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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 04:12

Les aurores montréales est un recueil de nouvelles de Monique Proulx paru aux éditions du Boréal en avril 1996 (244 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-89052752-2).

 

Monique Proulx est née le 17 janvier 1952 à Québec mais elle vit à Montréal depuis 1984. Elle est romancière, nouvelliste, scénariste et elle a reçu de nombreux prix littéraires.

 

Les nouvelles de ce recueil datent un peu (elles ont apparemment été écrites entre 1989 et 1994) mais elles me semblent toujours d'actualité (même si je ne peux pas l'affirmer à 100 % car je ne connais pas du tout la ville de Montréal). Elles parlent en tout cas toutes de Montréal et de la vie à Montréal. « Montréal a changé, c'est la faute de Montréal. » (page 231).

 

De l'exil et des difficultés d'adaptation : Gris et blanc (enfant du Costa Rica), Jaune et blanc (jeune femme de Chine), Rose et blanc (fille d'immigrés italiens), Noir et blanc et La classe laborieuse (couple de Haïtiens), Rouge et blanc (Indien, il n'est pas en exil donc mais il ne reconnaît pas sa propre terre), Sans domicile fixe.

Le blanc revient souvent !

 

Des relations entre enfants et parents : Le passage (une jeune fille « même pas majeure » quitte ses parents pour aller vivre à Montréal avec son copain étudiant), Le futile et l'essentiel (une femme très bavarde rend visite à sa fille à Montréal), Noir et blanc (racisme et violence).

 

Des relations entre hommes et femmes : Léa et Paul, par exemple (intéressant avec plusieurs flashback non chronologiques), Les femmes sont plus fines, Madame Bovary, Dépaysement, Oui or no.

 

De la relation entre l'humain et l'animal : Gris et blanc (Manu, le chien qui manque à l'enfant), Jouer avec un chat (Pierrot et sa chatte, Grosse Chose).

 

Des différences dans le comportement ou l'attitude : Allô, Les transports en commun, Tenue de ville, Rue Sainte-Catherine, Baby, L'enfance de l'art (courte et percutante), Les aurores montréales, Fucking bourgeois.

C'est bizarre, en listant ces nouvelles, je me rends compte que ce sont celles-ci que j'ai le moins aimées !

 

Clin d'œil à la culture et à la littérature québécoises : Leçon d'histoire (au théâtre), Français, Françaises (auteurs québécois).

 

Une nouvelle inclassable : Ça ; elle ne fait qu'une page et je ne l'ai pas comprise…

 

Mes nouvelles préférées

Gris et blanc : un enfant écrit à son chien, Manu, resté à Puerto Quepos (Costa Rica) pour lui raconter sa nouvelle vie dans cette ville grise et parfois blanche, et lui dire combien il lui manque.

Le futile et l'essentiel : Fabienne rend visite à sa fille Martine qui pressent que « cette semaine sera infernale » car sa mère est volubile et cancanière. « Et tout ce temps, tandis qu'elle parcourait et dévorait insatiable la ville, les mots s'étaient éjectés de sa bouche à une vitesse sidérale, elle parlait et la réalité se rapetissait comme aspirée de l'intérieur, elle parlait et la vie devenait une anecdote désespérante de laquelle tout sublime était à jamais évacué, à jamais. » (page 47).

Jaune et blanc : une jeune Chinoise écrit à sa grand-mère restée en Chine et lui décrit le foisonnement de cette ville dans laquelle elle était perdue à son arrivée.

Madame Bovary : Diane, mariée et mère de famille, écrit à un journaliste dont elle aime les chroniques afin de le rencontrer (et plus si affinités) mais il la mouche dans une chronique suivante.

Noir et blanc : après avoir vu en famille le film Malcolm X, un chauffeur de taxi haïtien écrit à Malcolm X pour lui dire son mécontentement sur la violence et le racisme qui n'est pas à sens unique. « Les faits parlent d'eux-mêmes, et l'homme est un loup pour l'homme, qu'il soit noir, jaune, ou vert martien... » (page 141).

Français, Françaises : un directeur littéraire français vient à Montréal pour rencontrer des auteurs québécois « uniquement distribués au Québec » (page 181) et ceux-ci espèrent beaucoup des éditeurs français mais l'homme préfère s'installer à Montréal réduisant leurs espoirs à néant.

 

Drôles ou tristes, tendres ou cruelles, réelles ou imaginaires, émouvantes ou déroutantes, ces 27 histoires ont toutes un intérêt, une manière bien à elles de raconter Montréal, ses habitants et ses différentes couleurs. Ce fut pour moi une belle découverte car je n'avais jamais lu Monique Proulx.

Plusieurs de ces nouvelles sont écrites sous forme de lettres : Gris et blanc, Jaune et blanc, Rose et blanc, Noir et blanc, Rouge et blanc, Blanc, et la lettre au journaliste dans Madame Bovary.

 

Le mot de la fin pour l'Amérindien qui ne reconnaît plus son pays, dans Rouge et blanc. « Cette terre bruyante peuplée de créatures bavardes et ces forêts sans arbres sont tout ce qui nous reste : il faut apprendre à y enfouir de nouvelles racines ou accepter de disparaître. » (pages 195-196).

 

Une lecture pour Québec en septembre que je mets aussi dans les challenges 1 mois, 1 plume, En toutes lettres, Littérature francophone, Le mélange des genres (nouvelles), Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Tour du monde en 8 ans.

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 19:06

20 ans avec mon chat est un roman d'INABA Mayumi paru aux éditions Philippe Picquier en mars 2014 (198 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-8097-0989-6). ミーのいない朝 Mii no inai asa (1999) est traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

 

Inaba Mayumi (稲葉真弓) est née le 8 mars 1950 dans la préfecture d'Aichi. En faisant des recherches sur elle, j'ai découvert qu'elle est décédée le 30 août 2014 d'un cancer du pancréas (paix à son âme, elle est partie rejoindre Mî). Poète, romancière et nouvelliste, elle a reçu plusieurs prix dont le premier en 1966 pour un concours de poésie puis en 1973 pour son premier récit. Elle a utilisé le pseudonyme de KURATA Yuko fin des années 80-début des années 90 pour écrire de la Fantasy. Elle a aussi travaillé pour le cinéma dans les années 90-2000. Pour l'instant, son site officiel, http://inabamayumi.web.fc2.com/, est encore en ligne.

