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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 10:11

Ils étaient chouettes, tes poissons rouges est un recueil de nouvelles d'André Vers paru aux éditions Finitude en février 2014 (112 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-36339-0314-8).

 

André Vers est né en 1924 à Paris, dans le quartier des Halles, d'une famille auvergnate. Il a commencé a travaillé, a connu le Paris occupé, s'est lié d'amitié avec des écrivains (Jacques Prévert, René Fallet, André Hardellet, Blaise Cendras) et des chanteurs (Georges Brassens, Guy Béart). Il est mort en 2002, laissant trois romans en 40 ans : Misère du matin (1953), Martel en tête (1967), Gentil n'a qu'un œil (1979) et un recueil de souvenirs : C'était quand hier ? (1990).

 

Ils étaient chouettes, tes poissons rouges

Martine et Robert se revoient par hasard cinq ans après leur séparation. « Tu parles d'une surprise ! Qu'est-ce que je suis heureuse de te revoir ! » (page 9). Elle parle, elle parle… « Il avait mal de l'entendre, mais le mal était bon. » (page 12).

Est-ce une maladie ou bien c'est la vie ?

Le décalage entre la réalité et ce qu'on imagine, alors, une maladie ou la vie ? Le narrateur se pose la question et le lecteur aussi par la même occasion ! « Je ne suis pas encore vacciné. » (page 16).

Le Gros, le Demi-Gros et le Détail

Gros, Demi-Gros et Détail sont inséparables, une bande de copains à eux trois. Jusqu'au jour où Berthe arrive de la campagne auvergnate pour travailler au bistrot où ils se retrouvent. « C'est fou le charme qu'elle a ! » (page 24).

Les piliers de bistrot

Pour découvrir la différence entre les Debouts et les Assis en mangeant un bon bout de fromage de tête ! « Quand le vin est tiré, ou servi, il faut le boire. » (page 30).

Mort pour la France

Antoine, l'époux de Marie, n'est plus qu'un nom sur le monument aux morts et il n'a jamais connu leur fils. « C'est de ma faute s'il est mort ! » (page 32) ; « Il m'aimait si fort, monsieur le curé, c'est pour ça qu'il est mort. » (page 33). Mais la vérité est autre... Cette nouvelle est disponible librement au format pdf sur le site de l'éditeur.

Conte en forme de croix

Allégorie de la croix pour l'origine de l'épouvantail. « Ils traînèrent l'arbre en forme de croix, aux feuilles déjà mortes, jusqu'au sommet de la colline. » (page 42).

Le vautour

Patrick Cooper, un Américain de Détroit, s'est engagé pour lutter contre l'Allemagne nazie. « Son brevet de pilote lui valut d'être versé dans l'aviation puis, après un entraînement intensif, d'être affecté à une escadrille de bombardiers. » (page 45). Comme sa mère est Française, après la guerre, il prend la décision de vivre en France.

Le respect

Dialogue entre un jeune homme et un ancien parachutiste devenu « chevalier d'industrie […] pour donner du travail à des chômeurs » (page 55) avec une chute percutante.

Des nains sur la pelouse

Le narrateur picole et appelle sa compagne La Grosse, lui promettant une mandale si elle fait des réflexions. Excédée, au bout de dix ans, Jane se tire. « J'ai cru qu'elle allait revenir au bout d'un jour ou deux, en chialant et demandant pardon. Ça fait deux mois qu'elle est partie, La Grosse. » (page 61).

Bas les masques

Tout savoir sur la fabrication des macaronis, spaghettis et coquillettes ! « Consommateurs, mes frères, on vous abuse. La publicité mensongère envahit insidieusement votre vie quotidienne. » (page 69).

La bonne dame et le commissaire

Une dame honorable qui nourrit les chats errants est arrêtée parce qu'elle a frappé un homme, une « graine de bandit » (page 74), « un monstre » (page 77), avec un tisonnier en fonte.

L'homme qui boit c'est comme une bête

Parce qu'il aime boire, Sosthène est depuis longtemps surnommé « Boit-sans-soif » : « Je n'attends pas de manquer. » (page 79) mais un jour... il eut soif !

Les voies du Seigneur sont impénétrables

Loulou-Gueule-en-or et Ti-Jo ont chacun des projets pour Fernande-Beaux-Roberts mais la trentenaire a d'autres projets. « J'ai décidé de m'orienter différemment. » (page 84).

Des trains qu'on voit passer...

Alexandre Painlevé, dit Pinpin, a depuis l'enfance une passion pour les trains mais ses parents l'ont placé chez un épicier. « Toutes les locomotives le rendaient fou de désir, il aurait voulu les avoir toutes à lui. » (page 88).

Le couple

Un cinquantenaire célibataire et une quadragénaire divorcée se rencontrent à la boulangerie et c'est le début d'une belle histoire mais « pourquoi ne s'étaient-ils pas connus dans les belles années de la jeunesse ? » (page 98).

Printemps

Tante Anna est une vieille fille peu avenante mais un jour, elle recueille Antoine. « Il était devenu grand et fort. Une bête superbe. » (page 103). Mais un jour, la cousine Mélanie emmène de sa Corrèze une jeune chatte caressante.

 

L'éditeur nous dit que « Dans ces nouvelles, André Vers ressuscite malicieusement un Paris révolu, le petit Paris des années 50-60, celui des Halles, des meublés et du rosbif du dimanche. »

Dans ces 16 nouvelles, André Vers nous parle de la vie, de l'amour, non sans un certain humour. Il y a des humains, des bistrots et des choses de la vie quotidienne ; il y a des oiseaux et des chats ; il y a des rencontres, des séparations et des retrouvailles ; il y a aussi la guerre, des morts et des survivants qui ne savent pas trop comment vivre.

Parfois dans les recueils comme celui-ci, les nouvelles sont inégales mais ici elles ont toutes leur place, elles forment un bel ensemble et je ne saurais dire qu'elle est ma préférée.

