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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 02:50

La métamorphose est une nouvelle de Franz Kafka d'abord publiée dans la revue Weiße Blätter (numéro d'octobre 1915) puis parue chez Kurt Wolff Verlag (la même année, 1915, mais avec la mention 1916 sur la couverture). Die Verwandlung fut traduit de l'allemand par Alexandre Vialatte et parut aux éditions Gallimard en 1938.

Vous pouvez lire La métamorphose en édition de poche (Folio classique entre autres), en édition bilingue (Folio bilingue) ou en version numérique.

 

Franz Kafka (1883-1924) : en lire plus sur lui et son œuvre ici.

 

« En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu'une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu'à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu'il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux. »

 

Voici comment débute La métamorphose. Et ce n'est pas un rêve : Gregor Samsa, représentant de commerce depuis cinq ans (depuis son retour de l'armée), est bien chez ses parents, dans sa chambre, et il est transformé en cafard !

Gregor travaille mais, comme il n'a pas pris le premier train de cinq heures, son employeur a envoyé le fondé de pouvoir chez lui à sept heures. Ce que ses parents, sa sœur et le fondé de pouvoir entendent de l'autre côté de la porte ressemble à « une voix d'animal » et ce qu'ils voient lorsque celle-ci s'ouvre enfin les horrifie. D'ailleurs, l'envoyé du patron s'enfuit et il ne sera plus question de travail ou de vie sociale pour Gregor...

Mais finalement, qu'était la vie de Gregor, sa vie d'humain ? Une vie pour ses parents et leur dette à rembourser ? Une vie pour son patron et son travail ? Une vie de cafard et c'est pourquoi il se serait transformé ?

Gregor comprend ce qui se dit et a l'impression de répondre mais en fait il ne peut plus communiquer. Que va devenir sa famille sans lui ? « […] il était tout brûlant de honte et de chagrin ».

Malgré leur aversion, les parents et la sœur s'occupent de lui (surtout la sœur, Grete), du moins un minimum et pendant un temps... Car l'odeur et la présence de cette chose – qui n'est plus ni le fils ni le frère travaillant pour faire vivre la famille – sont gênantes.

Gregor est devenu inutile... encombrant même.

 

Voilà, j'avais envie de me replonger dans l'œuvre de Kafka depuis longtemps mais je n'avais encore rien lu pour le challenge Kafka qui se termine le 3 juin 2014. La métamorphose s'est imposée car je l'avais lue à l'adolescence (c'est-à-dire il y a plus de trente ans !) et elle fait partie de ses plus célèbres titres. Lee Rony l'a aussi lue pour le challenge.

Si Gregor, jeune homme travailleur aimant sa famille, se métamorphose en cafard, n'est-ce pas parce qu'il avait somme toute une vie de cafard en étant humain ? Enfermé dans sa vie, enfermé dans son travail, enfermé dans le remboursement de la dette de ses parents, enfermé dans sa chambre ? Aucune explication n'est donnée dans le récit sur la terrible transformation subie durant cette nuit-là par Gregor. C'est la fatalité, personne n'y peut rien. Mais le drame ne s'arrête pas là car c'est toute la famille qui se métamorphose par son comportement : la famille est horrifiée, distante, dégoûtée voire haineuse et préfère avoir le minimum de relations avec le « monstrueux insecte » ; Gregor se replie sur lui-même puisqu'il ne peut plus communiquer, vit enfermé dans la plus grande solitude et s'enfonce dans le désespoir jusqu'à ne plus se nourrir et mourir.

La métamorphose est-il un récit fantastique ou un récit réaliste plein d'humour noir ? Je me le demande encore et, en fait, il y a plus de cent interprétations de ce récit alors chacun peut sûrement le (com)prendre différemment !

J'espère lire d'autres titres de Kafka avant le 3 juin et honorer comme ils le méritent cet auteur et ce challenge.

 

Une lecture pour le challenge Kafka bien sûr mais aussi Animaux du monde (cafard), Fant'classiqueLe mélange des genres (classique étranger) et Un classique par mois.

 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 18:25

La traduction est un roman de Pablo de Santis paru en septembre 2004 aux éditions Métailié dans la collection Suites (154 pages, 8 €, ISBN 2-86424-512-4). La traducción (1998) est traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis.

 

Pablo de Santis est né en 1963 à Buenos Aires. Il est romancier (également pour la jeunesse), scénariste (pour la télévision et de bandes dessinées), journaliste et éditeur jeunesse. Du même auteur : Le théâtre de la mémoire (2002), Le calligraphe de Voltaire (2004), Le cercle des douze (2009), La soif primordiale (2012) et le dernier roman en date : Crimes et jardins paru le 6 mars 2014.

 

Miguel De Blast est traducteur du français et du russe vers l'espagnol. Depuis trois ans, il travaille sur les écrits des neurologues russes du cercle de Kabliz.

Invité par Julio Kuhn à un congrès de traducteurs, il se rend à Port-au-Sphinx où sont réunis des confrères de plusieurs nationalités qu'il n'a pas vus depuis dix ans. Ana Despina, une ancienne petite amie partie avec son meilleur ami, Naum, sera aussi présente.

Mais l'endroit est lugubre, l'hôtel Internacional del Faro n'est construit qu'en partie parce que les anciens propriétaires ont fait faillite, des phoques viennent mourir sur la plage et le cadavre de Valner, spécialiste des « langues inventés, perdues, artificielles », et en particulier de la langue énochienne, vient d'être retrouvé dans la piscine par Ximena, la jeune pigiste du journal El Día qui souhaitait l'interviewer.

Cette nuit-là, Miguel célèbre son quarantième anniversaire, loin d'Elena, qu'il a épousée il y a cinq ans...

Le commissaire Guimar est chargé de l'enquête mais il est dépassé par les événements. « Cela fait des années que j'attendais une affaire dans ce genre. Un mystère à résoudre. Et le jour où cela m'arrive enfin, je me rends compte que je n'ai pas la moindre idée de comment faire. » (page 116).

Bien que suspect, Miguel qui connaît bien le monde de la traduction enquête aussi de son côté. En accompagnant Ximena à la piscine pour qu'elle prenne des photos, il y trouve une pièce d'un peso en nickel qui « n'a plus cours depuis le début des années 70 ». Puis le corps de Rina Agri est retrouvé dans la baignoire de sa chambre et Zúñiga rate son suicide par noyade...

 

Les personnages et le site touristique à l'abandon (sur la côte argentine) ont bien sûr une bonne place mais les « héroïnes » sont bel et bien la linguistique et la traduction (elles sont des énigmes autant que l'enquête), ce qui fait l'originalité de ce roman court et intense (avec une atmosphère un brin fantastique) que je vous conseille chaleureusement.

 

Mes passages préférés

« Quand l'enveloppe avec le tampon de l'université est arrivée chez moi, j'ai pensé qu'il devait s'agir de vieux imprimés. Nous continuons à recevoir pendant des années des informations d'associations ou de clubs auxquels nous n'appartenons plus, des abonnements à des revues résiliés depuis longtemps, des salutations de vétérinaires adressées à un chat disparu depuis un siècle. » (page 7).

« Ximena n'était pas intéressée par la pièce. Elle prenait des photos de la toiture, de l'escalier béant, d'un chat se promenant sur la corniche. » (page 59).

 

Une lecture pour le Mois argentin qui entre aussi dans le challenge Amérique du Sud – Amérique latine et dans le Tour du monde en 8 ans.

