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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 19:45

Mariés ! est un recueil de récits et nouvelles d'August Strindberg paru aux éditions Actes Sud en 1986. Je l'ai lu en Babel paru en novembre 2006 (444 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-7427-6443-3). Giftas I et Giftas II sont parus respectivement à Stockholm en 1884 et 1886. Ils sont traduits du suédois par Pierre Morizet et Eva Ahlstedt.

 

August Strindberg est né le 22 janvier 1849 à Stockholm (Suède). Marié trois fois et divorcé trois fois, il a eu deux filles et un fils de son premier mariage, et une fille de son deuxième mariage. Écrivain, dramaturge (un des pères du théâtre moderne) et peintre, il a traversé plusieurs courants : d'abord naturalisme, puis symbolisme, il est parmi les pionniers de l'expressionnisme en Europe, et enfin mysticisme. Il est décédé le 14 mai 1912 à Stockholm.

 

La récompense de la vertu

À Norrtullsgatan. Au moment où Wennerström, un professeur de botanique à l'Académie des Sciences découvre une nouvelle fleur, son épouse « qui n'avait reçu aucune éducation » meurt à même pas quarante ans, le laissant seul avec des enfants qu'il n'a pas appris à connaître. « Le soir, quand sa femme fut morte, il éclata en sanglots ; […] Mais ces émotions furent de courte durée. » (page 35). « Le père se replongea dans ses herbiers […]. » (page 36).

Amour et céréales

Ludvig, notaire, veut épouser Louise, la fille d'un commandant mais celui-ci pense que le jeune homme ne gagne pas assez. « Nigaud ! Tu es un grand nigaud ! Mais on dit que tu es un homme en qui on peut avoir confiance, et pour cette raison je te permets de te fiancer à ma fille ; […] Le prix du blé est en hausse ! » (page 72). Il faut dire que Louise est habituée à ne manquer de rien voire même à mener la grande vie.

Pour être marié

Adolphe est un jeune violoniste de l'orchestre royal. Il épouse Elin, l'aînée de l'horloger. Le couple ne roule pas sur l'or mais pourrait vivre bien si la famille d'Elin (des parents, cinq sœurs et trois frères quand même !) n'abusait pas de l'hospitalité d'Adolphe. « Sa maison était devenue un enfer ; […]. » (page 93).

Il le faut

Alber Blom, un instituteur déçu par la vie, se marie enfin « mais comment les gens pouvaient mariés, alors qu'ils pouvaient à peine vivre en célibataires, c'était un mystère. » (page 117).

Compensation

Un brillant étudiant, considéré comme un génie, doit abandonner ses études car il est sans le sou. Il décide de fréquenter les salons et la haute société afin d'épouser une femme riche. Il épouse finalement une jeune fille noble mais le mariage ne le rend pas heureux.

Malchance

Son vieil oncle l'avait pourtant prévenu : il faut bien choisir sa fiancée et apprendre à la connaître avant de l'épouser et de passer toute sa vie avec elle. Mais Ernst et la « femme de sa vie » ne se connaissaient pas vraiment (pas du tout !) avant de se marier...

Dissensions

Un jeune baron désabusé rencontre à un bal une jeune fille qui pense comme lui. Il se fiancent mais ils ne s'aiment pas puisque aucun des deux ne croit à l'amour. Le mari change du tout au tout après avoir travaillé aux Finances de l'État et avoir rencontré une cousine.

Sélection contre-nature ou l'origine de la race

Un baron veut absolument que son épouse allaite leur fils car il juge contre-nature de traire une paysanne ou une vache pour nourrir son enfant mais le nourrisson maigrit car la mère n'a pas de lait. « Il n'y a pas d'autre remède que de prendre une nourrice, déclara le docteur. » (page 156).

Tentative de réforme

À Paris, Lisen qui fabrique des fleurs rencontre un artiste peintre. Comme ils ont les mêmes idées sur la vie, ils se marient mais ont chacun une chambre et ne veulent pas d'enfant. Où va leur couple ?

Cas de force majeure

Anna, une jeune comptable du bureau des bagages du chemin de fer épouse un inspecteur des eaux et forêts (surnommé le chasseur vert). Tout va bien jusqu'au jour où l'épouse voit ses horaires changer et doit travailler plus tard le soir. De plus, elle doit aller à une réunion et un repas avec ses collègues qui sont tous des hommes. Le mari, ouvert d'esprit, prêchant l'égalité homme-femme et l'émancipation change radicalement. « Quelle horreur, il était jaloux, quel affront ! Quelle offense, quel manque de confiance ! Que pensait-il d'elle ? » (page 167).

Une maison de poupée

Marié depuis six ans, un couple prend plaisir aux séparations dues au fait que l'époux est capitaine de marine. Mais les lettres qu'envoie Gurli à Vilhelm ne le satisfont plus : elle y parle de son amie, Ottilia Sandegren, et de philosophie... « Platon ! Platon ! Au diable Platon ! Eh oui, quand on est en mer pendant six mois, voilà Platon qui s'amène ! » (page 185). Elle lui envoie aussi un livre, Maison de poupée (Henrik Ibsen) auquel il ne comprend rien. Les relations entre eux se dégradent.

L'oiseau Phénix

Le jeune homme est tombé amoureux de cette adolescente blonde de quatorze ans mais il est parti étudier à l'École des Mines et dix ans après, il épouse la jeune femme malgré les changements et la maladie. « […] il l'aimait malgré tout. Son amour n'était plus aussi fougueux qu'autrefois, mais il était solide et calme […]. » (page 198). Elle lui donna deux fils et enfin, une fille : elle était « la joie du père » mais elle mourut de la diphtérie et il ne s'en remit pas.