 

« Année 1977, dans l'été finissant. […] J'ai fait la rencontre d'un chat, ou plutôt d'une boule de poils, toute vaporeuse, comme une pelote de laine. C'était un chaton, un tout petit bébé chat. » (page 7).

La narratrice, originaire de Nagoya, travaille dans un bureau de décoration à Shinjuku à Tôkyô. Un soir, en rentrant du travail, elle entend, malgré le vent, de petits miaulements et découvre sur la grille d'un collège, près de la Tamagawa (c'est une rivière), un chaton blanc, noir et marron, une femelle. Son seul souvenir de chat lui vient de l'enfance : Shiro, le chat blanc de sa tante Tsune, mais elle prend le chaton avec elle et l'appelle Mî car ses miaulements font « mii mii ».

C'est le début d'un grand changement dans sa vie ! Le lait, les sardines et la bonite, le choix du nom, les premiers jeux, les balades dans le jardin de la maison de Fuchû, le déménagement dans la maison de Kokubunji, les matous qui séduisent Mî, le départ de son mari à Ôsaka pour son travail… Mais la vie continue, avec bonheur, car Mî est là.

« Comme elle semblait heureuse, parfaitement détendue ! Moi, je passais un chiffon sur les traces de pas qu'elle avait laissées dans le couloir et je regardais sans me lasser le chat endormi, roulé en boule, comme si la queue et la tête étaient nouées. » (page 46).

La jeune femme – qui n'avait jamais pris de photos – achète un appareil.

« Les jours de congé, je passais mon temps à prendre des photos de Mî. Dans son sommeil, l'oreille dressée, immobile sur le mur, dégringolant d'une branche de pêcher qu'elle venait à peine de réussir à escalader, sautant doucement sur ma table et me regardant, la joue pressée sur l'abat-jour tiède… Mon appareil photo était devenu un instrument à découper le temps de ma vie qui s'écoulait, le seul instrument au monde. Les heures sereines passées avec Mî. » (page 70).

Plus tard, l'auteur déménagera avec Mî dans un immeuble de Shinagawa, près de la rivière Meguro, dans un petit appartement au 4e étage (qu'elle achètera pour pouvoir garder la chatte avec elle) mais la vie ne sera plus pareille car il n'y aura plus de véranda, plus de jardin, plus d'arbres...

« En montant dans le camion qui attendait dans la cour du sanctuaire, je n'ai pu m'empêcher de jeter un coup d'œil dans le jardin. Ce grand jardin que Mî aimait tant, où elle avait joué, où nous avions pris ensemble des bains de soleil, ce jardin où fleurissait un pêcher. » (page 100).

 

20 ans avec mon chat, c'est une vie de chat bien remplie mais aussi une vie de femme, de couple (pour un certain temps), d'écrivain et de Tokyoïtes ! Car ce n'est pas facile de trouver dans la capitale japonaise un appartement – et encore moins une maison – dont le propriétaire accepte un animal mais l'auteur refusera toujours de se séparer de Mî : elle est pour elle un trésor, un alter-ego, l'amour de sa vie !

« Je ressentais bien plus que par le passé une intimité avec cette chatte que ma main connaissait si bien à présent, elle qui s'abandonnait contre moi, moi qui m'abandonnais contre elle, j'avais l'impression qu'un courant passait entre nous comme un échange mystérieux. » (page 158).

Mayumi Inaba deviendra écrivain, un peu sans s'en rendre compte, un peu grâce à Mî.

« Écrire… C'était pour moi le moment le plus précieux. » (page 43) et « Sans que je m'en aperçoive, j'avais fini par devenir écrivain. » (page 161).

« […] après que mon mari s'était endormi, j'allumais la lampe de mon bureau et je restais des heures devant le papier. Alors, un autre monde naissait, ailleurs que celui de la vie de tous les jours, et il me semblait que les mots détenaient un pouvoir illimité. » (page 44).

Oui, les mots détiennent un pouvoir illimité et ce récit autobiographique tellement beau le prouve ! Il est plein de douceur, de joies, de jeux, de balades et de tendresse. Il permet de découvrir Tôkyô et la vie tokyoïte sur plusieurs décennies. Il est aussi, vers la fin (chapitres 4 et 5), plein de douleurs et de tristesse et, même si je savais ce qui devait arriver au bout des vingt ans, j'ai terminé ce livre en larmes !

Est-ce que l'auteur a eu un autre chat après la mort de Mî (été 1997) ? Elle ne le dit pas… Ou peut-être dans un autre livre ? Je vais en tout cas suivre les parutions concernant Mayumi Inaba car c'est son premier livre traduit en français mais elle en a écrit de nombreux autres et a reçu plusieurs prix (Kawabata Yasunari, Tanizaki, MEXT Award for Arts…).

Vous aimez le Japon ? Ce livre est pour vous ! Vous aimez les chats ? Ce livre est pour vous ! Vous aimez les récits de vie vraiment bien écrits ? Ce livre est pour vous ! Et pour finir, je veux remercier mon chéri qui m'a offert ce livre, il sait ce que j'aime.

 

Il est possible de lire les 58 premières pages sur le site de l'éditeur en pdf.

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde, Arche de Noé et Totem pour le chat ; 1 mois, 1 plume (découverte d'un auteur), Écrivains japonais d'hier et d'aujourd'hui, Le mélange des genres (autobiographie et témoignage), Petit Bac 2014 (j'aurais pu le mettre dans la catégorie Animal mais je vais le mettre dans la catégorie Moment / temps qu'il est plus difficile d'honorer), Rentrée littéraire d'hiver 2014 (parution le 6 mars) et Tour du monde en 8 ans (Japon).

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 19:48

Un coup de tonnerre est un recueil de nouvelles de Ray Bradbury.

Parues à l'origine aux États-Unis entre 1948 et 1964, ces nouvelles ont été éditées par Denoël entre 1954 et 1965 puis par Gallimard en 1992 avec un supplément et par Gallimard Jeunesse en 1997.

J'ai lu l'édition spéciale Folio Jeunesse rééditée en 2004 avec des illustrations de Michel Politzer et un supplément de 32 pages (avec des jeux, quiz, infos pédagogiques et littéraires) réalisé par Christian Grenier et illustré par Marc Lagarde.