 

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 06:21

Le tunnel est un roman d'Ernesto Sábato paru aux éditions du Seuil en 1978 (réédition en 1995). Je l'ai lu en poche aux éditions Points (140 pages, 5,50 €, ISBN 978-2-02-023928-8). El túnel (1948) est traduit de l'espagnol (Argentine) par Michel Bibard.

 

Ernesto Sábato est né le 24 juin 1911 à Buenos Aires (Argentine). Il a étudié les Sciences (il était physicien) et la philosophie à La Plata (université de Buenos Aires). Il a aussi étudié à La Sorbonne (Paris, France) et au Massachusetts Institute of Technology dit M.I.T. (Cambridge, États-Unis). Au début des années 1940, il a enseigné les sciences à La Plata mais dès 1945, il abandonna l'enseignement pour l'écriture : il devint journaliste et écrivain. Le tunnel est son premier roman. Suivront d'autres romans, des recueils, des entretiens et ses mémoires. Il a reçu la Légion d'honneur (France) en 1979 et le Prix Miguel de Cervantes (Espagne) en 1984 entre autres. Sa femme, Matilde Kusminsky Richter, épousée en 1936, est décédée en 1998. Il a consacré les dernières années de sa vie à la peinture. Il est mort le 30 avril 2011 à Buenos Aires, moins de deux mois avant d'avoir atteint 100 ans.

 

Juan Pablo Castel, artiste peintre connu, a tué la femme qu'il aime, Maria Inbarne.

Pourquoi ? Parce qu'il était désemparé, jaloux, se sentait incompris et était pris par le doute au sujet de la jeune femme.

« La vanité se rencontre là où l'on s'y attend le moins : aux côtés de la bonté, de l'abnégation, de la générosité. » (page 13).

« Il y a eu quelqu'un qui pouvait me comprendre. Mais c'est, précisément, la personne que j'ai tuée. » (page 15).

Printemps 1946. Juan Pablo Castel expose ses toiles. Il méprise ceux qui disent aimer ses œuvres mais ne voient pas vraiment ce qu'il peint. Parmi la foule, une jeune femme : elle regarde obstinément un détail important dans une peinture, un détail que tout le monde fait mine d'ignorer. Le peintre est fou de joie, il aurait enfin trouvé, à trente-huit ans, celle dont il rêve depuis si longtemps ! Il ne pense plus qu'à elle, pendant des semaines, il en devient obsédé et fait tout pour la revoir.

« Il fallait que je la retrouve. Je me surpris à dire tout haut, à plusieurs reprises : il le faut, il le faut ! » (page 37).

Les retrouvailles se font par hasard une première fois et après que Castel ait forcé le destin une deuxième fois. « Mais je ne sais pas ce que vous gagnerez à me voir. Je fais du mal à tous ceux qui m'approchent. » le prévient Maria Inbarne (page 45). Pourtant, elle ne le prévient pas qu'elle est mariée à monsieur Allende, un homme devenu aveugle, et qu'elle se rend souvent à Mar del Plata dans l'estancia (maison de campagne) de Luis Hunter qui est soi-disant son cousin.

Castel est fou de rage lorsqu'il apprend l'existence de l'époux aveugle et d'un éventuel amant. « Qu'est-ce que c'est que cette abominable comédie ? » (page 53).

 

Mes passages préférés

« Ma tête est un labyrinthe obscur. Parfois, il y a comme des éclairs qui illuminent certaines galeries. » (page 40). On comprend mieux le titre !

« Tout me paraissait éphémère, transitoire, inutile, sans contours. Ma tête n'allait pas bien et Maria m'apparaissait sans cesse comme une forme incertaine et mélancolique. » (page 112).

 

Juan Pablo Castel est un homme instable, inassouvi malgré son art et sa notoriété, obsédé par la jeune inconnue qu'il n'a aperçue que peu de temps. Il est en prison lorsqu'il rédige ce récit malheureux et on pourrait le plaindre s'il ne répétait tant de fois qu'il n'est pas vaniteux. Il est sûrement sincère mais un peu vaniteux quand même !

En apprenant des choses sur la jeune femme qui est devenue sa maîtresse ou en se triturant l'esprit avec des suppositions et des conclusions sorties de son imagination débordante, Juan Pablo Castel devient de plus en plus agité et son côté sombre apparaît. Il violente même parfois Maria dans l'espoir de trouver dans ses yeux « des preuves d'amour, de véritable amour. » (page 69). Il veut que la jeune femme lui appartienne, à lui et rien qu'à lui ! Il est étouffant et le lecteur le ressent bien à la lecture de ce roman court mais intense. Le roman d'ailleurs se compose de 39 chapitres en 140 pages donc vous voyez comme les chapitres sont courts, percutants et comme le lecteur avide (curieux ?) ne peut arrêter sa lecture, il doit continuer de lire et ce jusqu'à l'inévitable.

Au chapitre 22, Castel rêve qu'un magicien le transforme en oiseau et qu'il ne peut plus communiquer avec ses amis. Comment expliquer ce rêve ? Sort-il tout simplement de l'esprit dérangé du peintre ? A-t-il envie de liberté ? Mais il est libre ! Ou alors son subconscient voudrait se défaire de sa liaison avec Maria, femme mariée ? Allez comprendre, l'artiste a une logique bizarre, bien à lui. Mais la passion est cruelle et dévore même les meilleurs.

Ce récit tragique (la vie ?) est comme un tunnel dans lequel il est impossible de faire demi-tour : on ne peut pas revenir en arrière, on se cogne contre les murs de chaque côté, on ne peut qu'avancer, aller de l'avant quoi qu'il en coûte. C'est sûrement cet effet oppressant qui fait de cette histoire un roman noir, un roman sur la solitude et la folie meurtrière.

La présentation de 8 pages de Jean-Marie Saint-Lu est d'ailleurs bienvenue et intéressante car elle permet de mieux appréhender et comprendre le texte d'Ernesto Sábato, auteur argentin que j'ai découvert avec grand plaisir et dont j'aimerais lire d'autres romans, en particulier Héros et tombes (Sobre héroes y tumbas, 1961) et L'ange des ténèbres (Abaddón el exterminador, 1974) puisqu'avec Le tunnel, il s'agit d'un triptyque romanesque disponible aux éditions du Seuil dans un coffret de trois livres (plus de 1 000 pages).

 

J'ai lu Le tunnel dans le cadre de la lecture commune (*) pour le Mois argentin mais j'avais déjà repéré ce roman depuis des mois, il ne manquait que l'occasion de le lire !

Une lecture pour le Mois argentin donc, qui entre aussi dans les challenges Amérique du Sud – Amérique latine, Le mélange des genres (classique étranger), Petit Bac 2014 (catégorie Bâtiment/construction pour tunnel), Premier roman, Tour du monde en 8 ans (Argentine) et Un classique par mois.

 

(*) Les liens des autres participants : Denis et Valentyne. Et Marilyne qui l'a lu en janvier.

 

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 04:06

Le mec de la tombe d'à côté est un roman de Katarina Mazetti paru aux éditions Gaïa en 2006 puis Actes Sud en avril 2009 et Actes Sud Babel en novembre 2013. Grabben i graven bredvid (1998) est traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.

Parfois, à la bibliothèque, le document n'est disponible qu'en livre en gros caractères et même si ça m'est déjà arrivé de lire en gros caractères, ça fait quand même bizarre ! Les numéros des pages des extraits correspondent donc à l'édition À vue d'œil parue en 2011 (340 pages, 21 €, ISBN 978-2-84666-2591-9).

