée, envoie sa fille dans un internat. Pour conjurer sa peur du surnaturel, de l'irrationnel, l'adolescente se lance à fond dans l'étude des mathématiques au point d'obtenir plusieurs diplômes et de grandes fonctions.

Christian, orphelin adopté par un colonel à la retraite, a fait des études scientifiques. S'il réussit dans ses recherches sur l'antimatière, il sera nobélisable, mais en attendant il a besoin d'aide. Son professeur lui donne le numéro d'une « brillante mathématicienne » qui pourra résoudre son équation.

 

YamenManai.jpgNe pensez pas que les mathématiques et les sciences rendent ce roman compliqué et rébarbatif ! Au contraire, tout coule de source ! Et l'auteur, qui se définit comme un humaniste raconte très bien, avec son écriture fine et délicate, l'histoire de chacun et comment elle interfère dans l'histoire des autres. Car si le hasard fait que Marie et Christian se revoient 11 ans après leur première rencontre, il touche aussi d'autres personnes qui leur sont proches ou pas (encore). Il y a le colonel Boblé qui a élevé Christian comme un fils sans savoir d'où il venait ; Marcel un ouvrier d'usine qui part à la retraite et qui va ouvrir un magasin de fleurs ; Rima qui vit seule depuis que Milan Maratka, un peintre tchèque ayant vécu à Paris dans les années 70, l'a abandonnée pour retourner dans son pays ; Moussa qui a 20 ans et quitte subitement Tunis pour Paris.

La marche de l'incertitude est un beau roman sur l'amour. Il met en avant le hasard qui fait les rencontres, les séparations et les retrouvailles. Marie, Christian et les autres vont de l'avant : ils marchent, mais ils ne se connaissent pas et ne connaissent pas leur avenir : ils sont dans une perpétuelle incertitude. Les relations qu'ils vont tisser les uns les autres vont rendre cette incertitude obsolète et l'amour possible.

D'ailleurs, j'aime beaucoup la couverture, avec ce point central bleu (les yeux de Marie) et ces itinéraires, ces vies, qui l'entourent, se croisent, se perdent et se retrouvent, un jour, quelque part, plus loin, ailleurs.

« Il repensa longuement au regard bleu de l'amour. Oui, c'est dans un tel regard que la magie les mêle, c'est dans un tel regard que naît l'alchimie des mots. » (page 83).

 

LibflyMaghreb.jpegAyant pris du retard dans mes lectures et dans la rédaction de mes notes de lecture, je suis à vrai dire en retard pour poster celle-ci... Mais aujourd'hui, ça tombe bien car je peux annoncer un événement lillois (même si je suis très loin de Lille).

Ce soir, donc, à 18 h 30, à l'Auditorium du Palais des Beaux-Arts (Place de la République, Lille), une rencontre Écrire et éditer au Maghreb animée par Christine Marcandier (critique littéraire à Mediapart) en présence d'auteurs édités par Barzakh (Algérie) et Elyzad (Tunisie) dont Yamen Manai avec ses deux romans : La marche de l'incertitude et La sérénade d'Ibrahim Santos (dont je parle bientôt).

La soirée organisée par Libfly sera retransmise sur Libfly.TV à partir du mercredi 15 février.

 

Je remercie Libfly pour les deux romans de Yamen Manai que j'ai reçus. Je remercie aussi Yomu pour sa gentillesse et sa patience (c'est que j'ai quand même du retard !).

PremierRoman1Une dernière chose : Libfly a publié une intéressante interview de l'auteur concernant son deuxième roman, La sérénade d'Ibrahim Santos.

 

PS : Je rajoute cette note de lecture dans le défi Premier roman d'Anne.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 06:58

Contractors.jpgContractors est un thriller de Marc Wilhem paru aux éditions Scrineo Thriller le 27 octobre 2011 (313 pages, 19 €, ISBN 978-2-9197-5-508-0).

 

Je remercie Delphine et Scrineo de m'avoir envoyé ce roman.