J'ai quand même (en plus des extraits ci-dessus car je voulais un extrait pour chaque nouvelle) repéré deux phrases qui m'ont plus attirée :

« Ils n'ont rien respecté. Les vivants, ça leur suffisait pas, ils ont bombardé les morts. » (page 51, in Le vautour). Le mieux est l'ennemi du bien...

« Les frictions des premiers jours étaient surtout dues au fait qu'Antoine miaulait parisien et Bruyère patois corrézien. » (page 104, in Printemps). La fin est terrible...

Avec ce recueil, j'ai découvert André Vers que je ne connaissais pas du tout et je me demande quand ces nouvelles ont été écrites : elles sont publiées posthumes, peut-être qu'elles ont été retrouvées récemment. Je pense lire un jour ses deux premiers romans : Misère du matin (1953) dont le décor est l'usine d'aviation dans laquelle il a travaillé adolescent et Martel en tête (1967) qui se déroule dans la Vallée du Cantal d'où est originaire sa famille.

Assurément un auteur à découvrir et à lire !

 

Une très chouette lecture pour les challenges A reading's week, Le mélange des genres (catégorie Recueil de nouvelles), Paris, Petit Bac 2014 (catégorie Couleur) et Rentrée littéraire d'hiver 2014. Deux nouvelles avec des chats donc : Animaux du monde et Totem.

 

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 22:09

Salon de beauté est un roman de Mario Bellatin paru chez Christophe Lucquin éditeur en mai 2014 (76 pages, 12 €, ISBN 978-2-36626-070-0). Salón de belleza (2000) est traduit de l'espagnol (Mexique) par Christophe Lucquin.

 

Mario Bellatin naît le 23 juillet 1960 à Mexico (Mexique) de parents péruviens. Il a la particularité d'être né sans bras droit. Lorsqu'il a 4 ans, ses parents repartent à Lima (Pérou) ; il y étudie la théologie et les sciences de la communication. En 1986, son premier livre, Mujeres de sal, paraît. Il part étudier le scénario de cinéma à Cuba en 1987 avant de revenir à Lima puis de repartir au Mexique en 1995.

Du même auteur : Dans la penderie de monsieur Bernard (octobre 2012, Christophe Lucquin éditeur).

 

Passionné par les poissons, le narrateur achète une aquarium et des guppies pour décorer le salon de beauté qu'il tient avec deux amis – qui, comme lui, aime se travestir.

« Mes collègues de travail n'ont jamais approuvé ma passion pour les poissons. Ils affirmaient qu'ils portaient malheur. » (page 9).

Pourtant les poissons, ça favorise le calme, la contemplation alors d'autres aquariums et d'autres poissons suivront mais le narrateur se lasse vite et jette les poissons pour en acheter d'autres, plus gros, plus beaux, plus difficiles à élever.

Après la mort de ses amis, le narrateur transforme le salon de beauté en accueil pour des hommes (et uniquement des hommes) en fin de vie.

« Ça peut paraître difficile à croire, mais je ne différencie presque plus les pensionnaires. Ils sont tous pareils pour moi aujourd'hui. » (page 22).

Les pensionnaires des aquariums et les pensionnaires du mouroir ne se ressemblent-ils pas un peu ? Ne vivons-nous tous pas dans notre bulle, dans notre aquarium ?

 

Salon de beauté a été finaliste pour le Prix Médicis étranger en 2000 (publication aux éditions Stock). Le texte a été révisé par l'auteur en 2013 et il est ici proposé dans une nouvelle traduction par l'éditeur.

C'est un roman atypique, surprenant, troublant et j'ai un peu de mal à en parler ; j'ai l'impression qu'il parle du sida mais le mot n'est jamais ni prononcé ni écrit. Le roman a été publié au Mexique en 2000 et peut-être qu'on ne prononçait pas le nom de cette maladie ? « Le mal était incurable. » (page 48).

Le narrateur raconte plusieurs phases : les belles femmes dont il s'occupait avec fierté dans le salon de beauté, les poissons qui le réjouissent mais qu'il traite mal, les malades qui disparaissent un à un comme ce fut le cas des poissons et enfin lui-même.

« Je dois supporter la décadence sans pouvoir prononcer le moindre mot. Entouré de visages que j'ai toujours l'impression de découvrir pour la première fois. Certaines nuits, j'ai peur. J'ai peur de ce qui arrivera quand la maladie sera à son apogée. » (page 65).

Mais le narrateur n'était-il pas tourné vers lui, n'était-il pas une victime dès le début ?

La beauté, la jeunesse et même la santé sont éphémères… Il y a toujours une instabilité et une inconstance dans la vie, quelle que soit la vie qu'on mène.

La vie d'un poisson, la vie d'un homme, finalement c'est du pareil au même, qui s'en soucie ? L'auteur en parle avec froideur et le lecteur ne peut être que mal à l'aise, dérangé, déstabilisé et en questionnement.

À lire pour vous faire une idée !

 

Une lecture pour les challenges Amérique du Sud – Amérique latine (Mexique), Animaux du monde (poissons), A reading's week, Petit Bac 2014 (catégorie Bâtiment) et Tour du monde en 8 ans (Mexique).

 

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 23:04

Dressé pour tuer : une enquête de Drongo, ex-agent du KGB est un roman de Tchinguiz Abdoullaïev paru aux éditions de L'aube dans la collection Aube noire (Polar) en juin 2014 (425 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-8159-0910-5). Traduit du russe par Robert Giraud.

 

Tchinguiz Abdoullaïev est né en 1959 à Bakou (Azerbaïdjan). Historien et juriste, il a été agent de renseignement. Depuis 1988, il écrit des romans policiers. Du même auteur : Une cible parfaite et Le fardeau des idoles (respectivement 2012 et 2013 aux éditions de L'aube).

 

Le colonel Slepniov s'évade de la prison Matrosskaïa Tichina avec la complicité de gardiens grassement payés.

