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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 13:25

Annulaire.jpgL'annulaire est un roman de Yôko Ogawa paru aux éditions Actes Sud en juin 1999 (95 pages, 10,70 €, ISBN 978-2-7427-2291-4). Il est depuis paru dans la collection Babel (poche, n° 442), en juin 2005 (96 pages, 5,60 €, ISBN 978-2-7427-5628-5). Kusuriyubi no hyôhon 薬指の標本 (1994) est traduit du japonais par Rose-Marie Makino.


Yôko Ogawa est née le 30 mars 1962 à Okayama (Japon). Elle est diplômée de Waseda (une université prestigieuse à Tôkyô). Elle est auteur de nouvelles et de romans (assez courts) traduits dans de nombreuses langues. J'ai lu quelques-uns de ses romans dans les années 90-début 2000 et il faudrait que je les relise pour en parler sur le blog. C'était ce que j'avais fait pour La grossesse en août 2010. Tout récemment (le 13 mars) est paru son nouveau roman, Le petit joueur d'échecs, toujours chez Actes Sud, avec une superbe couverture représentant un éléphanteau devant un jeu d'échecs.

 

Que signifie le titre 薬指の標本 ?

薬指 kusuriyubi signifie annulaire ( yubi signifie doigt)

no est la particule de possession, d'attribution

標本 hyôhon signifie spécimen.

Ainsi le titre français est moins précis que le titre original mais cependant correct.

 

Un village en bord de mer. La narratrice, 20 ans, travaille dans une usine de fabrication de boissons rafraîchissantes lorsqu'elle est victime d'un accident : son annulaire gauche s'est coincé dans une machine qui lui en a enlevé un petit morceau. Ce n'est pas grand chose mais elle ne peut plus travailler là.

Elle quitte son village pour la première fois de sa vie et arrive en ville. Elle travaille maintenant depuis un an comme secrétaire dans un laboratoire de spécimens avec M. Deshimaru. Ce laboratoire est dans un ancien pensionnat pour jeunes filles et deux vieilles dames y vivent encore, celle du 223 et celle du 309.

« […] le sens de ces spécimens est d'enfermer, séparer et achever. Personne n'apporte d'objets pour s'en souvenir encore et encore avec nostalgie. » (page 23).

Un soir, M. Deshimaru invite la narratrice dans la salle de bain désaffectée et lui offre une belle paire de chaussures. Leur relation change alors.

« Nous étions restés tellement longtemps sans bouger que j'avais l'impression d'avoir été transformée en un spécimen incorporé à lui. » (page 50).

Le travail est agréable mais la narratrice n'a pas le droit d'aller au labo et dans certaines salles. Plus les jours passent, plus le mystère l'obsède et plus elle pense à son bout de doigt.

« Il m'est arrivé, alors que j'attendais les clients seule à la réception, de me retrouver sur le point d'être aspirée par le tourbillon de calme. » (page 85).

 

Toujours beaucoup de mystères et de non-dits dans les récits de Yôko Ogawa. Quel village ? Quelle ville ? Les noms de la narratrice et des deux vieilles dames ? Des infos sur la narratrice ou M. Deshimaru ? Tiens, lui, on connaît son nom mais rien de plus, à part le fait qu'il fait bien son travail et manipule ses assistantes... Ainsi, aux yeux du lecteur, la narratrice qui n'a pas de nom est encore plus soumise à ce cher monsieur qui prend possession d'elle, en commençant par ses pieds (objets érotiques).

Les jours passent, les saisons passent, et que fait la narratrice ? Elle travaille et c'est tout ! C'est-à-dire qu'en dehors du laboratoire (le laboratoire proprement dit est un lieu sacré où elle n'a pas le droit d'entrer) et de sa relation avec son patron, il n'y a rien, elle n'est rien. C'est inquiétant et ça ne m'étonne pas qu'elle se laisse manipuler par cet homme qui la fascine et développe une obsession qui la conduira à sa perte.

J'ai déjà lu des romans de Yôko Ogawa et j'apprécie son style (fluide) et ses histoires (déconcertantes) mais celui-ci m'a un peu laissée sur ma faim... Trop court. Ou alors je m'attendais à la chute et je n'ai pas été assez surprise. Il reste bien sûr un excellent roman de Yôko Ogawa, idéal pour découvrir son univers ou pour s'y plonger encore plus.

L'annulaire a été adapté au cinéma en 2005 par Diane Bertrand mais ce film éponyme a été tourné avec des acteurs français et l'actrice ukrainienne, Olga Kurylenko. De plus il s'éloigne du texte original (ce qui ne m'étonne pas, le respect de l'œuvre n'étant pas toujours une priorité...).

 

Une lecture pour les challenges Bookineurs en couleurs (couverture bleue), Cent pages, Des livres et des îles, Écrivains japonais, Je lis des nouvelles et des novellas, Petit Bac 2013 (catégorie Partie du corps humain) et Sur les pages du Japon (quartier libre pour le dernier mois).

BookineursCouleursLiyah DefiCentPages DesLivresEtIles
EcrivainsJaponais NouvellesChallenge1 PetitBac2013

 

SurPages03-2013.jpg

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 05:12

1Q84Audiolib1.JPGLorsque Thomas m'a contactée pour tester un CD de texte lu, j'ai accepté de recevoir 1Q84 - Livre 1 avril-juin, de Haruki Murakami.

1Q84 (2009) est traduit du japonais par Hélène Morita avec la collaboration de Yôko Miyamoto.

Je n'avais encore jamais écouté de livre lu et j'ai voulu tenter l'expérience !