 

Marc Wilhem est né en 1973 en Argentine mais il vit en France. Il est capitaine de brigade pour la répression du banditisme. Il est l'auteur de trois autres romans : Le commando Charlemagne (2006), La saison des dragons rouges (2008) et Meth in France (2011).

 

Paris, France. Régis Boullay, président du GESGC (Groupement européen de sécurité et de gestion des crises) est satisfait car Bruno Rijkeers a parfaitement rempli sa mission. « Toutes les portes s'ouvrent lorsqu'on a la morgue nécessaire pour donner l'illusion qu'on y a droit. » (pages 64-65). Et les Chinois achètent vingt-cinq Falcon de chez Dassault alors que le groupe brésilien, Embraer, avait fait une meilleure offre.

São Paulo, Brésil. Deux amis d'enfance, Thomas Pinheiro de Lima – premier lieutenant des Fusiliers marins – et Gustavo Minielli surnommé Guga – nouvel employé de l'ABIN (Agência brasileira de inteligência) – se retrouvent à la société secrète du Cygne blanc.

Amazonie, près de Manau. Des mercenaires – on dit maintenant contractors – français lourdement armés protègent le camp d'une société chinoise implantée illégalement et qui fait du trafic de bois précieux.

France, Salle du Chapitre. Georges Bréval, colonel de l'armée à la retraite, est intronisé Chevalier du Temple de Jérusalem.

Samir, issu de la banlieue, a pu aller à Science Po grâce aux quotas sociaux. Il a ensuite étudié le journalisme et a été recruté par Amicus, une agence « indépendante », où il intègre l'équipe d'investigation. Samir enquête d'abord sur l'Ordre des Chevaliers du Temple de Jérusalem : « Les sectes, c'est très vendeur. Les gens adorent ça : du mystère, des rites secrets, du cul et du fric ; c'est le rêve du journaliste d'investigation. » (page 84). Mais un groupe terroriste inconnu, FZA, fait son apparition : Samir et Anne se lancent dans une enquête dangereuse.

 

Oh, ne vous inquiétez pas, toutes ces personnes sont liées et, comme dans tout bon thriller, le lecteur découvre (comprend) au fur et à mesure.

Le mot d'ordre de la collection Thriller de Scrineo est « La force de la fiction – la précision de l'expert ».

Il ne fait aucun doute que Marc Wilhem sait très bien de quoi il parle : pouvoir, économie, sectes, police, presse.

D'ailleurs le travail de la police et le travail des journalistes d'investigation sont-ils compatibles ? Ce n'est pas sûr... Les premiers veulent protéger la population (lui cacher des choses ?), les deuxièmes veulent informer le public (vendre ?).

 

Deux passages m'ont particulièrement plu : ils concernent tous les deux Samir. Le premier est sur les journalistes, le deuxième d'ordre social.

« Aujourd'hui, la profession est une vraie merde. Les journalistes politiques ne font que des commentaires sportifs, comme si les élections n'étaient qu'un jeu. Tel politique a dit ça de son rival, qui va l'emporter entre X et Y […]. Rien sur le fonds, sur les idées […]. » (page 80).

« […] Samir renonça à faire comprendre à Olivier que les services publics étaient la base de la nation, que sans eux il ne serait jamais arrivé jusque là. […] Mais comment le faire comprendre à une personne qui avait fait toute sa scolarité dans le privé, qui n'avait dû prendre le métro que deux fois dans sa vie et qui aujourd'hui passait le plus clair de son temps à aider les nantis à protéger leur pognon […] ? » (page 243).

 

En fin de volume, un intéressant cahier documentaire sur les contractors, rédigé par Jacques Massey. Un sujet d'actualité puisque le gouvernement a demandé en 2010 un rapport sur les SMP (Sociétés militaires privées).

 

Contractors est le troisième roman de la collection Scrineo Thriller, après Opération Goliath, de Denis Alamercery (2010) et Les ombres, de Philippe Bérenger (2011) que je n'ai pas lus mais qui du coup me font bien envie.