Artiom Serguéïévitch Polétaïev, ministre des finances, rejoint son épouse, Louda, et leur petit-fils, Dima, à l'hôpital car l'enfant a mangé des champignons empoisonnés. Polétaïev ne sait pas que ce contre-temps va lui sauver la vie.

Mais Slepniov a été embauché pour assassiner Polétaïev et il n'abandonnera pas sa mission.

La mort du ministre entraînerait « la panique sur les marchés, la dévaluation du rouble, l'échec des négociations de Londres, le rejet du budget par les députés et la chute du gouvernement. » (page 61).

Le général Potapov voudrait faire appel à l'analyste Drongo mais cet ancien du KGB est maintenant privé et le directeur du contre-espionnage hésite.

Pourtant « on n'attrape un Slepniov avec des ordinateurs. Ce qu'il nous faut, c'est un analyste, qui sache faire preuve au moins d'autant d'astuce qu'un liquidateur. » (page 123).

Après avoir échappé à deux attentats à Moscou, Polétaïev va à Londres pour rencontrer des hommes d'affaires investisseurs et des représentants du FMI.

« Vous vous rendez compte dans quel nid de guêpes on a mis les pieds ? » (page 394).

 

Ma phrase préférée

« […] quand une femme est instruite et réfléchie, elle a des yeux intelligents, qu'elle le veuille ou non. Je me sens complètement débile quand je pense que tu as lu Proust et que je n'y suis pas arrivé. » (Drongo, page 192).

 

Dressé pour tuer est un polar politique mais pas que, même si l'auteur dresse un portrait intéressant de la Russie, de son gouvernement, de la corruption, des magouilles et du recyclage de liquidateurs ou d'agents au passé trouble. Attention, l'action de ce roman ne se passe pas au XXIe siècle : l'histoire se déroule en 1998 mais ça n'a pas pris une ride ! Les relations entre Polétaïev et sa famille ou l'équipe de protection (en particulier Elena Souslova, le colonel Victor Roudnev et Drongo) sont analysées en profondeur et je me suis bien attachée aux personnages et à l'ambiance. Il faut dire que l'action ne se déroule que sur quatre jours, c'est donc très intense. Alors, ce roman n'est pas fondamentalement génial mais il se lit vraiment bien car il happe le lecteur et ne le lâche plus, ou c'est le lecteur qui ne lâche plus le roman ?! Le personnage auquel je me suis le plus attachée est Drongo, c'est un ex du KGB mais ce n'est pas un tueur, c'est un intellectuel.

 

Je remercie Virginie et les éditions de L'aube qui m'ont envoyé ce roman après ma déception concernant La palette de l'Ange, de Catherine Bessonart. Ce roman policier azéri-russe m'a bien plus emballée et j'ai repéré que deux autres romans de l'auteur avaient déjà été publiés. J'espère bien les lire un de ces jours.

 

Une lecture pour les challenges Lire sous la contrainte pour la trilogie de l'été (bon, c'est un tome 3 et je n'ai pas lu les deux premiers, mais c'est OK, non ?), Le mélange des genres (catégorie roman noir / policier / thriller), Thrillers et polars # 3 et Tour du monde en 8 ans (Azerbaïdjan).

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 23:47

Requiem pour une révolution est un roman de Robert Littell paru aux éditions BakerStreet en mars 2014 (503 pages, 21 €, ISBN 978-2-917559-40-6). The Revolutionist (1988) est traduit de l'américain par Julien Deleuze.

 

Je remercie Virginie et les éditions BakerStreet (spécialisées en littérature américaine et anglaise) pour ce très beau roman, déjà paru en 1989 aux éditions Julliard sous le titre Les larmes des choses.

 

Robert Littell est né le 8 janvier 1935 à New York dans une famille juive originaire de Lithuanie. Il est journaliste et auteur de romans (en particulier espionnage comme La Compagnie, sur la CIA). Il vit entre les États-Unis et la France. Son fils, Jonathan Littell, est l'auteur de Les bienveillantes paru en 2006.

 

New York, mars 1911. Alexander Til, jeune ouvrier de l'habillement âgé de 17 ans, perd son père et son frère aîné dans l'incendie de l'immeuble Asch. Cent quarante quatre victimes ont péri dans cet immeuble de dix étages...

« Quelque chose se cassa en Alexander, comme une montre au ressort trop remonté ; il cessa de parler, de penser, de sentir. » (page 14).

Des semaines après le fatidique événement, Alexander reprend vie en annonçant à son demi-frère, Léon, qu'il veut se battre pour la Justice parce que le système crée des inégalités.

« C'est à ce moment précis de sa vie qu'Alexander commença à se considérer comme un révolutionnaire. » (page 15).

New York, 1917. Deux agent du FBI, dont un bleu d'une vingtaine d'années qui s'appelle Hoover, cherchent Alexander Til, un Blanc d'origine juive russe naturalisé Américain, pour piquets de grève illégaux et réunions illicites.

« De notre point de vue, dit Hoover, ce Til est un dangereux idéaliste. […] Mais votre point de vue est erroné. Dans les États-Unis d'Amérique, l'idéalisme n'est pas encore un crime. » (page 19).

À cette période, Alexander rencontre Trotski et Boukharine qui habitent le Bronx et il décide de retourner en Russie pour faire la Révolution.

« Il était destiné à retourner là-bas ! Il fallait qu'il y retourne ! Il y retournerait ! » (page 57).

Quant à Léon, le frère et ami, il choisit une autre voie, celle d'Israël mais « Léon l'avait averti que la Russie lui briserait le cœur, et elle l'avait fait. » (page 280).

