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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 05:09

DansPeauDiable.jpgDans la peau du diable est un roman de Luke Delaney paru aux éditions Ma dans la collection Pôle Noir en novembre 2012 (414 pages, 20 €, ISBN 978-2-822-401821). Cold killing (2012) est traduit de l'anglais par Étienne Menanteau.

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé cet excellent thriller anglais.

 

Luke Delaney (pseudonyme) a travaillé dans la police londonienne dès la fin des années 80 : police judiciaire, enquêtes sur des meurtres, opérations clandestines et mise en place d'un réseau d'indicateurs (d'où l'anonymat préservé et le pseudonyme). Dans la peau du diable est le premier roman de Luke Delanay ; j'ai lu qu'un deuxième roman avec Sean Corrigan est en cours et c'est une bonne nouvelle !

 

L'inspecteur divisionnaire Sean Corrigan dirige un service de la Brigade criminelle de Londres au commissariat de Belgravia à Peckham, et il est un peu spécial car il a été abusé dans son enfance et a développé un don, plutôt de l'intuition, : « […] il savait se mettre à la place du délinquant. Qu'il s'agisse d'un cambrioleur ou d'un meurtrier, il voyait et ressentait les choses telles qu'elles avaient du être pour lui. » (page 16).

Dans son équipe, son bras droit et ami : Dave Donnelly, et Sally Jones, tous deux inspecteurs principaux, et dix inspecteurs.

Ils enquêtent sur le meurtre de Daniel Graydon, un jeune homo de 20 ans qui gagnait bien sa vie en se prostituant. Sa tête a été éclatée et son corps a été transpercé (77 perforations !).

Sean pense d'abord à un crime domestique mais l'autopsie contredit cette idée.

« […] celui qui a fait ça est motivé par la haine, ou bien il est complètement cinglé. » (page 20).

L'enquête s'oriente sur un suspect, James Hellier, reconnu par un collègue à la discothèque Utopia.

Sean Corrigan : « Plus je le vois, plus je me retrouve à côté de lui, plus j'ai la certitude qu'il nous cache quelque chose. Mais on dirait presque que c'est un jeu pour lui, et que ça l'amuse en quelque sorte. Je ne sais pas, mais il y a un truc... » (page 99).

James Hellier : « Il se contentait de faire de la figuration, puisqu'en réalité il ne cessait de penser aux flics qui rôdaient et l'épiaient dans les parages, comme une bande de hyènes encerclant un lion isolé. » (page 131).

Mais le tueur n'est pas un serial killer habituel : « [...] il s'attaque à des gens des deux sexes, qu'il tue chacun d'une façon différente, dans des lieux divers et variés. » (page 212).

 

Le lecteur est de suite plongé dans la tête du tueur car les chapitres alternent entre ceux rédigés en pensée par le tueur (marié, des enfants, un travail, une vie normale, et c'est lui qui commence le roman) et les chapitres consacrés à Sean Corrigan, son équipe et leurs enquêtes décrites avec un grand réalisme (ça fait d'ailleurs froid dans le dos, c'est même terrifiant !).

Le personnage de Sean Corrigan est intéressant, il est marié à Kate et le couple a deux filles, Mandy et Louise, mais évidemment il manque de temps à leur consacrer.

Le tueur : « Si seulement vous pouviez comprendre à quel point mes actes sont beaux et limpides ! » (page 41). Alors haine ou folie ? Venez menez l'enquête avec Sean Corrigan et son équipe !

 

J'aime bien ce passage :

« Qu'est qu'il avait de spécial ?

Une absence totale de remords. » (page 167).

 

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ChallengeCrime

Une lecture pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2012, Premier roman, Bookineurs en couleurs (couverture noire) ;

pour les romans policiers : Le crime n'a pas de frontière, Thrillers et polars ;

et pour l'Angleterre : God save the livre (qui se termine le 1er février), Tour du monde en 8 ans, Voisins voisines 2013.

ThrillersPolars
GodSaveLivre TourMonde8ans VoisinsVoisines2013


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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 16:46

En 2012, j'ai participé au défi Premier roman proposé par Anne et j'ai lu 26 premiers romans. Ce défi a bien fonctionné et Anne le reconduit en 2013. Les règles sont les mêmes : lire et présenter des premiers romans dans tous les genres (adultes ou jeunesse). J'en suis à nouveau !

 

Pour vous inscrire à ce défi en 2013, filez vite chez Anne !