J'ai été très contente de recevoir cet Audiolib contenant 2 CD pour presque 17 heures d'écoute (24,40 €, ISBN 978-2-35641427-4). Le texte est lu par Maia Baran (comédienne belge, d'origine russo-polonaise, au théâtre et dans le doublage) et Emmanuel Dekoninck (comédien, metteur en scène au théâtre et compositeur belge).

 

Je mets le premier CD dans la chaîne et je commence à écouter : une présentation avec les voix des deux narrateurs et le premier chapitre.

Tokyo, 1984. Aomamé (ce nom rare signifie haricot de soja bleu-vert), trente ans, est dans un taxi indépendant coincé dans les embouteillages sur la voie express. Le chauffeur écoute une symphonie peu connue de Leoš Janáček (Tchécoslovaquie, années 20). Aomamé doit se rendre à Shibuya où elle a un rendez-vous très important mais elle n'y sera sûrement pas à temps.

 

Ça me plaît bien mais qu'est-ce que je vais faire en écoutant ce CD ? Si je m'éloigne trop, je ne vais rien entendre... Et si je restais tranquillement sur le canapé et que je me laissais porter par la voix de Maia Baran ? Aomamé écoute la symphonie les yeux clos ; eh bien, moi aussi, j'ai les yeux clos et... je m'endors, zut ! Je n'ai entendu que la première partie du premier chapitre (une dizaine de minutes).

 

Deuxième essai : je remets le premier CD dans la chaîne, j'essaie d'écouter sans m'endormir et je réussis à aller un peu plus loin, yes !

Le chauffeur conseille à Aomamé de descendre du taxi et de prendre les escaliers de secours pour aller à la gare, ainsi elle pourra peut-être arriver à temps à son rendez-vous. Mais ensuite il lui tient des propos étranges sur les escaliers, sur les choses et l'apparence qui sont différentes, sur la réalité, sur le paysage qui pourra lui paraître différent...

 

C'est intrigant et je voudrais continuer mais j'ai de plus en plus de mal à me concentrer sur la voix (déjà que je n'écoute pratiquement plus la radio...). Bilan : j'ai réécouté la première partie (que j'avais oubliée !) et j'ai continué avec la deuxième partie du premier chapitre (en tout environ 25 minutes) avant de décrocher...

 

Troisième essai : allez, je suis motivée ! Je suis devant l'ordinateur mais pas évident de faire quelque chose d'autre en écoutant le CD...

La symphonie se termine, il y a des applaudissements. Aomamé donne 3 000 yens au chauffeur et descend du taxi. Comme les gens dans les autres voitures l'observent, le lecteur (l'auditeur) a droit à une description complète de la jeune femme (apparemment son oreille gauche déformée est un détail important). Puis Aomamé descend l'escalier métallique malgré le vent.

 

Bon, le premier chapitre est terminé, ouf ! J'aurai mis trois mois pour écouter 36 minutes ! Je suis moi aussi prise dans les embouteillages ! Et je n'ai même pas embrayé avec Tengo (deuxième chapitre). À ce train-là, je vais passer 38 mois à écouter le premier CD et encore 38 mois pour le deuxième CD !!! Je crois que les CD de textes lus, ce n'est vraiment pas pour moi ! Je conseille cette activité à ceux qui font des trajets en voiture ou en transports en commun, qui passent deux heures dans leur bain ou trois heures à repasser (ce qui n'est pas mon cas) !

 

Mais c'était une expérience à tenter et je veux quand même remercier Thomas et les éditions Audiolib. Je suis vraiment désolée de ne pas avoir été à la hauteur.

 

Je voudrais parler un peu de Haruki Murakami parce que c'est un auteur que j'apprécie beaucoup et je ne voudrais pas que mes lecteurs soient découragés. De mon côté, je lirai la trilogie (lorsque j'aurai plus de temps) au format papier ou numérique.

 

Haruki Murakami 村上 春樹(むらかみ はるき) naît le 12 janvier 1949 à Kyôto. Après des études à l'Université de Waseda à Tôkyô, il devient responsable d'un bar de jazz (pendant 8 ans). En 1979, à la parution de son premier roman, il reçoit le prix Gunzô et se consacre à la littérature. C'est un auteur très célèbre au Japon et à l'étranger.

 

Ce que j'aime chez Haruki Murakami, c'est sa façon de tout décrire, de donner plein de détails, d'amener peu à peu un intérêt croissant, une crainte, un petit côté fantastique, d'embringuer son lecteur pour l'accrocher au récit, aux personnages, à sa magie.

J'ai déjà lu La course au mouton sauvage, Danse danse danse, Kafka sur le rivage, L'éléphant s'évapore entre autres.

EcrivainsJaponais Et comme je place Haruki Murakami dans le challenge Écrivains japonais d'Adalana pour le mois de février, je peux vous dire que je reparlerai de cet auteur car il en vaut vraiment le coup ! Je mets aussi cette « lecture » dans le Petit Bac 2013 (catégorie Chiffre/nombre). PetitBac2013


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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 05:06

66HaikuDeBuson.jpg66 haiku est un recueil de poésies de Buson paru aux éditions Verdier en septembre 2004 (92 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-86432-423-7).

 

Ces haïku sont choisis, présentés et traduits du japonais par Joan Titus-Carmel.

 

Buson 蕪村 (ou Yosa Buson 与謝 蕪村) naît en 1716 à Kema, un village près d'Ôsaka (qui fait maintenant partie de la ville).

Peintre et poète, il est un des quatre maîtres du haiku classique (il en a rédigé 3 000), les trois autres étant Bashô (1644-1694), Issa (1763-1828) et Shiki (1867-1902). Buson arrive donc après Bashô, dont il s'inspire tout en renouvelant le genre : c'est lui qui crée le haïga alliant le haiku et la peinture.

