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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 00:32

Le livre du thé est un essai de Kakuzô Okakura paru aux éditions Synchronique en septembre 2013 (167 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-917738-16-0). The book of tea (1906) est traduit de l'anglais par Aurélien Clause.

 

Je remercie Héloïse et Synchronique éditions de m'avoir envoyé ce livre après ma lecture de Gilgamesh, de Stephen Mitchell.

 

Kakuzô Okakura (岡倉天心) naquit le 14 février 1862 à Yokohama (Japon). Son père était un samouraï de haut rang. Enfant, il étudia les classiques de la littérature chinoise dans un temple bouddhiste. Il a huit ans lorsque les bateaux du commodore Perry arrivent dans la baie de Tokyo, ouvrant le Japon fermé depuis plus de deux siècles. Il étudia les langues et la culture occidentales dès 1877. Il devint cofondateur de la première Académie des Beaux-Arts à Tokyo et en devint l'administrateur en 1890 avant de créer l'Institut des Beaux-Arts du Japon en 1998. En 1904, il se rendit aux États-Unis et fut nommé conservateur du Département des Arts chinois et japonais du Musée des Beaux-Arts de Boston. Il défendit le patrimoine culturel et artistique japonais (à cette époque menacé) et écrivit plusieurs livres en anglais pour relier Orient et Occident. Il mourut le 2 septembre 1913.

 

The book of tea est originellement paru en 1906 à Boston (États-Unis), directement en anglais : ce texte était alors « destiné au cercle restreint des érudits du Boston du début du XXe siècle » mais « a touché en vagues concentriques un public toujours plus vaste » (préface de l'éditeur, page 7) et il permet, depuis plus d'un siècle, de découvrir l'art du thé et la culture japonaise. Ce livre, précédemment publié aux éditions Philippe Picquier (en 1996 et 2006), est réédité ici dans une nouvelle traduction à l'occasion du centième anniversaire de la mort de Kakuzô Okakura.

 

Si j'ai été surprise par le petit format du livre quand je l'ai reçu, j'ai vite été séduite par ce très joli livre-carnet qu'il est possible d'emmener partout et par l'élastique vert qui symbolise le thé vert et peut servir de marque-page.

Quant au contenu, il est tout bonnement une mine pour qui aime le thé et/ou le Japon !

Okakura écrit avec délicatesse et raffinement cette fameuse Voie du thé, cha-no-yu, issue du rituel zen, qui « consiste simplement à ramasser du bois, à faire bouillir de l'eau et à boire du thé, rien de plus » selon le grand maître de thé Sen no Rikyû (page 8).

Je vous rassure, je ne vais pas ramasser de bois et je ne fais pas bouillir l'eau pour préparer mes thés verts, qu'ils soient japonais, coréens ou chinois !

 

Vous apprendrez donc que le thé fut une médecine avant d'être une philosophie, un art et une boisson, qu'il a suivi une évolution et qu'il y a plusieurs courants et écoles de thé, reliés au Zen (Japon) et au Tao (Chine, d'où le thé est originaire), qu'il existe des classiques du thé comme le Tcha-king (en 3 volumes !) du poète Lou Yu qui a formulé le Code du thé ainsi que des Chambres de thé, suki-ya, et des maîtres du thé.

Qu'est-ce que le thé, comment le cultive-t-on et le récolte-t-on, commet sélectionne-t-on les feuilles, quels ustensiles utilise-t-on (Lou Yu en décrit vingt-quatre !) pour sa préparation et comment le prépare-t-on ? Si vous souhaitez connaître la réponse à une ou plusieurs de ces questions fondamentales, ce livre est fait pour vous !

Et Okakura parle aussi de spiritualité, d'histoire, d'architecture, d'art, de contes, et même de fleurs et de danse !, ce qui montre bien que le thé, c'est bien plus que du thé !

De plus, cet essai est abondamment illustré avec des estampes du célèbre Katsushika Hokusai (1760-1849), de pures merveilles.

 

J'ai noté quelques beaux extraits pour les partager avec vous.

 

Sur le taoïsme

« La vigueur d'une idée ne réside pas moins dans son aptitude à s'imposer dans la pensée de son temps que dans sa capacité à dominer les mouvements ultérieurs. » (page 60).

« Pour le taoïste, celui qui se rend maître de l'art de la vie est l'Homme Véritable. » (page 67) et un peu plus loin, « Pour lui [le taoïste], les trois joyaux de la vie sont la Compassion, la Simplicité et la Modestie » (page 68).

 

Sur le zen

« Le zen, comme le taoïsme, est le culte du Relatif. Un maître le définit comme l'art de discerner l'étoile polaire dans l'hémisphère sud. La vérité ne peut être atteinte que par la compréhension des contraires. […] Rien n'est réel, si ce n'est ce qui touche au fonctionnement de notre esprit. » (page 70) et cette histoire :

« Houei-neng, le sixième patriarche, vit un jour deux moines qui observaient le drapeau d'une pagode flotter au vent.

L'un déclara :

– C'est le vent qui bouge.

L'autre :

– C'est le drapeau qui bouge.

Houei-neng leur expliqua alors que le mouvement réel n'était ni celui du vent ni celui du drapeau mais provenait de leur propre esprit. » (pages 70-71).

J'adore ! Vous savez pourquoi ? Parce que les trois ont raison !

 

Sur l'histoire

« Riche d'anecdotes, d'allégories et d'aphorismes, l'histoire serait sans valeur si elle n'était pas édifiante et divertissante. » (page 61) : clin d'œil à mon ami F., historien et écrivain à ses heures pas perdues.

 

Sur l'art

« […] l'art n'a de valeur que dans la mesure où il nous parle. Il est un langage universel seulement si notre sensibilité l'est également. » (page 118).

Et ce passage superbe : « Artistes qui luttent, âmes lasses tapies dans l'ombre d'un froid dédain ! Quelle inspiration peut leur offrir notre siècle égocentrique ? Le passé peut bien regarder avec pitié la pauvreté de notre civilisation ; le futur rira de la stérilité de notre art. Nous détruisons l'art en détruisant le Beau au cœur de la vie. Si seulement quelque sorcier pouvait, dans le tronc de notre civilisation, sculpter une harpe dont les cordes résonneraient sous les doigts d'un génie ! » (page 123).

 

Mais revenons au thé !

« Grande fut l'ingéniosité des maîtres de thé lorsqu'ils produisirent ces effets de sérénité et de pureté. » (page 85).

« Ainsi, dans la chambre de thé, on suggère la fugacité de l'existence par le toit de chaume, la fragilité par les minces piliers, la légèreté par la structure de bambous et l'insouciance apparente par l'usage de matériaux familiers. L'éternel ne se trouve que dans l'esprit qui, incarné dans la simplicité du décor, l'embellit de la subtile lumière de son raffinement. » (page 94).

 

Le livre du thé est comme un livre-bonheur qui apporte une lecture enrichissante et édifiante et qui, je l'espère, vous amènera à découvrir le thé – si ce n'est déjà fait – et à élever votre esprit, loin du tumulte ambiant. Mais je vous souhaite quand même de passer de belles fêtes, calmes et sereines, et pourquoi pas de rajouter ce petit livre au pied du sapin ?

 

Pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2013 (essai), L'art dans tous ses états (art du thé et estampes), Beaux livres (malgré sa petite taille !), Des livres et des îles (Japon), Écrivains japonais, Petit Bac 2013 (catégorie Aliment/boisson) et Un classique par mois (première parution en 1906).

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 02:45

Caligula est une pièce en 4 actes d'Albert Camus : ébauchée en 1937 et écrite à partir de 1938, elle est parue en mai 1944 aux éditions Gallimard (mais une version de 1941 est parue dans les Cahiers Albert Camus en 1984).

 

Elle a été représentée pour la première fois au Théâtre Hébertot en 1945 dans une mise en scène de Paul Œttly (comme pour Les Justes). Gérard Philippe, un tout jeune acteur de 23 ans, joua le rôle de Caligula.

 

Il existe actuellement plusieurs éditions : Cahiers Albert Camus n° 4 (1984), Folio (1972), Folio Plus Classiques (1993), Folio Théâtre (1993), Gallimard collection Blanche (1944 ; 1947 ; 1958) ou en intégrale comme celle de La Pléiade (1962).

 

Pour découvrir l'auteur, je vous renvoie vers Les lundis philo – 9 : Albert Camus. Après avoir redécouvert cet auteur et avoir eu un coup de cœur pour Les Justes, j'ai vraiment eu envie de lire d'autres titres d'Albert Camus.

 

Des patriciens et des sénateurs attendent dans une salle du palais ; ils sont inquiets car ils n'ont pas de nouvelles de l'Empereur depuis trois jours et il ne se passe rien (ce mot est très important, il est répété plusieurs fois ; il ne se passe rien mais ça cause quand même !).

« Premier patricien : Êtes-vous capable de souffrir plus d'un an ?

Deuxième patricien : Moi, non.

Premier patricien : Personne n'a ce pouvoir.

Vieux patricien : La vie serait impossible. » (pages 17-18).

« Hélicon : Du calme, Messieurs, du calme. Sauvons les apparences. L'Empire romain, c'est nous. Si nous perdons la figure, l'Empire perd la tête. Ce n'est pas le moment, oh non ! Et pour commencer, allons déjeuner, l'Empire se portera mieux. » (page 18).