 

PremierRoman1 PremierRoman2 PremierRoman3

 

Les premiers romans lus pour ce challenge

1. Dans la peau du diable, de Luke Delaney (Angleterre)

2. Blanche comme le lait, rouge comme le sang, d'Alessandro d'Avenia (Italie)

3. L'écho répété des vagues, de Domitille Marbeau Funck-Brentano (France)

4. Chambre froide, de Tim Weaver (Angleterre)

5. Yellow birds, de Kevin Powers (États-Unis)

6. Voler !, du moine Jaeyeon (Corée du Sud)

7. L'énigme des cœurs gelés (Wilma Tenderfoot, 1), d'Emma Kennedy (Angleterre)

8. Une moitié de Wasicun, de Jean-François Chabas (France)

9. Vertiges mortels, de Neal Baer et Jonathan Greene (États-Unis)

10. La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi..., de Rachel Joyce (Angleterre)

11. Jumelles, de Saskia Sarginson (Angleterre)

12. Dorian Gray, le portrait interdit, d'Oscar Wilde et Nicole Audrey Spector (Angleterre & États-Unis)

13. Les Invisibles - 1 : le secret de Misty Bay, de Giovanni del Ponte (Italie)

14. Georgia, de Julien Delmaire (France)

15. Sauf les fleurs, de Nicolas Clément (France)

16. La lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson (Islande)

17. L'étonnante disparition de mon cousin Salim, de Siobhan Dowd (Angleterre-Irlande)

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 04:56

Komiko1.jpgDans la nuit de Hong Kong est le premier tome de la série Nom de code Komiko, de Naomi Paul. Parution aux éditions Flammarion le 3 octobre 2012 (344 pages, 13 €, ISBN 978-2-0812-6533-2). Komiko Book - 1 est traduit de l'anglais par Marmie Hermet.

 

Naomi Paul est comédien et auteur (de Birmingham, Angleterre, d'après le peu que j'ai trouvé sur Internet). Apparemment Komiko Book – 1 est son premier roman.

 

Je remercie Brigitte et les éditions Flammarion de m'avoir envoyé ce roman.

 

Dimanche. Dernier jour sur la plage de Big Wave avant la rentrée en classe de terminale. Mais Lian et Mingmei découvrent le cadavre d'une jeune fille de leur âge. Le lendemain et les jours suivants, rien du tout dans les journaux, Lian trouve ça louche.

« Elle s'adossa à son siège, surprise et attristée. La vie ne valait quelquefois pas cher à Hong Kong , elle le savait, mais il était quand même bizarre qu'aucune agence de presse n'ait relayé la nouvelle de cette mort suspecte. Tout le monde a droit à une notice nécrologique, pensa-t-elle. Tout le monde a droit à la justice. » (page 94).

Soirée. Lian accompagne ses parents, Hung Zhi-Kai et Lili, dans un grand restaurant. Son père sert d'intermédiaire à de riches hommes d'affaires occidentaux. C'est là qu'elle rencontre Rand Harrison qui possède un « véritable empire » et son fils, Matt.

Mais Lian a un secret : elle est membre d'un groupe de hackers, le 04/06 (en hommage aux événements de la Place Tian'anmen le 4 juin 1989).

« Sur le tchat, Lian n'existait pas ; c'était seulement Komiko qui parlait. Elle ne connaissait ni l'âge, ni le sexe, ni la profession ou le groupe ethnique de ses correspondants, et eux ne savaient rien d'elle non plus. C'était plus sûr en cas d'arrestation : on ne pouvait pas forcer quelqu'un à parler s'il n'avait aucune information à partager. La force est dans l'anonymat. » (page 32).

Dans ce groupe, il y a donc Komiko et aussi Torch, Crowbar, et depuis que Mynah a été arrêté, un nouveau venu Blossom. Leur objectif : faire tomber les entreprises de Hong Kong qui ne respectent pas leurs salariés, la législation du travail et la préservation de l'environnement.

À côté de ça, Lian a une vie normale de lycéenne de 16 ans, avec une meilleure amie, Mingmei, qui raffole des boutiques et du shopping, avec ses cours de violon, et son attirance-répulsion pour Matt.

« Ce n'était pas déplaisant de redevenir une lycéenne comme les autres et de passer ses soirées à lire au lieu de pourchasser des criminels dans des quartiers coupe-gorge ou de s'introduire en fraude dans des usines ultrasécurisées. » (page 167).