 

14e roman pour le 1 % de la rentrée littéraire, 8e pour la Rentrée littéraire des Agents littéraires (petits éditeurs) et 9e pour le Challenge Thriller de Cynthia.

1pourcent2011 RentreeAgents2011 ChallengeThriller

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 23:16

LongtempsReve.jpgLongtemps j'ai rêvé d'elle est un roman de Thierry Cohen paru aux éditions Flammarion en mai 2011 (435 pages , 19,90 €, ISBN 978-2-0812-5559-3).

 

Aimez-vous les romans d'amour ? Moi, pas trop... Mais je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé Longtemps j'ai rêvé d'elle car il est un peu différent des autres.

 

Thierry Cohen est né à Casablanca (Maroc). Il vit à Lyon.

Du même auteur : J'aurais préféré vivre (2007), Je le ferai pour toi (2009).

Plus d'infos sur son site.

 

Jonas a eu une enfance et une adolescence heureuses, mais après un accident de voiture, il perd les deux personnes qu'il aime le plus au monde : ses parents. « Mon univers venait d'imploser et j'étais une planète en perdition. J'avais perdu mes deux pôles, mes vrais repères, la source de mon amour. Je me sentais abandonné, seul et vide de larmes. Seul et plein de tous ces mots que je ne leur avais pas dits et de ceux que jamais je ne prononcerais. Je pris un mois de congés et m'enfermais chez moi. » (pages 39-40).

Plusieurs fois, il rêve d'une femme qui lui apportera l'amour dont il a besoin. « J'en étais persuadé, il y avait une fille, quelque part, qui m'était destinée et que je reconnaîtrai au premier regard. » (page 25).

Il va écrire un roman extraordinaire – Dans les silences d'une femme – sous le pseudonyme de Raphaël Scali (un hommage à se parents). « Désormais, sur mon clavier, je pouvais essayer, regretter, revenir en arrière, effacer, supprimer et remplir des pages virtuelles d'une aventure qui l'était autant. Il n'y avait ni passé ni futur. Juste le moment de l'écriture, la jouissance de créer, de pouvoir maîtriser le temps en le niant. […]. » (page 49).

Lorsque Jonas prend ce travail à mi-temps à la librairie La maison des livres, rue Fourcroy, il n'écrit plus depuis cinq ans et il est endetté malgré le soutien de ses amis, Chloé et Josh, et d'un mystérieux admirateur.

 

Après des études d'infirmière, Lior travaille de nuit dans un hôpital, et vit en colocation avec Elsa, sa meilleure amie. Elle rêve bien sûr au grand amour, mais elle a été tellement déçue par les hommes auparavant qu'elle préfère s'enfermer dans sa solitude. « Je resterai seule. Plus aucun homme ne me prendra pour une conne. Je n'ai pas besoin d'eux, de leur amour, de leur tendresse. Ils ne savent que mentir, prendre et laisser. » (page 53).

Lior est bouleversée par la mort d'Angèle Dutour, une patiente en fin de vie. Peu de temps après, elle est contactée par le riche Robert Luciani : il souhaite qu'elle devienne l'infirmière privée de sa fille, Serena, atteinte d'une maladie incurable.

 

Une des originalités de ce roman est que, pour une même histoire, il y a trois narrateurs.

Au début et à la fin, c'est Hille Edimberg, un libraire insolite et attachant. « Je marie les êtres et les livres. » (page 9). « En tant que libraire, je suis sensé vous avertir afin de ne pas vous laisser vous égarer sur un chemin qui n'aurait rien à vous apprendre sur vous. » (page 10). « Il y a bien trop de livres à lire et trop peu d'années à vivre pour regretter ses intuitions. » (page 13).

Et en parallèle, il y a l'histoire de Jonas Lankri (l'auteur) et de Lior Vidal (la lectrice), personnages qui vont bien sûr se croiser pour accomplir leur destin.