 

Katarina Mazetti est née le 29 avril 1944 à Stockholm et malgré son nom italien, elle est Suédoise. Elle est journaliste et romancière. Le mec de la tombe d'à côté est son premier roman car, avant, elle avait fait un livre pour enfants, Trucs et ficelles d'un petit trollPlus d'infos sur http://www.katarinamazetti.com/enfrancais001.html.

Du même auteur

Aux éditions Gaïa : Entre Dieu et moi, c'est fini (2007), Les larmes de Tarzan (2007), Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini (2008), La fin n'est que le début (2009), Le caveau de famille (2011), Mon doudou divin (2012).

Aux éditions Thierry Magnier (roman jeunesse) : Les cousins Karlsson (2013).

 

Désirée Wallin, bientôt trente-cinq ans, est veuve depuis cinq mois. Örjan Wallin, biologiste, est mort à vélo, après cinq ans de mariage seulement. Désirée, malgré son travail de bibliothécaire (elle est coresponsable de la section jeunesse), ses collègues et sa meilleure amie, Märta, se retrouve seule et désemparée. Plusieurs fois par semaine et le week-end, elle s'assoit sur le banc en face de la tombe de son mari : elle est à la fois triste et en colère qu'il l'ait abandonnée alors qu'ils commençaient à penser à un enfant.

« Ce qui me manque, c'est sa compagnie indéfectible et la routine quotidienne. » (page 7).

Benny Söderström, vieux garçon de bientôt trente-sept ans, vient jardiner sur la tombe de sa mère morte d'un cancer. C'est son seul loisir car il vit maintenant seul à la ferme de Rönngården et c'est vraiment difficile : il doit non seulement s'occuper des vingt-quatre vaches laitières, de quelques moutons, de veaux de reproduction, de la forêt mais aussi de la gestion de la ferme et de tout ce dont s'occupait sa mère de son vivant.

Pour Désirée qui l'a repéré, il est « le mec de la tombe d'à côté » avec son odeur de paysan, ses mains sales, et sûrement aucun intellect.

Pour Benny, qui a remarqué sa pâleur et la couleur de ses vêtements, elle est « la femme beige » puis « la Crevette » en lien avec sa maigreur.

Deux narrateurs qui, à travers les a priori qu'ils ont l'un de l'autre, commencent à se détester sans se connaître mais un jour, à cause (ou grâce à ?) d'une fillette avec un ballon, ils se regardent et se sourient.

« Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d'oiseaux et des reflets sur un lac de montagne ? » (page 26).

Peut-il vraiment y avoir tout ça dans un sourire ? Soit Désirée a énormément d'imagination soit l'amour pointe son nez !

En tout cas, peu de temps après, à la sortie du cimetière, Benny suit Désirée jusqu'à la bibliothèque.

« J'en étais sûr. Elle a tout l'air de quelqu'un qui lit sans arrêt et de son plein gré. De gros livres, avec des petits caractères et sans images. » (page 60).

Il est trop mignon, Benny ! D'autant plus qu'il va oser entrer dans la bibliothèque, demander un livre sur l'apiculture et inviter Désirée !

« Ça vous dirait... de venir faire un tour au cimetière ? » (page73).

 

Allez, je ne vous en dirai pas plus mais je pense que vous avez compris que ce roman à double voix (un chapitre l'un, un chapitre l'autre) est vraiment désopilant mais aussi humain et tendre.

« Je veux dire, les livres ne sont après tout que des livres. Alors qu'une ferme est une ferme. » (page 116). Le bon sens de Benny ! Désirée parle de « choc culturel ». Évidemment, elle lit le Dagens Nyheter, de la littérature fantastique, écoute Boccherini, aime la peinture, et Benny lit Le Pays et Le Paysan et n'a pas le temps de faire autre chose que s'occuper de la ferme.

« C'est évident que ça ne peut pas marcher. C'est foutu d'avance. » (page 270).

Alors, vous voulez savoir si, malgré le lieu de rencontre surprenant, malgré les préjugés et les différences qui les opposent, ... ?

De mon côté, j'ai lu ce roman avec grand plaisir, c'est frais, amusant, enlevé, mais la fin m'a laissée pantoise alors il faut absolument que je lise la suite, Le caveau de famille, roman publié en 2005 en Suède et en 2011 en France.

 

Lu pour une lecture commune (avec du retard) dans le cadre du challenge Un hiver en Suède, je mets aussi ce roman dans Petit Bac 2014 (catégorie Lieu), Premier romanTour du monde en 8 ans et Voisins voisines (Suède).

 

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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 01:17

Au pied du mur est un roman d'Elisabeth Sanxay Holding paru aux éditions Baker Street en novembre 2013 (312 pages, 18 €, ISBN 978-2-917559-32-1). The blank wall (1947) est traduit de l'américain par Gérard Horst et J.-G. Marquet (1953) et ici dans une traduction revue, mise à jour et « complétée par des passages qui avaient disparus » par Françoise Jaouën.

 

Je remercie Virginie et les éditions Baker Street (fondées en 2007 par Cynthia Liebow, une Américaine qui vit en France, une maison d'éditions à suivre !) pour ce classique de la littérature policière américaine.

 

Elisabeth Sanxay Holding naît le 18 juin 1889 à Brooklyn (NY). Mariée à un diplomate britannique en 1913, elle voyage beaucoup. En 1920, elle commence à écrire des histoires romantiques (Invincible Minnie, Angelica, Rosaleen Among the Artists, The Unlit Lamp) mais après la crise de 1929, elle se lance dans le roman policier (18 romans et 7 nouvelles dont une adaptée par Alfred Hitchcock). Elle meurt le 7 février 1955 dans le Bronx (NY).

 

Lucia Holley, 38 ans, vit dans un petit domaine de campagne avec ses deux enfants (David, 15 ans, Beatrice surnommée Bee, 17 ans), son vieux père (Mr Harper) et Sibyl, sa bonne depuis huit ans (une « femme de couleur »).

Son époux, le Commandant Tom Holley, officier de la Marine, est dans le Pacifique depuis plus de deux ans (nous sommes dans les années 40 et c'est la guerre).

Lucia est mécontente que Bee délaisse ses cours de dessin pour fréquenter Ted Darby, un homme de 35 ans, marié, qui dit travailler dans le théâtre. Elle a été jusqu'à New York pour le dissuader de revoir sa fille, mais ce soir, il est dans le hangar et il attend l'adolescente.

Le lendemain matin, Lucia sort tôt pour nager un peu et découvre Darby mort dans le bateau ! Elle pense que c'est son père qui est sorti sous la pluie cette nuit et qui a tué l'homme, elle décide donc de se débarrasser du corps en l'emmenant dans un endroit isolé sur Simm's Island.

« C'est lorsqu'elle monta dans le bateau qu'elle vit le corps. C'était un homme, couché sur le ventre dans une position bizarre et effrayante, les jambes étendues en travers du banc, la tête et les épaules soulevées par un objet invisible. » (page 25).

Mais, Carlie Nagle, un homme désagréable, encore plus louche que Ted Darby, vient à la maison demander des nouvelles de son ami Ted. Puis Martin Donnelly, un autre ami de Ted, veut vendre à Lucia des lettres compromettantes que Bee a écrites à Ted pour 5 000 dollars.

Et enfin, l'inspecteur Levy, de la police du comté de Horton, vient interrogé Lucia.

« L'inspecteur s'était levé. Un homme jeune, de grande taille, avec de grands pieds et de grandes oreilles. Il n'était pas en uniforme ; dans son costume gris soigné, il n'avait rien d'effrayant. Son sourire était avenant, ses yeux noirs doux et pensifs. Mais elle était terrifiée. » (page 98).