 

J'ai été un peu surprise que le roman – sous-titré Le grand roman de la Révolution russe – commence aux États-Unis mais tout se tient et, bien vite, le personnage principal, Alexander Til (renommé Zander), sera en Russie et fréquentera les révolutionnaires et les intellectuels du Parti : Staline, Lénine, Skriabine, Maïakovski, Pasternak, Molotov, Zinoviev... et quelques années plus tard même Khroutchev jeune. Toute la révolution russe est passée au crible, c'est incroyable, quelle érudition dans ce récit, aussi bien qu'un bon document ! C'est parce qu'Alexander est en haut, parmi les décideurs. Mais la motivation des révolutionnaires côtoie leur ambition, la folie et les plus sombres desseins de cette révolution qui, « au nom du peuple », fit le contraire de ce qu'elle voulait faire...

 

« Les masses obscures savent ce que c'est que la terre, déclara Trotski d'une voix retentissante. Nous leur donnerons de la terre ! Elles savent ce que c'est que le pain. Nous leur donnerons du pain ! » Il paraissait s'étouffer d'émotion. « Elles savent ce que c'est que la paix. Nous leur donnerons la paix ! » Il se tourna vers le reste du groupe et leva de façon théâtrale les bras en l'air. « Nous assistons au début de la seconde Révolution russe. Espérons que beaucoup d'entre nous […] y participeront. » (page 46).

 

Certains se doutaient bien – et pas seulement les détracteurs – que le Parti et le Comité Central engendreraient un dictateur et qu'il y aurait des répercussions sur l'économie, l'art et la liberté des citoyens. Mais l'idéal semblait si beau...

« Quand nous serons au pouvoir, dit Lénine, nous abolirons toutes les frontières. Les gens seront libres d'aller et venir à volonté. Trotski parle toujours des États-Unis d'Europe. Pourquoi pas ? » (page 155).

Ces révolutionnaires se sont-ils menti à eux-même dès le début ou ont-il vraiment cru aux bienfaits d'une telle révolution meurtrière ?

« Les idéalistes ne survivront qu'un peu plus longtemps que les poètes » (Rhonza, page 210).

Car dès leur arrivée au pouvoir, après un bain de sang, les Bolcheviks transfèrent la capitale à Moscou, au Kremlin, s'arrogent des privilèges et mettent en place une surveillance accrue, de tous y compris des membres influents. Lénine a promis de faire disparaître l'armée, la police, la bureaucratie mais il n'en fait rien ; au contraire, dès son arrivée au pouvoir, il crée une police secrète, la Tcheka.

 

En tout cas, la guerre fratricide entre Russes blancs et Russes rouges et la mort du tsar et de sa famille se jouent à si peu de choses, c'est le destin, « nitchevo » ! Et le lecteur va vivre l'horreur de cette grande Russie, de Moscou à Perm en passant par Ekaterinbourg.

« La folie avait une méthode. Les gens qui échappaient à la purge se reprochaient des trahisons imaginaires et retournaient au travail plus ardents qu'auparavant pour cacher leur sentiment de culpabilité. » (page 328).

 

J'ai noté de nombreux extraits durant ma lecture mais je ne peux malheureusement pas tous les publier ici. Alors, que vous aimiez la Russie ou pas, que vous sachiez déjà des choses sur la révolution soviétique ou pas, je vous conseille fortement la lecture de ce grand roman dans lequel vous côtoierez les bolcheviks, les koulaks, les mencheviks, le Politburo, le Soviet, et avec lequel vous comprendrez tout sur la collectivisation, la grande purge, la déportation des Juifs au Birobidjan dans les années 50, la Tass, le Guépéou, le NKVD, etc. Et surtout, vous rencontrerez le peuple russe, ce peuple que les révolutionnaires qualifient de « masse obscure », ce peuple pris en otage dans une révolution qu'il n'a pas demandée et qui le dépasse, mais au nom duquel (comme d'autres au nom de Dieu) certains décident de tout même du pire !

 

Mes deux passages préférés

« Le crâne du poète vint heurter le mur de pierre. Des éclairs de lumière passèrent devant ses yeux et il crut un instant que la pièce avait explosé. La souffrance était intense... submergeait la pensée... son cerveau ne produisait plus d'idées... pas assez d'air... tout était vide... la douleur diminuait... il lui faudrait émigrer... les poètes étaient devenus des émigrés intérieurs... ils erraient dans le labyrinthe de la littérature, où le pouvoir soviétique ne pouvait pas les suivre... Pouchkine l'y attendait quelque part... Pouchkine le protégerait... » (page 348).

« Nous avions de si grands espoirs, Léon. Nous allions libérer les travailleurs et créer une société où les gens pourraient vivre sans entraves. Tu ne sais pas comment c'était juste après la révolution. Des balayeurs et des secrétaires siégeaient en conseil des ministres. N'importe qui pouvait donner son opinion et critiquer celle d'autrui. Tout était possible. Il n'y avait pas de limite. » (page 460).

 

Une lecture très enrichissante que je mets dans les challenges

Le mélange des genres (roman historique)

et Mois américain-Challenge US.

 

 

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 17:21

Le terrier est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1923 (six mois avant la mort de l'auteur) et parue posthume en 1931. Der Bau, traduit de l'allemand par Dominique Miermont (éditions Mille et une nuit, 2002) est considéré comme un conte animalier.

 

Il est possible de lire Der Bau en allemand sur DigiBib.org et Gutenberg-Spiegel.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine demain.

 

Le terrier est écrit à la première personne, ce qui est rare chez Kafka. Le « je » est une taupe qui vit dans un terrier, symbolisant le lieu idéal (calme et confiné) pour l'auteur.

Dans ce terrier, il y a de nombreux tunnels et de la nourriture un peu partout, la vie devrait donc y être parfaite.

« La chose la plus merveilleuse dans mon terrier, c'est le silence. »

Mais la taupe, angoissée et paranoïaque comme pas possible, vit dans la terreur...

« Et ainsi je peux jouir pleinement et sans souci des moments que je passe ici, ou plutôt je le pourrais, mais c'est impossible. »

… Non seulement d'ennemis de l'extérieur qui pourraient s'introduire dans son terrier mais aussi d'ennemis de l'intérieur qu'elle croit entendre.