 

Ray Bradbury est né le 22 août 1920 à Waukegan dans l'Illinois (États-Unis) et il est mort le 5 juin 2012 à Los Angeles en Californie laissant une œuvre abondante (romans, nouvelles, poésie, théâtre) en science-fiction, anticipation, fantastique voire horreur et gothique. Ses œuvres ont été adaptées au cinéma, à la télévision, en bande dessinée. Plus d'infos sur le site officiel, http://www.raybradbury.com/.

 

Un coup de tonnerre (A sound of thunder, 1952)

2055. La société La chasse à travers les âges propose de voyager dans le temps pour chasser le Tyrannausorus rex, le Lézard du Tonnerre. Dans la machine, cinq personnes voyagent plus de soixante millions d'année avant. Mais personne ne doit rien toucher, ni la faune ni la flore ni même le sol afin de ne pas mettre ne péril le futur.

« Garantissez-vous qu'on en revienne vivant ? – Nous ne garantissons rien, répondit l'employé, sauf les dinosaures. » (page 9). « Signez ce papier. Quoi qu'il arrive, nous ne sommes pas responsables. Ces dinosaures sont affamés. » (page 11).

 

Ils avaient la peau brune et les yeux dorés (Dark they were, and golden-eyed, 1949)

La famille Bittering – un couple, Harry et Cora, et leurs trois enfants, Dan, Laura et David – et d'autres colons arrivent sur Mars. Harry s'y sent mal à l'aise et veut retourner sur Terre mais c'est impossible.

« Pense. Oblige-toi à penser. Pense à n'importe quoi. Mais chasse de ton esprit la Terre, la guerre atomique et les fusées détruites. » (pages 35-36). « Jamais il ne pourrait se libérer de sa peur. Elle lui serrait la gorge, elle lui broyait le cœur. Elle mouillait son bras, sa tempe, sa paume tremblante. » (page 41).

 

Vacance (The vacation, 1963)

« Ce serait tellement agréable... » (page 59) avait dit l'homme à son épouse. Depuis le couple et leur jeune fils, Jim, voyagent dans un vieux wagonnet. Il n'y a plus qu'eux sur Terre.

 

« Jeunes amis, faites pousser des champignons dans votre cave » (Boys ! Raise giant mushrooms in your cellar !, 1962)

Un samedi comme les autres chez Hugh et Cynthia Fortnum. Leur fils, Tom, a reçu un colis : ce sont les champignons qu'il veut faire pousser dans la cave.

« Le Mammouth-des-clairières, espèce sylvatique, pousse garantie, une mine d'or dans votre cave ! » (page 70).

Hugh Fortnum rencontre son ami Roger Willis : celui-ci a peur de quelque chose sans savoir quoi et le lendemain, il disparaît.

 

La sirène (The fog horn, 1951)

McDunn et son apprenti, Johnny (le narrateur), vivent et travaillent dans un phare. Au sommet de ce phare, une sirène mugit, c'est la sirène de la Baie solitaire.

« L'Océan, vois-tu, est la plus damnée mare de neige fondue qu'on ait jamais inventée. Il roule et brasse mille formes et couleurs sans que deux d'entre elles s'y ressemblent. Et parfois des choses étranges s'y passent. » (page 96).

 

L'enfant invisible (Invisible boy, 1945)

Ses parents s'étant absentés, Charles vit chez sa tante, Vieille Dame. Mais elle est une sorcière et elle veut rendre l'enfant invisible.

« Elle avait enfoncé une aiguille dans sa maigre épaule, avait recueilli trois gouttes de sang, craché par-dessus son bras droit, marché sur un grillon écrasé et, au même moment, tendu sa main crochue […]. » (page 110).

 

L'homme (The man, 1949)

Le capitaine Hart et le lieutenant Martin atterrissent à bord de leur fusée sur la Planète 43 du Système stellaire 3 mais personne ne vient les accueillir.

« Peut-être cherchons-nous la tranquillité et la paix ? En tout cas, il n'y en a pas sur la Terre. » (page 126).

 

La fusée (The rocket, 1950)

Fiorello, mariée à Maria, père de cinq enfants, possède un petit chantier de ferraille et rêve de monter dans une des fusées qu'il regarde passer la nuit.

« Pense à ce que tu pourras voir, […]. Les météores, comme des poissons. L'univers. La Lune. Celui qui ira doit savoir raconter. Et tu sais parler. » (page 147).

 

Dans ce recueil, pas de vilain petit canard ! Les huit nouvelles de science-fiction sont excellentes voire parfaites ! Bien écrites, bien dosées, inquiétantes sans être effrayantes. Elles jouent sur les défauts du genre humain, sur ses peurs et sur ce qui est inexplicable ou inéluctable. Angoissantes à souhait donc ! L'homme est une histoire plus ésotérique et La fusée est plus tendre. Je ne saurais dire laquelle de ces huint nouvelles est ma préférée tant elles ont toutes leur raison d'être. Pour chaque nouvelle, j'ai voulu choisir au moins un extrait. Lisez les nouvelles de Ray Bradbury et vous ne serez pas déçus mais un conseil, quand même : faites attention aux champignons !

 

J'ai un peu de retard pour publier cette note de lecture car j'avais lu ce livre durant le Ray's Day (le 22 août). Je le mets dans les challenges ABC critiques 2014-2015 (lettre B), Animaux du monde (Tyrannosaure), Anticipation, Arche de Noé (je « sauve » les dinosaures !), Fant'classique, Geek, Jeunesse & young adults # 3, Le mélange des genres (roman SF / fantastique / imaginaire), Mois américain et Un classique par mois.

 

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 16:40

The Magician's Nephew est le premier tome de The Chronicles of Narnia, une série de C.S. Lewis. Il est paru en 1955 aux éditions Bodley Head.

 

C'est le 6e tome publié des Chroniques mais c'est en fait le 1er tome au niveau chronologique de l'histoire.

 

L'édition que j'ai lue est – comme la première édition – illustrée par Pauline Bayles ; Harper Collins Publishers dans la collection Harper Trophy en 1983, réédition 2002 (241 pages, ISBN 0-06-023498-0).

 

C.S. Lewis (Clive Staples Lewis) est né le 29 novembre 1898 à Belfast (Irlande). Essayiste et universitaire : littérature du Moyen-Âge, théologie et littérature du christianisme, critique littéraire. Professeur de littérature anglaise. Écrivain : Le monde de Narnia, La trilogie cosmique, entre autres. Ami de J.R.R. Tolkien. Il est mort à Oxford (Angleterre) le 22 novembre 1963.