De plus, Bee a un nouveau petit ami, Owen Lloyd, 23 ans, le fils des riches voisins.

Et Martin Donnelly se rapproche dangereusement d'elle.

Courageusement Lucia va faire tout ce qui sera en son pouvoir, et même plus encore, mais va-t-elle être à la hauteur ou la situation va-t-elle lui échapper ?

 

Lucia a l'impression que sa maison est « envahie » par des inconnus, elle veut protéger sa famille, elle est aux aguets, elle ne doit pas commettre d'erreur ! Ou comment une bonne fille, épouse et mère de famille devient une criminelle.

« Je ressemble à une marionnette, se dit-elle. Je ne suis pas réelle. Je ne suis pas réelle. » (page 195).

 

Plus qu'un roman policier, ce roman noir – devenu un classique – très bien construit et rythmé est un véritable chef-d'œuvre car Elisabeth Sanxay Holding fait subtilement monter la pression simplement à travers le quotidien de son héroïne, ses pensées, ses actes, sa culpabilité et les lettres insipides qu'elle écrit à son mari (d'ailleurs, une lecture pour le challenge En toutes lettres).

Raymond Chandler déclarait qu'Elisabeth Sanxay Holding était « le meilleur écrivain à suspense » : je n'ai pas lu tous les romans à suspense, tous les classiques du roman noir américain de cette époque mais j'en ai lu quelques-uns et je veux bien le croire car il y a de l'intensité et de la jubilation à la lecture de ce roman !

 

Adaptations cinématographiques

Max Ophüls (1902-1957) a adapté ce roman au cinéma en 1949 : The Reckless Moment (Les désemparés) avec Joan Bennett (1910-1990) dans le rôle de Lucia et James Mason (1909-1984) dans le rôle de Martin Donnelly. Je ne suis pas sûre à 100 % d'avoir vu ce film mais en tout cas, il me dit quelque chose. À voir ou à revoir donc !

Un autre film, plus récent, a adapté encore plus librement ce roman : The Deep End (Bleu profond), réalisé en 2001 par David Siegel avec Tilda Swinton. Celui-ci, je ne l'ai pas vu mais je me rappelle avoir vu la bande annonce.

 

Une excellente lecture pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2013 (comme c'est une réédition, j'espère que ça va), En toutes lettres (comme je l'ai dit ci-dessus), Petit Bac 2014 (catégorie Bâtiment pour le mur), Romancières américaines, US, Thrillers et polars. Je ne sais pas si Stéphie continue Un classique par mois en 2014.

 

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 15:02

Un spécimen transparent et Voyage vers les étoiles sont deux récits d'Akira Yoshimura parus aux éditions Actes Sud en octobre 2006 (151 pages, 16,30 €, ISBN 978-2-7427-6296-5). Tomei hyobon et Hoshi he no tabi sont traduits du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle.

 

Akira Yoshimura : je vous laisse consulter sa biographie et sa bibliographie sur ma précédente note de lecture, Le convoi de l'eau.

 

Un spécimen transparent Tomei hyobon (pages 9 à 88).

Le matin, dans le bus qui l'emmène au travail, Kenshiro Mitsuoka a l'habitude de s'asseoir à côté de jeunes femmes maigres parce qu'il essaie de les frôler et de sentir leurs os.

« La beauté ou la laideur de leur visage n'entrait pas en considération. Son seul but était la forme des os qu'il sentait pointer à travers les vêtements. » (page 12).

Souvent, il est déçu, mais là, à plus de 60 ans, c'est enfin l'extase. Il se rend ensuite au laboratoire de recherches de l'hôpital universitaire où, depuis 40 ans, il désarticule les cadavres au scalpel pour fabriquer des échantillons osseux.

« […] pour lui, les os devaient survivre à la disparition des chairs. » (page 43).

Depuis trois mois, il forme un jeune assistant, Kamo, au travail des cuves à cadavres.

Deux ans auparavant, Kenshiro a épousé Tokiko qui a une fille étudiante, Yoriko. Mais Tokiko ne lui a pas dit qu'elle était malade et il ne souhaite pas que les deux femmes découvrent qu'il fait des expériences chez lui sur des os d'animaux pour les rendre transparents.

Je ne vous dit pas ce qui a poussé Kenshiro Mitsuoka à faire ce travail et à expérimenter sur les os, il vous faudra le découvrir par vous-mêmes en lisant ce livre. Mais, pour lui, ce n'est pas une obsession ou une perversité, c'est sa vie tout simplement.

Un spécimen transparent est aussi surprenant que Le faste des morts, de Kenzaburô Oé lu en juin, mais je l'ai trouvé plus sensible et... moins clinique ! Sûrement parce que le style de Yoshimura est plus poétique, plus envoûtant. Du coup, ce récit m'a plus convaincue que Le faste des morts mais j'ai quand même été moins emballée que pour Le convoi de l'eau et j'espère que Voyage vers les étoiles me plaira plus.

 

Voyage vers les étoiles (星への旅 Hoshi he no tabi ) (pages 89 à 151) : Prix Osamu Dazai 1966.

Un camion a quitté Tokyo pour le littoral du nord du pays. À son bord, Keichi et des compagnons de route qu'il connaît depuis trois mois seulement. Se sont joints à eux trois inconnus, un homme et deux jeunes femmes, qui ont promis de partager les frais et de descendre en route. Après que le camion ait traversé un pont, l'homme descend et se jette sous un train.

Keishi suivait des cours dans une école préparatoire pour entrer à l'université mais, après avoir raté les examens, il a été pris d'une grande lassitude.

« À partir de cet instant, sa perception du monde avait changé du tout au tout. Les gens et la ville, tout s'était transformé en choses inorganiques aux couleurs passées, tandis que s'incrustait en lui un sentiment d'impuissance insurmontable, comme s'il n'avait rien à faire dans ce paysage […]. » (page 108).

Ses compagnons ne supportent plus leur vie, la société, la surconsommation et il sont donc tous partis avec une idée bien précise.

« Étaient-ils partis à la recherche d'un endroit pour en finir avec la vie ? » (page 127).

Un voyage vers les étoiles...

Eh bien, j'ai mis du temps à lire cette nouvelle après Un spécimen transparent et me voici à la fois perplexe et à la fois enthousiasmée par le récit. Yoshimura a un beau style, joliment poétique, mais il a une fascination morbide pour la mort ! Les personnages sont nostalgiques... D'une autre vie qu'ils n'auront pas ? D'une vie qu'ils ne veulent pas vivre ? Ils symbolisent en fait la jeunesse qui n'a plus goût à rien et qui n'a aucun espoir à par étudier puis travailler. C'est bien triste mais sûrement tellement réel, peut-être même encore plus maintenant qu'à l'époque où ce texte a été écrit !

 

Assurément Akira Yoshimura est un écrivain à découvrir et je vais encore lire d'autres titres de lui mais il demande de l'attention et quelques connaissances du Japon.

 

Pour les challenges

Écrivains japonais et

Des livres et des îles (Japon).

 

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 00:32

Le livre du thé est un essai de Kakuzô Okakura paru aux éditions Synchronique en septembre 2013 (167 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-917738-16-0). The book of tea (1906) est traduit de l'anglais par Aurélien Clause.

 

Je remercie Héloïse et Synchronique éditions de m'avoir envoyé ce livre après ma lecture de Gilgamesh, de Stephen Mitchell.