 

En fait, j'ai lu la première partie : douze histoires de mariage avec interview et préface, ce qui correspond, je pense, à Giftas I, recueil paru en 1884. Je ne sais pas si je lirai la deuxième partie, Giftas II donc, recueil paru en 1886. Déjà, c'est écrit tout petit (j'ai vraiment du mal...) et puis, passée la découverte, toujours intéressante, je trouve ces nouvelles un peu répétitives... Je crois qu'en lisant August Strindberg, tout le monde va comprendre que le mariage, qu'il soit d'amour ou arrangé, est une horreur, que l'époux ou l'épouse ou la belle-famille sont tout simplement invivables, que c'est encore pire s'il y a un (ou des) enfant(s) et qu'il vaut mieux rester célibataires ! Car, après l'amour et l'euphorie du mariage, les couples découvrent vite les problèmes liés à la routine, aux finances, à la venue de l'enfant (désiré ou pas) et s'engluent dans l'incompréhension, le manque de confiance, la défiance et parfois la haine. Désabusé par ses unions ratées, névrosé, impécunieux, l'auteur dénonce les mensonges et l'hypocrisie du mariage et des relations entre hommes et femmes. On comprend mieux lorsqu'on remet ces récits dans le contexte de l'époque, la fin du XIXe siècle : urbanisation, industrialisation, divorces, prostitution... Mais, en fait, rien n'a changé car ce sont les défauts du genre humain que montre Strindberg, et l'incompatibilité entre les uns et les autres, en s'inspirant de son expérience et de ce qu'il observe, mais il n'a pas la sensibilité et le panache panache de Maupassant ou de Tchekhov...

Si Strindberg et son œuvre vous intéressent, vous pouvez visiter le site de la Société August Strindberg, en suédois et en anglais mais vous trouverez Strindberg d'année en année en français.

 

Une lecture que j'ai faite lors des marathons de lecture suédois (week-end des 18 et 19 janvier et week-end des 22 et 23 février) pour Un hiver en Suède et que je mets aussi dans les challenges...

ABC critiques 2013-2014 (lettre S), Bookineurs en couleurs (couverture noire, bon pas complètement, hein, mais beaucoup de noir quand même !), Tour du monde en 8 ans (Suède), Un classique par mois et XIXe siècle.

 

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 04:06

Le mec de la tombe d'à côté est un roman de Katarina Mazetti paru aux éditions Gaïa en 2006 puis Actes Sud en avril 2009 et Actes Sud Babel en novembre 2013. Grabben i graven bredvid (1998) est traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.

Parfois, à la bibliothèque, le document n'est disponible qu'en livre en gros caractères et même si ça m'est déjà arrivé de lire en gros caractères, ça fait quand même bizarre ! Les numéros des pages des extraits correspondent donc à l'édition À vue d'œil parue en 2011 (340 pages, 21 €, ISBN 978-2-84666-2591-9).

 

Katarina Mazetti est née le 29 avril 1944 à Stockholm et malgré son nom italien, elle est Suédoise. Elle est journaliste et romancière. Le mec de la tombe d'à côté est son premier roman car, avant, elle avait fait un livre pour enfants, Trucs et ficelles d'un petit trollPlus d'infos sur http://www.katarinamazetti.com/enfrancais001.html.

Du même auteur

Aux éditions Gaïa : Entre Dieu et moi, c'est fini (2007), Les larmes de Tarzan (2007), Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini (2008), La fin n'est que le début (2009), Le caveau de famille (2011), Mon doudou divin (2012).

Aux éditions Thierry Magnier (roman jeunesse) : Les cousins Karlsson (2013).

 

Désirée Wallin, bientôt trente-cinq ans, est veuve depuis cinq mois. Örjan Wallin, biologiste, est mort à vélo, après cinq ans de mariage seulement. Désirée, malgré son travail de bibliothécaire (elle est coresponsable de la section jeunesse), ses collègues et sa meilleure amie, Märta, se retrouve seule et désemparée. Plusieurs fois par semaine et le week-end, elle s'assoit sur le banc en face de la tombe de son mari : elle est à la fois triste et en colère qu'il l'ait abandonnée alors qu'ils commençaient à penser à un enfant.

« Ce qui me manque, c'est sa compagnie indéfectible et la routine quotidienne. » (page 7).

Benny Söderström, vieux garçon de bientôt trente-sept ans, vient jardiner sur la tombe de sa mère morte d'un cancer. C'est son seul loisir car il vit maintenant seul à la ferme de Rönngården et c'est vraiment difficile : il doit non seulement s'occuper des vingt-quatre vaches laitières, de quelques moutons, de veaux de reproduction, de la forêt mais aussi de la gestion de la ferme et de tout ce dont s'occupait sa mère de son vivant.

Pour Désirée qui l'a repéré, il est « le mec de la tombe d'à côté » avec son odeur de paysan, ses mains sales, et sûrement aucun intellect.

Pour Benny, qui a remarqué sa pâleur et la couleur de ses vêtements, elle est « la femme beige » puis « la Crevette » en lien avec sa maigreur.

Deux narrateurs qui, à travers les a priori qu'ils ont l'un de l'autre, commencent à se détester sans se connaître mais un jour, à cause (ou grâce à ?) d'une fillette avec un ballon, ils se regardent et se sourient.

« Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d'oiseaux et des reflets sur un lac de montagne ? » (page 26).

Peut-il vraiment y avoir tout ça dans un sourire ? Soit Désirée a énormément d'imagination soit l'amour pointe son nez !

En tout cas, peu de temps après, à la sortie du cimetière, Benny suit Désirée jusqu'à la bibliothèque.

« J'en étais sûr. Elle a tout l'air de quelqu'un qui lit sans arrêt et de son plein gré. De gros livres, avec des petits caractères et sans images. » (page 60).

Il est trop mignon, Benny ! D'autant plus qu'il va oser entrer dans la bibliothèque, demander un livre sur l'apiculture et inviter Désirée !

« Ça vous dirait... de venir faire un tour au cimetière ? » (page73).