Les amis de l'un et de l'autre, indispensables, ont aussi leur rôle à jouer.

 

L'autre originalité est le processus de création et la relation de l'auteur avec son œuvre. « Je n'imaginais pas présenter mon roman à un éditeur, ne pensais même pas le faire lire à mes amis. Je composais mon histoire pour répondre à un besoin que j'étais incapable de précisément qualifier, […]. » (page 56). « J'avais passé de nombreux mois à errer dans les marges de ma vie […]. » (page 87).

Et aussi les relations entre les personnages : le libraire et l'auteur, le libraire et la lectrice, l'auteur et la lectrice, et entre les lectrices (Lior, Séréna).

 

J'ai bien aimé la librairie et le libraire. « […] les personnes fréquentant la librairie se sentent libres d'aller et venir, de lire sur place, sans être importunés. 'Ce ne sont pas des clients mais des invités. Nous nous occupons des livres et les livres s'occupent d'eux'. » (page 106). « Le lieu m'avait paru singulier, presque magique. La vieille devanture racontait une histoire. [...]. » (page 152).

 

Jonas est parfait dans le rôle de l'auteur noble de cœur ; Lior aussi dans le rôle de la lectrice désabusée qui se réfugie dans les livres pour avoir un peu de rêve et d'espoir ; et sa copine Elsa est très lucide : « Gentil, entier, idéaliste, prévenant, intelligent et beau... Tu connais une autre définition du mec idéal, toi ? » (page 302). Personnellement, je n'ai pas d'autre définition mais je veux bien rajouter fidèle !

 

J'ai repéré quelques petites erreurs :

Par deux fois, il est écrit Joshua Scali au lieu de Raphaël Scali (je n'ai pas noté les numéros de page).

Page 314, la phrase « J'avais raccroché, le sourire factice qui avait accompagné mon invitation […] apparaît deux fois : une fois en début de paragraphe et une fois à la cinquième ligne du même paragraphe.

 

À part ça, voici un bon roman d'amour, intelligent et tout en délicatesse, et je suis sûre qu'il plaira non seulement aux amateurs du genre (qui l'imagineront peut-être comme étant leur livre-lumière) mais aussi aux autres lectrices comme moi peu habituée aux romances.

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 00:03

AndreeChedid.jpgC'est avec tristesse que j'ai appris hier le décès (survenu dimanche) d'Andrée Chedid, grande dame de la littérature. Elle aurait eu 91 ans le 20 mars... R.I.P.

 

Andrée Saab est née le 20 mars 1920 au Caire (Égypte) dans une famille chrétienne : sa mère, Alice Godel était originaire de Syrie et son père, Selim Saab du Liban. Elle a étudié à l'école française puis à l'université américaine et a obtenu son diplôme de journaliste. Elle sera écrivain (nouvelliste, romancière, poétesse, dramaturge) : ses premiers poèmes (en anglais) sont publiés au Caire en 1943. Elle est devenue Madame Chedid après son mariage avec Louis, un étudiant en médecine. Le couple s'est installé au Liban en 1943 puis en France en 1946 et aura deux enfants.

On dit souvent que le talent saute une génération, ce n'est pas le cas dans la famille Chedid où la fille Michèle est peintre, le fils Louis et le petit-fils Mathieu sont tous deux reconnus comme de talentueux artistes de la chanson. 

En France, les premiers poèmes d'Andrée Chedid sont publiés en 1949 et son premier roman en 1952. Suivront la carrière littéraire que l'on connaît et de nombreux prix.RomansChedid

 En 2002, elle a reçu le Prix Goncourt de la Poésie et en 2009, elle est devenue Grand Officier de la Légion d'Honneur.

 

Plus d'informations sur le site officiel d'Andrée Chedid (bizarrement il est en anglais alors qu'elle écrivait ses œuvres en français).