 

Kakuzô Okakura (岡倉天心) naquit le 14 février 1862 à Yokohama (Japon). Son père était un samouraï de haut rang. Enfant, il étudia les classiques de la littérature chinoise dans un temple bouddhiste. Il a huit ans lorsque les bateaux du commodore Perry arrivent dans la baie de Tokyo, ouvrant le Japon fermé depuis plus de deux siècles. Il étudia les langues et la culture occidentales dès 1877. Il devint cofondateur de la première Académie des Beaux-Arts à Tokyo et en devint l'administrateur en 1890 avant de créer l'Institut des Beaux-Arts du Japon en 1998. En 1904, il se rendit aux États-Unis et fut nommé conservateur du Département des Arts chinois et japonais du Musée des Beaux-Arts de Boston. Il défendit le patrimoine culturel et artistique japonais (à cette époque menacé) et écrivit plusieurs livres en anglais pour relier Orient et Occident. Il mourut le 2 septembre 1913.

 

The book of tea est originellement paru en 1906 à Boston (États-Unis), directement en anglais : ce texte était alors « destiné au cercle restreint des érudits du Boston du début du XXe siècle » mais « a touché en vagues concentriques un public toujours plus vaste » (préface de l'éditeur, page 7) et il permet, depuis plus d'un siècle, de découvrir l'art du thé et la culture japonaise. Ce livre, précédemment publié aux éditions Philippe Picquier (en 1996 et 2006), est réédité ici dans une nouvelle traduction à l'occasion du centième anniversaire de la mort de Kakuzô Okakura.

 

Si j'ai été surprise par le petit format du livre quand je l'ai reçu, j'ai vite été séduite par ce très joli livre-carnet qu'il est possible d'emmener partout et par l'élastique vert qui symbolise le thé vert et peut servir de marque-page.

Quant au contenu, il est tout bonnement une mine pour qui aime le thé et/ou le Japon !

Okakura écrit avec délicatesse et raffinement cette fameuse Voie du thé, cha-no-yu, issue du rituel zen, qui « consiste simplement à ramasser du bois, à faire bouillir de l'eau et à boire du thé, rien de plus » selon le grand maître de thé Sen no Rikyû (page 8).

Je vous rassure, je ne vais pas ramasser de bois et je ne fais pas bouillir l'eau pour préparer mes thés verts, qu'ils soient japonais, coréens ou chinois !

 

Vous apprendrez donc que le thé fut une médecine avant d'être une philosophie, un art et une boisson, qu'il a suivi une évolution et qu'il y a plusieurs courants et écoles de thé, reliés au Zen (Japon) et au Tao (Chine, d'où le thé est originaire), qu'il existe des classiques du thé comme le Tcha-king (en 3 volumes !) du poète Lou Yu qui a formulé le Code du thé ainsi que des Chambres de thé, suki-ya, et des maîtres du thé.

Qu'est-ce que le thé, comment le cultive-t-on et le récolte-t-on, commet sélectionne-t-on les feuilles, quels ustensiles utilise-t-on (Lou Yu en décrit vingt-quatre !) pour sa préparation et comment le prépare-t-on ? Si vous souhaitez connaître la réponse à une ou plusieurs de ces questions fondamentales, ce livre est fait pour vous !

Et Okakura parle aussi de spiritualité, d'histoire, d'architecture, d'art, de contes, et même de fleurs et de danse !, ce qui montre bien que le thé, c'est bien plus que du thé !

De plus, cet essai est abondamment illustré avec des estampes du célèbre Katsushika Hokusai (1760-1849), de pures merveilles.

 

J'ai noté quelques beaux extraits pour les partager avec vous.

 

Sur le taoïsme

« La vigueur d'une idée ne réside pas moins dans son aptitude à s'imposer dans la pensée de son temps que dans sa capacité à dominer les mouvements ultérieurs. » (page 60).

« Pour le taoïste, celui qui se rend maître de l'art de la vie est l'Homme Véritable. » (page 67) et un peu plus loin, « Pour lui [le taoïste], les trois joyaux de la vie sont la Compassion, la Simplicité et la Modestie » (page 68).

 

Sur le zen

« Le zen, comme le taoïsme, est le culte du Relatif. Un maître le définit comme l'art de discerner l'étoile polaire dans l'hémisphère sud. La vérité ne peut être atteinte que par la compréhension des contraires. […] Rien n'est réel, si ce n'est ce qui touche au fonctionnement de notre esprit. » (page 70) et cette histoire :

« Houei-neng, le sixième patriarche, vit un jour deux moines qui observaient le drapeau d'une pagode flotter au vent.

L'un déclara :

– C'est le vent qui bouge.

L'autre :

– C'est le drapeau qui bouge.

Houei-neng leur expliqua alors que le mouvement réel n'était ni celui du vent ni celui du drapeau mais provenait de leur propre esprit. » (pages 70-71).

J'adore ! Vous savez pourquoi ? Parce que les trois ont raison !

 

Sur l'histoire

« Riche d'anecdotes, d'allégories et d'aphorismes, l'histoire serait sans valeur si elle n'était pas édifiante et divertissante. » (page 61) : clin d'œil à mon ami F., historien et écrivain à ses heures pas perdues.

 

Sur l'art

« […] l'art n'a de valeur que dans la mesure où il nous parle. Il est un langage universel seulement si notre sensibilité l'est également. » (page 118).

Et ce passage superbe : « Artistes qui luttent, âmes lasses tapies dans l'ombre d'un froid dédain ! Quelle inspiration peut leur offrir notre siècle égocentrique ? Le passé peut bien regarder avec pitié la pauvreté de notre civilisation ; le futur rira de la stérilité de notre art. Nous détruisons l'art en détruisant le Beau au cœur de la vie. Si seulement quelque sorcier pouvait, dans le tronc de notre civilisation, sculpter une harpe dont les cordes résonneraient sous les doigts d'un génie ! » (page 123).

 

Mais revenons au thé !

« Grande fut l'ingéniosité des maîtres de thé lorsqu'ils produisirent ces effets de sérénité et de pureté. » (page 85).

« Ainsi, dans la chambre de thé, on suggère la fugacité de l'existence par le toit de chaume, la fragilité par les minces piliers, la légèreté par la structure de bambous et l'insouciance apparente par l'usage de matériaux familiers. L'éternel ne se trouve que dans l'esprit qui, incarné dans la simplicité du décor, l'embellit de la subtile lumière de son raffinement. » (page 94).

 

Le livre du thé est comme un livre-bonheur qui apporte une lecture enrichissante et édifiante et qui, je l'espère, vous amènera à découvrir le thé – si ce n'est déjà fait – et à élever votre esprit, loin du tumulte ambiant. Mais je vous souhaite quand même de passer de belles fêtes, calmes et sereines, et pourquoi pas de rajouter ce petit livre au pied du sapin ?

 

Pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2013 (essai), L'art dans tous ses états (art du thé et estampes), Beaux livres (malgré sa petite taille !), Des livres et des îles (Japon), Écrivains japonais, Petit Bac 2013 (catégorie Aliment/boisson) et Un classique par mois (première parution en 1906).

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 02:45

Caligula est une pièce en 4 actes d'Albert Camus : ébauchée en 1937 et écrite à partir de 1938, elle est parue en mai 1944 aux éditions Gallimard (mais une version de 1941 est parue dans les Cahiers Albert Camus en 1984).

 

Elle a été représentée pour la première fois au Théâtre Hébertot en 1945 dans une mise en scène de Paul Œttly (comme pour Les Justes). Gérard Philippe, un tout jeune acteur de 23 ans, joua le rôle de Caligula.

 

Il existe actuellement plusieurs éditions : Cahiers Albert Camus n° 4 (1984), Folio (1972), Folio Plus Classiques (1993), Folio Théâtre (1993), Gallimard collection Blanche (1944 ; 1947 ; 1958) ou en intégrale comme celle de La Pléiade (1962).