« Il y a aussi des ennemis dans les entrailles de la Terre. Je ne les ai jamais vus, ils sont légendaires, mais j'y crois. »

La taupe sait qu'un jour elle sera piégée (car il n'y a aucune sécurité nulle part et il est impossible de pouvoir tout contrôler en même temps) et condamnée à mourir (peut-être de façon effroyable).

Alors le terrier, abri ou piège ?

Le terrier est en tout cas angoissant aussi pour le lecteur !

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde (taupe), Des contes à rendre (conte animalier), Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois (pour une fois que je n'attends pas la fin du mois !).

 

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 22:28

Dans la colonie pénitentiaire est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1914 et publiée en 1919. Vous pouvez livre ce texte sur ebooksgratuits.com. Il est possible de lire In der Strafkolonie en allemand sur DigiBib.org, Gutenberg-Spiegel et Zeno.org.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine le 3 juin (déjà ?!).

 

Un chercheur en voyage d'études est invité dans la colonie pénitentiaire pour assister à l'exécution d'un soldat condamné.

Un officier prépare « l'appareil », ingénieuse invention de l'ancien commandant, et se met à expliquer avec grand plaisir son fonctionnement au voyageur.

Le nouveau commandant est contre ce genre d'exécution : la machine ira-t-elle au bout de sa fonction ?

 

Le soldat condamné « pour indiscipline et offense à son supérieur » s'est en fait endormi devant la porte de son capitaine alors qu'à chaque heure, il est sensé se lever et saluer. C'est bien maigre pour condamner quelqu'un, vous ne trouvez pas ?

Non seulement le condamné ne connaît pas la sentence et ne sait même pas qu'il est condamné (quelle justice expéditive !) mais la machine est un énorme engin de torture qui s'acharne pendant douze heures sur le corps du malheureux qui y est attaché ! Qui a envie de voir un tel spectacle ? Mais tous les habitants de l'île, même les enfants, venaient y assister avant que le nouveau commandant ne l'interdise !

Le voyageur – on sait qu'il est européen – réfléchit : il voudrait intervenir, dire quelque chose car « L'iniquité de la procédure et l'inhumanité de l'exécution ne faisaient aucun doute. » mais il n'est qu'invité de la colonie pénitentiaire, étranger de surcroît et, malgré les belles idées éclairées que sa culture a engendrées, il est sur cette île seul et totalement isolé.

Quant à l'officier, nostalgique de son ancien commandant, est lui aussi seul à défendre la conception et l'utilisation de la machine. « C'était le bon temps, camarade ! ». Et il se doute bien que le nouveau commandant utilisera tout ce que dira le chercheur pour l'interdire sous prétexte qu'ailleurs c'est différent, que l'accusé est interrogé avant d'être condamné, qu'il est averti de sa condamnation. Sa peur de changer, d'évoluer, de modifier sa pensée vont le pousser au pire.

 

Ma phrase préférée : « Mais comme l'homme devient alors silencieux, à la sixième heure ! L'intelligence vient au plus stupide. » L'intelligence ? Au bout de six heures de torture...

 

Je me suis demandé de quel pays était originaire le voyageur et à quel pays pensait Franz Kafka pour localiser sa colonie pénitentiaire (peut-être en Asie ?) : c'est quand même un peu frustrant de ne pas savoir...

Écrit en octobre 1914, soit moins de trois mois après le début de la Première guerre mondiale, Dans la colonie pénitentiaire montre peut-être les craintes de l'auteur concernant les guerres modernes et les totalitarismes.

En tout cas, la machine est en marche, et tant qu'elle ne sera pas détruite, le monde et les humains continueront eux aussi leur marche vers la folie, que ce soit en 1914, en 1939 ou à notre époque.

Il existe plusieurs adaptations (cinéma, théâtre, opéra, bande dessinée) de La colonie pénitentiaire mais je ne les connais pas.

 

Une lecture dérangeante mais indispensable que je place dans les challenges Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois.

 

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 02:50

La métamorphose est une nouvelle de Franz Kafka d'abord publiée dans la revue Weiße Blätter (numéro d'octobre 1915) puis parue chez Kurt Wolff Verlag (la même année, 1915, mais avec la mention 1916 sur la couverture). Die Verwandlung fut traduit de l'allemand par Alexandre Vialatte et parut aux éditions Gallimard en 1938.

Vous pouvez lire La métamorphose en édition de poche (Folio classique entre autres), en édition bilingue (Folio bilingue) ou en version numérique.

 

Franz Kafka (1883-1924) : en lire plus sur lui et son œuvre ici.

 

« En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu'une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu'à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu'il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux. »

 

Voici comment débute La métamorphose. Et ce n'est pas un rêve : Gregor Samsa, représentant de commerce depuis cinq ans (depuis son retour de l'armée), est bien chez ses parents, dans sa chambre, et il est transformé en cafard !

Gregor travaille mais, comme il n'a pas pris le premier train de cinq heures, son employeur a envoyé le fondé de pouvoir chez lui à sept heures. Ce que ses parents, sa sœur et le fondé de pouvoir entendent de l'autre côté de la porte ressemble à « une voix d'animal » et ce qu'ils voient lorsque celle-ci s'ouvre enfin les horrifie. D'ailleurs, l'envoyé du patron s'enfuit et il ne sera plus question de travail ou de vie sociale pour Gregor...

Mais finalement, qu'était la vie de Gregor, sa vie d'humain ? Une vie pour ses parents et leur dette à rembourser ? Une vie pour son patron et son travail ? Une vie de cafard et c'est pourquoi il se serait transformé ?

Gregor comprend ce qui se dit et a l'impression de répondre mais en fait il ne peut plus communiquer. Que va devenir sa famille sans lui ? « […] il était tout brûlant de honte et de chagrin ».