 

Pauline (Diana) Baynes est née le 9 septembre 1922 à Hove dans le Sussex (Angleterre). Elle a grandi en Inde avant de revenir en Angleterre pour étudier. Elle a travaillé au Ministère de la Défense (maquettes, cartographie). Elle a illustré les livres de C.S. Lewis et de J.R.R. Tolkien. Elle et morte le 2 août 2008 à Dockenfield dans le Surrey (Angleterre).

 

Le monde de Narnia / The Chronicles of Narnia est une série jeunesse en 7 tomes qui sont parus entre 1950 et 1956 mais ils n'ont pas été écrits et publiés dans l'ordre chronologique de l'histoire. Voici un tableau pour tout comprendre :

Titres originaux

Parution

Titres français

Tome

The Lion, the Witch and the Wardrobe 1950 Le Lion, la sorcière blanche et l'armoire magique 2
Prince Caspian : The Return to Narnia 1951 Le prince Caspian 4
The Voyage of the Dawn Treader 1952 L'odyssée du passeur d'aurore 5
The Silver Chair 1953 Le fauteuil d'argent 6
The Horse and His Boy 1954 Le cheval et son écuyer 3
The Magician's Nephew 1955 Le neveu du magicien 1
The Last Battle 1956 La dernière bataille 7

 

The Magician's Nephew (The Chronicles of Narnia, book 1), de C.S. Lewis

The Magician's Nephew se déroule à Londres durant l'été 1900.

« It is a very important story because it shows how all the comings and goings between our own world and the land of Narnia first began. » (page 1).

Polly Plummer et Digory Kirke (ils ont une dizaine d'années) sont voisins et deviennent amis. Digory, dont la mère est mourante et le père en Inde, vit chez son oncle Andrew Ketterley, un magicien. Les enfants explorent le grenier, surprennent Andrew dans ses recherches et vont se retrouver, grâce à des bagues magiques, dans le Wood between the worlds, le Bois-d'entre-les-mondes. Ils vont d'abord visiter Charn, un pays en ruines, sombre et silencieux où règne la Reine Jadis, en fait la Sorcière blanche. Puis ils vont dans un bois immense et obscur et font la connaissance du lion Aslan, fils de l'Empereur d'au-delà de la Mer et Roi de Narnia qu'il crée en chantant.

« It's not the sort of place where things happen. The trees go on growing, that's all. » (page 33).

« The Lion was pacing to and fro about that empty land and singing his new song. It was softer and more lilting than the song by which he had called up the stars and the sun ; a gentle, rippling music. And as he walked and sang the valley grew green with grass. » (page 123).

 

Il y a de la magie, Narnia est un monde enchanté. Comme dans Alice au pays des merveilles ou Peter Pan, les enfants s'enfuient du quotidien et du monde des adultes qu'ils ne comprennent pas avec la découverte d'un monde magique, d'un monde enchanté, de passages entre les différents mondes qu'ils peuvent emprunter, parfois en bravant le danger mais tout se termine bien.

Apparemment ce tome fut plus difficile à écrire car C.S. Lewis le commença en 1949 mais ne le termina qu'en 1955 après l'avoir abandonné plusieurs fois, et cinq autres tomes (qui étaient en fait les tomes 2 à 6) étaient déjà parus lorsqu'il fut terminé et publié ! Peut-être parce qu'il y a un peu de lui dans Digory (mère morte, père éloigné, etc.) ?

Le style de C.S. Lewis est simple, il y a un peu d'humour, il est – avec Tolkien – un des précurseurs de la Fantasy. J'ai lu ce tome facilement mais j'ai quand même cherché quelques mots. J'ai vraiment eu l'impression de lire un livre ancien, surtout à cause des pages jaunies et des illustrations qui font un peu vieillottes mais qui sont jolies (par exemple, voici Aslan page 127, vous pouvez cliquer dessus).

J'ai trouvé cette lecture agréable (j'ai fait abstraction des controverses concernant l'apologie du christianisme, la lutte du Bien contre le Mal, les arguments sur le sexisme, le racisme, le paganisme, l'occultisme…).

Peut-être lirais-je les autres tomes en anglais aussi…

 

En attendant, c'est une lecture pour les challenges A reading's week # 2, Animaux du monde (lion), Fant'classique, Jeunesse & young adults # 3, Le mélange des genres (Fantasy), Petit Bac 2014 (catégorie Sphère familiale avec le neveu), Un classique par mois et Vendredi VO.

Pour l'Irlande et auteur irlandais : Tour du monde en 8 ans, L'union européenne en 28 livres et Voisins voisines.

 

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 10:11

Ils étaient chouettes, tes poissons rouges est un recueil de nouvelles d'André Vers paru aux éditions Finitude en février 2014 (112 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-36339-0314-8).

 

André Vers est né en 1924 à Paris, dans le quartier des Halles, d'une famille auvergnate. Il a commencé a travaillé, a connu le Paris occupé, s'est lié d'amitié avec des écrivains (Jacques Prévert, René Fallet, André Hardellet, Blaise Cendras) et des chanteurs (Georges Brassens, Guy Béart). Il est mort en 2002, laissant trois romans en 40 ans : Misère du matin (1953), Martel en tête (1967), Gentil n'a qu'un œil (1979) et un recueil de souvenirs : C'était quand hier ? (1990).

 

Ils étaient chouettes, tes poissons rouges

Martine et Robert se revoient par hasard cinq ans après leur séparation. « Tu parles d'une surprise ! Qu'est-ce que je suis heureuse de te revoir ! » (page 9). Elle parle, elle parle… « Il avait mal de l'entendre, mais le mal était bon. » (page 12).

Est-ce une maladie ou bien c'est la vie ?

Le décalage entre la réalité et ce qu'on imagine, alors, une maladie ou la vie ? Le narrateur se pose la question et le lecteur aussi par la même occasion ! « Je ne suis pas encore vacciné. » (page 16).

Le Gros, le Demi-Gros et le Détail

Gros, Demi-Gros et Détail sont inséparables, une bande de copains à eux trois. Jusqu'au jour où Berthe arrive de la campagne auvergnate pour travailler au bistrot où ils se retrouvent. « C'est fou le charme qu'elle a ! » (page 24).

Les piliers de bistrot

Pour découvrir la différence entre les Debouts et les Assis en mangeant un bon bout de fromage de tête ! « Quand le vin est tiré, ou servi, il faut le boire. » (page 30).