 

Un excellent premier tome qui allie aventure, action, informatique, économie, politique, écologie, social, amitié, confiance et trahison, avec pour toile de fond un lycée privé, les rues de Hong Kong (dépaysement assuré) et une usine pleine de produits dangereux et interdits incroyablement surveillée. Un soupçon de bas-fonds, de mafia, de mauvais garçons et le tour est joué pour un récit trépidant et dangereux !

Un seul point faible : j'ai eu un peu de mal à décrypter les messages de Crowbar...

 

Un roman pour les challenges Dragon 2012 (Hong Kong), Le crime n'a pas de frontière, Thrillers et polars, 1 % de la rentrée littéraire 2012, Cartable et tableau noir (rentrée des classes et nombreux passages au lycée dont cours d'économie et salle d'informatique), Des livres et des îles (Hong Kong et Kowloon), Premier roman, Voisins Voisines 2012 et God save the livre (Angleterre), Tour du monde en 8 ans (Angleterre), Tour du monde des genres en 365 jours (YA Young adults), Lire sous la contrainte (prénom) et Jeunesse & young adults # 2. Incroyable : 13 challenges d'un coup, record largement battu !!!

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 03:39

MmePamplemousse1Madame Pamplemousse et ses fabuleux délices est un roman de Rupert Kingfisher paru aux éditions Albin Michel Jeunesse dans la collection Witty en mars 2012 (126 pages, illustrations de Sue Hellard, 8,50 €, ISBN 978-2-226-23982-2). Madame Pamplemousse and her incredible edibles (2008) est traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec.

 

Rupert Kingfisher a étudié la philosophie à l'université de Bristol et l'art dramatique. Il a écrit des pièces de théâtre mais ce premier tome de Madame Pamplemousse est son premier roman. Il vit à Brentford dans le Middlesex. Il est l'arrière-petit-fils d'Adolph Friedrich Lindemann (1846-1931), Allemand naturalisé Britannique, ingénieur et astronome.

 

Dans une petite rue de Paris, au 62 rue de l'Escargot, près des rives de la Seine, il y a l'épicerie fine « Délices » de Madame Pamplemousse qui vend des produits rares, exotiques, étranges et surprenants. Madame Pamplemousse vit avec un chat blanc et borgne, Camembert, qu'elle a recueilli et qui a une petite amie, Chanterelle. « Bien qu'elle propose les mets les plus fabuleux que l'on puisse imaginer, sa boutique n'est absolument pas connue dans la ville de Paris. Et madame Pamplemousse ne le désirerait pour rien au monde. » (page 13).

Monsieur Lard est propriétaire du « Cochon hurleur », un restaurant très coté, mais qui sert une nourriture très grasse et plutôt infecte. « Le seul réel talent que possédait Lard était de terroriser son entourage. » (page 15). L'été, sa nièce, Madeleine, vient travailler au restaurant. Elle est douée pour la cuisine mais Lard est jaloux et la cantonne à la vaisselle. Un jour Madeleine doit acheter du pâté de tripes et boyaux dont raffole son oncle, mais en allant au marché, elle suit un chat blanc et entre dans la boutique de madame Pamplemousse qui lui propose un pâté exceptionnel : un « pâté de serpent de mer de l'Atlantique Nord à la moutarde verte en grains » (page 27).

Le soir, le pâté est servi aux clients qui en redemandent et le lendemain tous veulent en manger, y compris monsieur Langoustine, le plus influent critique gastronomique. Lard se rend donc dans la boutique de madame Pamplemousse et pense que son argent pourra tout acheter mais il n'y a plus de pâté. « Vous me prenez pour un imbécile, madame, lança-t-il avec un rire menaçant. Vous croyez pouvoir me fourguer n'importe quelle cochonnerie. – Je vous assure qu'il n'y a pas la moindre cochonnerie dans cette boutique, répondit madame Pamplemousse, offensée. » (page 46). Madame Pamplemousse fournit alors à Lard un autre produit qui réjouit tous les convives et Lard propose que sa nièce nettoie la boutique en paiement : en fait il envoie Madeleine espionner.

 

Quel plaisir de lire ce premier tome !

Selon son éditeur, Rupert Kingfisher aime Roald Dahl, Susan Cooper, Ursula Le Guin, les comics américains et les bandes dessinées françaises, et ça se voit dans ce qu'il écrit. En mettant la cuisine, l'amitié, la magie et l'humour à l'honneur, Rupert Kingfisher crée une série qui va plaire aussi bien aux jeunes qu'aux adultes.