Après des études à Tokyo (la peinture et la poésie), il voyage dans le Japon de l'ère Edo, prend son nom d'artiste – Buson – en 1744 et s'installe à Kyoto en 1751. Là, il se consacre à l'Art (poésie, calligraphie, peinture). Il s'y marie aussi et a une fille (sur le tard). En 1757, il prend un autre nom d'artiste – Yosa – et fonde deux écoles : une de poésie (Shankasha) et une de peinture (Nanga).

Il meurt le 25 décembre 1783 à Kyôto.

Plus d'infos sur la vie et l'œuvre de Buson dans la préface du livre.

 

Qu'est-ce que le haiku ? Tout est dit dans les deux premières phrases de la préface (page 9) : « Aucune forme littéraire autre que le haiku ne peut mieux saisir et exprimer, dans sa spécificité, la sensibilité japonaise. Le haiku, poème d'une extrême concision, dépouillé mais toujours concret, réussit, avec ses seules dix-sept syllabes (5-7-5), à nous faire entrevoir ce qu'est l'expérience du poète : sa perception d'une voix ou d'un bruit, la présence fragile d'un objet, la course ou le frémissement d'un animal, un voyageur sous la pluie, suffisent pour créer un état d'âme proche de l'éveil. »

 

Chaque fleur qui tombe

les fait vieillir d'avantage –

branches de prunier !

(12)

Chandelle à la main

l'homme parcourt son jardin

pleurant le printemps

(28)

Auprès du prunier

je suis venu solitaire

contempler la lune

(38)

Le cerf, la montagne –

leur ombre devant la porte

ah ! soleil couchant

(41)

Le mont s'assombrit

éteignant le vermillon

des feuilles d'érable

(45)

En plantant la hache

surpris par un tel parfum –

le bosquet d'hiver

(53)

 

Voici 6 haiku (sur les 66) que j'ai beaucoup aimés lors de la relecture de ce recueil (je l'ai déjà lu plusieurs fois, je l'ai acheté à sa parution). Ils vous permettent de voir que le haiku suit les saisons : c'est très important que le haiku contienne un mot de saison, le kigo (sinon le poème est un moki) ; qu'il raconte la Nature, la végétation, les animaux, le travail et la vie des humains aussi, la chaleur, le froid, la lumière, la nuit, le bruit, les senteurs, les éléments...

Les qualités du poète, comme du peintre ? Observation, harmonie et lyrisme.

Avec la traduction, il n'est pas toujours possible de voir les 17 mores (syllabes) mais en japonais, elles y sont et comme ce recueil est bilingue, c'est vraiment bien.

 

J'espère que vous aurez envie de découvrir le haiku et pourquoi pas d'en écrire !

 

SurPage01-2013.jpg

Une lecture pour Sur les pages du Japon (le thème de janvier est, vous l'avez deviné, haiku !) et que je mets aussi dans les challenges Cent pages, Petit Bac (catégorie chiffre/nombre), et du coup ça me fait un deuxième classique pour Un classique par mois (je commence bien !) et bien sûr Dragon 2012 (vite, avant qu'il ne se termine !).

DefiCentPages PetitBac2013 ClassiqueMois2 ChallengeDragonFeu


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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 05:15

MaisonHigashino.jpgCoupCoeur2010.pngLa maison où je suis mort autrefois est un roman de Keigo Higashino paru aux éditions Actes Sud dans la collection Actes Noirs en avril 2010 (256 pages, 18,30 €, ISBN 978-2-7427-8951-1). 

Mukashi bokuga shinda ie (1994) est traduit du japonais par Yutaka Makino.

Parution en poche chez Babel Noir (n° 50) en novembre 2011 (256 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-330-00132-2).

 

HIGASHINO Keigo 東野圭吾 est né le 4 février 1958 à Ôsaka (Japon) mais il vit maintenant à Tôkyô. Il a étudié à l'Université d'Ôsaka et a exercé en tant qu'ingénieur. Auteur de romans policiers, il a reçu le Prix Edogawa Rampo en 1985  pour Hôkago et il est président de la Nihon Suiri Sakka Kyôkai : organisation des auteurs de romans policiers japonais créée le 21 juin 1947 par le célèbre EDOGAWA Rampo et qui compte environ 600 membres (site officiel, en japonais). Plusieurs de ses romans ont reçu un prix, et ont été adaptés en films et/ou en dramas (séries télévisées japonaises). Il écrit aussi pour la jeunesse.

La maison où je suis mort autrefois a reçu le Prix polar international de Cognac 2010.

Du même auteur : Le dévouement du suspect X (2011), Un café maison (2012), pour les romans traduits en français.

J'espère que d'autres titres de cet auteur seront traduits rapidement !

Pour ceux qui ont déjà lu les trois romans publiés et qui n'aiment pas attendre, je vous conseille de lire Heads, un excellent manga paru chez Akata-Delcourt entre septembre et décembre 2005 (série en 4 tomes) avec au dessin Motorô Mase et au scénario... suspense !... Keigo Higashino !

 

La vieille maison de ses parents va être détruite mais le narrateur ne se rend pas au rendez-vous donné par son père.

« J'avais tout simplement peur de ce qui pourrait sortir de cette vieille maison. » (page 7).

« Mais, tout en feignant de lire ou d'écouter de la musique, je n'ai cessé de penser à cette vieille maison. » (page 8).

Que craint de découvrir le narrateur ? Il faut dire que deux ans auparavant, il a conduit Sayaka Kurahashi dans une étrange maison...