 

Allez, je ne vous en dirai pas plus mais je pense que vous avez compris que ce roman à double voix (un chapitre l'un, un chapitre l'autre) est vraiment désopilant mais aussi humain et tendre.

« Je veux dire, les livres ne sont après tout que des livres. Alors qu'une ferme est une ferme. » (page 116). Le bon sens de Benny ! Désirée parle de « choc culturel ». Évidemment, elle lit le Dagens Nyheter, de la littérature fantastique, écoute Boccherini, aime la peinture, et Benny lit Le Pays et Le Paysan et n'a pas le temps de faire autre chose que s'occuper de la ferme.

« C'est évident que ça ne peut pas marcher. C'est foutu d'avance. » (page 270).

Alors, vous voulez savoir si, malgré le lieu de rencontre surprenant, malgré les préjugés et les différences qui les opposent, ... ?

De mon côté, j'ai lu ce roman avec grand plaisir, c'est frais, amusant, enlevé, mais la fin m'a laissée pantoise alors il faut absolument que je lise la suite, Le caveau de famille, roman publié en 2005 en Suède et en 2011 en France.

 

Lu pour une lecture commune (avec du retard) dans le cadre du challenge Un hiver en Suède, je mets aussi ce roman dans Petit Bac 2014 (catégorie Lieu), Premier romanTour du monde en 8 ans et Voisins voisines (Suède).

 

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 04:00

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est un roman de Jonas Jonasson paru aux éditions Presses de la Cité en mars 2011 (454 pages, 21 €, ISBN 978-2-258-08644-9). Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann (2009) est traduit du suédois par Caroline Berg.

 

Jonas Jonasson est né le 6 juillet 1961 à Växjö dans le Småland (Sud de la Suède). Il est journaliste et romancier. Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est son premier roman. L'analphabète qui savait compter est paru aux Presses de la Cité en octobre 2013. Plus d'infos sur http://jonasjonasson.com/ pour ceux qui comprennent le suédois (nan, je plaisante, le site est en anglais).

 

Allan Emmanuel Karlsson vit depuis peu dans la maison de retraite de Malmköping dans le Södermanland mais il n'aime pas cet endroit et ne veut pas participer à la fête en l'honneur de son centième anniversaire. Il se sauve donc par la fenêtre de sa chambre, en chaussons, et avec presque rien.

« Il fuyait sa propre fête d'anniversaire, et c'est aussi une chose qu'on fait rarement à cet âge-là, principalement parce qu'il n'est pas fréquent d'arriver jusque-là. » (page 10). « […] même perclus de rhumatismes, c'était beaucoup plus rigolo d'être en cavale, loin de sœur Alice, que couché immobile six pieds sous terre. » (page 11). « Quand la vie joue les prolongations, il faut bien s'autoriser quelques caprices, conclut-il en s'installant confortablement. » (page 17).

Allan prend le premier bus pour n'importe quelle destination et embarque avec lui la grosse valise qu'un jeune homme parti aux toilettes lui a demandé de garder. À quinze heures, lorsque le bus part, sœur Alice frappe à la porte de la chambre d'Allan et le jeune homme sortant des toilettes se met très en colère.

« Putain de merde de connerie de chiotte... […] Tu vas crever, salopard de vieux débris... Il faut juste que je te retrouve avant. » (page 17).

Il faut dire que le jeune homme fait partie du gang Never Again et que la valise contient cinquante millions de couronnes !

À Byringe, la gare désaffectée où il est descendu, Allan fait la connaissance de Julius Jonsson qui a dans les soixante-dix ans (un petit jeune quoi !). Après que le jeune homme les ait retrouvé, les deux vieux vont être en cavale et embarquer d'autres personnes dans leur aventure : Benny, Gunilla Björkjund « Mabelle », son chien et son éléphante, Sonja.

« Allan Karlsson est vieux, c'est indéniable, mais c'est un drôle de loustic qui sait très exactement ce qu'il veut. » (page 57).

 

Entre sa naissance, le 2 mai 1905 dans une ferme d'Yxhult à côté de Flen (il est enfant unique) et la fin de ce roman, il se passe tellement de choses : Allan, le candide, – qui n'a été à l'école que pendant trois ans avant la mort de son père sait lire, écrire, compter et est un spécialiste des explosifs – a fait le tour du monde et il a rencontré les grands du XXe siècle mais je ne vous dirai rien de plus car il faut absolument lire ce récit rocambolesque ! Mais pas invraisemblable parce que tout se tient en fait ! J'ai beaucoup ri, surtout avec les derniers chapitres. Quelle histoire ! Et quelle cavale ! L'inspecteur Göran Aronsson n'en croit ni ses yeux ni ses oreilles ! « En reprenant le volant, Aronsson réfléchissait. Plus il avançait dans cette enquête, plus elle lui semblait compliquée. » (page 71). « Le mystère du centenaire disparu et sans doute kidnappé passionnait tout le pays. » (page 125).

J'ai bien aimé les flash backs car les événements du présent s'illuminent grâce au passé, tout aussi rocambolesque mais encore une fois vraisemblable, d'Allan.

J'aurais voulu vous mettre d'autres extraits mais ça aurait défloré le suspense de ce roman alors partez vous aussi avec Allan : « Ça va être chouette de visiter un nouveau pays » ! (page 151).

Si j'avais su que ce roman était si bien et si drôle (je ne voulais pas le quitter, moi, le vieux !), je me serais décidée plus tôt à le lire car je l'avais vu sur de nombreux blogs ! Mais le marathon de lecture fut une excellente occasion et je remercie A. qui me l'a fortement conseillé.

 

Lu pendant le Marathon de lecture suédois pour le challenge Un hiver en Suède, je mets aussi ce roman dans ABC critiques 2013-2014 (lettre J), Petit Bac 2014 (catégorie Moment/Temps ou Verbe), Premier roman, Thrillers et polars (ce n'est pas marqué « roman policier » sur la couverture mais il y a une vraie enquête et des inspecteurs de police), Tour du monde en 8 ans et Voisins voisines (Suède).

