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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 04:13

La sérénade d'Ibrahim Santos est un roman de Yamen Manai paru aux éditions Elyzad en août 2011 (273 pages, 18,90 €, ISBN 978-9973-58-035-1).

 

Mieux vaut tard que jamais ! Vous rappelez-vous de ma note de lecture de La marche de l'incertitude, de Yamen Manai ? C'était en février 2012 et j'avais beaucoup aimé ce premier roman de l'auteur. Eh bien, j'avais reçu La sérénade d'Ibrahim Santos... en même temps... Alors, avec énormément de retard, je remercie encore Libly !

 

Yamen Manai est né en 1980 à Tunis. Il a fait ses études en France et vit à Paris. Il est ingénieur en nouvelles technologies de l'information. La sérénade d'Ibrahim Santos est son deuxième roman. Pour le plaisir, je remets la photo de l'auteur (ci-dessous).

 

Puerto Novo, Caraïbes. Santa Clara, ville de la canne à sucre et du rhum, a été fondée il y a plus de 300 ans par... des ivrognes qui avaient embarqué avec eux quelques prostituées !

Un jour, le Président-Général Alvaro Benitez qui gouverne le pays « d'une main de fer depuis une vingtaine d'années » goûte du rhum de 15 ans d'âge de Santa Clara (ah, quel rhum !) mais il ne trouve pas la ville sur sa carte pourtant récente.

« D'où vient ce putain de rhum ? » (pages 11 et 12).

Tout est alors mis en œuvre pour trouver Santa Clara.

Pendant ce temps, à Santa Clara, la gitane Lia Carmen Sangalo voit dans son marc de café de sombres présages.

« Il n'y a plus rien à faire […]. Les dés sont jetés et le pire est à craindre. » (page 18).

Or, à Santa Clara, personne – même le maire José Ricardo Silva – ne sait que la Révolution a eu lieu et qu'un nouveau pouvoir est en place depuis 20 ans. Tout le monde est heureux et, chaque soir, c'est la fête sur la place principale avec les sérénades d'Ibrahim Santos qui prédit avec son violon le temps du lendemain.

Mais le capitaine Manuel Jésus del Horno, ayant découvert Santa Clara avec ses deux lieutenants, annonce aux habitants que dans trois jours arriveront pour goûter le rhum et décider du sort du village le Premier ministre, Alfonso Benitez, frère du nouveau Président, et le Ministre de l'agriculture, Alvaro Uribe qui a créé une Académie agricole.

« La situation à laquelle nous sommes confrontés ici est très sérieuse, annonça sèchement le capitaine Manuel Jésus del Horno. Il y a une vingtaine d'années, la Révolution menée par notre Général Alvaro Benitez et ses fidèles compagnons a mis fin à la dictature du Général Burgos. Une nouvelle ère d'égalité, de devoir et de justice a alors commencé, et grâce à Dieu, elle perdure encore. […] Tout le pays a célébré la Révolution, hormis ce patelin perdu ! » (page 30).

« L'hymne a changé, le drapeau a changé, la maxime de l'État a changé. Le nom des rues, le nom des écoles... Il faut tout reprendre, tout réapprendre, et nous ne disposons que de trois jours. Est-ce que c'est compris ? » (page 32).

Ibrahim Santos doit écouter les trois militaires chanter le nouvel hymne national pour en trouver les notes et s'entraîner à le jouer avec ses musiciens.

C'en est presque burlesque...

Mais, après la visite des deux ministres, Uribe envoie son poulain : Joaquín Calderon, un orphelin qui est le premier sorti Major de promotion de l'Académie agricole.

Les habitants voient le jeune ingénieur agricole comme « un vautour menaçant qui convoite la terre chérie des paysans ! » (page 147).

Pourquoi changer les méthodes d'aimer la terre ? Ils avaient « des pratiques centenaires, héritées de leurs ancêtres, qui n'avaient jamais été dictées par des militaires ou des politiciens. » (page 154).

Pour affirmer leur autorité et éviter la rébellion (tu parles !), les militaires confisquent les instruments de musique considérés comme antirévolutionnaires et placent Calderon à la tête de la mairie.