Caligula aimait Drusilla, sa sœur, et comme elle est morte, il est inconsolable.

« Premier patricien : En tout cas, la raison d'État ne peut admettre un inceste qui prend l'allure des tragédies. L'inceste, soit, mais discret. » (page 19).

Depuis l'époque des Romains, et même avant, jusqu'à nos jours, l'hypocrisie de ceux qui nous gouvernent et de leurs conseillers n'a pas changé !

« Cherea : Ce garçon aimait trop la littérature.

Deuxième patricien : C'est de son âge.

Cherea : Mais ce n'est pas de son rang. Un empereur artiste, cela n'est pas convenable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout. Mais les autres ont eu le bon goût de rester des fonctionnaires.

Premier patricien : C'était plus reposant.

Vieux patricien : À chacun son métier. » (page 21).

Enfin, Caligula revient, sale et fatigué ; il veut la lune parce que c'est une des choses qu'il ne possède pas.

« Caligula : Tu penses que je suis fou.

Hélicon : Tu sais bien que je ne pense jamais. Je suis bien trop intelligent pour ça. » (page 25).

« Scipion : Il me disait que la vie n'est pas facile, mais qu'il y avait la religion, l'art, l'amour qu'on nous porte. Il répétait souvent que faire souffrir était la seule façon de se tromper. Il voulait être un homme juste. » (page 31).

Mais Caligula, dans une nouvelle logique inspirée par un intendant sous-entendant que le plus important de tout est le Trésor public, décide que toutes les personnes de l'Empire doivent déshériter leurs enfants pour en faire bénéficier l'État.

« Caligula : Écoute-moi bien, imbécile. Si le Trésor a de l'importance, alors la vie humaine n'en a pas. Cela est clair. Tous ceux qui pensent comme toi doivent admettre ce raisonnement et compter leur vie pour rien puisqu'ils tiennent l'argent pour tout. Au demeurant, moi, j'ai décidé d'être logique et puisque j'ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous coûter. J'exterminerai les contradicteurs et les contradictions. S'il le faut, je commencerai par toi. » (page 35). (Il parle à l'intendant).

« Scipion : Mais c'est un jeu qui n'a pas de limites. C'est la récréation d'un fou.

Caligula : Non, Scipion, c'est la vertu d'un empereur. (Il se renverse avec une expression de fatigue.) Je viens de comprendre enfin l'utilité du pouvoir. Il donne ses chances à l'impossible. Aujourd'hui, et pour tout le temps qui va venir, ma liberté n'a plus de frontières. » (pages 36-37).

Et voilà, comment un jeune homme aimant la religion, l'art, l'amour et considéré comme fragile devient un tyran sanguinaire ! Il suffit de peu de choses...

 

Ces phrases m'ont fait réfléchir, m'ont surprise ou gênée. À méditer donc...

« Caligula : Ce monde est sans importance et qui le reconnaît conquiert sa liberté. » (page 38).

« Caligula : Qu'il est dur, qu'il est amer de devenir un homme ! » (page 40).

« Caligula : Je ferai à ce siècle le don de l'égalité. Et lorsque tout sera aplani, l'impossible enfin sur terre, la lune dans mes mains, alors, peut-être, moi-même je serai transformé et le monde avec moi, alors enfin les hommes ne mourront pas et ils seront heureux. » (page 42). Alors, envie d'un peu d'égalité ?

« Cherea : Sans doute, ce n'est pas la première fois que, chez nous, un homme dispose d'un pouvoir sans limites, mais c'est la première fois qu'il s'en sert sans limites, jusqu'à nier l'homme et le monde. » (page 53). C'est arrivé plusieurs autres fois depuis...

« Hélicon : Allons, Messieurs, un peu de bonne volonté. Vous verrez, d'ailleurs, qu'il est plus facile de descendre l'échelle sociale que de la remonter. » (page 59). (Il s'adresse aux sénateurs à qui Caligula a ordonné de préparer la table et de la servir à la place des esclaves).

« Caligula : Je veux, vous entendez, je veux vous voir rire. » (page 62).

« Caligula : On est toujours libre aux dépens de quelqu'un. C'est ennuyeux, mais c'est normal. » (page 68).

« Caligula : Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents. » (page 81).

« Caligula : La logique, Caligula, il faut poursuivre la logique. Le pouvoir jusqu'au bout, l'abandon jusqu'au bout. Non, on ne revient pas en arrière et il faut aller jusqu'à la consommation. » (page 110). (Il se parle à lui-même). Caligula est bien conscient qu'il va au bout de l'absurde.

« Caligula : La vie, mon ami, si tu l'avais assez aimée, tu ne l'aurais pas jouée avec tant d'imprudence. » (page 135).

« Caligula : C'est drôle. Quand je ne tue pas, je me sens seul. Les vivants ne suffisent pas à peupler l'univers et à chasser l'ennui. » (page 147).

 

Quel drame ! Tous – Caligula en quête de l'absolu et de l'impossible, les protagonistes impuissants qu'ils soient serviles ou comploteurs et le lecteur – s'y enfoncent inexorablement. Et il n'y a pas de solution à cette logique absurde qui peut même se contredire et à ces actes arbitraires et méprisables. À part la mort... Et même de la mort, Caligula en rit !

Il y a cependant des passages cocasses comme celui où Caligula décide de renflouer le Trésor public (qui d'ailleurs n'en a pas besoin) avec la création d'une maison publique et l'octroi d'une distinction mensuelle de Héros civique !

Caligula ne veut plus vivre d'illusions et de malentendus et, comme il a le pouvoir, il va vivre autrement, il le peut, mais il va créer d'autres illusions et d'autres malentendus, en écrasant, humiliant, tuant. Est-ce cela la liberté ? La liberté peut-elle être au détriment des autres ?

J'ai beaucoup aimé cette lecture mais je ne vais pas embrayer sur Le malentendu tout de suite car il faut que je me remette de toute cette logique et de toute cette cruauté.

À noter que Camus a désigné Caligula et Le malentendu (théâtre), Le mythe de Sisyphe (récit) et L'étranger (roman) comme étant le Cycle de l'absurde. Il a ensuite fait de même avec Les Justes et L'état de siège (théâtre), L'homme révolté (essai) et La peste (roman) comme le Cycle de la révolte.

Camus s'est inspiré de Vies des douze Césars, l'œuvre de Suétone (historien latin né en 69 après JC et mort aux environ de 130) : après six mois de règne juste, Caligula serait devenu subitement lunatique et tyrannique, sûrement après avoir été empoisonné (il ne serait donc pas responsable de ses actes !).

Mais tout ça ne sert pas de leçon car d'autres humains après Caligula (et peut-être d'autres avant lui) en détruisant tout autour d'eux se sont détruits eux-mêmes...

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette œuvre de Camus, vous pouvez lire l'étude de Caligula sur Magister. Il y a aussi de nombreuses infos sur le site de l'UQAC (Université de Québec à Chicoutimi) et sur le Web Camus (site consacré à Albert Camus).

 

Une lecture commune avec Heide que je mets dans les challenges Petit Bac 2013 (catégorie Prénom) et Un classique par mois.

 

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 03:06

L'ange en décomposition est un roman de Yukio Mishima paru en 1970.

Je l'ai lu dans La mer de la fertilité, recueil de quatre romans publiés aux éditions Quarto Gallimard (1204 pages, 24,50 €, ISBN 2-07-076843-0, édition préfacée par Marguerite Yourcenar) et je remercie B. de m'avoir offert cette intégrale il y a quelques années (elle attendait son heure dans ma bibliothèque !).

Tennin gosui (天人五衰) a été traduit du japonais par Tanguy Kenec'hdu en 1980.

 

Yukio Mishima (三島 由紀夫), de son vrai nom Kimitake Hiraoka (平岡 公威), naît le 14 janvier 1925 à Tokyo (Japon). Il commence à écrire à l'âge de 12 ans et sort diplômé en Droit allemand de l'Université de Tokyo en 1947 mais il abandonne une carrière au Ministère des finances pour l'écriture. Il rencontre Yasunari Kawabata et fréquente les auteurs de la revue Littérature moderne. Son premier roman, Tôzoku (盗賊), paraît en 1948. Suivent d'autres romans et nouvelles. Bien qu'étant de santé fragile, il pratique le kendo. Entre 1965 et 1970, il écrit le cycle de La mer de la fertilité (Hôjô no umi 豊饒の海) : Neige de printemps (Haru no yuki 春の雪 1965-1967), Chevaux échappés (Honba 奔馬 1969), Le temple de l'aube (Hakatsuki no tera 暁の寺 1970) et L'ange en décomposition (Tennin gosui 天人五衰 1970). Puis, ayant achevé son œuvre, il se suicide (seppuku) le 25 novembre 1970.

 

Samedi 2 mai 1970, en début d'après-midi. Toru Yasunaga observe la mer de Suruga, dans la péninsule d'Ise : les bateaux, les oiseaux, les vagues, la marée, le soleil qui se cache derrière les nuages, la brume. « L'horizon ressemblait à un cerceau d'acier bleu-noir parfaitement adapté à la mer. » (page 1003). Il attend le cargo Tenro-Maru qui, en provenance de Yokohama, doit accoster à seize heures au quai de Hinode.