 

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 07:50

Kolka est un roman de Bengt Ohlsson paru aux éditions Phébus en septembre 2012 (221 pages, 21 €, ISBN 978-2-7529-0608-3). Kolka (2010) est traduit du suédois par Anne Karila.

 

Bengt Ohlsson (son nom complet est Bengt Gunnar Henrik Ohlsson) naît le 6 septembre 1963 à Östersund dans le comté de Jämtland. Il vit à Stockholm où il est chroniqueur pour le journal Dagens Nyheter et romancier. Du même auteur : Syster (avril 2011 aux éditions Phébus).

 

Angleterre. Automne.

La narratrice, une adolescente, a du quitter son pays natal, la Lettonie : son père, Jaan, se remarie avec Katrina, une aristocrate anglaise qui a elle aussi une fille, Sarah.

« Je n'ai pas envie d'être au premier rang. J'ai l'impression que tout le monde me regarde. » (page 8). « Je suis coincée entre la famille proche de Katrina et ses cousins éloignés. […] Et tous ces gens derrière. » (page 9).

Durant le mariage, l'adolescente et son père sont seuls au milieu de tous les proches de Katrina, personne de chez eux, pas de famille, pas d'amis, et l'adolescente ne connaît personne à part Katrina et Sarah.

« Ces gens-là ont leur univers à eux. Leurs propres lois. » (page 10) et les écoles ont des « traditions tordues » (page 22).

Un peu de timidité, d'incompréhension, d'étonnement face à des traditions et un quotidien différents mais assez de bon sens.

« Plus on est esclave, plus il est important de paraître libre. C'est la grande consolation. Il faut que les gens vous regardent et se disent : Oh ! Un esprit libre. S'ils sont assez nombreux à se dire cela, on peut peut-être commencer à se sentir libre. Mais sans doute pas espérer plus. » (page 12).

L'adolescente a quand même du mal à faire face à tout ça, un nouveau pays, une nouvelle maison, un château même !, une « sœur » d'une dizaine d'années, un chien, Platon, une école (chère) à prévoir...

« Papa me regarde et dit quelque chose dans une langue que je ne comprends plus. » (page 14).

« Je suis deux personnes, une qui veut se souvenir et une qui ne veut pas. Elles mènent une lutte acharnée, chacune tire de son côté sur une corde. Je ne sais pas laquelle je dois encourager par mes acclamations, et tant que je ne parviens pas à me décider, je suis la corde sur laquelle elles tirent. » (page 25).

Mais l'adolescente ne souhaite pas spécialement se souvenir de son ancienne vie et ne se rappelle rien de sa mère car elle n'avait qu'un an et demi lorsqu'elle a disparu, chez les fous disaient ses copines de classe, à l'étranger avide de liberté disait son père.

« Katrina ne va pas tarder à parler de ma mère. Je le sais. Devenir familier avec les gens, c'est comme habiter dans une maison pleine de rats. Tôt ou tard, ils cessent d'avoir peur de vous, et sortent sans faire de bruit de leurs recoins, ils remontent de la cave par les fentes dans les murs et vous observent avec leurs yeux rouges. Ensuite viennent les questions. » (pages 50-51).

Pour passer le temps, l'adolescente chatte sur un forum avec un inconnu...

« Je repense à Loup Solitaire, il s'est métamorphosé, il est devenu quelqu'un d'autre. C'est toujours un loup avec des griffes et des crocs, des yeux jaunes et un pelage gris. Mais c'est mon loup […]. » (page 65).

 

Mes phrases préférées

« Plus les gens sont nombreux à croire à un mensonge, plus il prend de l'ampleur et de poids. C'est pourquoi il est important de le dévoiler le plus tôt possible. Sinon il peut tout envahir. Dans le pire des cas, il s'empare de villes et de pays entiers. De millions de gens. » (page 31).

« Très tard le soir, il peut vous venir certaines pensées qui vous accaparent. Vous possèdent presque. » (page 89).

« On ne peut pas prendre la parole, comme ça, sans avoir écouté les gens. Sinon on finit dans la case Imbéciles. » (page 120).

 

Dans ce roman (à la jolie couverture), une adolescente raconte sa nouvelle vie sans miévrerie.

« À partir de maintenant, ce sera l'anglais. C'est ça ma nouvelle vie. Mon nouveau pays. Ça va aller. On me fait sans arrêt des compliments sur mon anglais. » (premières phrases du roman, page 7).

Elle est optimiste mais mal à l'aise, parfois lucide, parfois confuse et assez crue.

On ne connaît pas son prénom ; au début, j'ai cru que le titre, Kolka, était son prénom, c'est joli, mais ce n'est pas un prénom, c'est un lieu, un village à la pointe nord-ouest de la Lettonie (le site officiel, http://www.kolka.lv/, si vous comprenez le letton !).

De même, on ne connaît pas son âge, mais elle est lycéenne alors elle doit avoir entre 15 et 17 ans.

Elle est énigmatique, en fait, cette adolescente qui choisit d'emblée d'oublier sa langue natale !

Et il lui est déjà arrivé tant de choses qu'elle a bon gré mal gré acceptées... Mais il y a en elle comme un constant décalage.

En fait, il est dérangeant, ce roman, simplement je ne peux rien dévoiler !

Mais il est intense et se lit agréablement d'une traite.

Je remercie A. de me l'avoir conseillé pour le marathon suédois. Par contre, l'histoire n'a rien de suédois ! Le style peut-être.

 

Une lecture pour les challenges Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et pour la Suède : Tour du monde en 8 ans, Un hiver en Suède et Voisins voisines.

 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 03:23

Les poètes morts n'écrivent pas de romans policiers est un roman policier de Björn Larsson paru aux éditions Grasset en octobre 2012 (491 pages, 22 €, ISBN 978-2-246-78452-4). Döda poeter skriver inte kriminalromaner (2010) est traduit du suédois par Philippe Bouquet en collaboration avec l'auteur.