D'autant plus que ce roman se déroule dans la belle ville de Paris comme le film d'animation Ratatouille.

Ma phrase préférée : « C'est le cuisinier lui-même qui donne de la saveur à sa cuisine : son caractère, ses rêves, ses sourires, ses larmes. » (page 100).

J'ai lu ce roman en une heure durant le Marathon d'automne et je n'ai pu m'empêcher de continuer la deuxième heure avec le tome 2, Madame Pamplemousse et le café à remonter le temps.

 

Un roman dans les challenges Paris je t'aime, Animaux du monde (pour le chat très présent), Premier roman, Cent pages, Voisins Voisines 2012 et God save the livre et Tour du monde en 8 ans (pour l'Angleterre), Jeunesse & young adults.

MarathonAutomne ParisJet'aime ChallengeAnimaux
PremierRoman1 DefiCentPages VoisinsVoisines2012
GodSaveLivre TourMonde8ans Jeunesse2012-13

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 04:21

Chapardeuse.jpgCoupCoeur2012Chapardeuse  est un roman de Rebecca Makkai  paru aux éditions Gallimard dans la collection Du monde entier le 22 août 2012 (368 pages, 21 €, ISBN 978-2-07-013220-1). The Borrower (2011) est traduit de l'américain par Samuel Todd.

 

J'ai reçu Chapardeuse dans le cadre de l'opération On vous lit tout ! organisée par Libfly et la librairie Le Furet du Nord. Comme pour La table des autres, de Michael Ondaatje, je suis très en retard puisque ma note de lecture aurait dû être publiée avant le 4 juillet sur le blog et durant la deuxième semaine d'août sur Libfly, honte sur moi...

 

Rebecca Makkai est auteur de nouvelles et de ce roman. Elle vit à Chicago. Plus d'infos sur http://rebeccamakkai.com/ (en anglais).

 

Hannibal, une petite ville du Missouri.

Lucy Hull, 26 ans, célibataire, travaille comme bibliothécaire dans la section enfants.

« J'étais sortie de la fac quatre ans plus tôt, j'avais recommencé à me ronger les ongles. Je comptais en tout et pour tout deux amis adultes. Je vivais seule dans un appartement à deux patelins de là. Une demoiselle bibliothécaire dans sa plus simple expression. » (page 19).

Mais pour mieux cerner le personnage de Lucy, il est important de lire :

« Choses héritées de mon père : […] Une profonde culpabilité russe.

Choses héritées de ma mère : La culpabilité juive américaine, éternelle. » (pages 19-20).

 

Lucy a repéré un enfant de 10 ans qui vient régulièrement et qui lit beaucoup, Ian Drake. Mais ses parents sont des chrétiens fondamentalistes et la mère de Ian fournit à Lucy une liste de livres interdits comme ceux parlant de magie ou de sorcellerie, d'armes, de l'évolution, etc.

« En fait, en tant que bibliothèque publique , nous ne censurons rien. C'est notre boulot de rendre tout accessible. Même si les parents peuvent évidemment choisir pour leur enfant. » (page 22).

 

OnVousLit.jpegMais il n'y a pas que ça... Les parents de Ian pensent que leur fils est « sur la mauvaise pente », c'est-à-dire « sexuellement désorienté ». Le week-end ils l'envoient donc dans un établissement où un pasteur remet la jeunesse dans le droit chemin. Si Ian est désorienté, c'est plutôt par le comportement de ses parents et ce qu'ils lui font subir.

« J'avais toujours essayé d'être évasive, la bibliothécaire amicale et neutre – une espèce de thérapeute qui écoute en hochant la tête. Dans le cas présent, je ne pus m'empêcher de prendre parti. 'Ian, ça n'est vraiment pas juste, dis-je. Je pense que c'est très injuste.' » (page 92).

 

Un jour Ian fugue, il passe la nuit dans la bibliothèque et le lendemain matin embarque Lucy dans un road movie (un « road book » en fait !) avec la rencontre des parents Hulkinov (le véritable nom russe de Lucy) et la traversée de plusieurs États jusqu'au Vermont près de la frontière canadienne !

Durant ce périple, Ian et Lucy, toujours dans la crainte d'être arrêtés par la police, vont apprendre à se faire confiance, s'interroger, s'entraider dans la recherche de leur identité profonde et découvrir le discernement dont ils ont besoin pour affronter leurs histoires familiales : les idées de ses parents pour Ian, le passé soviétique de son père pour Lucy.