Shigekuni Honda, veuf depuis la mort de son épouse, Rie, voyage seul mais, à soixante-seize ans, il préfère les randonnées accessibles. Après une balade au mont Fuji et une visite à l'ange dans la forêt de Mio, il s'arrête sur la grève de Komagoe mais il est choqué par les détritus entassés. « Les rebuts de l'existence y dégringolaient pour se heurter à l'infini. La mer, un infini jamais rencontré auparavant. Les rebuts, pareils à l'homme, incapables de rencontrer leur fin sinon de la façon la plus laide et la plus sale. » (page 1006). Un peu plus loin, sur la plage, il s'approche d'une bâtisse en ciment : le poste de signalisation de Teikoku. C'est dans ce bâtiment que travaille Toru Yasunaga, orphelin, « un garçon de seize ans tout à fait convaincu qu'il n'appartenait pas à ce monde. » (page 1012).

Dans la soirée, une jeune femme de vingt-deux ans, Kinue, rend visite à Toru et lui offre une boîte de chocolats. Kinue, fille d'un très riche propriétaire terrien, est gentille mais laide. « C'était une laideur que nul ne pouvait manquer d'apercevoir. Elle défiait la comparaison avec une laideur médiocre qui, à certaines conditions de temps et de lieu, peut passer pour un genre de beauté, ou une laideur qui révèle la beauté de l'esprit. C'était là une laideur pure et simple qu'on ne pouvait décrire comme rien d'autre. C'était un don du ciel, une laideur parfaite, refusée à la plupart des filles. » (page 1015). Pourtant Kinue, après une déception amoureuse et une dépression, vit dans l'illusion d'être la plus belle personne au monde et reproche aux hommes d'avoir des désirs méprisables, d'être des animaux.

Mais Toru ne peut plus écouter Kinue car un autre cargo, le Nitcho-Maru, arrive dans la baie avec la nuit. Au même moment, dans sa maison de Hongo, Shigekuni Honda rêve d'anges : les rêves de Honda sont « lumineux et scintillants, bien plus remplis du bonheur de vivre que la vie elle-même. » (page 1054).

 

Ma phrase préférée

« À chaque instant, quelque chose se passe, […]. C'est seulement que nul n'y prend garde. Trop accoutumés que nous sommes à l'absurdité de l'existence. » (page 1005).

 

Quel bonheur de lire Mishima ! Ce livre a trop attendu sur mes étagères ! C'est tout simplement beau. L'écriture de Mishima est fluide, ample, subtile et empreinte de sagesse. L'auteur parle de la vie, du vide de la vie, de la jeunesse, de la vieillesse, de la mémoire, de la mort, de la réincarnation et le lecteur s'approche de l'illumination (satori). Bon, je n'ai pas lu La mer de la fertilité dans l'ordre puisque L'ange en décomposition est le 4e tome du cycle. Et cette tétralogie suit Shigekuni Honda donc il faudra que je lise l'intégralité dans l'ordre chronologique pour tout appréhender (apparemment Shigekuni Honda a vécu une belle amitié avec un jeune homme noble, Matsugae Kiyoaki, et il pense que Toru Yasunaga en est la réincarnation). À l'heure où je publie cet article, je n'ai pas tout à fait terminé ce roman mais ce n'est pas important car mon opinion est faite, je suis conquise et je lirai à nouveau Yukio Mishima !

 

Une très belle lecture pour les challenges Écrivains japonais et Des livres et des îles (Japon).

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 03:06

La cantatrice chauve est une pièce d'Eugène Ionesco parue en 1950 aux éditions Gallimard. Il existe plusieurs éditions, par exemple celle de Folio (que j'ai lue, avec à la suite le drame comique La leçon dont je vous parlerai une autre fois) ou celles plus récentes de Classico, de Folio théâtre, de Foliothèque, sans compter les intégrales comme Théâtre dans la collection Blanche ou Théâtre complet dans la Bibliothèque de La Pléiade.

 

La première représentation de La cantatrice chauve eut lieu le 11 mai 1950 au Théâtre des Noctambules fondé en 1894 (7 rue Champollion à Paris dans le 5e arrondissement, dans le Quartier Latin) et le metteur en scène était Nicolas Bataille (1926-2008). Depuis 1957, elle est représentée au Théâtre de la Huchette (23 rue de la Huchette à Paris dans le 5e arrondissement). Elle fait partie des pièces les plus représentées en France (et peut-être même au monde) et elle a reçu un Molière d'honneur en 1989.

 

Eugène Ionesco est né Eugen Ionescu le 26 novembre 1909 à Slatina (Roumanie). Son père était Roumain et sa mère était une Française qui a grandi en Roumanie.

Il était dramaturge et écrivain dans les deux langues, roumain et français. Il a aussi écrit quelques poèmes et dans les années 1980, il a commencé à dessiner, à peindre et à réaliser des lithographies.

Entre 1913 et 1942, il a vécu soit en France soit en Roumanie selon les vicissitudes de la vie (séparation de ses parents, remariage de son père, études, guerre...).

En 1928, lors de ses études de français à Bucarest, il a rencontré Émile Michel Cioran et Mircea Éliade qui deviendront deux autres grands auteurs roumains, exilés aussi en France (puis aux États-Unis pour Éliade) et écrivant également en français. Il a aussi rencontré Rodica Burileanu, une étudiante en philosophie et en droit qui deviendra son épouse en 1936.

Dès 1934, à la fin de ses études, Ionesco a enseigné le français à Bucarest et en 1938, il a obtenu une bourse pour étudier à Paris (thèse de doctorat sur les thèmes du péché et de la mort dans la poésie moderne depuis Baudelaire).

En mai 1942, Ionesco et son épouse se sont installés définitivement en France. Marie-France, leur fille unique, y est née le 26 août 1944 et Ionesco a travaillé comme correcteur pour une maison d'éditions juridiques jusqu'en 1955.

Parallèlement à ce travail, il commença à écrire des pièces dès 1947 mais il connut le succès en 1959 avec Rhinocéros paru aux éditions Gallimard (il est – avec Samuel Beckett – le père du théâtre de l'absurde) et il entra à l'Académie française en 1970.

Eugène Ionesco se considérait comme un « anti-auteur » qui écrivait des « anti-pièces ». Il est en fait un avant-gardiste, déjà reconnu de son vivant comme un auteur classique, et aussi un auteur engagé qui a lutté contre tous les totalitarismes (ce qui le rapproche d'Albert Camus).

Il est mort le 28 mars 1994 à Paris laissant une œuvre conséquente. Du théâtre avec parmi ses titres les plus célèbres La cantatrice chauve (1950), Les chaises (1952), Le maître (1953), Le tableau (1955), Rhinocéros (1959), Le roi se meurt (1962), etc., un recueil de nouvelles : La photo du colonel (1962), un roman : Le solitaire (1973, un livret d'opéra : Maximilien Kolbe (1985) et quelques essais.

Plus d'infos sur http://www.ionesco.org/, un site consacré à Eugène Ionesco et son œuvre, créé en 1997 par Søren Olsen et rédigé en français, danois et anglais.

 

J'ai lu beaucoup de titres de Ionesco il y a une trentaine d'années, j'étais à fond dans son œuvre, j'adorais son théâtre, son sens de l'absurde et j'ai lu tout ce que j'ai trouvé à l'époque puis je ne l'ai plus (re)lu mais j'en ressentais parfois l'envie. Le challenge ABC critiques 2012-2013 de Babelio se termine le 12 septembre (demain) et j'ai remarqué que je n'avais pas d'auteur pour la lettre I : ce fut donc l'occasion pour moi de relire in extremis Ionesco ! Et j'ai choisi La cantatrice chauve parce que c'est son premier livre, sa première pièce (autant reprendre par le début !).

 

Il y a six personnages :

Monsieur et Madame Smith, un couple d'Anglais vivant à Londres et se comportant de façon très anglaise et Mary, leur bonne.

Monsieur et Madame Martin, un autre couple d'Anglais, vivant à Londres mais originaires de Manchester.

Le capitaine des pompiers qui apparemment est le petit ami de Mary.

 

« Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. [...] Un long moment de silence anglais [...] » (page 11). J'adore ! Ah, le silence anglais...

Monsieur Smith lit le journal et ne répond à son épouse qu'en faisant claquer sa langue. Madame Smith raccommode des chaussettes et parle de leur excellent repas du soir : un repas anglais bien sûr et il faut bien manger du poisson frais car « ça fait aller aux cabinets » (page 12), bon sang, c'est à pisser de rire, puis de leurs enfants et petits-enfants, puis de choses et d'autres. La conversation est en fait d'abord un monologue de Madame Smith, qui parle de manière mécanique, c'est vraiment étrange, presque dérangeant. Et quand Monsieur Smith prend la parole, ce n'est pas piqué des hannetons (ou des vers, comme vous voulez) : « Un médecin consciencieux doit mourir avec le malade s'ils ne peuvent pas guérir ensemble. » (page 14), de la même façon qu'un capitaine de bateau périt avec son bateau. Il doit y avoir pénurie de médecins en Angleterre, et peut-être même de commandants de bateaux ! Au bout d'un moment, Monsieur Smith s'énerve : « Je ne peux pas tout savoir. Je ne peux pas répondre à toutes tes questions idiotes ! » (page 20). Quel couple charmant...

Heureusement arrive la bonne, Mary. Elle a passé une excellente journée car elle a été au cinéma avec son amoureux. Mais, devant la porte, elle a trouvé Monsieur et Madame Martin qui étaient invités pour le repas du soir et qui n'ont pas osé entrer car la bonne (absente donc) n'était pas venue leur ouvrir... Oh punaise ! J'y crois pas !