 

Björn Larsson est né en 1953 à Jönköping en Suède. Il est Maître de conférences en français à l'université de Lund, traducteur (danois, anglais, français), philologue, critique, romancier et navigateur chevronné. En 1995, Le cercle celtique a reçu le prix Corail du meilleur livre maritime et en 1999, Le capitaine et les rêves a reçu le prix Médicis étranger.

 

Karl Petersén, « directeur littéraire de la vénérable maison d'édition Arnefors et Fils », annonce à ses collaborateurs, « les fidèles Sund et Berg », qu'il a réussi à convaincre le célèbre poète, Jan Y Nilsson, à écrire un roman policier. Il a déjà un manuscrit, auquel il ne manque que la fin, « une cinquantaine de pages, tout au plus » et l'engagement définitif. Le contrat doit être signé le lendemain soir sur le bateau de pêche, le Mademoiselle Ti, à Helsingborg, et les droits ont déjà été vendus à une dizaine de confrères étrangers de confiance. « Mais, attention, rien ne doit filtrer avant la publication, qui aura lieu dans plusieurs pays européens simultanément. » (page 13).

En fait, Petersén n'est pas sûr et certain que Jan Y signera le contrat... Il a écrit un excellent roman policier mêlant politique et finances, L'homme qui n'aimait pas les riches, mais il hésite encore... Il a des scrupules, il pense aux critiques, à ses lecteurs... Il faut dire qu'il a décidé de se consacrer à la poésie à l'âge de 16 ans, qu'il a galéré, qu'il a été renié par son père, que sa mère en est morte de chagrin... Mais il reste intransigeant car la poésie est un art qui consiste à « rendre le monde visible » (page 19). Alors « Jan Y Nilsson, auteur de polar ! Cette simple pensée lui donnait des frissons dans le dos. Comment avait-il pu céder aux instances de Petersén ? » (page 23) cependant « Malgré ses réticences envers le roman policier, il avait trouvé son sujet dès le départ, et son cerveau s'était mis bientôt au travail malgré lui. » (page 27). Mais lorsque Petersén arrive le soir du mardi 6 février à bord du bateau, avec une bonne bouteille de Champagne, Jan Y est pendu dans le bureau aménagé, une bouteille de Champagne est entamée sur la table et un verre est brisé sous le corps...

Martin Barck, ancien de la Criminelle, maintenant commissaire de la Police maritime – poète à ses heures perdues : « On ne devenait pas poète parce qu'on avait du succès auprès du public, on l'était de corps, d'esprit et d'âme. » (page 62) – est appelé sur le lieu du crime. Oui, parce qu'il s'agit bien d'un meurtre, et pas d'un suicide comme il l'a pensé au début. « Je ne comprends pas qui a pu avoir l'idée de le tuer. On n'assassine pas les poètes. Ils se suicident. » (page 112).

Les premiers suspectés par le commissaire sont Karl Petersén, Anders Bergsten, le meilleur ami du poète, auteur de romans policiers, Tina Sandell, infirmière de nuit, et « compagne » du poète, et Axel Johnson, docker à la retraite que Jan Y voyait tous les jours près de son bateau.

 

Quelques phrases sur l'édition, la littérature, les écrivains et l'amour

« De toute façon, l'éditeur veillera à ce qu'il rentre dans ses frais. Le danger n'est pas là : c'est plutôt de décevoir les lecteurs ! Publier à grand renfort de publicité des livres qui ne sont pas à la hauteur, c'est saper la confiance du public et, au bout du compte, creuser notre propre tombe. » (Karl Petersén, page 9).

« Le polar ou le fantastique sont aussi respectables que la poésie ou le roman. » (Karl Petersén, page 9).

« […] presque tous les criminels de la littérature policière suédoise avaient connu une enfance difficile, été victimes de mauvais traitement et d'abus sexuels, eu des parents divorcés qui en plus étaient alcooliques ou toxicomanes. Ce n'était sans doute pas un hasard : parfois il semblait que l'écrivain suédois, pour être pris au sérieux, se devait de raconter sa jeunesse malheureuse. Meurtres, traumatismes infantiles, alcoolisme et cuites sous toutes ses formes, le tout pimenté d'une bonne dose d'angoisse, telle était la spécialité de la littérature suédoise. » (Anders Bergsten, pages 39-40).

« La littérature était devenue un produit de consommation, avec date de péremption, comme la viande et les légumes des supermarchés. Même les bibliothèques avaient commencé à faire le ménage sur leurs rayonnages pour privilégier les nouveautés que tout le monde lisait. » (Karl Petersén, page 118).

« Il y avait toujours quelqu'un qui ne faisait pas comme les autres, qui était l'exception à la règle et allait à contre-courant. […] Il fallait entretenir un contact direct avec la réalité, sous un angle nouveau, sans avoir tout rangé selon les clichés habituels. C'était la fidélité absolue à l'expérience personnelle qui était en jeu. » (Jan Y Nilsson, page 157).

« L'amour, se dit-il avant de s'endormir, était un port où on savait qu'on pouvait s'amarrer en toute sécurité, tandis que les déferlantes se ruaient à l'assaut des jetées et que les rafales secouaient le gréement. Ou un alizé, un souffle constant, puissant. Ou un somnifère... sans effets secondaires. » (Martin Barck, page 253).

« […] une maison d'édition sans bons écrivains n'était qu'une coquille vide. » (Karl Petersén, page 385).

 

J'ai craqué sur le titre et la quatrième de couverture m'a convaincue : il me fallait lire ce livre ! Et je n'ai pas été déçue, je l'ai dévoré !

Il y a dans ce roman de nombreuses références sur la littérature, la poésie, la peinture (surtout suédoises et françaises) et même des événements politiques ou historiques mais toutes ces références n'alourdissent pas le récit : je n'ai pas pu lâcher ce roman ! Je l'ai lu d'une traite (une bonne partie de la nuit) et j'ai passé un très agréable – et enrichissant – moment de lecture.