Mort pour la France

Antoine, l'époux de Marie, n'est plus qu'un nom sur le monument aux morts et il n'a jamais connu leur fils. « C'est de ma faute s'il est mort ! » (page 32) ; « Il m'aimait si fort, monsieur le curé, c'est pour ça qu'il est mort. » (page 33). Mais la vérité est autre... Cette nouvelle est disponible librement au format pdf sur le site de l'éditeur.

Conte en forme de croix

Allégorie de la croix pour l'origine de l'épouvantail. « Ils traînèrent l'arbre en forme de croix, aux feuilles déjà mortes, jusqu'au sommet de la colline. » (page 42).

Le vautour

Patrick Cooper, un Américain de Détroit, s'est engagé pour lutter contre l'Allemagne nazie. « Son brevet de pilote lui valut d'être versé dans l'aviation puis, après un entraînement intensif, d'être affecté à une escadrille de bombardiers. » (page 45). Comme sa mère est Française, après la guerre, il prend la décision de vivre en France.

Le respect

Dialogue entre un jeune homme et un ancien parachutiste devenu « chevalier d'industrie […] pour donner du travail à des chômeurs » (page 55) avec une chute percutante.

Des nains sur la pelouse

Le narrateur picole et appelle sa compagne La Grosse, lui promettant une mandale si elle fait des réflexions. Excédée, au bout de dix ans, Jane se tire. « J'ai cru qu'elle allait revenir au bout d'un jour ou deux, en chialant et demandant pardon. Ça fait deux mois qu'elle est partie, La Grosse. » (page 61).

Bas les masques

Tout savoir sur la fabrication des macaronis, spaghettis et coquillettes ! « Consommateurs, mes frères, on vous abuse. La publicité mensongère envahit insidieusement votre vie quotidienne. » (page 69).

La bonne dame et le commissaire

Une dame honorable qui nourrit les chats errants est arrêtée parce qu'elle a frappé un homme, une « graine de bandit » (page 74), « un monstre » (page 77), avec un tisonnier en fonte.

L'homme qui boit c'est comme une bête

Parce qu'il aime boire, Sosthène est depuis longtemps surnommé « Boit-sans-soif » : « Je n'attends pas de manquer. » (page 79) mais un jour... il eut soif !

Les voies du Seigneur sont impénétrables

Loulou-Gueule-en-or et Ti-Jo ont chacun des projets pour Fernande-Beaux-Roberts mais la trentenaire a d'autres projets. « J'ai décidé de m'orienter différemment. » (page 84).

Des trains qu'on voit passer...

Alexandre Painlevé, dit Pinpin, a depuis l'enfance une passion pour les trains mais ses parents l'ont placé chez un épicier. « Toutes les locomotives le rendaient fou de désir, il aurait voulu les avoir toutes à lui. » (page 88).

Le couple

Un cinquantenaire célibataire et une quadragénaire divorcée se rencontrent à la boulangerie et c'est le début d'une belle histoire mais « pourquoi ne s'étaient-ils pas connus dans les belles années de la jeunesse ? » (page 98).

Printemps

Tante Anna est une vieille fille peu avenante mais un jour, elle recueille Antoine. « Il était devenu grand et fort. Une bête superbe. » (page 103). Mais un jour, la cousine Mélanie emmène de sa Corrèze une jeune chatte caressante.

 

L'éditeur nous dit que « Dans ces nouvelles, André Vers ressuscite malicieusement un Paris révolu, le petit Paris des années 50-60, celui des Halles, des meublés et du rosbif du dimanche. »

Dans ces 16 nouvelles, André Vers nous parle de la vie, de l'amour, non sans un certain humour. Il y a des humains, des bistrots et des choses de la vie quotidienne ; il y a des oiseaux et des chats ; il y a des rencontres, des séparations et des retrouvailles ; il y a aussi la guerre, des morts et des survivants qui ne savent pas trop comment vivre.

Parfois dans les recueils comme celui-ci, les nouvelles sont inégales mais ici elles ont toutes leur place, elles forment un bel ensemble et je ne saurais dire qu'elle est ma préférée.

J'ai quand même (en plus des extraits ci-dessus car je voulais un extrait pour chaque nouvelle) repéré deux phrases qui m'ont plus attirée :

« Ils n'ont rien respecté. Les vivants, ça leur suffisait pas, ils ont bombardé les morts. » (page 51, in Le vautour). Le mieux est l'ennemi du bien...

« Les frictions des premiers jours étaient surtout dues au fait qu'Antoine miaulait parisien et Bruyère patois corrézien. » (page 104, in Printemps). La fin est terrible...

Avec ce recueil, j'ai découvert André Vers que je ne connaissais pas du tout et je me demande quand ces nouvelles ont été écrites : elles sont publiées posthumes, peut-être qu'elles ont été retrouvées récemment. Je pense lire un jour ses deux premiers romans : Misère du matin (1953) dont le décor est l'usine d'aviation dans laquelle il a travaillé adolescent et Martel en tête (1967) qui se déroule dans la Vallée du Cantal d'où est originaire sa famille.

Assurément un auteur à découvrir et à lire !

 

Une très chouette lecture pour les challenges A reading's week, Le mélange des genres (catégorie Recueil de nouvelles), Paris, Petit Bac 2014 (catégorie Couleur) et Rentrée littéraire d'hiver 2014. Deux nouvelles avec des chats donc : Animaux du monde et Totem.

 

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 22:09

Salon de beauté est un roman de Mario Bellatin paru chez Christophe Lucquin éditeur en mai 2014 (76 pages, 12 €, ISBN 978-2-36626-070-0). Salón de belleza (2000) est traduit de l'espagnol (Mexique) par Christophe Lucquin.

 

Mario Bellatin naît le 23 juillet 1960 à Mexico (Mexique) de parents péruviens. Il a la particularité d'être né sans bras droit. Lorsqu'il a 4 ans, ses parents repartent à Lima (Pérou) ; il y étudie la théologie et les sciences de la communication. En 1986, son premier livre, Mujeres de sal, paraît. Il part étudier le scénario de cinéma à Cuba en 1987 avant de revenir à Lima puis de repartir au Mexique en 1995.

Du même auteur : Dans la penderie de monsieur Bernard (octobre 2012, Christophe Lucquin éditeur).

 

Passionné par les poissons, le narrateur achète une aquarium et des guppies pour décorer le salon de beauté qu'il tient avec deux amis – qui, comme lui, aime se travestir.