Pendant que les époux Smith vont se changer (ils portaient déjà leurs vêtements de nuit), les Martin entrent et attendent le retour de leurs amis. Leur conversation est tout aussi surréaliste et absurde que celle des Smith !

Lorsque les Smith viennent rejoindre les Martin (d'ailleurs sans s'être changés), c'est une succession de conversation gênée et de silences entrecoupés par des coups de sonnette à la porte. C'est le capitaine des pompiers avec « un énorme casque qui brille et un uniforme » (page 43).

 

Mon passage préféré : c'est juste après la « fable expérimentale » avec le bœuf et le chien.

« Mme Martin : Quelle est la morale ?

Le pompier : C'est à vous de la trouver. » (page 56).

 

À méditer

« Mme Smith : J'aime mieux un oiseau dans un champ qu'une chaussette dans une brouette. » (page 73).

« M. Martin : Le papier c'est pour écrire, le chat c'est pour le rat. Le fromage c'est pour griffer. » (page 74).

Et il y en a d'autres !

 

C'est en consultant L'anglais sans peine de la méthode Assimil (dialogues bizarres, phrases qui n'ont pas de rapport les unes avec les autres) que Ionesco a eu l'idée de cette pièce dramatique en un acte de 11 scènes, une « anti-pièce » comme il dit.

Il y met aussi sans en parler toute la gravité de la guerre et montre l'interchangeabilité des humains.

Le lecteur (le spectateur aussi) côtoie deux couples d'Anglais dans la plus pure tradition anglaise mais leurs répliques sont de plus en plus surréalistes, pleines de dérision et de non-sens.

C'est sûr, Ionesco manie l'absurde à la perfection ! Et le dénouement, tonitruant, est surprenant, déroutant.

Les propos sont saugrenus, et même incohérents (comme la pendule qui sonne n'importe quoi n'importe quand), ça saute du coq à l'âne, il faut suivre... ou pas !

Au départ, le titre était L'anglais sans peine et le lecteur se demande pourquoi la cantatrice chauve ? On l'apprend grâce au pompier qui confond institutrice blonde et cantatrice chauve !

Je vais (re)lire dès que possible d'autres pièces de Ionesco, c'est sûr et certain.

 

Sur UbuwebSound, il est possible d'entendre Eugène Ionesco lire La cantatrice chauve ainsi que La leçon.

Une lecture pour les challenges ABC critiques 2012-2013Bookineurs en couleurs (couverture blanche), Littérature francophone (Roumain qui écrit en français) et Un classique par mois.

 

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 03:45

Le convoi de l'eau est un roman d'Akira Yoshimura paru aux éditions Actes Sud en janvier 2009 (176 pages, 16,30 €, ISBN 978-2-7427-7150-9). Je l'ai lu dans la collection poche Babel paru en mai 2011 (174 pages, 6,50 €, ISBN978-2-7427-9777-6). Mizu no sôretsu (水の葬列 1976) est traduit du japonais par Yutaka Makino.

 

Akira Yoshimura (昭 吉村) est né le 1er mai 1927 à Tokyo (Japon). Il est auteur de plusieurs romans et a reçu de nombreux prix littéraires. Son épouse, Setsuko Tsumura (津村 節子), est également auteur. Il est mort le 31 juillet 2006 (il avait un cancer du pancréas).

 

Dans une vallée encore inexplorée, un hameau de grandes maisons est découvert après le crash d'un bombardier américain durant la deuxième guerre mondiale. Les habitants de ce village sont-ils des descendants de bannis qui vivraient là depuis plus de 300 ans ?

Mais le site de la rivière K. est idéal pour installer des barrages d'exploitation de l'électricité et les travaux du quatrième barrage, le K4, vont commencer.

Pour cela treize ingénieurs et soixante ouvriers sont envoyés à travers cette vallée méconnue, encordés pour éviter un accident.

Le narrateur, qui vient de passer quatre ans en prison, s'est fait embauché parmi ces ouvriers.

Les habitants du hameau vivent différemment, ils ont des traditions, des lois et ne souhaitent pas avoir de contacts avec les hommes du chantier. Que vont-ils faire lorsqu'ils seront expropriés, que feront-ils de l'argent reçu en échange et où iront-ils ?

Plus le narrateur les observe, plus il se sent proche d'eux.

 

« Au fur et à mesure que nous descendions le chemin qui serpentait, le torrent manifestait sa présence dans un murmure qui montait discrètement du ravin entre les arbres dressés à flanc de montagne, tandis que les maisons du hameau apparaissaient enfin dans leur totalité. » (page 14).

« On en fait jamais de manière face à la mort d'un homme sur un chantier. On se contente simplement des formalités indispensables. Se faire écraser par un convoi est fréquent, mais dès que le corps est dégagé, le convoi repart précipitamment sur ses rails et disparaît au fond de la galerie toujours éclaboussée de sang. C'est dire si la conduite des travaux ne tolère aucun arrêt en quelque endroit que ce soit. » (page 26).

« Et même si j'approchais de la quarantaine, j'avais senti le froid me gagner à l'idée que cette cruauté était peut-être restée tout ce temps au fond de moi, formant un noyau dur. » (page 40).

« On leur donnerait une forte somme d'argent pour quitter les lieux. Mais le drame en réalité prenait sa source dans cette indemnité. » (pages 110-111).

« Puissiez-vous vivre des jours paisibles. » (page 130).

 

En lisant ci-dessus les extraits de ce magnifique roman, vous avez peut-être visualisé l'évolution non seulement du récit mais aussi du narrateur. Dans un style sombre et précis, l'auteur décrit avec précision et fluidité la vallée vue d'en haut, le village minuscule en bas au loin, le groupe dans lequel tous (ingénieurs et ouvriers) sont liés (par une corde), la fatigue à cause de la difficile descente et des campements rustiques sur plusieurs jours, le danger continuel (la nature et le chantier), le hameau et la découverte (de loin) de ses habitants, le démarrage des travaux, un accident, un peu de bonheur (une source chaude) avec toujours en toile de fonds la vallée, la nature, l'eau, les arbres, la symbiose entre les habitants et le milieu dans lequel ils se sont confondus.

J'ai lu une interview de sa veuve qui explique qu'il partait seul, dans des endroits reculés, pour observer, s'imprégner de la magie des lieux et pouvoir la retranscrire dans ses romans. Eh bien, c'est vraiment réussi ! C'est même la perfection !

Et puis il y a l'introspection du narrateur (je ne vous dirai pas ce qu'il a vécu et pourquoi il a été en prison, je vous laisse le découvrir), et c'est parce qu'il a vécu cette introspection qu'il peut enfin tourner son regard vers les autres : pas en direction des ouvriers du chantier, non, ils sont trop proches de son passé, de la ville, de sa vie d'avant, non, en direction des habitants du hameau, et il va les épier, les comprendre, les aimer même.

En lisant ce court roman, la mélancolie s'est emparée de moi : d'abord, ce que je lisais était beau, ensuite, ce que j'imaginais n'existait plus, englouti par les eaux, comme dans un mini-déluge. Je crois qu'il existe une mélancolie de l'eau, je n'explique pas trop pourquoi, sûrement parce qu'elle est indispensable, elle est la vie, elle est la mort...

 

Akira Yoshimura était un auteur que je ne connaissais pas et que j'ai découvert grâce à des participants du Dragon 2012 (les liens vers leurs notes de lectures ici). En fait, je le connaissais de nom car le film L'anguille (うなぎ Unagi) réalisé par Shôhei Imamura (今村 昌平) est inspiré de son roman Liberté conditionnelle (仮釈放).

J'ai enfin lu Akira Yoshimura pour le challenge d'Adalana, Écrivains japonais, et je suis très enthousiaste. Je vais lire d'autres titres de lui, c'est sûr et certain !

 

Du même auteur

1990, Philippe Picquier : Les drapeaux de Portsmouth (ポーツマスの旗 Pôtsumasu no hata)

2001, Actes Sud : Liberté conditionnelle (仮釈放 Karishakuhô)

2002, Actes Sud : La jeune fille suppliciée sur une étagère (少女架刑 Shôjo kakei)

2004, Actes Sud : La guerre des jours lointains (遠い日の戦争 Tôi hi no sensô)

2004, Actes Sud-Babel : Naufrages (破船 Hasen)

2006, Actes Sud : Voyage vers les étoiles (星への旅 Hoshi he no tabi) précédé de Un spécimen transparent (とめいひょぼん Tomei hyobon)

2009, Actes Sud : Le convoi de l'eau (水の葬列, Mizu no sôretsu)

2010, Actes Sud : Le grand tremblement de terre du Kantô (関東大震災 Kantôdaishinsai)

2012, Actes Sud : L'arc-en-ciel blanc (白い虹 Shiroi niji)

 

Je mets cette lecture dans les challenges ABC 2012-2013 (lettre Y), Des livres et des îles (Japon), Je lis des nouvelles et des novellas (roman court) et Tour du monde en 8 ans (Japon).