Sayaka et lui s'étaient fréquentés au lycée puis à l'université, ils étaient restés ensemble 6 ans, puis elle l'avait quitté. Ils se sont revus sept ans plus tard, à une réunion d'anciens étudiants. Elle était devenue Madame Nakano et avait une fille de trois ans, Miharu (« beauté épanouie ») dont elle n'arrivait pas à s'occuper et qui avait été confiée aux parents de son époux parti en voyage d'affaires aux États-Unis pour plusieurs mois.

Et puis, après la mort de son père, Sayaka  a trouvé un plan et une clef en laiton à tête de lion. Elle a appelé le narrateur pour qu'il l'accompagne dans cette maison au bord du lac de Matsubara, maison dont elle n'avait jamais entendu parler.

« Il était clair qu'il y avait quelque chose de grave. Sinon elle ne se serait pas adressée ainsi à moi, son ancien petit ami […]. » (page 24).

«  Aucun souvenir, continua-t-elle après une brève inspiration. La maison où j'habitais, les gens de mon entourage, je ne me souviens de rien. Et je veux aller là-bas pour retrouver mes souvenirs. » (pages 25-26).

Effectivement, Sayaka n'a aucun souvenir, ni aucune photo ni aucun objet, d'avant son entrée en primaire mais elle se rend compte qu'il lui manque quelque chose. Il faut qu'elle sache, qu'elle retrouve la mémoire !

La maison est abandonnée et bizarre, il n'y a pas d'entrée (on y pénètre par le sous-sol !), pas d'eau, pas d'électricité ; il y a quelques objets ayant appartenu à un enfant, Yusuke Mikuriya, et à ses parents (cahiers d'écolier, livres de droit, pelotes de laine...) mais les horloges et une montre sont toutes arrêtées à 11 h 10. En fouillant un peu mieux, le narrateur et Sayaka trouvent le journal de Yusuke qui s'arrête 23 ans auparavant et un petit coffre fermé.

 

En ce qui concerne le narrateur, nous ne saurons pas son nom ! Nous saurons simplement qu'il est assistant de recherche au département de physique de la faculté des sciences de Tôkyô. C'est vraiment étrange, un peu angoissant même d'autant plus que le roman se transforme rapidement en huis-clos dans cette maison sombre et humide, avec en plus la nuit qui tombe, la pluie et un violent éclair qui strie le ciel (grosse intensité dramatique !) et Sayaka qui se souvient qu'elle est déjà venue dans cette maison, qu'elle s'était cachée sous le piano !

La mémoire, les traumatismes de l'enfance (traités aussi dans Genkaku Picasso, d'Usamaru Furuya, lu il n'y a pas longtemps), le manque d'amour, la maltraitance, l'amnésie, la recherche de la vérité... L'enfant que nous étions fait de nous l'adulte que nous sommes, avec ses défauts, ses qualités, ses doutes, ses craintes, ses angoisses, ses pulsions, alors comment vivre quand nous ne nous rappelons plus de cet enfant ? Et la mort est-elle présente en nous dès notre naissance ?

Si vous pouvez lire ce roman d'une traite, pour l'ambiance, faites-le ! Je voulais le lire en deux fois (deux fois deux parties) mais j'ai dû arrêter ma lecture alors qu'il ne me restait plus que 7 pages à lire, vous imaginez la tension avant de pouvoir le finir !!!

J'ai beaucoup aimé le style de l'auteur (l'écriture est à la fois fluide et froide), l'ambiance évidemment (aspect lugubre), le suspense, et le dénouement surprenant.

Les Japonais, c'est sûr, traitent les thèmes cités plus haut (enfance, mémoire, mort...) de façon totalement différente des Européens et des Américains ! Gros coup de cœur pour moi !

 

J'avais très envie de lire cet auteur, d'abord parce que j'avais été impressionnée par Heads et que j'avais repéré ses romans en librairie, ensuite parce qu'il a été présenté plusieurs fois dans le Dragon 2012, et j'ai saisi l'occasion d'en lire un  avec le challenge Écrivains japonais d'Adalana. Je mets aussi cette lecture dans les challenges ABC critiques 2012-2013 (lettre H), Le crime n'a pas de frontière, Thrillers et polars, Le tour du monde en 8 ans (Japon), Des livres et des îles et bien sûr Bookineurs en couleurs (couverture noire).

ChallengeDragonFeu EcrivainsJaponais ABC2012-2013 ChallengeCrime
ThrillersPolars TourMonde8ans DesLivresEtIles BookineursCouleursLiyah

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 14:18

Un challenge que je ne pouvais pas rater !!! Le challenge Écrivains japonais créé par Adalana pour 2013. Car il me permet de continuer avec les auteurs japonais après le Salon du livre de Paris. Et, en plus, le logo est superbe !

 

Adalana propose un auteur pour chaque mois mais il n'y a pas d'obligation de participer à chaque session et les participants peuvent lire le titre qu'ils souhaitent.

 

Janvier avec HIGASHINO Keigo : La maison où je suis mort autrefois

Février avec MURAKAMI Haruki : 1Q84 Livre 1 avril-juin (en Audiolib)

Mars avec ÔGAWA Yôko : L'annulaire

Avril avec DAZAI Osamu : Les deux bossus + Monsieur Urashima + Le Mont Crépitant + Le moineau à la langue coupée

Mai avec MURAKAMI Ryû : Kyoko

Juin avec ÔE Kenzaburô : Le faste des morts + Le ramier + Seventeen

Juillet avec MIYABE Miyuki : Du sang sur la toile

Août avec YOSHIMURA Akira : Le convoi de l'eau

Septembre avec MISHIMA Yukio : L'ange en décomposition, in La mer de la fertilité

Octobre avec KIRINO Natsuo : L'île de Tôkyô

Novembre avec KAWAKAMI Hiromi : Les années douces

Décembre en LIBRE avec un écrivain japonais qui ne fait pas partie de cette liste ou un autre roman d'un des auteurs ci-dessus : Le livre du thé, de Kakuzô Okakura et Un spécimen transparent + Voyage vers les étoiles, d'Akira Yoshimura

 

Infos et inscription chez Adalana.