Malgré leur aversion, les parents et la sœur s'occupent de lui (surtout la sœur, Grete), du moins un minimum et pendant un temps... Car l'odeur et la présence de cette chose – qui n'est plus ni le fils ni le frère travaillant pour faire vivre la famille – sont gênantes.

Gregor est devenu inutile... encombrant même.

 

Voilà, j'avais envie de me replonger dans l'œuvre de Kafka depuis longtemps mais je n'avais encore rien lu pour le challenge Kafka qui se termine le 3 juin 2014. La métamorphose s'est imposée car je l'avais lue à l'adolescence (c'est-à-dire il y a plus de trente ans !) et elle fait partie de ses plus célèbres titres. Lee Rony l'a aussi lue pour le challenge.

Si Gregor, jeune homme travailleur aimant sa famille, se métamorphose en cafard, n'est-ce pas parce qu'il avait somme toute une vie de cafard en étant humain ? Enfermé dans sa vie, enfermé dans son travail, enfermé dans le remboursement de la dette de ses parents, enfermé dans sa chambre ? Aucune explication n'est donnée dans le récit sur la terrible transformation subie durant cette nuit-là par Gregor. C'est la fatalité, personne n'y peut rien. Mais le drame ne s'arrête pas là car c'est toute la famille qui se métamorphose par son comportement : la famille est horrifiée, distante, dégoûtée voire haineuse et préfère avoir le minimum de relations avec le « monstrueux insecte » ; Gregor se replie sur lui-même puisqu'il ne peut plus communiquer, vit enfermé dans la plus grande solitude et s'enfonce dans le désespoir jusqu'à ne plus se nourrir et mourir.

La métamorphose est-il un récit fantastique ou un récit réaliste plein d'humour noir ? Je me le demande encore et, en fait, il y a plus de cent interprétations de ce récit alors chacun peut sûrement le (com)prendre différemment !

J'espère lire d'autres titres de Kafka avant le 3 juin et honorer comme ils le méritent cet auteur et ce challenge.

 

Une lecture pour le challenge Kafka bien sûr mais aussi Animaux du monde (cafard), Fant'classiqueLe mélange des genres (classique étranger) et Un classique par mois.

 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 18:25

La traduction est un roman de Pablo de Santis paru en septembre 2004 aux éditions Métailié dans la collection Suites (154 pages, 8 €, ISBN 2-86424-512-4). La traducción (1998) est traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis.

 

Pablo de Santis est né en 1963 à Buenos Aires. Il est romancier (également pour la jeunesse), scénariste (pour la télévision et de bandes dessinées), journaliste et éditeur jeunesse. Du même auteur : Le théâtre de la mémoire (2002), Le calligraphe de Voltaire (2004), Le cercle des douze (2009), La soif primordiale (2012) et le dernier roman en date : Crimes et jardins paru le 6 mars 2014.

 

Miguel De Blast est traducteur du français et du russe vers l'espagnol. Depuis trois ans, il travaille sur les écrits des neurologues russes du cercle de Kabliz.

Invité par Julio Kuhn à un congrès de traducteurs, il se rend à Port-au-Sphinx où sont réunis des confrères de plusieurs nationalités qu'il n'a pas vus depuis dix ans. Ana Despina, une ancienne petite amie partie avec son meilleur ami, Naum, sera aussi présente.

Mais l'endroit est lugubre, l'hôtel Internacional del Faro n'est construit qu'en partie parce que les anciens propriétaires ont fait faillite, des phoques viennent mourir sur la plage et le cadavre de Valner, spécialiste des « langues inventés, perdues, artificielles », et en particulier de la langue énochienne, vient d'être retrouvé dans la piscine par Ximena, la jeune pigiste du journal El Día qui souhaitait l'interviewer.

Cette nuit-là, Miguel célèbre son quarantième anniversaire, loin d'Elena, qu'il a épousée il y a cinq ans...

Le commissaire Guimar est chargé de l'enquête mais il est dépassé par les événements. « Cela fait des années que j'attendais une affaire dans ce genre. Un mystère à résoudre. Et le jour où cela m'arrive enfin, je me rends compte que je n'ai pas la moindre idée de comment faire. » (page 116).

Bien que suspect, Miguel qui connaît bien le monde de la traduction enquête aussi de son côté. En accompagnant Ximena à la piscine pour qu'elle prenne des photos, il y trouve une pièce d'un peso en nickel qui « n'a plus cours depuis le début des années 70 ». Puis le corps de Rina Agri est retrouvé dans la baignoire de sa chambre et Zúñiga rate son suicide par noyade...

 

Les personnages et le site touristique à l'abandon (sur la côte argentine) ont bien sûr une bonne place mais les « héroïnes » sont bel et bien la linguistique et la traduction (elles sont des énigmes autant que l'enquête), ce qui fait l'originalité de ce roman court et intense (avec une atmosphère un brin fantastique) que je vous conseille chaleureusement.

 

Mes passages préférés

« Quand l'enveloppe avec le tampon de l'université est arrivée chez moi, j'ai pensé qu'il devait s'agir de vieux imprimés. Nous continuons à recevoir pendant des années des informations d'associations ou de clubs auxquels nous n'appartenons plus, des abonnements à des revues résiliés depuis longtemps, des salutations de vétérinaires adressées à un chat disparu depuis un siècle. » (page 7).

« Ximena n'était pas intéressée par la pièce. Elle prenait des photos de la toiture, de l'escalier béant, d'un chat se promenant sur la corniche. » (page 59).

 

Une lecture pour le Mois argentin qui entre aussi dans le challenge Amérique du Sud – Amérique latine et dans le Tour du monde en 8 ans.

 

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 06:21

Le tunnel est un roman d'Ernesto Sábato paru aux éditions du Seuil en 1978 (réédition en 1995). Je l'ai lu en poche aux éditions Points (140 pages, 5,50 €, ISBN 978-2-02-023928-8). El túnel (1948) est traduit de l'espagnol (Argentine) par Michel Bibard.