PS du 2 septembre : Monsieur l'a lu et bien apprécié sauf les passages où le narrateur pense à ce qui s'est passé avec son épouse et ses enfants. Ce n'était pas utile, ça fait pièce rapportée, il aurait été préférable que le récit reste documentaire et contemplatif.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 03:47

Les Justes est une pièce de théâtre en 5 actes d'Albert Camus parue en 1950 aux éditions Gallimard : dans la collection Blanche en mars 1950 (c'est cette édition que j'ai lue, 212 pages), édition reliée en juin 1950, réédition en septembre 1966, Folio n° 477 en novembre 1973, Folio Théâtre n° 111 en mai 2008, Folio Plus Classiques n° 185 en janvier 2010.

 

Première représentation le 15 décembre 1949 au Théâtre Hébertot (78 bis boulevard des Batignolles, Paris, 18e arrondissement) dans une mise en scène de Paul Œttly (comédien et metteur en scène de théâtre né le 25 juin 1890 à Constantine en Algérie et mort le 17 mars 1959 à Cliousclat dans la Drôme).

 

Albert Camus : je vous renvoie au Lundi philo – 9 : Albert Camus de juin 2013 sur l'homme et l'auteur.

 

Cette note de lecture est différente de celles que je publie généralement. J'ai en fait noté mes réactions en même temps que le résumé et les extraits. Du coup, c'est (très) long (c'est sûrement l'article le plus long que j'aie écrit sur ce blog !). Évidemment, je raconte l'histoire donc ne lisez pas jusqu'au dernier acte si vous souhaitez découvrir un jour ce livre. Mais rassurez-vous, je n'ai pas dévoilé la fin, quand même ! Je ne pourrais pas dire si j'ai fait une analyse poussée de ce récit ou si j'ai simplement donné des idées, des sentiments, mais j'espère que cela vous donnera envie de lire Les Justes et les autres œuvres d'Albert Camus. De mon côté, j'ai adoré cette lecture qui m'a fait réfléchir et je pense que je lirai bientôt Caligula (lecture commune prévue par Heide avec Lee Rony et proposée pour septembre, à confirmer, et si vous souhaitez vous joindre à nous).

 

Moscou, Russie. Février 1905.

Acte 1. « L'appartement des terroristes. Le matin. » (page 12).

Dora Doulebov et Boris Annenkov (surnommé Boria) attendent une visite. Un coup de sonnette puis deux autres coups. C'est lui, c'est Stepan Fedorov ! Il avait été arrêté et il a passé trois ans au bagne avant de fuir pour la Suisse mais il n'y était pas heureux et le parti l'a renvoyé en Russie pour une mission.

« La liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme est asservi sur la terre. J'étais libre et je ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves. » (page 16).

L'objectif de ce « groupe de combat du parti socialiste révolutionnaire » (page 19) est de tuer le grand-duc Serge (oncle du tsar) et d'abattre la tyrannie afin de « hâter la libération du peuple russe » (idem).

« Que dois-je faire ? » demande Stepan (page 19) : je m'interroge, est-on libre quand on doit demander ce qu'on doit faire à quelqu'un ? Peut-on penser qu'on va libérer tout un peuple (et le monde entier) quand on n'est pas libre de ses pensées et de ses actes ?

Les camarades pour maintenir la liaison avec le Comité Central sont Alexis Voinov qui était aussi en Suisse et Ivan Kalyayev (surnommé Yanek ou le Poète) : Yanek pense que « la poésie est révolutionnaire » (page 21), Stepan pense que « la bombe seule est révolutionnaire » (idem). Qui a raison ? Ont-ils raison tous les deux ? D'autant plus que Stepan, lui, veut assez de bombes pour faire sauter Moscou ! Un peu mégalomane, non ?

« Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu'il faut. » (Stepan, page 26). Ment-on aussi à ses camarades ? Se ment-on à soi-même ? Si on le fait bien, on peut certainement se persuader et persuader les autres qu'on a raison...

« J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre. Maintenant, je suis heureux. » (Alexis, page 28).

Si Alexis a un côté romantique, Yanek est un optimiste, il aime le bonheur : « Il faut être gaie, il faut être fière. La beauté existe, la joie existe ! » (à Dora, page 33).

Stepan veut lancer une des deux bombes sur le grand-duc mais ce sont Alexis et Yanek qui ont été désignés et la règle doit être respectée même si elle est dure : ah, l'exaltation... (Yanek qui aime la vie mais qui pense au sacrifice de sa vie), ah, l'orgueil... (Stepan, qui aime « la justice qui est au-dessus de la vie », page 41).

Mais ils ont une justification qui leur paraît imparable : « nous tuons pour bâtir un monde où plus jamais personne ne tuera ! Nous acceptons d'être criminels pour que la terre se couvre enfin d'innocents. » (Yanek, page 46) : quel orgueil, quelle démence !

« Mourir pour l'idée ; c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée. C'est la justification. » (Yanek, page 48) : décidément, les terroristes, qu'ils soient politiques ou religieux n'ont qu'un résultat en tête, mourir en emportant d'autres vies (le plus de vies ?) avec eux. Et pourquoi ? Pour l'idée ! Une idée qui leur a souvent été inculquée de force quoi qu'ils en disent (endoctrinement, lavage de cerveau...).

 

Acte 2. « Le lendemain soir. Même lieu. » (page 60).

Dora et Boris sont dans l'appartement. Ils attendent que la calèche du grand-duc passe. Ils sont un peu tristes de ne pas être dans l'action mais Dora fabrique les bombes et Boris est le chef, ils doivent donc rester en vie. Ils ont l'air calme mais ils ont peur. Ils guettent... « Comme c'est long. » (Boris, page 66). Mais rien, pas de bruit, pas d'explosion, que s'est-t-il passé ?

« Frères, pardonnez-moi . Je n'ai pas pu. » (Yanek « dans l'égarement », page 69). Il n'a pas pu, effectivement, parce qu'alors que le grand-duc devait être seul, il y avait des enfants dans la calèche, le neveu et la nièce du grand-duc, ainsi que la grande-duchesse. « Mon bras est devenu faible. Mes jambes tremblaient. Une seconde après, il était trop tard. » (pages 73-74). Le Poète a donc du cœur, il a une âme ! « Boria, je ne suis pas un lâche, je n'ai pas reculé. Je ne les attendais pas. Tout s'est passé trop vite. Ces deux petits visages sérieux et dans ma main, ce poids terrible. C'est sur eux qu'il fallait le lancer. Ainsi. Tout droit. Oh, non ! Je n'ai pas pu. » (page 74).

Chacun comprend Yanek et, pour le réconforter, avoue qu'il aurait fait la même chose mais Stepan, lui, est fort mécontent : deux mois de perdus dans cette mission non accomplie ! « Je n'ai pas assez de cœur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera. » (page 80). Il vient de déplorer la perte de deux hommes (un arrêté et un pendu) et il veut tuer des enfants... Folie...

Le dialogue à ce moment-là est extrêmement intéressant :

« Dora : Ce jour-là, la révolution sera haïe de l'humanité entière.

Stepan : Qu'importe si nous l'aimons assez fort pour l'imposer à l'humanité entière et la sauver d'elle-même et de son esclavage.

Dora : Et si l'humanité entière rejette la révolution ? Et si le peuple entier, pour qui tu luttes, refuse que ses enfants soient tués ? Faudra-t-il le frapper aussi ?

Stepan : Oui, s'il le faut, et jusqu'à ce qu'il comprenne. Moi aussi, j'aime le peuple. » (page 81).

Voilà, tout est dit. Si le peuple refuse de comprendre et n'accepte pas d'être endoctriné, brimé (d'une autre façon que celle qu'il subit actuellement), on lui imposera l'idée, on lui prouvera qu'il a tort, on le fera taire, on le détruira. Plus loin, Stepan tient en plus des propos sexistes contre Dora qui est la seule femme du groupe. Je pense qu'à l'époque de la parution des Justes, Albert Camus a lancé un pavé dans la mare pour éclabousser tous ceux qui soutenaient haut et fort le régime communiste soviétique. Parce qu'Albert Camus refuse la barbarie ; pour lui, la fin ne justifie pas les moyens et la vie est plus importante que tout. Et je suis d'accord avec lui, d'autant plus qu'on sait ce qu'ont fait ces régimes en Russie, en Chine, au Vietnam, au Cambodge et ailleurs. De plus, Camus a écrit ce texte au sortir de la deuxième guerre mondiale et il y avait eu déjà tant d'horreurs (les camps de la mort, les deux bombes nucléaires sur le Japon, etc.).

Il y a d'ailleurs conflit entre les membres car ils pensent différemment bien qu'ils fassent partie du même groupe, de la même cause :

« Boris : Des centaines de nos frères sont morts pour qu'on sache que tout n'est pas permis.

Stepan : Rien n'est défendu de ce qui peut servir notre cause. » (page 82).

Et plus loin :

« Dora : Même dans la destruction, il y a un ordre, il y a des limites.

Stepan, violemment : Il n'y a pas de limites. La vérité est que vous ne croyez pas à la révolution. » (pages 84-85).

C'est typique de retourner sa violence (sa haine) contre les autres, de les humilier, de leur faire croire qu'ils ne sont pas dignes...

Mais Yanek n'est pas dupe :

« […] derrière ce que tu dis, je vois s'annoncer un despotisme qui, s'il s'installe, fera de moi un assassin alors que j'essaie d'être un justicier. » (page 85).

Comme il a raison ! Et tout ce qui s'est passé en Russie puis en Union Soviétique (et ailleurs) le prouve. Des millions de gens ont ignoré l'innocence (comme le préconise Stepan page 87) et ont installé une justice bien différente de celle qui avait été pensée au départ, quoique...