 

EcrivainsJaponais.jpg

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 05:44

ContesSazanami.jpgDix petits contes à lire en compagnie est un recueil d'Iwaya Sazanami paru aux éditions MeMo en novembre 2010 (76 pages, 25 €, ISBN 978-2-35289-054-6). Nippon mukashi-banashi (1894-1896) est traduit du japonais par Marine Pénicaud avec la collaboration de Valérie Rouzeau.

 

Iwaya Sazanami 巌谷 小波 est le pseudonyme d'Iwaya Sueo né à Tokyo le 6 juin 1870 et décédé le 5 septembre 1933. À l'âge de 17 ans, il devient membre du Ken-yû-sha (les Amis de l'écritoire), un des premiers cercles de littérature moderne. Il est le précurseur de la littérature enfantine au Japon car il est le premier homme de lettres à écrire spécifiquement pour la jeunesse (après avoir écrit trois romans destinés aux adultes) dès 1891 avec Koganemaru. Il est l'éditeur d'un des tout premiers magazines destinés à la jeunesse, Shônen Sekai, entre 1895 et 1914, ainsi que de la version pour les filles, Shôjo Sekai, de 1906 à 1931, tous deux publiés par Hakubunkan. Il est aussi conteur, créateur de théâtre pour les enfants, journaliste, poète (haïku), éditeur et professeur (à l'Université de Berlin et à Waseda à Tokyo). En 1926, le roi du Danemark l'a fait Chevalier de l'Ordre de Dannebrog « pour sa contribution à la diffusion des contes occidentaux au Japon » (page 75).

 

Ilya Green est l'illustratrice de ce recueil. Elle est née en Provence en 1976, a grandi dans le Lubéron, a étudié les Lettres et les Beaux-Arts, et vit à Marseille. Plus d'infos sur http://www.ilya-green.com/ et http://ilya-green.blogspot.fr/.

 

Les fraises de décembre La mère ordonne à O-Yuki (Neige) d'aller chercher des fraises à sa petite sœur O-Hana (Fleur) mais c'est décembre et il y a trente centimètres de neige...

Le fantôme du cerf-volant Tarokichi (Tarô l'espiègle ou Tarô le fortuné) se met en colère car il n'arrive pas à faire voler le cerf-volant que sa mère lui a offert et, lorsque le papier se coince dans l'arbre, l'enfant lui lance des pierres et le déchire.

Le chien tambour Yukio (Neige) a un chien blanc, Shiro, et Sumizô (Charbon) a un chien noir, Kuro, mais les deux garçons ne s'entendent pas et leurs chiens non plus. Un jour Shiro et Kuro se battent, se poursuivent et Shiro disparaît. Au bout d'un mois, inconsolable, Yukio demande à sa mère un tambour.

Les poupées de papier et Takasago – Sazanami a une collection de poupées. Une nuit, il est réveillé par des voix : ce sont les poupées du couple impérial et le vieux couple Takasago qui se plaignent de leurs conditions !

Deux hirondelles et une carpe en papier – En mai, deux hirondelles sortent de leur nid et elles sont apeurées en voyant une énorme carpe flotter au vent la bouche ouverte. Lorsqu'elles se rendent compte que la carpe est un fanion en papier, elles se moquent d'elle.

La mouche et l'éventail – Les mouches sont des insectes pénibles et malsains ; heureusement il y a l'éventail pour les chasser. Mais un jour l'éventail se laisse berner par une mouche.

La lune, la pluie et le vent – La pluie et le vent, jalousant la lune que les humains admirent, s'allient contre elle mais les humains récupèrent leurs offrandes et ferment tous leurs volets.

Jirô-la-paresse – Jirô a dix ans et il est tellement paresseux qu'il dort tout le temps, ne se lave pas, ne va pas à l'école et ne se lève même pas pour manger ou célébrer le jour de l'an. Sa mère et son frère aîné inventent un moyen de le faire changer.

La sirène – Un jeune homme en âge de se marier n'a aucune prétendante. Lorsqu'il pêche une sirène, il est si ému qu'il préfère la remettre à l'eau. Peu de temps après, une jeune femme lui demande l'hospitalité et accepte de l'épouser à la condition de pouvoir prendre un bain d'eau salée chaque semaine sans qu'il ne vienne la déranger.

Drôle de pinceau ! Un peintre exceptionnellement doué mais pauvre peint un bonze qui, aussi pauvre que lui, le paye avec un pinceau. Un vieux pinceau, mais spécial car il rend réelles les choses dessinées.

 

Divinités, fantômes, transformations, êtres fantastiques... Voici dix contes japonais qui font réfléchir, rêver et qui représentent bien l'âme du Japon d'autant plus que les illustrations sont très belles. Je connaissais les deux derniers contes sous d'autres formes comme Le secret de la grue blanche à la place de la sirène et Duc Yi aime le dragon pour le peintre. Bien sûr, l'auteur a été influencé par les contes occidentaux et utilise parfois le célèbre « Il était une fois... ». Les chutes des histoires sont comme une morale ou plutôt le bon état d'esprit de ce qu'il faut être pour vivre bien et rendre heureux autour de soi. Certains contes sont plus drôles comme Jirô-la-paresse ou plus horribles comme Le chien tambour mais ils sont tous différents et donc bien agréables à lire.