Ce roman, en plus d'être un excellent roman policier un peu atypique, se révèle être une méditation sur la place du poète et du romancier dans la société, une critique du journaliste et une réflexion sur l'utilité du critique littéraire.

J'ai repéré, page 214, un hommage au « commissaire Wallander, de la police d'Ystad » que tous les fans de romans policiers (pas seulement suédois) connaissent.

J'ai aussi repéré, page 364, un clin d'œil à « un manuscrit d'un débutant qu'ils avaient reçu quelques jours plus tôt et qui n'était pas sans qualités, même assez bon. Ce roman, travail de fin d'études à l'école d'écriture de l'université de Lund, se présentait lui aussi comme une sorte de roman policier, mais à caractère historique, et mettait en scène un employé de maison d'édition acceptant à contrecœur, après son départ à la retraite, de corriger un roman d'un écrivain avec lequel il avait collaboré auparavant. Or, le contenu controversé du livre l'entraînait dans toutes sortes de complications et l'exposait à certains dangers. » (page 364). Je l'ai lu ce roman ! Il est excellent ! C'est Le faux ami, de Henrik B. Nilsson (remarquez le nom de l'auteur), un gros coup de cœur de 2010.

Et lorsque le commissaire Barck lit le manuscrit dont il a exigé une photocopie, le lecteur profite du début du roman de Jan Y (pages 225 et suivantes), pas mal le coup du roman dans le roman.

Il y a de très bonnes choses partout dans ce livre et j'aurais pu relever encore d'autres extraits, par exemple le dialogue entre Anders Bergsten (l'auteur de romans policiers) et Martin Barck (le commissaire) page 161. Mais je voudrais que vous connaissiez un peu la poésie qui peuple ce roman.

 

Un poème de Jan Y Nilsson

« Je t'aime

voilà c'est dit.

Mais qu'ai-je dit

en te disant je t'aime ?

J'ai dit je

J'ai dit tu

J'ai dit aime.

Mais le chemin entre les deux

l'ai-je parcouru

avec toi ?

Je t'aime

mais qu'ai-je fait pour ce verbe

trop grand pour moi

comme des habits de fête

qui ne sortent pas le dimanche

des chants

qui raclent au fond de la gorge

des pas qui trébuchent

aux frontières de la danse ?

Je t'aime

et je suis là

le verbe ballant au bout de mes bras

ne sachant plus que faire de mes mains

ni où les mener. »

(pages 176-177).

 

Un autre poème de Jan Y Nilsson (lu à son enterrement)

« Donne-moi des livres

qui finissent bien

à défaut de romans

peut-être des poèmes

à défaut de poèmes

peut-être un quatrain

à défaut d'un quatrain

peut-être un seul vers.

Donne-moi un amour

qui finisse bien

le vôtre s'est échappé

le vôtre a laissé la porte ouverte

à ses fantômes

Tristan et Iseult

Roméo et Juliette

Henri et Yvonne

papa et maman

à jamais réunis

à jamais séparés. »

(pages 268-269, le poème continue sur encore 3 pages).

 

Et je voudrais finir avec « La poésie est capable de tout bouleverser. » (Niklas Schiöler, universitaire à Lund, page 408).

 

Une lecture que je prends un grand plaisir à mettre dans les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2012, Thrillers et polars, et surtout Défi scandinave, Tour du monde en 8 ans et Voisins voisines 2013 tous les trois pour la Suède.

 

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 08:28

FauxAmi.jpgCoupCoeur2010.pngLe faux ami est un roman de Henrik B. Nilsson à paraître le 8 septembre 2010 (je l'ai reçu et lu en août) aux éditions Bernard Grasset dans la collection Littérature étrangère (567 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-246763611).

Den falske vännen (2009) est traduit du suédois par Philippe Bouquet.

 

Henrik B. Nilsson est né en 1971 en Suède mais a grandi en Allemagne. Après une licence d'économie, il a créé en 1999 Minotaur, une maison d'édition qu'il a vendue puis il a repris des études à l'université de Lund et a obtenu un Master d'Art (Creative writing). Il vit maintenant à Malmö avec sa famille. Le faux ami est son premier roman et il a reçu un Grand Prix littéraire suédois du premier roman : Borås Tidnings Debutantpris.

(Source : Nordin Agency)

Plus d'infos sur le site officiel de Henrik B. Nilsson (enfin pour ceux qui comprennent le suédois !).

 

1903. Le Vatican prépare la succession de Léon XIII gravement malade. Ça conspire à tout va à Rome, certains ne voulant pas du cardinal Rampolla trop proche des Russes et des Français.

 

1910. Des tremblements de terre, la comète de Halley, la décadence dans les Arts, une langue artificielle créée de toute pièce comme l'espéranto, de plus en plus de jeunes qui se suicident, des cancers, la tuberculose, des rumeurs malveillantes, nombreux sont ceux qui crie à la fin du monde.

 

À Vienne, Hermann Freytag qui, après des études de philologie, est devenu correcteur aux éditions Fischer & Wulff, profite maintenant de sa retraite : il lit le journal et déguste des Mohnstrudel au café Sperl en lisant le Reichpost, il joue aux échecs avec son ami Georg et il s'est inscrit au cours d'espéranto de la jolie Rosita Nagy, une immigrée hongroise. « Freytag n'avait jamais vu une telle beauté et ne s'arrachait à la contemplation du léger duvet ornant sa lèvre supérieure que pour se perdre dans celle de ses yeux couleur châtaigne; à l'automne. » (page 50).