 

Ernesto Sábato est né le 24 juin 1911 à Buenos Aires (Argentine). Il a étudié les Sciences (il était physicien) et la philosophie à La Plata (université de Buenos Aires). Il a aussi étudié à La Sorbonne (Paris, France) et au Massachusetts Institute of Technology dit M.I.T. (Cambridge, États-Unis). Au début des années 1940, il a enseigné les sciences à La Plata mais dès 1945, il abandonna l'enseignement pour l'écriture : il devint journaliste et écrivain. Le tunnel est son premier roman. Suivront d'autres romans, des recueils, des entretiens et ses mémoires. Il a reçu la Légion d'honneur (France) en 1979 et le Prix Miguel de Cervantes (Espagne) en 1984 entre autres. Sa femme, Matilde Kusminsky Richter, épousée en 1936, est décédée en 1998. Il a consacré les dernières années de sa vie à la peinture. Il est mort le 30 avril 2011 à Buenos Aires, moins de deux mois avant d'avoir atteint 100 ans.

 

Juan Pablo Castel, artiste peintre connu, a tué la femme qu'il aime, Maria Inbarne.

Pourquoi ? Parce qu'il était désemparé, jaloux, se sentait incompris et était pris par le doute au sujet de la jeune femme.

« La vanité se rencontre là où l'on s'y attend le moins : aux côtés de la bonté, de l'abnégation, de la générosité. » (page 13).

« Il y a eu quelqu'un qui pouvait me comprendre. Mais c'est, précisément, la personne que j'ai tuée. » (page 15).

Printemps 1946. Juan Pablo Castel expose ses toiles. Il méprise ceux qui disent aimer ses œuvres mais ne voient pas vraiment ce qu'il peint. Parmi la foule, une jeune femme : elle regarde obstinément un détail important dans une peinture, un détail que tout le monde fait mine d'ignorer. Le peintre est fou de joie, il aurait enfin trouvé, à trente-huit ans, celle dont il rêve depuis si longtemps ! Il ne pense plus qu'à elle, pendant des semaines, il en devient obsédé et fait tout pour la revoir.

« Il fallait que je la retrouve. Je me surpris à dire tout haut, à plusieurs reprises : il le faut, il le faut ! » (page 37).

Les retrouvailles se font par hasard une première fois et après que Castel ait forcé le destin une deuxième fois. « Mais je ne sais pas ce que vous gagnerez à me voir. Je fais du mal à tous ceux qui m'approchent. » le prévient Maria Inbarne (page 45). Pourtant, elle ne le prévient pas qu'elle est mariée à monsieur Allende, un homme devenu aveugle, et qu'elle se rend souvent à Mar del Plata dans l'estancia (maison de campagne) de Luis Hunter qui est soi-disant son cousin.

Castel est fou de rage lorsqu'il apprend l'existence de l'époux aveugle et d'un éventuel amant. « Qu'est-ce que c'est que cette abominable comédie ? » (page 53).

 

Mes passages préférés

« Ma tête est un labyrinthe obscur. Parfois, il y a comme des éclairs qui illuminent certaines galeries. » (page 40). On comprend mieux le titre !

« Tout me paraissait éphémère, transitoire, inutile, sans contours. Ma tête n'allait pas bien et Maria m'apparaissait sans cesse comme une forme incertaine et mélancolique. » (page 112).

 

Juan Pablo Castel est un homme instable, inassouvi malgré son art et sa notoriété, obsédé par la jeune inconnue qu'il n'a aperçue que peu de temps. Il est en prison lorsqu'il rédige ce récit malheureux et on pourrait le plaindre s'il ne répétait tant de fois qu'il n'est pas vaniteux. Il est sûrement sincère mais un peu vaniteux quand même !

En apprenant des choses sur la jeune femme qui est devenue sa maîtresse ou en se triturant l'esprit avec des suppositions et des conclusions sorties de son imagination débordante, Juan Pablo Castel devient de plus en plus agité et son côté sombre apparaît. Il violente même parfois Maria dans l'espoir de trouver dans ses yeux « des preuves d'amour, de véritable amour. » (page 69). Il veut que la jeune femme lui appartienne, à lui et rien qu'à lui ! Il est étouffant et le lecteur le ressent bien à la lecture de ce roman court mais intense. Le roman d'ailleurs se compose de 39 chapitres en 140 pages donc vous voyez comme les chapitres sont courts, percutants et comme le lecteur avide (curieux ?) ne peut arrêter sa lecture, il doit continuer de lire et ce jusqu'à l'inévitable.

Au chapitre 22, Castel rêve qu'un magicien le transforme en oiseau et qu'il ne peut plus communiquer avec ses amis. Comment expliquer ce rêve ? Sort-il tout simplement de l'esprit dérangé du peintre ? A-t-il envie de liberté ? Mais il est libre ! Ou alors son subconscient voudrait se défaire de sa liaison avec Maria, femme mariée ? Allez comprendre, l'artiste a une logique bizarre, bien à lui. Mais la passion est cruelle et dévore même les meilleurs.

Ce récit tragique (la vie ?) est comme un tunnel dans lequel il est impossible de faire demi-tour : on ne peut pas revenir en arrière, on se cogne contre les murs de chaque côté, on ne peut qu'avancer, aller de l'avant quoi qu'il en coûte. C'est sûrement cet effet oppressant qui fait de cette histoire un roman noir, un roman sur la solitude et la folie meurtrière.

La présentation de 8 pages de Jean-Marie Saint-Lu est d'ailleurs bienvenue et intéressante car elle permet de mieux appréhender et comprendre le texte d'Ernesto Sábato, auteur argentin que j'ai découvert avec grand plaisir et dont j'aimerais lire d'autres romans, en particulier Héros et tombes (Sobre héroes y tumbas, 1961) et L'ange des ténèbres (Abaddón el exterminador, 1974) puisqu'avec Le tunnel, il s'agit d'un triptyque romanesque disponible aux éditions du Seuil dans un coffret de trois livres (plus de 1 000 pages).