Et ces paroles prémonitoires (je rappelle, écrites en 1949) :

« Pour savoir qui, de toi ou de moi, a raison, il faudra peut-être le sacrifice de trois générations, plusieurs guerres, de terribles révolutions. Quand cette pluie de sang aura séché sur la terre, toi et moi serons mêlés depuis longtemps à la poussière. » (Yanek, page 88).

 

Acte 3. « Même lieu, même heure, deux jours après. » (page 96).

Même projet de jeter deux bombes sur la calèche du grand-duc qui va au théâtre. Mais deux jours ont passé, les cerveaux ont cogité, la fatigue s'est accumulée, Alexis a honte, il a peur, et il a honte d'avoir peur, il ne se sent pas capable de rassembler son courage une deuxième fois, il n'a pas la force, il se sent « faible comme un enfant » (page 104), il est désespéré, il se sent lâche, inutile et préfère quitter le groupe. Tiens, lui aussi aurait un cœur, une âme !

De son côté, Yanek est également torturé. Ce n'est pas simple de tuer. Même si on a l'idée et le courage. Il y a la haine aussi. Et la haine, ce n'est pas bon pour le bonheur...

Les personnages sont tous faces à eux-mêmes, ils sont confrontés à leur conscience, à ce qu'ils auraient fait. Ainsi cet acte, axé sur le questionnement, est plus introspectif. Qu'arrive-t-il quand on s'est enfin posé, qu'on a pu faire le point, seul, et qu'on a réfléchi par soi-même, en dehors de toute organisation ? On pense qu'on est lâche mais, en fait, on a plus ou moins compris que tout ça est inutile, futile... Voilà pourquoi les groupes intégristes envoient immédiatement leurs tueurs, sans qu'ils aient le temps de penser par eux-mêmes, de réfléchir à l'inutilité de leur acte, car ils reviendraient sûrement sur leur décision ! D'ailleurs, leur décision... ou la décision que les autres ont prise à leur place ?

Car le peuple que ces terroristes disent aimer, ce peuple... « Le peuple se tait. Quel silence, quel silence... » (Dora, page 118).

Oh ! Au moment où je lisais « Sept heures sonnent. » (page 130), sept heures ont vraiment sonné !

Et quand la calèche du grand-duc passe, il y a une explosion. Boria qui remplaçait Alexis n'a pas jeté sa bombe mais Yanek a lancé la sienne. « Yanek a réussi. Réussi ! O peuple ! O joie ! » (Stepan, page 131). Dora, elle, s'effondre en larmes ; la bombe qu'elle a fabriquée a tué...

 

Acte 4. « Une cellule dans la Tour Pougatchev à la prison Boutirki. Le matin. » (page 134).

Yanek rencontre Foka, un pauvre bougre qui a attrapé une hache et tué trois hommes pour avoir un peu d'eau... Il en a pris pour vingt ans et, accompagné d'un gardien, il nettoie les cellules des autres condamnés. Yanek qui a 23 ans calcule que s'il en prend également pour vingt ans, il en sortira avec les cheveux gris. Foka ne comprend pas l'acte de Yanek, il le voit comme un barine (un homme supérieur, un propriétaire terrien). Pourquoi n'a-t-il pas profité de sa situation ? Pourquoi a-t-il commis pareille folie ? Foka pense que l'idée dont parle Yanek est « le royaume de Dieu » (page 143).

Eh oui, qu'on le veuille ou non, qu'on soit croyant ou non, les idées communistes (partage, communauté, amour, égalité, etc.) sont calquées sur les idées chrétiennes, la violence en plus ! Alors, à quoi bon créer une nouvelle doctrine qui existait déjà ? Parce qu'avec l'athéisme, des penseurs ont voulu une doctrine politique et économique plutôt que religieuse. Et alors, qu'est-ce que ça a donné ? Pareil et même pire !

Mais Foka, se rendant compte que Yanek va être pendu, s'éloigne de lui ; en effet, c'est lui le forçat qui pend les condamnés et en échange de chaque pendu, il gagne une année de liberté. « Oh, ce ne sont pas des crimes, puisque c'est commandé. Et puis, ça leur est bien égal. Si tu veux mon avis, ils ne sont pas chrétiens. » (Foka, page 147). Le bon sens populaire qui n'a que faire d'une révolution... Travail, efficacité, satisfaction, esprit tranquille !

Au moment où le gardien et le prisonnier partent, Skouratov entre dans la cellule de Yanek. Skouratov est « directeur du département de police » (page 150) et il souhaite aider Yanek à obtenir la grâce. Bien sûr, Yanek n'en veut pas, il est fier de ce qu'il a fait au nom du parti, au nom de ses idées, mais Skouratov insiste (il est de toute façon en position de force).

« Que voulez-vous, je ne m'intéresse pas aux idées, moi, je m'intéresse aux personnes. » (page 156).

Évidemment, Skouratov veut que Yanek dénonce ses camarades pour avoir la vie sauve !

« Yanek : Ai-je bien compris ?

Skouratov : Sûrement. Ne vous fâchez pas encore. Réfléchissez. [...] » (page 158).

Yanek ne lâche pas le morceau mais la grande-duchesse veut le voir !

« Yanek : Je ne veux pas la voir.

Skouratov : Je regrette, elle y tient. Et après tout, vous lui devez quelques égards. On dit aussi que depuis la mort de son mari, elle n'a pas toute sa raison. Nous n'avons pas voulu la contrarier. […] La voilà. Après la police, la religion ! On vous gâte décidément. » (page 161).

Quelle préparation mentale ! Et puis, que Yanek soit d'accord pour rencontrer la grande-duchesse ou pas, est-ce lui qui va en décider ? Il n'a aucun pouvoir, en cellule ; ses idées, le parti n'y ont aucun pouvoir !

« Yanek : Taisez-vous.

La grande-duchesse : Pourquoi ? Je dis la vérité. » (pages 165-166).

Pravda. La vérité. Tranchant.

Yanek ne se démonte pourtant pas, il regimbe par ses mots, il ne se sent pas criminel car il a été forcé au crime par ceux qui martyrise le peuple, il voit la grande-duchesse comme une figure religieuse donc une ennemie, il ne veut pas prier, il ne veut pas se repentir, il ne veut pas de la Sainte Église, il veut mourir, il veut mériter et accepter son jugement et son sort. Mais l'amour et la douleur les réunit en paroles et la grande-duchesse est plus maline que lui :

« La grande-duchesse : Je vais vous laisser. Mais […] Je demanderai votre grâce.

Yanek : Je vous en supplie, ne le faites pas. Laissez-moi mourir ou je vous haïrai mortellement.

La grande-duchesse : Je demanderai votre grâce, aux hommes et à Dieu.

Yanek : Non, non, je vous le défends. » (page 175-176).

Yanek a le dernier mot en paroles mais la grande-duchesse aura le dernier mot en acte. Quelle classe, cette grande-duchesse ! Quelle femme ! Quelle grandeur d'âme ! L'âme de la Russie !

Mais qui aura le dernier mot tout à la fin ? Skouratov a pensé à un plan diabolique.

« J'attendrai la défaillance. […] Ne vous pressez-pas. Je suis patient. » (page 178).

 

Acte 5. « Un autre appartement, mais de même style. Une semaine après. La nuit. » (page 180).

Dora, Boris, Alexis (de retour) et Stepan attendent de connaître la décision du tsar. Yanek s'est-il repenti comme la grande-duchesse l'a fait dire partout ? A-t-il demandé sa grâce ? Les a-t-il trahis ? Ou faut-il croire ce qu'il a dit au Tribunal et ce qu'il leur a écrit ? Doute... Espoir... Effroi... Colère...

« La Russie entière est en prison. Nous allons faire voler ses murs en éclats. » (Boris, page 195).

« […] il faut marcher. On voudrait s'arrêter. Marche ! Marche ! » (Dora, page 196).

Camper sur ses positions pour ne pas avoir peur, pour ne pas se sentir coupable, et aller au bout de la colère et de la folie car on ne peut ni s'arrêter ni faire demi-tour...

 

Je sais que mon article est très long mais c'est venu comme ça en lisant Les Justes, une œuvre qui paraît simple mais qui est d'une grande profondeur, importante (indispensable même) et complexe tout en étant abordable et agréable à lire. Camus, bien que venant d'une famille pauvre, était considéré par les socialistes comme un moraliste, donc un bourgeois qui écrivait contre le peuple qu'il avait rejeté et trahi. Pourtant, plus de 60 ans après cette pièce, on sait ce qui s'est passé en Union Soviétique (et ailleurs), pas tout mais ce qu'on sait est déjà plus qu'horrible, et j'imagine le courage qu'il a fallu pour écrire, publier et jouer cette pièce, le parti communiste étant à l'époque très puissant et les intellectuels le soutenant fort nombreux. Respect, monsieur Camus.

 

Une lecture pour le challenge Un classique par mois.

 

PS : cet article contient 3077 mots et 13870 caractères (16870 caractères en incluant les espaces, soit 300 espaces).

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 03:49

Le lutteur de sumo est un roman de Daniel Picouly paru aux éditions Flammarion dans la collection Castor poche (n° 582) en mars 1997 (127 pages, apparemment épuisé, ISBN 2-08-164256-5). Les illustrations sont de Marcelino Truong.