Passionné par Goethe, Freytag veut surtout écrire enfin ses propres livres. Mais l'inspiration ne vient pas, son épouse Adèle l'a quitté pour un directeur de chemins de fer qui l'a emmenée faire le tour de l'Europe, et Herr Schlink, le directeur littéraire, le rappelle de façon insistante car Boris Barsch, l'écrivain dont il a corrigé tous les livres, n'a confiance qu'en lui et le réclame pour les corrections de son nouveau livre. « Les personnages de ses romans étaient vivants, ils sortaient de la page imprimée pour pénétrer dans le cœur du lecteur, où ils devenaient plus réels que les êtres qui, en chair et en os, l'entouraient, si vrais qu'ils s'incrustaient dans la mémoire telles de vieilles connaissances. » (page 74).

 

HenrikBNilsson.jpgLe faux ami est un mot « très semblable dans une autre langue mais qui signifie tout autre chose que ce que l'on croit ». C'est aussi un ami qui trahit la confiance que l'autre ami porte en lui. C'est encore le titre du nouveau roman de Boris Barsch.

 

Freytag broie du noir, il s'inquiète de sa solitude, d'une éventuelle fin du monde, du progrès, de la jeunesse décadente, de la folie, du nihilisme, bref de tout ce qu'il ne connaît pas ou très peu et qui lui fait peur. « Nous vivons sur un rythme trop rapide, pensait Freytag. Le téléphone, l'automobile et ces étranges nefs aériennes : Dieu seul savait quels autres appareils démentiels on irait inventer ensuite. » (pages 25-26).

 

C'est au cours d'espéranto que Freytag rencontre Rainer Signori, « un monsieur distingué » qui dit être dans les affaires. Herr Signori est en fait très proche du Vatican et « Si chacun pouvait n'en faire qu'à sa tête, que deviendrait la monarchie, alors ? Et l'Église ? Et la morale ? » (page 121). Signori va embarquer Freytag dans une histoire qui le dépasse. Freytag va accepter de corriger le livre de Barsch, il va même rejoindre l'auteur à St Wolfgang, un village de montagne. Mais pourquoi Le faux ami embarrasse-t-il tant le Vatican ? « Il avait du mal à saisir pourquoi un homme aussi important s'intéressait à un manuscrit inachevé, même s'il avait été rédigé par un écrivain d'une célébrité hors-normes que nombre de gens étaient impatients de lire, […]. » (page 181).

 

Deux petites choses que je note ;-)

Il y a trois semaines, je cherchais ce que signifiait l'expression « arbitre des élégances » que j'entendais pour la première fois (merci F. !, je suis moins bête grâce à toi !), eh bien j'ai retrouvé cette expression page 461 : un bon moyen pour m'en souvenir !

Le clin d'œil de l'auteur au lecteur avec le dialogue entre Freytag et Mademoiselle Beate dans le salon de Tante Olga (page 433-434).

 

Le roman de Nilsson n'est pas un roman historique mais la Vienne du début du XXe siècle est tellement bien retranscrite ! Elle était à cette époque la capitale culturelle et intellectuelle de l'Europe. Un gros clin d'œil aux freluquets des Beaux-Arts page 53 et on sait quel freluquet a raté deux fois (en 1907 et 1908) l'examen d'entrée de cette école !

Le roman de Nilsson n'est pas non plus un thriller ésotérique mais il y a du suspense et l'église catholique n'est pas toujours montrée sous son meilleur jour.

Surtout Le faux ami est un grand roman littéraire et j'ai pris un immense plaisir à le lire : j'aime ce genre de romans contemporains dont on a l'impression qu'ils sont des classiques. En plus, c'est un premier roman : un exploit littéraire !

Un gros coup de cœur donc que ce Faux ami qui est peut-être un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire. Je commence fort d'ailleurs et j'espère ne pas être déçue avec les prochains que je lirai !

 

Je remercie la UlikeTeam de m'avoir envoyé ce roman car j'ai chroniqué Le faux ami dans le cadre d'un partenariat avec le site Chroniques de la rentrée littéraire et de l'organisation du Grand prix littéraire du Web Cultura.

 

Mes passages préférés

Sur la lecture : « Voici mon conseil : lisez, lisez tous les grands noms. Il ne s'agit pas de vous distraire, comme un lecteur banal. Non, lisez en écrivain, chère amie, avec attention et concentration. Relisez jusqu'à ce que ces phrases vous fassent l'effet d'être vôtres, lisez tout ce que vous trouvez d'un auteur que vous aimez et admirez, […]. » (page 135).

Sur l'édition : « Depuis quand est-ce les considérations économiques qui font la loi, chez les éditeurs ? La valeur littéraire ne se mesure pas en argent, Herr Schlink, vous devriez le savoir, […]. » (page 239).

En librairie : « Les couvertures renfermaient le monde entier, qui n'attendaient que d'être découvert, dévoré. » (page 393) et « Il y a tant de choses... […] On aime bien éviter de se tromper. La vie est trop courte pour lire de mauvais livres. » (page 395).

Sur les lecteurs : « […] et, quand on a une bibliothèque bien pourvue, on n'est jamais pauvre. » (page 285).

Pour fulminer : « la littérature attirait surtout les femmes que la beauté avait épargnées. » (page 332).

 

Et pour le plaisir !

« Il a besoin de calme et de tranquillité. C'est bon pour lui de se reposer sur une routine, car il est très sensible et son travail est très exigeant.

Vous aimez beaucoup ses livres ?

Comment le savoir ? Vous croyez que j'ai le temps de lire ? » (pages 304-305).

 

Chronique de lecture parue le 2 septembre sur Chroniques de la rentrée littéraire.

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 07:55

J'avais dit que je lirais un roman scandinave pour le deuxième tour du défi Littérature policière sur les 5 continents. Le voici enfin !

 

L'argent facile, premier roman de Jens Lapidus, est paru aux éditions Plon dans la collection Thriller en octobre 2008 (537 pages, 23 €, ISBN 978-2-259-20835-2 ; Pocket thriller, juin 2009, 724 pages, 978-2-266-19372-6). Ce roman est le premier tome de la trilogie Stockholm noir. Snabba cash : Hatet drivet jakt (2006) est traduit du suédois par Maximilien Stadler et Lucille Clauss.