 

J'ai lu plusieurs œuvres d'Andrée Chedid – principalement dans les années 80 et 90 – : L'autre, Lucy la femme verticale, Nefertiti et le rêve d'Akhenaton, Le sixième jour (j'ai aussi vu l'adaptation cinématographique de Youssef Chahine), Le survivant... J'ai lu Romans, une anthologie de plus de 1000 pages regroupant 9 romans et parue aux éditions Flammarion dans la collection Mille et une pages en 1998. J'ai aussi lu un peu de poésie et une ou deux pièces de théâtre mais je ne me rappelle plus les titres.

 

C'est vraiment une œuvre pleine d'âme que je vous conseille chaleureusement. De mon côté, j'ai bien envie de lire, ou relire, un ou plusieurs de ses romans.

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:48

PartieMahJong.jpgCoupCoeur2005.pngLa partie de Mah-jong de l'Empereur est un roman d'Adam Katzmann paru aux éditions Jacques André éditeur en novembre 2005 (86 pages, 9 €, ISBN 2-915009-81-3).

 

Je remercie Jacques André éditeur de m'avoir envoyé ce roman qui me faisait très envie !

 

Adam Katzmann, né en 1951 à Constantine (Algérie), est un voyageur : France, Cameroun, Corée du Sud, Irlande, Bolivie, Pérou où il enseigne actuellement la philosophie.

Du même auteur chez Jacques André éditeur : Le harcèlement chez les bonobos, Leçons de ténèbres et de lumière, Le massacre, Perce-Brume, Sanpagarello et ses maîtres.

 

« Notre Empereur bien aimé [...] aimait à s'entourer d'amis aux origines les plus variées, aussi bien pour gérer les affaires de l'État que pour animer ses loisirs. » (page 14).

Mais l'Empereur va mal, très mal, et il faut penser à la transmission du pouvoir. « Je ne vous le cacherai pas plus longtemps, messieurs... En réalité, notre Empereur bien-aimé a rejoint ses ancêtres hier soir. » (page 24) mais personne n'est encore au courant pour la sûreté de l'État.

 

Avant de mourir, l'Empereur avait choisi pour sa succession quatre hommes :

Un mandarin, le narrateur, fin lettré, riche héritier. C'est lui qui a reçu la missive de l'Empereur et qui a invité les trois autres hommes dans sa propriété car sa famille est détentrice du jeu de Mah-jong de l'Empereur. Il est chat de métal : « Le chat apparaîtrait comme un animal plutôt faible, tout particulièrement en face du tigre. » (page 17) mais « la faiblesse apparente du chat dissimule, voire recèle des ressources considérables. » (page 18).

Un militaire, le Général Chou, une force de la nature, courageux, « un homme de guerre d'une valeur exceptionnelle » (page 15) mais autoritaire et impatient comme peut l'être un tigre de feu.

Un homme d'affaires, Wang, « l'homme le plus riche de l'empire » (page 15), obèse et malade, qui pourrait être comparé à un buffle ou un oiseau de proie alors qu'il est cochon de feu.

Un aristocrate de la lignée impériale, le Prince Dhu, parfaitement éduqué et raffiné, mais tellement jeune et rêveur.

 

MahJong.jpgQuatre hommes que l'Empereur aimait et en qui il avait une totale confiance, « Quatre Vents de la Chance » qui, en ce soir d'hiver, vont s'affronter au jeu impérial secret : le Mah-jong pour déterminer qui a les qualités requises (chance, opportunités, attention, concentration, combativité, vivacité d'esprit...) pour devenir le nouvel Empereur. Car « toutes les compétitions […] imaginées sont réunies dans ce jeu : […]. » (page 35).

 

Alors, qui va gagner la partie ? Bien entendu, je ne vous le dirai pas ! Il faut lire ce roman court mais profond pour découvrir qui sera le nouvel Empereur et comprendre ce qu'est le pouvoir.

 

Ce roman se lit vite car il contient peu de pages, mais il est dense et j'ai beaucoup aimé le fait que le jeu révèle ce que nous sommes (comportement, patience, réflexion, stratégie) : mauvais perdant = mauvais vivant !