« Mes collègues de travail n'ont jamais approuvé ma passion pour les poissons. Ils affirmaient qu'ils portaient malheur. » (page 9).

Pourtant les poissons, ça favorise le calme, la contemplation alors d'autres aquariums et d'autres poissons suivront mais le narrateur se lasse vite et jette les poissons pour en acheter d'autres, plus gros, plus beaux, plus difficiles à élever.

Après la mort de ses amis, le narrateur transforme le salon de beauté en accueil pour des hommes (et uniquement des hommes) en fin de vie.

« Ça peut paraître difficile à croire, mais je ne différencie presque plus les pensionnaires. Ils sont tous pareils pour moi aujourd'hui. » (page 22).

Les pensionnaires des aquariums et les pensionnaires du mouroir ne se ressemblent-ils pas un peu ? Ne vivons-nous tous pas dans notre bulle, dans notre aquarium ?

 

Salon de beauté a été finaliste pour le Prix Médicis étranger en 2000 (publication aux éditions Stock). Le texte a été révisé par l'auteur en 2013 et il est ici proposé dans une nouvelle traduction par l'éditeur.

C'est un roman atypique, surprenant, troublant et j'ai un peu de mal à en parler ; j'ai l'impression qu'il parle du sida mais le mot n'est jamais ni prononcé ni écrit. Le roman a été publié au Mexique en 2000 et peut-être qu'on ne prononçait pas le nom de cette maladie ? « Le mal était incurable. » (page 48).

Le narrateur raconte plusieurs phases : les belles femmes dont il s'occupait avec fierté dans le salon de beauté, les poissons qui le réjouissent mais qu'il traite mal, les malades qui disparaissent un à un comme ce fut le cas des poissons et enfin lui-même.

« Je dois supporter la décadence sans pouvoir prononcer le moindre mot. Entouré de visages que j'ai toujours l'impression de découvrir pour la première fois. Certaines nuits, j'ai peur. J'ai peur de ce qui arrivera quand la maladie sera à son apogée. » (page 65).

Mais le narrateur n'était-il pas tourné vers lui, n'était-il pas une victime dès le début ?

La beauté, la jeunesse et même la santé sont éphémères… Il y a toujours une instabilité et une inconstance dans la vie, quelle que soit la vie qu'on mène.

La vie d'un poisson, la vie d'un homme, finalement c'est du pareil au même, qui s'en soucie ? L'auteur en parle avec froideur et le lecteur ne peut être que mal à l'aise, dérangé, déstabilisé et en questionnement.

À lire pour vous faire une idée !

 

Une lecture pour les challenges Amérique du Sud – Amérique latine (Mexique), Animaux du monde (poissons), A reading's week, Petit Bac 2014 (catégorie Bâtiment) et Tour du monde en 8 ans (Mexique).

 

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 23:04

Dressé pour tuer : une enquête de Drongo, ex-agent du KGB est un roman de Tchinguiz Abdoullaïev paru aux éditions de L'aube dans la collection Aube noire (Polar) en juin 2014 (425 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-8159-0910-5). Traduit du russe par Robert Giraud.

 

Tchinguiz Abdoullaïev est né en 1959 à Bakou (Azerbaïdjan). Historien et juriste, il a été agent de renseignement. Depuis 1988, il écrit des romans policiers. Du même auteur : Une cible parfaite et Le fardeau des idoles (respectivement 2012 et 2013 aux éditions de L'aube).

 

Le colonel Slepniov s'évade de la prison Matrosskaïa Tichina avec la complicité de gardiens grassement payés.

Artiom Serguéïévitch Polétaïev, ministre des finances, rejoint son épouse, Louda, et leur petit-fils, Dima, à l'hôpital car l'enfant a mangé des champignons empoisonnés. Polétaïev ne sait pas que ce contre-temps va lui sauver la vie.

Mais Slepniov a été embauché pour assassiner Polétaïev et il n'abandonnera pas sa mission.

La mort du ministre entraînerait « la panique sur les marchés, la dévaluation du rouble, l'échec des négociations de Londres, le rejet du budget par les députés et la chute du gouvernement. » (page 61).

Le général Potapov voudrait faire appel à l'analyste Drongo mais cet ancien du KGB est maintenant privé et le directeur du contre-espionnage hésite.

Pourtant « on n'attrape un Slepniov avec des ordinateurs. Ce qu'il nous faut, c'est un analyste, qui sache faire preuve au moins d'autant d'astuce qu'un liquidateur. » (page 123).

Après avoir échappé à deux attentats à Moscou, Polétaïev va à Londres pour rencontrer des hommes d'affaires investisseurs et des représentants du FMI.

« Vous vous rendez compte dans quel nid de guêpes on a mis les pieds ? » (page 394).

 

Ma phrase préférée

« […] quand une femme est instruite et réfléchie, elle a des yeux intelligents, qu'elle le veuille ou non. Je me sens complètement débile quand je pense que tu as lu Proust et que je n'y suis pas arrivé. » (Drongo, page 192).

 

Dressé pour tuer est un polar politique mais pas que, même si l'auteur dresse un portrait intéressant de la Russie, de son gouvernement, de la corruption, des magouilles et du recyclage de liquidateurs ou d'agents au passé trouble. Attention, l'action de ce roman ne se passe pas au XXIe siècle : l'histoire se déroule en 1998 mais ça n'a pas pris une ride ! Les relations entre Polétaïev et sa famille ou l'équipe de protection (en particulier Elena Souslova, le colonel Victor Roudnev et Drongo) sont analysées en profondeur et je me suis bien attachée aux personnages et à l'ambiance. Il faut dire que l'action ne se déroule que sur quatre jours, c'est donc très intense. Alors, ce roman n'est pas fondamentalement génial mais il se lit vraiment bien car il happe le lecteur et ne le lâche plus, ou c'est le lecteur qui ne lâche plus le roman ?! Le personnage auquel je me suis le plus attachée est Drongo, c'est un ex du KGB mais ce n'est pas un tueur, c'est un intellectuel.

 

Je remercie Virginie et les éditions de L'aube qui m'ont envoyé ce roman après ma déception concernant La palette de l'Ange, de Catherine Bessonart. Ce roman policier azéri-russe m'a bien plus emballée et j'ai repéré que deux autres romans de l'auteur avaient déjà été publiés. J'espère bien les lire un de ces jours.