 

SurPagesJaponOctJe suis in extremis pour honorer le challenge Sur les pages du Japon avec ce mois-ci le fantastique. Je place aussi cette lecture dans les challenges Dragon 2012, Cent pages, ABC critiques 2012-2013 (lettre S), Fant'classique, Jeunesse & young adults, Tour des genres en 365 jours (classique), Tour du monde en 8 ans (Japon) et Animaux du monde (chiens, hirondelles, mouches).

ChallengeDragonFeu DefiCentPages ABC2012-2013 FantClassique
Jeunesse2012-13 TourGenres TourMonde8ans ChallengeAnimaux

 

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 03:42
SalonLivre2012-055 SalonLivre2012-057 SalonLivre2012-058

Kenzaburô Ôé est né le 31 janvier 1935 à Uchiko sur l'île de Shikoku. C'est un village de pêcheurs et il s'y sent autre.

Pendant la guerre, des enfants de Tôkyô sont mis à l'abri dans ce village. Ôé découvre les autres.

Ces enfants ont emmené avec eux des livres mais ils ne les lisent pas. Ôé découvre la lecture, la littérature. Il écrit les mots nouveaux, les mots qu'il ne comprend pas ou les mots qui lui plaisent sur des petits papiers qu'il garde dans ses poches. Ce sont les mots des autres, ce sont ces mots qu'il voudra garder, connaître, utiliser.

Quand la guerre est finie, il a 10 ans et il est content : il va enfin pouvoir retourner à l'école.

Plus tard, il étudie la littérature française (en particulier Camus, Céline, Rabelais, Sartre) à Tokyo, la ville des autres, la ville dans laquelle il se sent encore autre.

En fait, ce qui l'intéresse, depuis toujours, ce sont les mots des autres, c'est l'autre, autrui.

Il commence à écrire en 1957 : son œuvre bien souvent autobiographique est marquée par le souvenir de la guerre et de Hiroshima et Nagasaki, la naissance de son fils handicapé en 1963, la Nature, la vie, la mort.

Il a reçu de prestigieux prix littéraires, comme le prix Akutagawa en 1958 pour Gibier d'élevage (Shiiku 飼育), le prix Tanizaki en 1967 pour Le jeu du siècle (Manen gannen no futtoboru (万延元年のフットボール) et le prix Nobel de littérature en 1994. Il est le deuxième écrivain japonais à recevoir le prix Nobel de littérature, le premier étant Yasunari Kawabata en 1968 (et il n'y a pas eu d'autres auteurs japonais nobélisés depuis).

Ôé milite pour la démocratie, la dénucléarisation et le pacifisme. Il dit que son mot préféré en français est « paix » et s'excuse de sa prononciation qui peut faire penser à un autre mot (rires dans la salle).

 

Voilà, c'est ma petite biographie de Kenzaburô Ôé et quelques informations entendues au Salon du livre de Paris 2012 lors de l'entretien avec Philippe Lefait pour Des mots de minuit (France 2). Je ne sais pas quand cette émission sera diffusée.

 

 

ChallengeDragonFeu

Un article placé dans le challenge Dragon 2012 et les 10 jours japonais de Choco.

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 04:50

IntrusionKirino.jpgIntrusion est un roman de Natsuo Kirino paru aux éditions Seuil Policiers le 22 septembre 2011 (276 pages, 20,50 €, ISBN 978-2-02-103470-7). In (2009) est traduit du japonais par Claude Martin.

 

Natsuo Kirino est née le 7 juillet 1951 à Kanazawa (ouest du Japon). Elle vit à Tokyo. Elle est auteur de romans policiers pour lesquels elle a reçu de nombreux prix (Edogawa Ranpo, Mystery Writers of Japan, Naoki...).

Du même auteur au Seuil Policiers : Out (2006), Monstrueux (2008), Le vrai monde (2010), et aux éditions du Rocher : Disparitions (2002).

Plus d'infos sur son site officiel (en japonais et en anglais).

 

Tamaki Suzuki (son vrai prénom est Yumiko) est une célèbre romancière dont le nouveau roman, Inassouvi, est publié en feuilleton dans la revue littéraire Diablo.

Le thème de ce roman est « la suppression de l'être aimé » mais pour elle, suppression ne signifie pas mort, plutôt le fait de couper tout lien avec l'autre, comme un abandon ou une fuite. Et c'est d'ailleurs ce qu'elle a fait avec son directeur littéraire – et amant – Seiji Abé, après une relation intense qui a duré 7 ans.

Son héroïne, O., est empruntée au roman Innocent de Mikio Midorikawa paru en 1973. Qui est O. ? Quelle fut sa vie en tant que maîtresse d'un homme marié ? Cet homme étant l'auteur lui-même, Mikio Midorikawa !

D'abord Tamaki pense que O. est Motoko Ishikawa, surnommée Mocha par Mikio Midorikawa. Cette femme a maintenant 65 ans et Tamaki va apprendre des choses surprenantes (vraies ou pas ?) mais apparemment, Motoko Ishikawa n'est pas O.

BabelioJuryPolar« Mais enfin un roman, c'est de la fiction ! Vous êtes écrivain vous-même : vous devriez au moins savoir que fiction et réalité sont deux choses distinctes. » (page 50).

La recherche de O. devient une obsession pour Tamaki. Ce qu'elle veut, c'est découvrir la vérité. C'est « comme si elle était hantée par Innocent. » (page 52).

« Que cherchait-elle ? Que voulait-elle écrire ? Elle ne le savait plus très bien. » (page 179).

 

J'ai reçu ce quatrième roman dans le cadre du Jury Babelio – Seuil Policiers mais je dois préciser que c'est un « roman policier » totalement atypique ! Point de policier ici mais une romancière et elle n'enquête pas : elle fait des recherches, de même elle n'interroge pas : elle interviewe. Aussi je n'aurais pas classé Intrusion de moi-même dans les romans policiers.