Et cette jolie phrase : « Le thé refroidi dans ma tasse était d'une amertume proche de l'insupportable. » (page 68).

 

Je sais deux ou trois choses sur le Mah-jong, mais en tout cas je ne sais pas en jouer ! Peut-être que ce roman est le déclic qui me donnera envie d'apprendre ? Encore faut-il ensuite trouver des adversaires !

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 13:54

Il est paru le 1er décembre ! Le n° 4 de Livraddict Le Mag ! Après Jeunesse, Polar et Fantasy, ce numéro est consacré à la littérature francophone contemporaine.

74 pages en couleur de littérature francophone de ce début de XXIe siècle ! La rentrée littéraire, les prix littéraires, Serge Brussolo, Bernard Werber, Jean-Christophe Grangé et le thriller français, Pierre Bottero (avec un concours), les adaptations cinématographiques, Hubert Reeves, etc.

Encore un excellent numéro et le prochain, qui paraîtra le 1er mars 2011, sera consacré aux vampires (je ne suis pas fan mais pourquoi pas).

 

 

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 09:07

ExilesRazavi.jpgLes exilés : une chronique iranienne est un roman d'Emmanuel Razavi paru aux éditions Mon petit éditeur en septembre 2010 (113 pages, 16 €, ISBN 978-2-7483-5639-7).

 

Je remercie Blog-o-Book de m'avoir envoyé ce livre. L'équipe de BoB fait un super boulot et propose chaque semaine des partenariats avec de grands éditeurs ou des « petits » éditeurs peu connus.

 

Le narrateur est grand reporter. Il est à Riyad avec « une délégation de journalistes qui suit le Président français » (page 11). Au nord-est de la capitale saoudienne, c'est l'Iran, le pays de ses ancêtres. Il pense alors avec nostalgie à son pays d'origine et à ses ancêtres, des Qâdjârs qui ont subi de plein fouet la révolution de 1979.

 

28 novembre 1943, ambassade de Russie à Téhéran. C'est la célèbre conférence entre Churchill, Staline et Roosevelt. Le Général de Gaulle n'a pas été invité. Parviz (le père de l'auteur) alors enfant, est à la réception avec son frère, Houchang, et ses parents, Youssef (un officier issu de l'aristocratie militaire) et Mandane.

Ahmad, 8 ans, est le fils de Koshkho Namiz, un professeur de mathématiques qui a quelques liens avec des communistes. Avec son père, il se contente de regarder la voiture passer dans la rue.

C'est ce soir-là que Youssef déclare à Joséphine, l'épouse française du cousin Amir : « Le jour où la guerre sera finie, j'enverrai mes enfants étudier en France pour qu'ils deviennent comme vous. Cultivés et fiers ! » (page 24).

1946, la guerre est finie en France. Parviz et Houchang qui ont 10 et 11 ans, débarquent à Montpellier et vont intégrer L'Enclos Saint-François. C'était pour un an mais ils vont y rester jusqu'au baccalauréat...

Fereidoon, le cadet, partira plus tard aux États-Unis.

 

Le quotidien de Parviz et Houchang est difficile, seuls, loin de leur famille et de leur pays (leurs habitudes, leur culture), obligés d'apprendre rapidement une langue qu'ils ne connaissent pas, et surtout dans un pays qui sort de la guerre donc en ruine et qui subit encore le rationnement. Le football, les copains et un couple bienveillant (Andrée et Robert Marès) vont les aider à supporter l'exil et ils vont réussir.

« Les enfants, vous êtes devenus un lien entre l'Occident et l'Orient. Quoi que vous décidiez de faire à présent, veillez à ne jamais l'oublier. Le monde est voué à changer dans les prochaines années. Votre pays devra alors faire des choix. Soyez de ceux qui lui permettront d'œuvrer dans le sens de la paix. » (Robert Marès page 70, mon passage préféré).

 

Ça, du changement, il y en a eu !