 

Une lecture pour les challenges Lire sous la contrainte pour la trilogie de l'été (bon, c'est un tome 3 et je n'ai pas lu les deux premiers, mais c'est OK, non ?), Le mélange des genres (catégorie roman noir / policier / thriller), Thrillers et polars # 3 et Tour du monde en 8 ans (Azerbaïdjan).

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 23:47

Requiem pour une révolution est un roman de Robert Littell paru aux éditions BakerStreet en mars 2014 (503 pages, 21 €, ISBN 978-2-917559-40-6). The Revolutionist (1988) est traduit de l'américain par Julien Deleuze.

 

Je remercie Virginie et les éditions BakerStreet (spécialisées en littérature américaine et anglaise) pour ce très beau roman, déjà paru en 1989 aux éditions Julliard sous le titre Les larmes des choses.

 

Robert Littell est né le 8 janvier 1935 à New York dans une famille juive originaire de Lithuanie. Il est journaliste et auteur de romans (en particulier espionnage comme La Compagnie, sur la CIA). Il vit entre les États-Unis et la France. Son fils, Jonathan Littell, est l'auteur de Les bienveillantes paru en 2006.

 

New York, mars 1911. Alexander Til, jeune ouvrier de l'habillement âgé de 17 ans, perd son père et son frère aîné dans l'incendie de l'immeuble Asch. Cent quarante quatre victimes ont péri dans cet immeuble de dix étages...

« Quelque chose se cassa en Alexander, comme une montre au ressort trop remonté ; il cessa de parler, de penser, de sentir. » (page 14).

Des semaines après le fatidique événement, Alexander reprend vie en annonçant à son demi-frère, Léon, qu'il veut se battre pour la Justice parce que le système crée des inégalités.

« C'est à ce moment précis de sa vie qu'Alexander commença à se considérer comme un révolutionnaire. » (page 15).

New York, 1917. Deux agent du FBI, dont un bleu d'une vingtaine d'années qui s'appelle Hoover, cherchent Alexander Til, un Blanc d'origine juive russe naturalisé Américain, pour piquets de grève illégaux et réunions illicites.

« De notre point de vue, dit Hoover, ce Til est un dangereux idéaliste. […] Mais votre point de vue est erroné. Dans les États-Unis d'Amérique, l'idéalisme n'est pas encore un crime. » (page 19).

À cette période, Alexander rencontre Trotski et Boukharine qui habitent le Bronx et il décide de retourner en Russie pour faire la Révolution.

« Il était destiné à retourner là-bas ! Il fallait qu'il y retourne ! Il y retournerait ! » (page 57).

Quant à Léon, le frère et ami, il choisit une autre voie, celle d'Israël mais « Léon l'avait averti que la Russie lui briserait le cœur, et elle l'avait fait. » (page 280).

 

J'ai été un peu surprise que le roman – sous-titré Le grand roman de la Révolution russe – commence aux États-Unis mais tout se tient et, bien vite, le personnage principal, Alexander Til (renommé Zander), sera en Russie et fréquentera les révolutionnaires et les intellectuels du Parti : Staline, Lénine, Skriabine, Maïakovski, Pasternak, Molotov, Zinoviev... et quelques années plus tard même Khroutchev jeune. Toute la révolution russe est passée au crible, c'est incroyable, quelle érudition dans ce récit, aussi bien qu'un bon document ! C'est parce qu'Alexander est en haut, parmi les décideurs. Mais la motivation des révolutionnaires côtoie leur ambition, la folie et les plus sombres desseins de cette révolution qui, « au nom du peuple », fit le contraire de ce qu'elle voulait faire...

 

« Les masses obscures savent ce que c'est que la terre, déclara Trotski d'une voix retentissante. Nous leur donnerons de la terre ! Elles savent ce que c'est que le pain. Nous leur donnerons du pain ! » Il paraissait s'étouffer d'émotion. « Elles savent ce que c'est que la paix. Nous leur donnerons la paix ! » Il se tourna vers le reste du groupe et leva de façon théâtrale les bras en l'air. « Nous assistons au début de la seconde Révolution russe. Espérons que beaucoup d'entre nous […] y participeront. » (page 46).

 

Certains se doutaient bien – et pas seulement les détracteurs – que le Parti et le Comité Central engendreraient un dictateur et qu'il y aurait des répercussions sur l'économie, l'art et la liberté des citoyens. Mais l'idéal semblait si beau...

« Quand nous serons au pouvoir, dit Lénine, nous abolirons toutes les frontières. Les gens seront libres d'aller et venir à volonté. Trotski parle toujours des États-Unis d'Europe. Pourquoi pas ? » (page 155).

Ces révolutionnaires se sont-ils menti à eux-même dès le début ou ont-il vraiment cru aux bienfaits d'une telle révolution meurtrière ?

« Les idéalistes ne survivront qu'un peu plus longtemps que les poètes » (Rhonza, page 210).

Car dès leur arrivée au pouvoir, après un bain de sang, les Bolcheviks transfèrent la capitale à Moscou, au Kremlin, s'arrogent des privilèges et mettent en place une surveillance accrue, de tous y compris des membres influents. Lénine a promis de faire disparaître l'armée, la police, la bureaucratie mais il n'en fait rien ; au contraire, dès son arrivée au pouvoir, il crée une police secrète, la Tcheka.

 

En tout cas, la guerre fratricide entre Russes blancs et Russes rouges et la mort du tsar et de sa famille se jouent à si peu de choses, c'est le destin, « nitchevo » ! Et le lecteur va vivre l'horreur de cette grande Russie, de Moscou à Perm en passant par Ekaterinbourg.

« La folie avait une méthode. Les gens qui échappaient à la purge se reprochaient des trahisons imaginaires et retournaient au travail plus ardents qu'auparavant pour cacher leur sentiment de culpabilité. » (page 328).

 

J'ai noté de nombreux extraits durant ma lecture mais je ne peux malheureusement pas tous les publier ici. Alors, que vous aimiez la Russie ou pas, que vous sachiez déjà des choses sur la révolution soviétique ou pas, je vous conseille fortement la lecture de ce grand roman dans lequel vous côtoierez les bolcheviks, les koulaks, les mencheviks, le Politburo, le Soviet, et avec lequel vous comprendrez tout sur la collectivisation, la grande purge, la déportation des Juifs au Birobidjan dans les années 50, la Tass, le Guépéou, le NKVD, etc. Et surtout, vous rencontrerez le peuple russe, ce peuple que les révolutionnaires qualifient de « masse obscure », ce peuple pris en otage dans une révolution qu'il n'a pas demandée et qui le dépasse, mais au nom duquel (comme d'autres au nom de Dieu) certains décident de tout même du pire !