 

Pour découvrir l'auteur, je vous renvoie vers Les lundis philo – 9 : Albert Camus. Après avoir redécouvert cet auteur et avoir eu un coup de cœur pour Les Justes, j'ai vraiment eu envie de lire d'autres titres d'Albert Camus.

 

Des patriciens et des sénateurs attendent dans une salle du palais ; ils sont inquiets car ils n'ont pas de nouvelles de l'Empereur depuis trois jours et il ne se passe rien (ce mot est très important, il est répété plusieurs fois ; il ne se passe rien mais ça cause quand même !).

« Premier patricien : Êtes-vous capable de souffrir plus d'un an ?

Deuxième patricien : Moi, non.

Premier patricien : Personne n'a ce pouvoir.

Vieux patricien : La vie serait impossible. » (pages 17-18).

« Hélicon : Du calme, Messieurs, du calme. Sauvons les apparences. L'Empire romain, c'est nous. Si nous perdons la figure, l'Empire perd la tête. Ce n'est pas le moment, oh non ! Et pour commencer, allons déjeuner, l'Empire se portera mieux. » (page 18).

Caligula aimait Drusilla, sa sœur, et comme elle est morte, il est inconsolable.

« Premier patricien : En tout cas, la raison d'État ne peut admettre un inceste qui prend l'allure des tragédies. L'inceste, soit, mais discret. » (page 19).

Depuis l'époque des Romains, et même avant, jusqu'à nos jours, l'hypocrisie de ceux qui nous gouvernent et de leurs conseillers n'a pas changé !

« Cherea : Ce garçon aimait trop la littérature.

Deuxième patricien : C'est de son âge.

Cherea : Mais ce n'est pas de son rang. Un empereur artiste, cela n'est pas convenable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout. Mais les autres ont eu le bon goût de rester des fonctionnaires.

Premier patricien : C'était plus reposant.

Vieux patricien : À chacun son métier. » (page 21).

Enfin, Caligula revient, sale et fatigué ; il veut la lune parce que c'est une des choses qu'il ne possède pas.

« Caligula : Tu penses que je suis fou.

Hélicon : Tu sais bien que je ne pense jamais. Je suis bien trop intelligent pour ça. » (page 25).

« Scipion : Il me disait que la vie n'est pas facile, mais qu'il y avait la religion, l'art, l'amour qu'on nous porte. Il répétait souvent que faire souffrir était la seule façon de se tromper. Il voulait être un homme juste. » (page 31).

Mais Caligula, dans une nouvelle logique inspirée par un intendant sous-entendant que le plus important de tout est le Trésor public, décide que toutes les personnes de l'Empire doivent déshériter leurs enfants pour en faire bénéficier l'État.

« Caligula : Écoute-moi bien, imbécile. Si le Trésor a de l'importance, alors la vie humaine n'en a pas. Cela est clair. Tous ceux qui pensent comme toi doivent admettre ce raisonnement et compter leur vie pour rien puisqu'ils tiennent l'argent pour tout. Au demeurant, moi, j'ai décidé d'être logique et puisque j'ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous coûter. J'exterminerai les contradicteurs et les contradictions. S'il le faut, je commencerai par toi. » (page 35). (Il parle à l'intendant).

« Scipion : Mais c'est un jeu qui n'a pas de limites. C'est la récréation d'un fou.

Caligula : Non, Scipion, c'est la vertu d'un empereur. (Il se renverse avec une expression de fatigue.) Je viens de comprendre enfin l'utilité du pouvoir. Il donne ses chances à l'impossible. Aujourd'hui, et pour tout le temps qui va venir, ma liberté n'a plus de frontières. » (pages 36-37).

Et voilà, comment un jeune homme aimant la religion, l'art, l'amour et considéré comme fragile devient un tyran sanguinaire ! Il suffit de peu de choses...

 

Ces phrases m'ont fait réfléchir, m'ont surprise ou gênée. À méditer donc...

« Caligula : Ce monde est sans importance et qui le reconnaît conquiert sa liberté. » (page 38).

« Caligula : Qu'il est dur, qu'il est amer de devenir un homme ! » (page 40).

« Caligula : Je ferai à ce siècle le don de l'égalité. Et lorsque tout sera aplani, l'impossible enfin sur terre, la lune dans mes mains, alors, peut-être, moi-même je serai transformé et le monde avec moi, alors enfin les hommes ne mourront pas et ils seront heureux. » (page 42). Alors, envie d'un peu d'égalité ?

« Cherea : Sans doute, ce n'est pas la première fois que, chez nous, un homme dispose d'un pouvoir sans limites, mais c'est la première fois qu'il s'en sert sans limites, jusqu'à nier l'homme et le monde. » (page 53). C'est arrivé plusieurs autres fois depuis...

« Hélicon : Allons, Messieurs, un peu de bonne volonté. Vous verrez, d'ailleurs, qu'il est plus facile de descendre l'échelle sociale que de la remonter. » (page 59). (Il s'adresse aux sénateurs à qui Caligula a ordonné de préparer la table et de la servir à la place des esclaves).

« Caligula : Je veux, vous entendez, je veux vous voir rire. » (page 62).

« Caligula : On est toujours libre aux dépens de quelqu'un. C'est ennuyeux, mais c'est normal. » (page 68).

« Caligula : Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents. » (page 81).

« Caligula : La logique, Caligula, il faut poursuivre la logique. Le pouvoir jusqu'au bout, l'abandon jusqu'au bout. Non, on ne revient pas en arrière et il faut aller jusqu'à la consommation. » (page 110). (Il se parle à lui-même). Caligula est bien conscient qu'il va au bout de l'absurde.

« Caligula : La vie, mon ami, si tu l'avais assez aimée, tu ne l'aurais pas jouée avec tant d'imprudence. » (page 135).

« Caligula : C'est drôle. Quand je ne tue pas, je me sens seul. Les vivants ne suffisent pas à peupler l'univers et à chasser l'ennui. » (page 147).

 

Quel drame ! Tous – Caligula en quête de l'absolu et de l'impossible, les protagonistes impuissants qu'ils soient serviles ou comploteurs et le lecteur – s'y enfoncent inexorablement. Et il n'y a pas de solution à cette logique absurde qui peut même se contredire et à ces actes arbitraires et méprisables. À part la mort... Et même de la mort, Caligula en rit !

Il y a cependant des passages cocasses comme celui où Caligula décide de renflouer le Trésor public (qui d'ailleurs n'en a pas besoin) avec la création d'une maison publique et l'octroi d'une distinction mensuelle de Héros civique !

Caligula ne veut plus vivre d'illusions et de malentendus et, comme il a le pouvoir, il va vivre autrement, il le peut, mais il va créer d'autres illusions et d'autres malentendus, en écrasant, humiliant, tuant. Est-ce cela la liberté ? La liberté peut-elle être au détriment des autres ?

J'ai beaucoup aimé cette lecture mais je ne vais pas embrayer sur Le malentendu tout de suite car il faut que je me remette de toute cette logique et de toute cette cruauté.

À noter que Camus a désigné Caligula et Le malentendu (théâtre), Le mythe de Sisyphe (récit) et L'étranger (roman) comme étant le Cycle de l'absurde. Il a ensuite fait de même avec Les Justes et L'état de siège (théâtre), L'homme révolté (essai) et La peste (roman) comme le Cycle de la révolte.