1978-1979. Parviz est à l'abri en France avec Marie-Josèphe (les parents de l'auteur) mais Houchang est en Iran où il travaille avec son père. Le vent a tourné... Les Occidentaux, les aristocrates et les intellectuels sont devenus des ennemis du peuple iranien. Ahmad est hostile à la famille Razavi alors que Youssef avait fait libéré son père des années auparavant... Youssef et Mandane (les grands-parents de l'auteur) pourront-il fuir aux États-Unis où vit leur fils Fereidoon ? Houchang et son épouse vont-ils s'exiler en France ?

 

Je n'ai pas été déçue car le livre est agréable à lire, simple et honnête, mais je n'ai rien appris de plus sur l'Iran que je ne savais déjà... Marjane Satrapi, Zoyâ Pirzâd, Naïri Nahapétian et d'autres sont déjà passés par là ! Toutefois, j'ai trouvé plaisant de lire l'histoire de cette famille, de voir que Parviz et Houchang ont réussi et se sont attachés au pays qui leur permet de vivre bien avec leur famille (il en est de même pour leur jeune frère aux États-Unis). Il y a à la fois la douceur et la douleur dans ce court roman, l'exil et la nouvelle terre. Les souvenirs, la nostalgie, et l'avenir des enfants nés dans un autre pays que celui de leurs ancêtres. Lisez-le si vous voulez découvrir l'Iran en toute simplicité ou l'histoire de deux familles iraniennes totalement différentes, les Razavi et les Namiz. Une chronique iranienne, tout simplement.

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 16:39

LeLionKessel.jpgCoupCoeurXXe.pngLe lion est un roman de Joseph Kessel paru aux éditions NRF/Gallimard en avril 1958 (318 pages). Il a depuis été réédité, en particulier en poche chez Folio, Folio junior, Folio classiques, ou dans les œuvres complètes de Joseph Kessel comme Reportages, romans chez Quarto Gallimard en avril 2010.

 

Joseph Kessel est un aventurier et un écrivain français né en Argentine le 10 février 1898. Enfant, il vit quelques années dans l'Oural avant que ses parents s'installent en France. Il étudie à Nice puis à Paris, participe aux deux guerres mondiales. Grand voyageur, il devient ensuite reporter et romancier. Il entre à l'Académie française en 1962. Il meurt en France le 23 juillet 1979 laissant derrière lui une œuvre conséquente : des reportages, le Chant des partisans, et une centaine de livres – de La steppe rouge (1922) à Les temps sauvages (1975) – dont certains adaptés au cinéma (Belle de jour, La passante du Sans-Souci, L'armée des ombres...).

Le Prix Joseph Kessel est décerné chaque année depuis 1991 à une œuvre littéraire de voyage, biographie, récit, essai rédigée dans la même veine que les récits de Joseph Kessel.

 

 

Après un voyage en Afrique Orientale (Kivou, Tanganyika, Ouganda et Kénya) et avant de se rendre à Zanzibar, l'auteur s'arrête pour deux jours dans le Parc Royal au pied du Kilimandjaro. Il était « arrivé la veille, épuisé, à la nuit tombante » (page 12). Au réveil, il a devant lui un petit singe et, au milieu du brouillard, le Kilimandjaro : « Les neiges du Kilimandjaro traversées de flèches vermeilles. » (page 14).

C'est en s'approchant d'un point d'eau pour observer les animaux s'abreuver ensemble qu'il rencontre Patricia. La fillette de 10 ans est la fille du responsable du parc et elle communique avec les animaux. « Et les fauves ? demandai-je à Patricia. » (page 35).

Plus tard dans la matinée, l'auteur fait la connaissance des parents de Patricia : Sybil Bullit, une Anglaise plutôt citadine, et son époux, John Bullit. Ancien chasseur et même braconnier – connu sous le surnom de Bull Bullit – repenti depuis une dizaine d'années, Bullit est l'administrateur de la réserve. « On aime les bêtes pour les voir vivre et non plus pour les faire mourir. » (page 94).