« Nous vivons dans une nation de fugitifs. Tous ses habitants viennent d'ailleurs. Même les Indiens, ils ont un jour traversé le pont terrestre de l'Alaska. […]. » (page 220).

 

Vous comprenez mieux maintenant le titre : Chapardeuse quoique le titre original signifie plutôt « emprunteur ». Mais ne soyez pas choqués car cette histoire n'est pas le récit d'un kidnapping ! D'ailleurs vous serez sûrement surpris par les tenants et les aboutissants.

 

J'ai adoré la blague russe du père de Lucy, je me la note pour ne pas l'oublier ! « Qu'est-ce qu'un Russe ? Un nihiliste. Qu'est-ce que deux Russes ? Une partie d'échecs. Qu'est-ce que trois Russes ? Une révolution. » (page 29). Excellent !

 

Il y a de nombreuses références à la littérature et d'intéressantes réflexions sur la bibliothécaire. En voici une entre autres. « Comme c'est étrange, cette profession systématiquement associée à la solitude, à la virginité et au désespoir féminin. La bibliothécaire, avec son pull à col roulé, qui n'a jamais quitté sa ville natale. Assise à son bureau, elle rêve du grand amour. » (page 76).

 

Mais bien sûr Rebecca Makkai ne parle pas que d'enfance et de bibliothèque : elle révèle la société américaine et son conformisme, les mensonges sur lesquels ses habitants (des fugitifs) ont créé leur nouvelle vie, la peur de l'Autre c'est-à-dire de celui qui ne fait pas ce qu'on voudrait qu'il fasse et qui ne vit pas comme on voudrait qu'il vive. Mais peut-on diriger la vie de l'Autre, peut-on décider pour l'Autre ? Je pense que vous connaissez tous la réponse à ces questions !

 

Chapardeuse est enfin un coup de cœur de cette rentrée littéraire dans laquelle j'ai eu bien du mal à entrer cette année ! En plus, c'est un premier roman alors chapeau, madame Makkai !

 

Un roman pour les challenges 50 États, 50 billets (je n'avais pas encore le Missouri !), Premier roman, 1 % de la rentrée littéraire 2012, ABC critiques 2012-2013 (lettre M), Le tour du monde en 8 ans (États-Unis) et Le tour des genres en 365 jours (contemporain).

50etats50billets PremierRoman1 Rentreelitt2012-1
ABC2012-2013 TourMonde8ans TourGenres

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 04:18

Agency1.jpgThe Agency – 1 : Le pendentif de jade est un roman de Y.S. Lee paru aux éditions Nathan en mai 2010 (377 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-09-252421-3). The Agency – A spy in the house (2009) est traduit de l'anglais par Lilas Nord.

 

Ying S. Lee est née à Singapour. Elle a grandi à Vancouver et à Toronto au Canada. Elle a étudié la littérature et la culture victoriennes, et a obtenu son doctorat en 2004. Des séjours et des recherches à Londres lui ont inspiré la série The Agency. Auparavant elle a écrit un document : Masculinity and the English working class. Elle est mariée, a un fils, et habite à Kingston en Ontario au Canada.

Plus d'infos sur http://yslee.com/ (en anglais).

 

Août 1853. Mary Lang, une orpheline de 12 ans, est condamnée à la pendaison pour « crime de cambriolage ». Elle est sauvée in extremis par une gardienne de la prison d'Old Bailey et Anne Treleaven, « directrice de l'Institution pour Jeunes Filles de Miss Scrimshaw ».

 

Avril 1858. Les espoirs mis sur Mary Quinn n'ont pas déçu Anne Treleaven et Felicity Frame. Mary est devenue une jolie jeune femme bien élevée qui s'est passionnée pour ce qu'elle apprenait à l'Institution. Elle y est même devenue enseignante depuis un an. Mais elle s'ennuie un peu, elle aimerait un travail encore plus intéressant ! Elle va être gâtée : les deux femmes lui proposent dans le plus grand secret de rejoindre L'Agency : « une organisation secrète qui exige de ses membres une discrétion absolue. Être agent secret, c'est s'exposer à de nombreux risques prévisibles, sans compter tous les dangers imprévus. Réfléchis bien avant de prendre ta décision. » (page 36). C'est tout réfléchi ! Mary dit oui bien sûr et, après un petit entraînement, se lance dans sa première mission. Elle entre comme dame de compagnie au service des Thorold, à Chelsea, pour leur fille, Angelica. Elle doit en fait observer Henry Thorold soupçonné de trafic d'objets précieux volés en Inde. Mary doit se méfier car le jeune secrétaire, Michael Gray, est peut-être le complice de son patron.