 

Intrusion de la fiction dans la vie réelle et de la réalité dans la fiction. Où est la vérité ? Où est la fiction ? La « vraie » vie et la littérature ne font-elles qu'un ? (j'ai envie d'écrire « ne font qu'une » mais j'ai vu que l'expression est invariable, ça fait quand même bizarre...).

Intrusion de quelqu'un dans la vie d'une autre personne, ça peut simplement être suite à une rencontre.

Intrusion de la romancière – à la recherche de la vérité pour son roman – qui va jusqu'à l'île de Hokkaido interviewer Chiyoko Midorikawa, la veuve de Mikio Midorikawa, et sa fille, Michiko.

Et aussi intrusion du roman dans la vie du lecteur.

Vous l'aurez compris, Intrusion est un roman psychologique profond, et un roman philosophique sur la relation entre la réalité et la fiction.

Critiques et infos sur Babelio.com

 

En parallèle à ses recherches, la relation de Tamaki Suzuki avec Seiji Abé remonte à la surface et la fait s'interroger sur sa vie et son couple : elle a un mari et un fils qu'elle délaisse (on ne les « voit » d'ailleurs jamais) et un amant qu'elle a « supprimé ». Comme c'est le thème de son roman, pourquoi ne plonge-t-elle pas dans sa propre vie pour trouver de la matière à son récit (comme l'a fait Mikio Midorikawa avant elle) ?

Eh bien, je me pose cette question : la vérité est-elle dans la réalité, dans la fiction, dans les deux ou dans aucune des deux ? Je crois que personne n'aura jamais la réponse ! D'où le plaisir de vivre et le plaisir de lire.

 

Juste encore un détail. Le titre original de ce roman est In, en réponse à Out, un précédent roman. De plus, les titres des chapitres commencent par « in » : Inassouvi, Insoupçonnable, Innocent, Inéluctable, Inavouable, Inséparables, In ; ainsi que les romans de Mikio Midorikawa (Innocent), de Tamaki Suzuki (Inassouvi) et de Natsuo Kirino (Intrusion).

 

1pourcent2011Intrusion est un roman déroutant (ceux qui s'attendent à un policier vont être déçus, et peut-être aussi ceux qui n'ont aucune connaissance du Japon) mais tellement littéraire (ceux qui aiment les histoires d'écrivains, le parallèle entre la fiction et la réalité peuvent y aller sans être rebutés par la collection « Policiers »).

ChallengeThrillerMon projet ? Lire les autres romans de Natsuo Kirino ! Je les avais bien sûr repérés en librairie et sur des blogs mais je ne m'étais jamais arrêtée, je ne sais pas pourquoi...

 

Un roman qui entre dans les challenges 1 % de la rentrée littéraire, Thriller (si, si, à cause de la tension !) et Littérature policière sur les 5 continents (eh oui, il existe encore !).

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 06:29

ChatCiel.jpgLe chat qui venait du ciel est un roman de Takashi HIRAIDE paru aux éditions Philippe Picquier en mars 2004. Il est actuellement disponible en poche paru en septembre 2006 (131 pages, 6 €, ISBN 978-2-87730-871-7). Neko no hyaku (2001) est traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

 

Takashi Hiraide est un poète japonais né en 1950 à Fukuoka (île de Kyûshû). Neko no hyaku, son premier roman, a reçu le Kiyama Shohei Award.

 

On est en 1988, à l'automne.

Le narrateur a 35 ans, il est rédacteur dans une maison d'éditions et le weekend il joue au baseball.

Son épouse est correctrice pour une autre maison d'éditions.

Ils n'ont pas d'enfant.

Ils ont emménagé dans le pavillon indépendant d'une grande maison habitée par un couple de personnes âgées.

Un peu plus loin, il y a une voisine avec un enfant de 5 ans.

Les animaux sont interdits... « Les chats qui pénétraient de tous les côtés dans la propriété abîmaient le jardin, faisaient grincer le toit, parfois même laissaient des traces de terre sur les tatamis du salon, et ainsi de suite. » (pages 9-10).

Mais il y a un chaton tellement beau, tellement gracieux, qu'on pourrait penser qu'il vient du ciel.

« Ce Chibi était une merveille : la robe blanche parsemée de taches rondes d'un gris noir légèrement nuancé de marron clair comme il est fréquent d'en voir au Japon, il était mince et élancé, et réellement tout petit. » (page 14).

Le narrateur et son épouse, charmés, l'ont appelé Chibi. Cependant le chaton n'est pas à eux, il est au petit garçon de la voisine.

Mais comme ce chaton tout petit et mignon, le bonheur est si fragile...

La maison va être détruite ; le couple doit déménager ; Chibi a disparu selon les dires de la maman du garçonnet ; le couple de personnes âgées va partir.

« Alors, entre cette disparition et une fausse renaissance, ceux qui avaient disparu et que l'on ne pourrait plus jamais retrouver redevinrent présents dans toute leur réalité. » (page 104).

 

Un petit roman fascinant, tout en poésie et en tristesse.

Quelques moments drôles. « Dès qu'on tentait de le prendre dans les bras, il fuyait avec la rapidité de l'éclair. Si on essayait de le saisir de force, il mordait. » (pages 13-14).

Eh oui, si les humains adoptent le petit animal, il faut aussi que le chaton adopte les humains !

D'ailleurs, le lecteur doit un peu les adopter aussi car on entre vraiment dans le cocon de ce couple.

Et puis la couverture est si belle !