 

Vous vous en doutez, tout ça va mal se terminer !

 

La population de Santa Clara vivait bien, la famille, le travail, la fête : c'était une vie insouciante et calme. Le maire et le prêtre avaient chacun leur place et il y avait même Eddie Tortino, l'idiot du village qui jouait de la trompette. Mais tout va changer le jour où le gouvernement, le ministère de l'agriculture et les militaires viennent mettre leur grain de sel. Calderon, l'ingénieur envoyé par Uribe avec la mission de mettre l'agriculture aux nouvelles normes, a de la technologie chimique (désherbant, engrais) et installe le progrès (nouvelle rhumerie, cuves en inox, baromètre) mais il ne connaît pas la terre, le terroir, il ne l'aime pas comme les gens qui ont toujours vécu à Santa Clara depuis plusieurs générations.

« Le rhum qui en sortira aura le goût du sang que le maire a fait couler. Là sera le moment des comptes. » (page 197).

 

Pas sûre qu'en remplaçant un dictateur quel qu'il soit par un autre dictateur, on arrive à quelque chose de mieux, même si c'est soi-disant pour le bien du peuple.

« On parviendra à l'autosuffisance, même s'il faut pour cela que le peuple arrête de manger » (page 71) : voici l'objectif du Président-Général Alvaro Benitez !

Ainsi, ce roman dénonce la dictature, toutes les dictatures où qu'elles soient dans le monde. Partout où des gens n'ont plus de liberté, plus le droit de dire ou même de penser, partout où ils sont obligés de faire ce qu'ils ne veulent pas, il en faut qui se lèvent et qui risquent leur vie pour changer les choses !

Et pour Santa Clara, ils sont là et j'ai bien apprécié que l'auteur fasse des flash backs pour raconter leur passé, parce que ce sont des êtres qui ont une histoire, une vision différente de la vie, un don, un espoir qui emporte tout le monde avec eux.

 

Un mot que je ne connaissais pas : angélophanie (page 89). C'est la vision ou l'apparition d'un (ou de plusieurs) ange(s).

 

Ma phrase préférée

« Peu importe d'où viennent les hommes, tant qu'ils vont de l'avant. » (page 122).

 

La sérénade d'Ibrahim Santos a reçu trois prix littéraires en 2012 : Prix Alain-Fournier, Prix de la Bastide du Salon du livre de Villeneuve-sur-Lot et Prix Biblioblog. Et il les mérite ! Ce « conte, avec une pincée de réalisme magique » (dixit la 4e de couverture) est un grand récit poétique et philosophique qui fait la part belle à la musique et qui dénonce le totalitarisme (pas seulement la dictature en Tunique mais toutes les dictatures). D'ailleurs, sur la page de titre, l'éditeur a ajouté : « À tous les dictateurs du monde, regardez donc défiler les heures à vos montres d'or et de diamants. Les peuples vous arracheront leurs rêves, les peuples sonneront votre glas. »

 

Une lecture pour les challenges Amérique Centrale, Amérique du Sud (l'histoire se déroule aux Caraïbes et l'auteur s'est inspiré de Cuba), Des contes à rendre, Des livres et des îles (Caraïbes), Littérature francophone (Tunisie), Petit Bac 2013 (catégorie Prénom) et Tour du monde en 8 ans (Tunisie).

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 14:28

MarcheIncertitude.jpgLa marche de l'incertitude est un roman de Yamen Manai paru aux éditions Elyzad (Tunisie).

D'abord paru en 2008 (Elzévir), ce roman est repris par Elyzad dans une « édition revue par l'auteur » en poche en novembre 2010 (162 pages, 6,70 €, ISBN 978-9973-58-029-0).

Il a reçu le Prix Comar d'Or 2009 (Tunisie) et le Prix des Lycéens Coup de cœur de Coup de soleil 2010 (France).

 

Yamen Manai est né en 1980 à Tunis. Il a fait ses études en France et vit à Paris. Il est ingénieur (nouvelles technologies de l'information) et La marche de l'incertitude est son premier roman.

Du même auteur : La sérénade d'Ibrahim Santos (2011).