 

Daniel Picouly est né le 21 octobre à Villemomble en Seine-Saint-Denis. Il est écrivain (depuis 1992), scénariste de bandes dessinées et comédien. Il a présenté une émission littéraire et culturelle sur France 5, Café Picouly, que j'ai aperçue une fois ou deux (auparavant Café littéraire sur France 2).

 

Marcelino Truong est né le 5 février 1957 à Manille aux Philippines, d'un père vietnamien et d'une mère française mais il a grandi aux États-Unis, au Vietnam (lire Une si jolie petite guerre, un roman graphique sur sa vie à Saïgon dans les années 60), en Angleterre et en France. Il est diplômé de Sciences-Po et agrégé d'anglais. Il est auteur, illustrateur, dessinateur de bandes dessinées et peintre.

Plus d'infos sur http://www.marcelinotruong.com/.

 

Hondo et ses copains du Club des Ruines, Édito et Jo, se réunissent dans un entrepôt qui a brûlé près du canal. Faussette qui ne fait pas partie officiellement du club, les suit et reste à l'extérieur pour dessiner. L'affaire est grave : leur amie Musique a perdu le goût à la vie depuis qu'elle a vu dans le journal une photo de son amoureux avec une jeune chanteuse.

Hondo va retrouver Stella, et Musique n'a rien à craindre d'elle puisqu'elle est fiancée à son parolier, Marc.

Mais Takano, le lutteur de sumô qu'elle a rencontré il y a deux ans, ne répond plus aux lettres de Musique. C'est Hitsui, le manager, qui est responsable. Vite, la petite équipe doit agir avant la finale qui a lieu à Bercy ce soir !

 

Ayant été déçue par Le sumo qui ne pouvait pas grossir, d'Éric-Emmanuel Schmitt, j'étais curieuse de lire ce lutteur de sumo et c'est une charmante histoire, un peu abracadabrante toutefois (les lutteurs de sumô n'étant venus qu'une fois à Paris – en 1995 – pour un tournoi d'exhibition) qui plaira assurément aux jeunes lecteurs. En fait, cette histoire fait partie d'une série, Hondo mène l'enquête, qui contient trois intrigues policières pour la jeunesse : Cauchemar pirate, Le lutteur de sumo et La Coupe du Monde n'aura pas lieu. C'est le premier livre que je lis de Daniel Picouly et j'aime bien son écriture alors je lirai peut-être d'autres titres de cet auteur.

 

Une petite lecture pour les challenges Jeunesse & young adults # 2, Lire sous la contrainte (mot étranger avec sumo) et Thrillers et polars.

 

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 06:21

Une moitié de Wasicun est un roman de Jean-François Chabas paru aux éditions Casterman poche en mai 2013 (174 pages, 5,75 €, ISBN 978-2-203-06464-5).

 

Jean-François Chabas est né en 1967 à Neuilly sur Seine (Hauts de Seine) et il vit au Pays Basque. Il a exercé plusieurs métiers avant de se consacrer à l'écriture. Son premier roman est Une moitié de Wasicun en 1995. Une quarantaine d'autres a suivi depuis et pourtant je ne connaissais pas cet auteur !

 

Alors je remercie Brigitte et les éditions Casterman de m'avoir envoyé ce roman.

 

Hervé Blondon qui illustre ce roman est né en 1968 à Montélimar (Drôme) mais il vit depuis 1994 à Montréal (Canada).

Plus d'infos sur http://herveblondonillustration.com/.

 

Ebenezer Bragshaw, surnommé Eby ou Eb, a 13 ans. Il vit seul avec sa mère, une Indienne Sioux Dakota, depuis dix ans que son père, Blanc, ingénieur des Eaux et Forêts, a été tué par un chasseur. Il habite dans une cabane, construite par ce père qu'il a si peu connu, près des monts Absaroka dans le Wyoming. Il est élevé en Wasicun (Blanc) et il fréquente, comme son meilleur ami, Jim Penchak, l'école de Rainbird. Il ne connaît pas la culture de ces ancêtres indiens mais il connaît bien la forêt.

« Nous passons notre temps à courir les bois, et ça personne ne peut nous le voler. » (page 10).

Après être tombée d'une échelle, No-Word, la mère d'Eby est hospitalisée pour plusieurs semaines dans l'hôpital où elle est infirmière. Pony-Head, sa sœur, vient alors s'occuper d'Eby.

Un jour, Eby et Jim surprennent trois chasseurs qui tuent des cerfs rouges dans le parc de Yellowstone... Puis un matin, très tôt, ils observent un homme géant, chauve, à moto ; il est armé et a une ouïe très fine. Plus tard, Eby retournera voir ce que l'homme a enterré : un vieux calumet, mais lorsqu'il veut le montrer à sa tante le lendemain, le paquet enterré a disparu. Le grand-père d'Eby, Tate Topa – ou John Blacksmith – se montre toutefois intéressé car il y a eu des vols dans la réserve indienne de Cheyenne River et deux Indiens ont été tués.

« Chez nous, les Sioux, le calumet est l'objet le plus sacré. Il sert dans les cérémonies religieuses. Certains sont très anciens et n'ont pas de prix pour nous. Ils sont le symbole de l'âme indienne. » (pages 55-56).

 

Une moitié de Wasicun est un agréable roman d'aventure pour découvrir la culture indienne et la vie dans le Wyoming : si l'ours attaque, c'est qu'il a une raison.

« Les derniers rayons de soleil glissaient sur les jeunes feuilles et les bourgeons, leur donnant une teinte cuivrée. » (page 102).

C'est aussi une enquête policière menée en partie avec Mazaska, le shérif de la réserve de Cheyenne River.

 

Une lecture pour les challenges Amérindiens, Animaux du monde (ours), Jeunesse & young adults # 2 et Premier roman.

 

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 12:32

Aujourd'hui, c'est le 130e anniversaire de la naissance de Franz Kafka : il est né le 3 juillet 1883 à Prague, capitale de la Bohème dans l'empire d'Autriche-Hongrie.

Je me rappelle avoir beaucoup aimé Le château, Dans la colonie pénitentiaire et La métamorphose, j'avais été impressionnée et j'ai bien envie de relire cet auteur de langue allemande. Alors voici un petit challenge !

 

Le challenge Kafka va débuter ce jour, 3 juillet 2013, et se terminera le 3 juin 2014.

Pourquoi cette date ? Parce que ce jour-là, ça fera 90 ans que Kafka est mort : le 3 juin 1924 à Kierling (Klosterneuburg) en Autriche.

 

Les catégories
La colonie pénitentiaire = 1 article
Le procès et le verdict = 2 à 4 articles
La métamorphose = 5 à 8 articles
Le château = plus de 8 articles.

Ce challenge est bien sûr cumulable avec d'autres challenges comme Lesen Sie Deutsch, Un classique par mois, Voisins Voisines, etc.

Toute l'œuvre littéraire de Kafka (romans, nouvelles, journal, correspondances...) est acceptée pour ce challenge, ainsi que les livres sur Kafka en particulier les biographies et les essais, mais aussi les adaptations en bandes dessinées ou au cinéma et les articles différents avec des photos si par exemple vous avez visité sa maison natale à Prague ou le Musée Kafka.

Si vous souhaitez lire Kafka en allemand, les œuvres sont disponibles sur Gutenberg.org.

Si vous souhaitez lire Kafka en français, les œuvres sont disponibles sur ebooks gratuits.org.

 

Œuvres de Franz Kafka

1912 - Regard (Betrachtung), Leipzig, Ernst Rowohlt, 99 pages.

1913 - Le soutier (Der Heizer. Ein Fragment), Leipzig, Kurt Wolff, 47 pages.

1913 - Le verdict (Das Urteil), Kurt Wolff, 29 pages.

1915 - La métamorphose (Die Verwandlung), Kurt Wolff, 73 pages.

1919 - Dans la colonie pénitentiaire (In der Strafkolonie), Kurt Wolff, 71 pages.

1919 - Un médecin de campagne (Ein Landarzt. Kleine Erzählungen), Kurt Wolff, 189 pages.

1922 - Un champion de jeûne (Ein Hungerkünstler. Vier Geschichten), Berlin, Die Schmiede, 86 pages.

 

Œuvres publiées après sa mort

1925 - Le procès (Der Prozeß).

1926 - Le château (Das Schloß).

1927 - L'Amérique (Amerika) : écrit avant Le procès et Le château.

1931 - Le Terrier (Der Bau).

1937 - Journal intime : publié en France en 1945.

1945 - Paraboles (recueil de textes courts traduits par Jean Carrive, dont Des paraboles).
2001 - Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin.

2009 - Cahiers in-octavo (1916-1918).

2011 - Lettres à Max Brod.

2010 - Les aphorismes de Zürau.

 

Adaptations en bandes dessinées

L'Amérique, de Réal Godbout, Éditions de la Pastèque, mars 2013.

Dans la colonie pénitentiaire, de Sylvain Ricard et Maël, Delcourt, 2007.

La métamorphose, d'Éric Corbeyran, Delcourt, février 2009.

 

Quelques biographies et essais

Conversations avec Kafka, de Gustav Janouch, Maurice Nadeau, 1998.

Franz Kafka, de Florence Bancaud, Belin, 2006.

Franz Kafka, de Gérard Lemaire, Gallimard, 2005.