 

Challenge-In-the-mood-for-JapanJ'aime bien cette phrase : « Les êtres nobles ne songent pas à écarter les autres pour s'ouvrir un chemin. » (page 33). Plus beaucoup d'êtres nobles à notre époque...

 

« Aux dires d'une photographe de profession, les amoureux des chats considèrent tous que leur animal est la merveille des merveilles. » (page 17).

Êtes-vous d'accord avec cette photographe ou pas ?

 

Un roman japonais, juste à temps pour In the mood for Japan qui se termine le 6 juin ! Franchement, j'aurais vraiment cru qu'en un an je lirais plus de littérature japonaise ! Bon le principal est d'avoir honoré ce challenge avant la date limite ! Ouf !

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 22:00

LaGrossesse.jpgLa grossesse est un court roman de Yôko Ogawa paru en 1990 aux éditions Actes Sud (70 pages, 8 €, ISBN 2-7427-1147-3).

Nishin calendar 妊娠カレンダー (1990) est traduit du japonais par Rose-Marie Akino-Fayolle, et a reçu le Prix Akutagawa en 1991.

 

Je me rappelle avoir découvert Yôko Ogawa en 1995 avec La piscine et Les abeilles (c'étaient des nouveautés dans la bibliothèque où j'empruntais des documents). Je me suis rappelée aussi avoir déjà lu La grossesse lorsque la narratrice raconte qu'elle et sa sœur jouaient enfants près de la clinique M. et j'ai relu cette histoire avec plaisir. Puisque ses romans sont courts, j'aurais bien aimé en lire plus, mais je suis vraiment débordée avec ma lecture pour J'aime les classiques d'août et déjà les romans de la rentrée littéraire...

 

Yôko Ogawa 小川洋子 est née à Okayama (Japon) en 1962 et elle est diplômée de Waseda (une des plus grandes universités de Tôkyô). Elle est auteur de romans (généralement courts) et de nouvelles traduits dans de nombreuses langues.

Actes Sud a publié en 2003 un coffret avec ses trois premiers romans traduits en français : La piscine, Les abeilles, La grossesse et en octobre 2009, une intégrale (tome 1) est parue avec quatorze récits représentant dix années d'écriture.

 

La narratrice est étudiante. Qu'étudie-t-elle ? Elle ne le dira pas, la grossesse de sa sœur étant tout ce qui compte pour l'instant.

La narratrice et sa sœur aînée sont orphelines depuis que leurs parents sont morts tour à tour de maladie. La sœur suit une psychothérapie depuis dix ans avec le professeur Nikaido.

Elles vivent ensemble ainsi que l'époux de la sœur qui est prothésiste dentaire.

Un matin, l'aînée annonce qu'elle est enceinte, elle va aller consulter à la clinique M., oui la clinique près de laquelle elles jouaient lorsqu'elles étaient enfants. « Puisque ma sœur aînée dit vouloir absolument se faire examiner à la clinique M., c'est sans doute que l'impression qu'elle en a gardée de son enfance l'a marquée. » (page 12).

Dès l'annonce de la grossesse de deux mois, la narratrice va noter minutieusement sur un cahier ce qu'elle observe, les changements de sa sœur et même de son beau-frère. « « J'ai déjà vu des femmes enceintes, mais je n'ai jamais suivi leur évolution physique, aussi je l'observe avec un grand intérêt. » (page 54).

Ogawa1Au bout d'un moment, le beau-frère est malade en même temps que son épouse... « Ils se serrent l'un contre l'autre comme deux oiseaux blessés, et rentrent tôt dans leur chambre qu'ils ne quittent plus jusqu'au matin. » (page 27).

Évidemment la sœur a des nausées, elle ne supporte plus aucune odeur ou nourriture et perd du poids alors que la narratrice « ne pense qu'à manger toute la journée. Comme les enfants pendant la guerre. » (page 31).

C'est il me semble à partir de ce moment-là qu'on comprend que quelque chose ne va pas. Et puis ne pas citer les noms des gens, surtout de sa sœur et de son beau-frère, c'est comme s'ils n'existaient pas...

Pour gagner un peu d'argent, la narratrice travaille dans des supermarchés. « Je souris à tout le monde avec la même bienveillance. […] C'est plus facile d'adresser le même sourire imperturbable à tout le monde, sans se laisser influencer par ses états d'âme. » (page 42). Tiens, je suis d'accord avec elle !

Après des semaines de nausées, la sœur enceinte a enfin des envies et prend trop de poids. « Et ce n'est pas moi qui réclame tout ça. C'est la 'grossesse' qui est en moi. La gros-ses-se, tu entends ? Alors je n'y peux rien. » (page 49).

PimprenelleOgawaLa relation entre les deux sœurs devient organique, les pamplemousses avec le jus et la pulpe dont la narratrice fait des confitures que la sœur enceinte va engloutir jour après jour, et aussi les œufs et la graisse.

Du coup, c'en est malsain et écœurant mais on a très envie de continuer cette lecture ! Pourquoi cette obsession de vouloir tout noter ? Et puis pourquoi l'amour d'une sœur se transforme en une espèce de haine indescriptible ?

 

Challenge-In-the-mood-for-JapanGrâce au challenge Découvrons un auteur de Pimprenelle, j'ai redécouvert Yôko Ogawa et je vais sûrement (re)lire d'autres romans et nouvelles. Je place aussi ce roman pour le challenge de littérature japonaise In the mood for Japan de Choco.

 

Ma phrase préférée n'a finalement rien à voir avec la grossesse de la sœur aînée. « Le soleil matinal arrivait du jardin jusque sous la table, et l'ombre de nos trois paires de pantoufles s'allongeaient sur le sol. » (page 15).

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