 

Marie Rimbaud a 15 ans, elle est amoureuse d'un garçon de son collège qui ne lève pas la tête des livres, elle devient anorexique. « Elle fanait comme une fleur qui perdait chaque jour un nouveau pétale. » (page 11). Sa mère l'emmène consulter un marabout africain qui leur vend un œuf spécial. Mais l'œuf est mangé en omelette par le beau-père de Marie et la mère, désespérée, envoie sa fille dans un internat. Pour conjurer sa peur du surnaturel, de l'irrationnel, l'adolescente se lance à fond dans l'étude des mathématiques au point d'obtenir plusieurs diplômes et de grandes fonctions.

Christian, orphelin adopté par un colonel à la retraite, a fait des études scientifiques. S'il réussit dans ses recherches sur l'antimatière, il sera nobélisable, mais en attendant il a besoin d'aide. Son professeur lui donne le numéro d'une « brillante mathématicienne » qui pourra résoudre son équation.

 

YamenManai.jpgNe pensez pas que les mathématiques et les sciences rendent ce roman compliqué et rébarbatif ! Au contraire, tout coule de source ! Et l'auteur, qui se définit comme un humaniste raconte très bien, avec son écriture fine et délicate, l'histoire de chacun et comment elle interfère dans l'histoire des autres. Car si le hasard fait que Marie et Christian se revoient 11 ans après leur première rencontre, il touche aussi d'autres personnes qui leur sont proches ou pas (encore). Il y a le colonel Boblé qui a élevé Christian comme un fils sans savoir d'où il venait ; Marcel un ouvrier d'usine qui part à la retraite et qui va ouvrir un magasin de fleurs ; Rima qui vit seule depuis que Milan Maratka, un peintre tchèque ayant vécu à Paris dans les années 70, l'a abandonnée pour retourner dans son pays ; Moussa qui a 20 ans et quitte subitement Tunis pour Paris.

La marche de l'incertitude est un beau roman sur l'amour. Il met en avant le hasard qui fait les rencontres, les séparations et les retrouvailles. Marie, Christian et les autres vont de l'avant : ils marchent, mais ils ne se connaissent pas et ne connaissent pas leur avenir : ils sont dans une perpétuelle incertitude. Les relations qu'ils vont tisser les uns les autres vont rendre cette incertitude obsolète et l'amour possible.

D'ailleurs, j'aime beaucoup la couverture, avec ce point central bleu (les yeux de Marie) et ces itinéraires, ces vies, qui l'entourent, se croisent, se perdent et se retrouvent, un jour, quelque part, plus loin, ailleurs.

« Il repensa longuement au regard bleu de l'amour. Oui, c'est dans un tel regard que la magie les mêle, c'est dans un tel regard que naît l'alchimie des mots. » (page 83).

 

LibflyMaghreb.jpegAyant pris du retard dans mes lectures et dans la rédaction de mes notes de lecture, je suis à vrai dire en retard pour poster celle-ci... Mais aujourd'hui, ça tombe bien car je peux annoncer un événement lillois (même si je suis très loin de Lille).

Ce soir, donc, à 18 h 30, à l'Auditorium du Palais des Beaux-Arts (Place de la République, Lille), une rencontre Écrire et éditer au Maghreb animée par Christine Marcandier (critique littéraire à Mediapart) en présence d'auteurs édités par Barzakh (Algérie) et Elyzad (Tunisie) dont Yamen Manai avec ses deux romans : La marche de l'incertitude et La sérénade d'Ibrahim Santos (dont je parle bientôt).

La soirée organisée par Libfly sera retransmise sur Libfly.TV à partir du mercredi 15 février.

 

Je remercie Libfly pour les deux romans de Yamen Manai que j'ai reçus. Je remercie aussi Yomu pour sa gentillesse et sa patience (c'est que j'ai quand même du retard !).

PremierRoman1Une dernière chose : Libfly a publié une intéressante interview de l'auteur concernant son deuxième roman, La sérénade d'Ibrahim Santos.

 

PS : Je rajoute cette note de lecture dans le défi Premier roman d'Anne.

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