 

J'ai lu Le tunnel dans le cadre de la lecture commune (*) pour le Mois argentin mais j'avais déjà repéré ce roman depuis des mois, il ne manquait que l'occasion de le lire !

Une lecture pour le Mois argentin donc, qui entre aussi dans les challenges Amérique du Sud – Amérique latine, Le mélange des genres (classique étranger), Petit Bac 2014 (catégorie Bâtiment/construction pour tunnel), Premier roman, Tour du monde en 8 ans (Argentine) et Un classique par mois.

 

(*) Les liens des autres participants : Denis et Valentyne. Et Marilyne qui l'a lu en janvier.

 

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 04:06

Le mec de la tombe d'à côté est un roman de Katarina Mazetti paru aux éditions Gaïa en 2006 puis Actes Sud en avril 2009 et Actes Sud Babel en novembre 2013. Grabben i graven bredvid (1998) est traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.

Parfois, à la bibliothèque, le document n'est disponible qu'en livre en gros caractères et même si ça m'est déjà arrivé de lire en gros caractères, ça fait quand même bizarre ! Les numéros des pages des extraits correspondent donc à l'édition À vue d'œil parue en 2011 (340 pages, 21 €, ISBN 978-2-84666-2591-9).

 

Katarina Mazetti est née le 29 avril 1944 à Stockholm et malgré son nom italien, elle est Suédoise. Elle est journaliste et romancière. Le mec de la tombe d'à côté est son premier roman car, avant, elle avait fait un livre pour enfants, Trucs et ficelles d'un petit trollPlus d'infos sur http://www.katarinamazetti.com/enfrancais001.html.

Du même auteur

Aux éditions Gaïa : Entre Dieu et moi, c'est fini (2007), Les larmes de Tarzan (2007), Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini (2008), La fin n'est que le début (2009), Le caveau de famille (2011), Mon doudou divin (2012).

Aux éditions Thierry Magnier (roman jeunesse) : Les cousins Karlsson (2013).

 

Désirée Wallin, bientôt trente-cinq ans, est veuve depuis cinq mois. Örjan Wallin, biologiste, est mort à vélo, après cinq ans de mariage seulement. Désirée, malgré son travail de bibliothécaire (elle est coresponsable de la section jeunesse), ses collègues et sa meilleure amie, Märta, se retrouve seule et désemparée. Plusieurs fois par semaine et le week-end, elle s'assoit sur le banc en face de la tombe de son mari : elle est à la fois triste et en colère qu'il l'ait abandonnée alors qu'ils commençaient à penser à un enfant.

« Ce qui me manque, c'est sa compagnie indéfectible et la routine quotidienne. » (page 7).

Benny Söderström, vieux garçon de bientôt trente-sept ans, vient jardiner sur la tombe de sa mère morte d'un cancer. C'est son seul loisir car il vit maintenant seul à la ferme de Rönngården et c'est vraiment difficile : il doit non seulement s'occuper des vingt-quatre vaches laitières, de quelques moutons, de veaux de reproduction, de la forêt mais aussi de la gestion de la ferme et de tout ce dont s'occupait sa mère de son vivant.

Pour Désirée qui l'a repéré, il est « le mec de la tombe d'à côté » avec son odeur de paysan, ses mains sales, et sûrement aucun intellect.

Pour Benny, qui a remarqué sa pâleur et la couleur de ses vêtements, elle est « la femme beige » puis « la Crevette » en lien avec sa maigreur.

Deux narrateurs qui, à travers les a priori qu'ils ont l'un de l'autre, commencent à se détester sans se connaître mais un jour, à cause (ou grâce à ?) d'une fillette avec un ballon, ils se regardent et se sourient.

« Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d'oiseaux et des reflets sur un lac de montagne ? » (page 26).

Peut-il vraiment y avoir tout ça dans un sourire ? Soit Désirée a énormément d'imagination soit l'amour pointe son nez !

En tout cas, peu de temps après, à la sortie du cimetière, Benny suit Désirée jusqu'à la bibliothèque.

« J'en étais sûr. Elle a tout l'air de quelqu'un qui lit sans arrêt et de son plein gré. De gros livres, avec des petits caractères et sans images. » (page 60).

Il est trop mignon, Benny ! D'autant plus qu'il va oser entrer dans la bibliothèque, demander un livre sur l'apiculture et inviter Désirée !

« Ça vous dirait... de venir faire un tour au cimetière ? » (page73).

 

Allez, je ne vous en dirai pas plus mais je pense que vous avez compris que ce roman à double voix (un chapitre l'un, un chapitre l'autre) est vraiment désopilant mais aussi humain et tendre.

« Je veux dire, les livres ne sont après tout que des livres. Alors qu'une ferme est une ferme. » (page 116). Le bon sens de Benny ! Désirée parle de « choc culturel ». Évidemment, elle lit le Dagens Nyheter, de la littérature fantastique, écoute Boccherini, aime la peinture, et Benny lit Le Pays et Le Paysan et n'a pas le temps de faire autre chose que s'occuper de la ferme.

« C'est évident que ça ne peut pas marcher. C'est foutu d'avance. » (page 270).

Alors, vous voulez savoir si, malgré le lieu de rencontre surprenant, malgré les préjugés et les différences qui les opposent, ... ?

De mon côté, j'ai lu ce roman avec grand plaisir, c'est frais, amusant, enlevé, mais la fin m'a laissée pantoise alors il faut absolument que je lise la suite, Le caveau de famille, roman publié en 2005 en Suède et en 2011 en France.

 

Lu pour une lecture commune (avec du retard) dans le cadre du challenge Un hiver en Suède, je mets aussi ce roman dans Petit Bac 2014 (catégorie Lieu), Premier romanTour du monde en 8 ans et Voisins voisines (Suède).

 

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