Camus s'est inspiré de Vies des douze Césars, l'œuvre de Suétone (historien latin né en 69 après JC et mort aux environ de 130) : après six mois de règne juste, Caligula serait devenu subitement lunatique et tyrannique, sûrement après avoir été empoisonné (il ne serait donc pas responsable de ses actes !).

Mais tout ça ne sert pas de leçon car d'autres humains après Caligula (et peut-être d'autres avant lui) en détruisant tout autour d'eux se sont détruits eux-mêmes...

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette œuvre de Camus, vous pouvez lire l'étude de Caligula sur Magister. Il y a aussi de nombreuses infos sur le site de l'UQAC (Université de Québec à Chicoutimi) et sur le Web Camus (site consacré à Albert Camus).

 

Une lecture commune avec Heide que je mets dans les challenges Petit Bac 2013 (catégorie Prénom) et Un classique par mois.

 

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 03:06

L'ange en décomposition est un roman de Yukio Mishima paru en 1970.

Je l'ai lu dans La mer de la fertilité, recueil de quatre romans publiés aux éditions Quarto Gallimard (1204 pages, 24,50 €, ISBN 2-07-076843-0, édition préfacée par Marguerite Yourcenar) et je remercie B. de m'avoir offert cette intégrale il y a quelques années (elle attendait son heure dans ma bibliothèque !).

Tennin gosui (天人五衰) a été traduit du japonais par Tanguy Kenec'hdu en 1980.

 

Yukio Mishima (三島 由紀夫), de son vrai nom Kimitake Hiraoka (平岡 公威), naît le 14 janvier 1925 à Tokyo (Japon). Il commence à écrire à l'âge de 12 ans et sort diplômé en Droit allemand de l'Université de Tokyo en 1947 mais il abandonne une carrière au Ministère des finances pour l'écriture. Il rencontre Yasunari Kawabata et fréquente les auteurs de la revue Littérature moderne. Son premier roman, Tôzoku (盗賊), paraît en 1948. Suivent d'autres romans et nouvelles. Bien qu'étant de santé fragile, il pratique le kendo. Entre 1965 et 1970, il écrit le cycle de La mer de la fertilité (Hôjô no umi 豊饒の海) : Neige de printemps (Haru no yuki 春の雪 1965-1967), Chevaux échappés (Honba 奔馬 1969), Le temple de l'aube (Hakatsuki no tera 暁の寺 1970) et L'ange en décomposition (Tennin gosui 天人五衰 1970). Puis, ayant achevé son œuvre, il se suicide (seppuku) le 25 novembre 1970.

 

Samedi 2 mai 1970, en début d'après-midi. Toru Yasunaga observe la mer de Suruga, dans la péninsule d'Ise : les bateaux, les oiseaux, les vagues, la marée, le soleil qui se cache derrière les nuages, la brume. « L'horizon ressemblait à un cerceau d'acier bleu-noir parfaitement adapté à la mer. » (page 1003). Il attend le cargo Tenro-Maru qui, en provenance de Yokohama, doit accoster à seize heures au quai de Hinode.

Shigekuni Honda, veuf depuis la mort de son épouse, Rie, voyage seul mais, à soixante-seize ans, il préfère les randonnées accessibles. Après une balade au mont Fuji et une visite à l'ange dans la forêt de Mio, il s'arrête sur la grève de Komagoe mais il est choqué par les détritus entassés. « Les rebuts de l'existence y dégringolaient pour se heurter à l'infini. La mer, un infini jamais rencontré auparavant. Les rebuts, pareils à l'homme, incapables de rencontrer leur fin sinon de la façon la plus laide et la plus sale. » (page 1006). Un peu plus loin, sur la plage, il s'approche d'une bâtisse en ciment : le poste de signalisation de Teikoku. C'est dans ce bâtiment que travaille Toru Yasunaga, orphelin, « un garçon de seize ans tout à fait convaincu qu'il n'appartenait pas à ce monde. » (page 1012).

Dans la soirée, une jeune femme de vingt-deux ans, Kinue, rend visite à Toru et lui offre une boîte de chocolats. Kinue, fille d'un très riche propriétaire terrien, est gentille mais laide. « C'était une laideur que nul ne pouvait manquer d'apercevoir. Elle défiait la comparaison avec une laideur médiocre qui, à certaines conditions de temps et de lieu, peut passer pour un genre de beauté, ou une laideur qui révèle la beauté de l'esprit. C'était là une laideur pure et simple qu'on ne pouvait décrire comme rien d'autre. C'était un don du ciel, une laideur parfaite, refusée à la plupart des filles. » (page 1015). Pourtant Kinue, après une déception amoureuse et une dépression, vit dans l'illusion d'être la plus belle personne au monde et reproche aux hommes d'avoir des désirs méprisables, d'être des animaux.

Mais Toru ne peut plus écouter Kinue car un autre cargo, le Nitcho-Maru, arrive dans la baie avec la nuit. Au même moment, dans sa maison de Hongo, Shigekuni Honda rêve d'anges : les rêves de Honda sont « lumineux et scintillants, bien plus remplis du bonheur de vivre que la vie elle-même. » (page 1054).

 

Ma phrase préférée

« À chaque instant, quelque chose se passe, […]. C'est seulement que nul n'y prend garde. Trop accoutumés que nous sommes à l'absurdité de l'existence. » (page 1005).

 

Quel bonheur de lire Mishima ! Ce livre a trop attendu sur mes étagères ! C'est tout simplement beau. L'écriture de Mishima est fluide, ample, subtile et empreinte de sagesse. L'auteur parle de la vie, du vide de la vie, de la jeunesse, de la vieillesse, de la mémoire, de la mort, de la réincarnation et le lecteur s'approche de l'illumination (satori). Bon, je n'ai pas lu La mer de la fertilité dans l'ordre puisque L'ange en décomposition est le 4e tome du cycle. Et cette tétralogie suit Shigekuni Honda donc il faudra que je lise l'intégralité dans l'ordre chronologique pour tout appréhender (apparemment Shigekuni Honda a vécu une belle amitié avec un jeune homme noble, Matsugae Kiyoaki, et il pense que Toru Yasunaga en est la réincarnation). À l'heure où je publie cet article, je n'ai pas tout à fait terminé ce roman mais ce n'est pas important car mon opinion est faite, je suis conquise et je lirai à nouveau Yukio Mishima !

 

Une très belle lecture pour les challenges Écrivains japonais et Des livres et des îles (Japon).

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 03:06

La cantatrice chauve est une pièce d'Eugène Ionesco parue en 1950 aux éditions Gallimard. Il existe plusieurs éditions, par exemple celle de Folio (que j'ai lue, avec à la suite le drame comique La leçon dont je vous parlerai une autre fois) ou celles plus récentes de Classico, de Folio théâtre, de Foliothèque, sans compter les intégrales comme Théâtre dans la collection Blanche ou Théâtre complet dans la Bibliothèque de La Pléiade.

 

La première représentation de La cantatrice chauve eut lieu le 11 mai 1950 au Théâtre des Noctambules fondé en 1894 (7 rue Champollion à Paris dans le 5e arrondissement, dans le Quartier Latin) et le metteur en scène était Nicolas Bataille (1926-2008). Depuis 1957, elle est représentée au Théâtre de la Huchette (23 rue de la Huchette à Paris dans le 5e arrondissement). Elle fait partie des pièces les plus représentées en France (et peut-être même au monde) et elle a reçu un Molière d'honneur en 1989.

 

Eugène Ionesco est né Eugen Ionescu le 26 novembre 1909 à Slatina (Roumanie). Son père était Roumain et sa mère était une Française qui a grandi en Roumanie.