Franz Kafka entre les lignes, de Georges Richardot, Éditions du Temps, 2004.

Franz Kafka ou le cauchemar de la raison, d'Ernst Pawel, 1988.

Franz Kafka rêveur insoumis, de Michael Löwy, Stock, 2004.

L'ombre pensive de Franz Kafka, de Jacques Laurans, Theetete, 2003.

Seul comme Franz Kafka, de Marthe Robert, Calmann-Levy, 1994.

 

Alors qui est partant ?

 

1. Coccinelle de La culture se partage dans la catégorie Le procès et le verdict.

2. Syl de Thé, lectures et macarons dans la catégorie Le procès et le verdict.

3. Awa74 de Madame bouquine dans la catégorie Le procès et le verdict.

4. Lee Rony de Lire au nid dans la catégorie Le château.

5. Mazel de De livre en livre dans la catégorie ?, avec un article de présentation.

6. Heide de À fleur de mots dans la catégorie ?.

7. Artalok de Deadly Dull dans la catégorie Le procès et le verdict, avec un article de présentation.

Marwen et Carine se sont rajoutés sur le groupe Facebook avant la fin du challenge.

 

Mes articles pour ce challenge

1. La métamorphose.

2. Dans la colonie pénitentiaire.

3. Le terrier.

4. Kafka, de David Zane Mairovitz et Robert Crumb (bande dessinée).

 

L'index du challenge, le groupe Facebook, les liens des articles et le bilan en juin 2014.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 00:05

Le faste des morts est un recueil de nouvelles de Kenzaburô Ôé paru aux éditions Gallimard dans la collection Du monde entier en novembre 2005 (175 pages, 15 €, ISBN 2-07-077619-0). Ces nouvelles sont traduites du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty.

 

Plutôt que de récrire une biographie de Kenzaburô Ôé, je préfère vous renvoyer vers l'article qui je lui ai consacré suite au Salon du livre de Paris 2012.

 

Quoi de mieux pour découvrir un auteur que de plonger dans ses premières œuvres et de suivre son évolution ? Les trois nouvelles de ce recueil font en effet partie de la première période littéraire de Kenzaburô Ôé.

 

Le faste des morts (死者の奢り Shisha no ogori), nouvelle parue en août 1957 a lancé la carrière de l'auteur.

Le narrateur, un étudiant en littérature française, et une étudiante en littérature anglaise, descendent pour la première fois à la morgue de l'université de médecine. « Une fois la porte ouverte, une lumière semblable aux lueurs de l'aurore et un air chargé d'épais relents d'alcool nous envahirent. Au fond de ce remugle, gisait une odeur encore plus âcre, une odeur tenace et pénétrante. » (page 12). Ils ont tous deux répondu à une petite annonce pour un « travail de manutention de cadavres destinés à la dissection » (pages 16-17). Effectivement des corps flottent dans une solution alcoolisée laiteuse et servent aux étudiants en médecine mais certains sont là depuis des années et sont inutilisables... « Le travail était d'une extrême simplicité, mais il fallut beaucoup de temps pour traiter un cadavre. Il n'était toutefois pas nécessaire de nous concentrer constamment, ce à quoi je m'habituai peu à peu. » (page 23). Que veut dire l'auteur avec ce récit ? Que l'on est prêt à faire n'importe quel travail pour un peu d'argent ? Que l'on s'habitue à tout même au pire ? Que le travail est une violence ? « J'avais pénétré le monde des morts. Puis quand j'étais retourné chez les vivants, tout était devenu compliqué » (page 31). J'ai lu cette nouvelle de façon distraite... L'auteur écrit très bien, oui, ou du moins c'est bien traduit, mais je n'ai pas ressenti la petite étincelle qui m'aurait permis d'accrocher. Pourtant, en fin de livre, les traducteurs parlent, au sujet de cette nouvelle, de « maîtrise surprenante » et de « véritable vision du monde »...

 

Le ramier ( Hato), nouvelle parue en mars 1958.

Le narrateur a 14 ans et il vit dans une maison de redressement. Il ne donne pas son nom et ne dit pas pourquoi il est là. Il raconte les éducateurs brutaux et les ados plus âgés, comme le Marin, qui abusent sexuellement des garçons plus jeunes. Le directeur de l'établissement a un fils adoptif métis, blanc aux yeux bleus, et les ados l'épient jouant avec sa chienne grâce à un trou dans le mur. Un soir, ils surprennent la chienne avec un chien. « À travers les nuées pâles, le soleil couchant envoyait des rayons vifs qui formaient des ombres violacées : dans cette profusion de lumière, la chienne en haletant entretenait le plaisir du mâle en ne s'appuyant que sur ses fines pattes avant. Nous regardions les mouvements énergiques du mâle en riant. » (page 69). Lorsqu'un éducateur tue le chien et le balance dans la décharge polluée de l'autre côté, les jeunes délinquants se mettent à tuer et à pendre au mur tous les animaux qu'ils attrapent, la chienne, des rats, des taupes, des oiseaux, des lézards, des insectes, etc. Mais le fils du directeur, inconsolable après la mort de sa chienne, fait de même et tue le ramier du gardien. Toute cette cruauté envers les animaux m'a estomaquée ! Et le directeur et les éducateurs, si prompts à la punition, laissent faire ça ! La violence entre ces jeunes et les tueries d'animaux. Ils sont enfermés, mais ne sont pas éduqués ; ils sont surveillés et punis mais en fait livrés à eux mêmes et à leurs pires pulsions. Quelle vie pour l'enfant constamment violé par le Marin et que devient-il lorsqu'il est évincé au profit d'un autre : comment, après une telle humiliation physique et psychologique, peut-il se construire et avoir une vie adulte épanouie ? Le ramier est difficile à lire, j'ai du m'accrocher.

 

Seventeen (セヴンティーン), nouvelle parue en janvier 1961.

Aujourd'hui le narrateur a 17 ans, seventeen (on voit la place de l'anglais dans le quotidien japonais des années 50 et 60), mais sa famille a oublié son anniversaire et il en est frustré. Pour se consoler, il se masturbe : il le fait de plus en plus souvent depuis qu'il a compris que ce n'était pas mauvais pour la santé. Le soir, lors d'une discussion politique, l'adolescent (qui se dit de gauche) se dispute avec sa sœur qui travaille comme infirmière dans un hôpital des Forces de défense américaines. « Moi, je lui dis merde à la prospérité actuelle du Japon. Je dis merde aux Japonais qui élisent le parti des conservateurs. Tout ça, c'est dégoûtant ! » (page 113). Puis dans un accès de colère, il la frappe et la blesse gravement à un œil mais il n'est pas fier de lui. « Je suis dégueulasse et obsédé du sexe. » (page 133). Personne ne dit rien, ni le père qui lit son journal, ni la mère qui reste à la cuisine, ni le grand frère trop occupé par son travail à la banque. Le lendemain, après une épreuve de sport, un copain de classe surnommé Shin-Tôhô lui demande de travailler à ses côtés pour un meeting de la droite. Seventeen accepte parce que « La compagnie d'un ami pour lequel on n'a que du mépris est plus rassurante que la solitude, dans la mesure où l'orgueil n'est pas blessé. » (page 147). Et il se lance à fond dans l'aventure car il ne se sent plus « misérable », « ce seventeen solitaire, pitoyable, maladroit », il a « pris conscience de cette nouvelle nature », celle qui fait de lui un adulte indépendant... Un homme respectable ? J'ai mis gauche et droite en italique comme dans la nouvelle : je crois que ces termes ne sont pas utilisés au Japon, les partis principaux sont les démocrates (considérés comme la gauche) et les conservateurs (considérés comme la droite) mais il y a de nombreux autres partis comme ceux considérés plus à gauche (socialistes, populistes), au centre (progressistes, néo-libéraux) ou plus à droite (nationalistes). Pour en revenir au seventeen de la nouvelle, l'adolescent n'a pas les idées bien en place, il ne réfléchit pas vraiment, il est amer, complexé, frustré et saute d'un extrême à l'autre car il est malléable, influençable. Dans la notice en fin de livre, les traducteurs expliquent que l'auteur a écrit cette nouvelle en écho aux manifestations du printemps 1960 durant lesquelles le chef du parti socialiste a été assassiné par un militant d'extrême droite de 17 ans.

 

Avec ces trois nouvelles, Kenzaburô Ôé montre que la jeunesse est importante : dans Le ramier, les adolescents ont l'âge d'être collégiens, dans Seventeen, le personnage principal est lycéen, et dans Le faste des morts, les deux « travailleurs » d'une journée sont étudiants. Or ils sont tous confrontés à des situations extrêmes voire très violentes. Cette jeunesse doit être correctement formée, pas seulement l'enseignement et la discipline, mais quelque chose dans leur pensée, leur âme, (Quoi ? Comment ?) sans pour cela qu'elle doive subir un endoctrinement quel qu'il soit. Pas facile donc de former cette jeunesse et d'en faire des adultes sereins, heureux et responsables.

Je vais lire d'autres livres de Kenzaburô Ôé, mais pas tout de suite !

 

Une lecture pour le challenge Écrivains japonais que je mets aussi dans le Cercle de lecture de Tête de Litote (la ronde de juin concerne les nouvelles), Des livres et des îles (Shikoku, Japon), Je lis des nouvelles et des novellas et Un classique par mois (deux des trois nouvelles sont parues avant 1960).

 

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