 

Mes deux passages préférés

« Le crâne du poète vint heurter le mur de pierre. Des éclairs de lumière passèrent devant ses yeux et il crut un instant que la pièce avait explosé. La souffrance était intense... submergeait la pensée... son cerveau ne produisait plus d'idées... pas assez d'air... tout était vide... la douleur diminuait... il lui faudrait émigrer... les poètes étaient devenus des émigrés intérieurs... ils erraient dans le labyrinthe de la littérature, où le pouvoir soviétique ne pouvait pas les suivre... Pouchkine l'y attendait quelque part... Pouchkine le protégerait... » (page 348).

« Nous avions de si grands espoirs, Léon. Nous allions libérer les travailleurs et créer une société où les gens pourraient vivre sans entraves. Tu ne sais pas comment c'était juste après la révolution. Des balayeurs et des secrétaires siégeaient en conseil des ministres. N'importe qui pouvait donner son opinion et critiquer celle d'autrui. Tout était possible. Il n'y avait pas de limite. » (page 460).

 

Une lecture très enrichissante que je mets dans les challenges

Le mélange des genres (roman historique)

et Mois américain-Challenge US.

 

 

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 17:21

Le terrier est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1923 (six mois avant la mort de l'auteur) et parue posthume en 1931. Der Bau, traduit de l'allemand par Dominique Miermont (éditions Mille et une nuit, 2002) est considéré comme un conte animalier.

 

Il est possible de lire Der Bau en allemand sur DigiBib.org et Gutenberg-Spiegel.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine demain.

 

Le terrier est écrit à la première personne, ce qui est rare chez Kafka. Le « je » est une taupe qui vit dans un terrier, symbolisant le lieu idéal (calme et confiné) pour l'auteur.

Dans ce terrier, il y a de nombreux tunnels et de la nourriture un peu partout, la vie devrait donc y être parfaite.

« La chose la plus merveilleuse dans mon terrier, c'est le silence. »

Mais la taupe, angoissée et paranoïaque comme pas possible, vit dans la terreur...

« Et ainsi je peux jouir pleinement et sans souci des moments que je passe ici, ou plutôt je le pourrais, mais c'est impossible. »

… Non seulement d'ennemis de l'extérieur qui pourraient s'introduire dans son terrier mais aussi d'ennemis de l'intérieur qu'elle croit entendre.

« Il y a aussi des ennemis dans les entrailles de la Terre. Je ne les ai jamais vus, ils sont légendaires, mais j'y crois. »

La taupe sait qu'un jour elle sera piégée (car il n'y a aucune sécurité nulle part et il est impossible de pouvoir tout contrôler en même temps) et condamnée à mourir (peut-être de façon effroyable).

Alors le terrier, abri ou piège ?

Le terrier est en tout cas angoissant aussi pour le lecteur !

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde (taupe), Des contes à rendre (conte animalier), Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois (pour une fois que je n'attends pas la fin du mois !).

 

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 22:28

Dans la colonie pénitentiaire est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1914 et publiée en 1919. Vous pouvez livre ce texte sur ebooksgratuits.com. Il est possible de lire In der Strafkolonie en allemand sur DigiBib.org, Gutenberg-Spiegel et Zeno.org.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine le 3 juin (déjà ?!).

 

Un chercheur en voyage d'études est invité dans la colonie pénitentiaire pour assister à l'exécution d'un soldat condamné.

Un officier prépare « l'appareil », ingénieuse invention de l'ancien commandant, et se met à expliquer avec grand plaisir son fonctionnement au voyageur.

Le nouveau commandant est contre ce genre d'exécution : la machine ira-t-elle au bout de sa fonction ?

 

Le soldat condamné « pour indiscipline et offense à son supérieur » s'est en fait endormi devant la porte de son capitaine alors qu'à chaque heure, il est sensé se lever et saluer. C'est bien maigre pour condamner quelqu'un, vous ne trouvez pas ?

Non seulement le condamné ne connaît pas la sentence et ne sait même pas qu'il est condamné (quelle justice expéditive !) mais la machine est un énorme engin de torture qui s'acharne pendant douze heures sur le corps du malheureux qui y est attaché ! Qui a envie de voir un tel spectacle ? Mais tous les habitants de l'île, même les enfants, venaient y assister avant que le nouveau commandant ne l'interdise !

Le voyageur – on sait qu'il est européen – réfléchit : il voudrait intervenir, dire quelque chose car « L'iniquité de la procédure et l'inhumanité de l'exécution ne faisaient aucun doute. » mais il n'est qu'invité de la colonie pénitentiaire, étranger de surcroît et, malgré les belles idées éclairées que sa culture a engendrées, il est sur cette île seul et totalement isolé.

Quant à l'officier, nostalgique de son ancien commandant, est lui aussi seul à défendre la conception et l'utilisation de la machine. « C'était le bon temps, camarade ! ». Et il se doute bien que le nouveau commandant utilisera tout ce que dira le chercheur pour l'interdire sous prétexte qu'ailleurs c'est différent, que l'accusé est interrogé avant d'être condamné, qu'il est averti de sa condamnation. Sa peur de changer, d'évoluer, de modifier sa pensée vont le pousser au pire.

 

Ma phrase préférée : « Mais comme l'homme devient alors silencieux, à la sixième heure ! L'intelligence vient au plus stupide. » L'intelligence ? Au bout de six heures de torture...

 

Je me suis demandé de quel pays était originaire le voyageur et à quel pays pensait Franz Kafka pour localiser sa colonie pénitentiaire (peut-être en Asie ?) : c'est quand même un peu frustrant de ne pas savoir...

Écrit en octobre 1914, soit moins de trois mois après le début de la Première guerre mondiale, Dans la colonie pénitentiaire montre peut-être les craintes de l'auteur concernant les guerres modernes et les totalitarismes.

En tout cas, la machine est en marche, et tant qu'elle ne sera pas détruite, le monde et les humains continueront eux aussi leur marche vers la folie, que ce soit en 1914, en 1939 ou à notre époque.

Il existe plusieurs adaptations (cinéma, théâtre, opéra, bande dessinée) de La colonie pénitentiaire mais je ne les connais pas.

 

Une lecture dérangeante mais indispensable que je place dans les challenges Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois.

 

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