 

JensLapidusJens Lapidus est né le 24 mai 1974 à Hägersten. Il vit à Stockholm avec son épouse et leur fils, et travaille dans un cabinet d'avocats, ce qui a été bien utile pour ses romans.

 

D'un côté, les gangs qui sont rivaux, les Latinos, les Noirs, les Arabes, les Yougoslaves. Celui que le lecteur suit plus particulièrement est le gang des Serbes. Parmi eux le big boss, Radovan et ses gars Mrado, Goran, Nenad, Stefanovic (du moins les principaux). Des durs qui ont connu la guerre et qui n'ont peur de rien, en un mot des bêtes sauvages. Mrado qui veut voir sa fille après son divorce paraît parfois un peu plus humain que les autres.

D'un autre côté, les riches et la jeunesse dorée du Stureplan (quartier branché de Stockholm) qui ont besoin d'être fournis pour faire la fête (jolies filles, substances illicites). Parmi eux Jet-set Carl, Niklas alias Nippe, Fredrick, Putte, et Johann Westlund alias JW, un étudiant pauvre qui veut faire partie de la Haute et surtout découvrir pourquoi sa sœur Camilla a disparu quatre ans plus tôt.

Et puis, un Chilien, Jorge, qui travaillait pour le gang des Serbes mais qui croupit en prison puisque ses potes l'ont laissé tomber au procès... Son but : s'évader et se venger. Sauvé par JW, il va travailler à ses côtés pour Abdulkarim et son bras droit Fahdi (trafic de coke).

« Au cours des cinq dernières années, nous nous sommes spécialisés dans cinq domaines. […] on s'octroie quelques autres gourmandises, vol à la roulotte, détournement de fonds, et autres. […] Ajoutons à cela les rendements de vos fonds propres ainsi que nos activités communes. Le Clara's, le Diamond et le O-court. L'entreprise de démolition et les vidéoclubs, entre autres. […] Le business des putes fait un carton. La clope est acceptable. La coke bat tous les records. » (page 276).

 

Tout cela n'est pas très reluisant, et il paraît même que Stockholm n'est qu'un petit marché par rapport à de plus grandes capitales comme Londres... Je vous le dis : l'Europe est foutue !

C'est en tout cas un roman très noir, mais qui m'a donné envie de lire la suite, Mafia blanche.

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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 00:26
Une île trop loin, de Annika Thor est un roman paru en 2003 aux éditions Thierry Magnier et réédité en 2006. Il est traduit du suédois par Agneta Ségol. 272 pages - 9,00 € - ISBN 2-84420-410-3.

Annika Thor, l'auteur, est née en 1950 dans une famille juive de Göteborg (Suède). Elle est bibliothécaire, scénariste (cinéma, théâtre) et écrit pour les adolescents.

Agneta Ségol, la traductrice, est également née en Suède, mais vit en Normandie. Tout en enseignant le français et la civilisation française à l'université de Caen, elle traduit des romans du suédois vers le français.

Une île trop loin est le premier roman d'une série en 4 tomes consacrée à Stéphanie (Steffi) et Éléanore (Nelli), deux sœurs autrichiennes que leurs parents, juifs, ont exilé en Suède pour les protéger du nazisme et de la guerre. Alors que les fillettes devaient rester ensemble, elles sont placées dans deux familles différentes... Elles ne comprennent pas la langue et elles se sentent vraiment perdues sur cette île au bout du monde. De plus, la séparation ne devait durer que 6 mois maximum, le temps que leurs parents aient les papiers pour les États-Unis mais l'annexion de l'Autriche par les Allemands et la guerre annulent leurs projets de fuite. C'est Steffi, la plus âgée qui raconte leur histoire et leur nouvelle vie au large de Göteborg, elle chez tante Marta et oncle Evert, sa cadette chez tante Vera qui a deux jeunes enfants.


L'étang aux nénuphars est le deuxième volume, paru en 2005, toujours aux éditions Thierry Magnier, également traduit par Agneta Ségol. 231 pages - 9,00 € - ISBN 2-84420-365-5.

Dans ce deuxième roman, les sœurs ont grandi. Steffi a 13 ans et a accepté la proposition de la famille Söderberg : loger dans la chambre de leur fille qui vient de se marier et pouvoir fréquenter le lycée. Elle découvre aussi les joies et les peines de l'amour avec le fils de la maison, Sven, qui a 19 ans. Pendant ce temps-là, Nelli reste sur l'île, elle s'est bien habituée à sa nouvelle famille et écrit moins à ses parents car elle oublie l'allemand. Steffi s'en inquiète mais ce qui la préoccupe le plus, c'est l'état de santé de ses parents et le fait qu'elle reçoive moins de lettres d'eux. Elle va souvent se réfugier au bord de l'étang aux nénuphars où Sven l'a emmenée après la première journée de lycée.

Quand Steffi et Nelli retrouveront-elles leurs parents ? Je ne connais pas la réponse car je n'ai pas encore lu les deux derniers tomes. Mais je le ferai car c'est une histoire différente de celles qu'on a l'habitude de lire : les sœurs se rappellent leur vie à Vienne avec leurs parents, la mère est musicienne et le père médecin. Elles se retrouvent isolées en Suède, sur une île où la vie est rude et les distractions rares : leurs « tantes » les ayant fait baptiser, la musique et le cinéma sont interdits. Elles doivent apprendre rapidement une nouvelle langue, avoir de bons résultats à l'école, obéir à des inconnus, ne rien dire de leur passé, se faire accepter par les autres enfants et souffrir en silence d'être séparée de leurs parents, d'être déracinées. Voilà ce qu'ont subi les enfants juifs pendant la guerre, du moins ceux qui ont pu fuir à temps parce que les autres ont vécu pire.

 

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