Sybil Bullit : « J'essaie de faire oublier qu'il n'y a pas une ville à trois cents kilomètres d'ici et qu'on trouve à la porte de cette maison les bêtes les plus dangereuses. » (page 51).

John Bullit : « Pour une fois que j'avais un visiteur convenable. […] Les touristes... Vous ne connaissez pas cette espèce. » (page 87).

Dans la journée, l'auteur découvre la réserve avec un ranger : « La Réserve était immense » (page 99) et « Les bêtes étaient partout. » (page 100) mais il est déçu car la voiture ne sort pas de la piste et il ne peut approcher les animaux : « J'avais le sentiment d'être puni, privé, frustré, volé. » (page 101).

Au retour de cette excursion, il croise deux Masaï, un vieux (Ol'Kalou) et un jeune (Oriounga), un morane c'est-à-dire un Masaï qui deviendra adulte dès qu'il aura tué un lion (même si c'est maintenant interdit par le gouvernement).

Le soir, l'auteur va boire le thé chez les Bullit mais Sybil devient hystérique : « Savez-vous qui est ce King que ma fille attend jusqu'au soir et par qui elle se fait reconduire, et de qui son père reconnaît la voix ? Le savez-vous ? […] Un lion ! Oui, un lion ! Un fauve ! Un monstre ! » (pages 128 et 129). Patricia est donc l'enfant du lion dont il a entendu parler...

L'auteur aurait pu se contenter de ce court safari et partir à Zanzibar comme prévu, mais il décide de rester jusqu'au dénouement, car il sait qu'il va se passer quelque chose.

Le lendemain, Patricia vient le chercher pour partir en voiture avec Bogo, le chauffeur Kikouyou, et Kihoro, le Wakamba borgne et balafré qui prend soin d'elle. Et l'auteur découvre King !

 

Les Masaï selon John Bullit

« Les Masaï ne vendent et n'achètent rien. Ils ont beau être noirs, il y a du seigneur en eux. » (page 58).

« Personne au monde n'était aussi riche qu'eux, justement parce qu'ils ne possédaient rien et ne désiraient pas davantage. » (page 169).

 

L'auteur se rend compte que les membres de cette famille s'aiment mais qu'il y a un problème entre eux. Sybil reste seule toute la journée et souffre de solitude, John est tout à son travail et à ses bêtes, Patricia n'en fait qu'à sa tête, mène les adultes par le bout du nez et considère son lion comme un jouet sous prétexte qu'il a été recueilli tout bébé et qu'elle s'est occupée de lui. Mais jusqu'où peut aller le jeu avant qu'il n'arrive un drame ?

Le récit de Joseph Kessel est vraiment beau, avec une description admirable de la nature et des animaux, du moins de ce qu'il en voit. Mais l'auteur pointe aussi le caractère des humains et, en fin observateur, tente de comprendre et de deviner ce qu'il va bien pouvoir se passer. Une fillette de 10 ans qui joue avec les adultes et les animaux, qui va éprouver de la jalousie lorsqu'elle verra que King a deux lionnes et des lionceaux, et de l'orgueil lorsqu'Oriounga la demandera en mariage. Elle n'a que 10 ans...

En fait, j'ai trouvé Patricia détestable, égoïste, prétentieuse et je ne crois pas que l'Afrique avait besoin de personnes comme cela.

Mais Le lion est un roman magnifique que j'ai été contente de relire (je l'avais lu enfant et, même si j'avais été émerveillée par le lion et par l'Afrique, je n'avais sûrement pas compris tous les ressorts de ce drame...), une belle aventure, un safari inoubliable ! 

 

CoupsCoeurBlogosphereJaimelesClassiquesJ'ai choisi de lire Le lion pour Les coups de cœur de la blogosphère et j'en profite pour le présenter aussi dans J'aime les classiques puisque sont autorisés les classiques parus jusqu'en 1960.

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