Il était dramaturge et écrivain dans les deux langues, roumain et français. Il a aussi écrit quelques poèmes et dans les années 1980, il a commencé à dessiner, à peindre et à réaliser des lithographies.

Entre 1913 et 1942, il a vécu soit en France soit en Roumanie selon les vicissitudes de la vie (séparation de ses parents, remariage de son père, études, guerre...).

En 1928, lors de ses études de français à Bucarest, il a rencontré Émile Michel Cioran et Mircea Éliade qui deviendront deux autres grands auteurs roumains, exilés aussi en France (puis aux États-Unis pour Éliade) et écrivant également en français. Il a aussi rencontré Rodica Burileanu, une étudiante en philosophie et en droit qui deviendra son épouse en 1936.

Dès 1934, à la fin de ses études, Ionesco a enseigné le français à Bucarest et en 1938, il a obtenu une bourse pour étudier à Paris (thèse de doctorat sur les thèmes du péché et de la mort dans la poésie moderne depuis Baudelaire).

En mai 1942, Ionesco et son épouse se sont installés définitivement en France. Marie-France, leur fille unique, y est née le 26 août 1944 et Ionesco a travaillé comme correcteur pour une maison d'éditions juridiques jusqu'en 1955.

Parallèlement à ce travail, il commença à écrire des pièces dès 1947 mais il connut le succès en 1959 avec Rhinocéros paru aux éditions Gallimard (il est – avec Samuel Beckett – le père du théâtre de l'absurde) et il entra à l'Académie française en 1970.

Eugène Ionesco se considérait comme un « anti-auteur » qui écrivait des « anti-pièces ». Il est en fait un avant-gardiste, déjà reconnu de son vivant comme un auteur classique, et aussi un auteur engagé qui a lutté contre tous les totalitarismes (ce qui le rapproche d'Albert Camus).

Il est mort le 28 mars 1994 à Paris laissant une œuvre conséquente. Du théâtre avec parmi ses titres les plus célèbres La cantatrice chauve (1950), Les chaises (1952), Le maître (1953), Le tableau (1955), Rhinocéros (1959), Le roi se meurt (1962), etc., un recueil de nouvelles : La photo du colonel (1962), un roman : Le solitaire (1973, un livret d'opéra : Maximilien Kolbe (1985) et quelques essais.

Plus d'infos sur http://www.ionesco.org/, un site consacré à Eugène Ionesco et son œuvre, créé en 1997 par Søren Olsen et rédigé en français, danois et anglais.

 

J'ai lu beaucoup de titres de Ionesco il y a une trentaine d'années, j'étais à fond dans son œuvre, j'adorais son théâtre, son sens de l'absurde et j'ai lu tout ce que j'ai trouvé à l'époque puis je ne l'ai plus (re)lu mais j'en ressentais parfois l'envie. Le challenge ABC critiques 2012-2013 de Babelio se termine le 12 septembre (demain) et j'ai remarqué que je n'avais pas d'auteur pour la lettre I : ce fut donc l'occasion pour moi de relire in extremis Ionesco ! Et j'ai choisi La cantatrice chauve parce que c'est son premier livre, sa première pièce (autant reprendre par le début !).

 

Il y a six personnages :

Monsieur et Madame Smith, un couple d'Anglais vivant à Londres et se comportant de façon très anglaise et Mary, leur bonne.

Monsieur et Madame Martin, un autre couple d'Anglais, vivant à Londres mais originaires de Manchester.

Le capitaine des pompiers qui apparemment est le petit ami de Mary.

 

« Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. [...] Un long moment de silence anglais [...] » (page 11). J'adore ! Ah, le silence anglais...

Monsieur Smith lit le journal et ne répond à son épouse qu'en faisant claquer sa langue. Madame Smith raccommode des chaussettes et parle de leur excellent repas du soir : un repas anglais bien sûr et il faut bien manger du poisson frais car « ça fait aller aux cabinets » (page 12), bon sang, c'est à pisser de rire, puis de leurs enfants et petits-enfants, puis de choses et d'autres. La conversation est en fait d'abord un monologue de Madame Smith, qui parle de manière mécanique, c'est vraiment étrange, presque dérangeant. Et quand Monsieur Smith prend la parole, ce n'est pas piqué des hannetons (ou des vers, comme vous voulez) : « Un médecin consciencieux doit mourir avec le malade s'ils ne peuvent pas guérir ensemble. » (page 14), de la même façon qu'un capitaine de bateau périt avec son bateau. Il doit y avoir pénurie de médecins en Angleterre, et peut-être même de commandants de bateaux ! Au bout d'un moment, Monsieur Smith s'énerve : « Je ne peux pas tout savoir. Je ne peux pas répondre à toutes tes questions idiotes ! » (page 20). Quel couple charmant...

Heureusement arrive la bonne, Mary. Elle a passé une excellente journée car elle a été au cinéma avec son amoureux. Mais, devant la porte, elle a trouvé Monsieur et Madame Martin qui étaient invités pour le repas du soir et qui n'ont pas osé entrer car la bonne (absente donc) n'était pas venue leur ouvrir... Oh punaise ! J'y crois pas !

Pendant que les époux Smith vont se changer (ils portaient déjà leurs vêtements de nuit), les Martin entrent et attendent le retour de leurs amis. Leur conversation est tout aussi surréaliste et absurde que celle des Smith !

Lorsque les Smith viennent rejoindre les Martin (d'ailleurs sans s'être changés), c'est une succession de conversation gênée et de silences entrecoupés par des coups de sonnette à la porte. C'est le capitaine des pompiers avec « un énorme casque qui brille et un uniforme » (page 43).

 

Mon passage préféré : c'est juste après la « fable expérimentale » avec le bœuf et le chien.

« Mme Martin : Quelle est la morale ?

Le pompier : C'est à vous de la trouver. » (page 56).

 

À méditer

« Mme Smith : J'aime mieux un oiseau dans un champ qu'une chaussette dans une brouette. » (page 73).

« M. Martin : Le papier c'est pour écrire, le chat c'est pour le rat. Le fromage c'est pour griffer. » (page 74).

Et il y en a d'autres !

 

C'est en consultant L'anglais sans peine de la méthode Assimil (dialogues bizarres, phrases qui n'ont pas de rapport les unes avec les autres) que Ionesco a eu l'idée de cette pièce dramatique en un acte de 11 scènes, une « anti-pièce » comme il dit.

Il y met aussi sans en parler toute la gravité de la guerre et montre l'interchangeabilité des humains.

Le lecteur (le spectateur aussi) côtoie deux couples d'Anglais dans la plus pure tradition anglaise mais leurs répliques sont de plus en plus surréalistes, pleines de dérision et de non-sens.

C'est sûr, Ionesco manie l'absurde à la perfection ! Et le dénouement, tonitruant, est surprenant, déroutant.

Les propos sont saugrenus, et même incohérents (comme la pendule qui sonne n'importe quoi n'importe quand), ça saute du coq à l'âne, il faut suivre... ou pas !

Au départ, le titre était L'anglais sans peine et le lecteur se demande pourquoi la cantatrice chauve ? On l'apprend grâce au pompier qui confond institutrice blonde et cantatrice chauve !

Je vais (re)lire dès que possible d'autres pièces de Ionesco, c'est sûr et certain.

 

Sur UbuwebSound, il est possible d'entendre Eugène Ionesco lire La cantatrice chauve ainsi que La leçon.

Une lecture pour les challenges ABC critiques 2012-2013Bookineurs en couleurs (couverture blanche), Littérature francophone (Roumain qui écrit en français) et Un classique par mois.

 

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