Après quatre jour dans la maison des Thorold à supporter Miss Angelica (une vraie peste), la chaleur et la puanteur de la Tamise, Mary assiste à une réception. Elle fait la connaissance de George Easton, le prétendant d'Angelica, et de son frère, James Easton.

 

« Georges lui lança un regard noir.

On voit bien que tu n'y connais rien, à l'amour.

Si c'est ça, l'amour, dit James en montrant le sous-main, j'aime autant passer mon tour. Si tu continues, tu vas finir par nous écrire des poèmes.

Son frère rougit comme une tomate, James éclata de rire.

Non ? C'est pas vrai ! Oh, mon pauvre vieux.

Ça y est ? Tu as fini de te moquer de moi ?

Ah, ça jamais ! Bon, et si nous parlions de ce nouveau chemin de fer à Calcutta. » (pages 96-97).

 

Mary et James vont enquêter ensemble. Oh, évidemment, elle ne lui dit pas la vérité à son sujet et ne lui parle pas de L'Agency !

« Mary garda le silence. James était loin d'être au bout de ses surprises... Mais elle avait promis de ne rien dire. Et, à vrai dire, elle n'en avait pas la moindre envie. S'il apprenait ce qui s'était passé ce matin, il n'aurait plus aucune raison de poursuivre l'enquête avec elle, alors qu'il lui était très utile. Et puis elle avait commencé à apprécier sa compagnie, en dépit de son arrogance. » (page 266).

« Ce que vous pouvez être idiote pour une fille intelligente ! » (page 350).

 

Par ce roman aventure-action-amour-espionnage, l'auteur montre la bourgeoisie londonienne de l'Angleterre victorienne : les hommes d'affaires qui se sont enrichis, l'étiquette, les bonnes manières, le thé, la domesticité, les relations entre les gens. Elle dénonce les bateaux plein à craquer, tellement plein qu'ils coulaient avec les marchandises et les marins chinois à bord (qu'est-ce qu'un Chinois pour un Anglais du XIXe siècle ?), ou alors les propriétaires malins faisaient croire que leurs bateaux avaient coulé pour arnaquer l'assurance.

 

En lisant ce roman, j'ai tout de suite pensé à Penelope Green de Béatrice Bottet : 1. La chanson des enfants perdus ; 2. L'affaire Bluewaters. Mary Quinn est du même tonneau que Penelope Green, sauf que Mary est agent secret et Penelope journaliste. Mais elles ont de nombreux points communs : elles sont orphelines et vivent dans la deuxième moitié du XIXe siècle à Londres, elles sont énergiques, volontaires et autonomes, elles veulent faire bouger la condition des filles et des femmes, elles se mettent en danger lors de leurs enquêtes et ont toutes deux un « chevalier servant », James Easton pour Mary et Cyprien Bonaventure pour Penelope. Cependant contrairement à Penelope qui veut poursuivre ouvertement l'œuvre journalistique de son père, Mary est entourée de mystère car elle a un secret qu'elle garde bien enfoui.

 

L'Angleterre du XIXe siècle, l'Angleterre victorienne, c'est un pur régal ! Je veux dire que j'aime beaucoup les romans de cette époque ou qui se déroulent à cette période, car il y a un charme à nul autre pareil. En plus, ici, il y a de beaux personnages, une chouette intrigue, du mystère et une pointe de romance avec une belle qualité d'écriture.

 

Si vous voulez vous faire une idée, vous pouvez lire les 36 premières pages sur le site de l'éditeur. Quant à moi, j'ai hâte de lire le tome 2, Le crime de l'horloge !

 

Une lecture pour les challenges Littérature jeunesse & young adults (qui se termine le 20 de ce mois, dommage...), Premier roman et Le crime n'a pas de frontière.

JeunesseYoungAdults PremierRoman1 ChallengeCrime

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 04:16

Thure.jpgThure est un roman de Thierry Leuzy paru aux éditions de la Bagnole en juillet 2011 (164 pages, 24,60 €, ISBN 978-2-923342542).


Thierry Leuzy est un auteur né à Montréal qui vit à Rimouski (Québec). Thure est son premier roman.

 

Thure ? Voici les premières phrases du récit.

« Je me prénomme Thure. Voici une histoire inspirée des nombreux dessins de mon père, des récits de ma mère et de la mémoire de mon sang. Je tiens à souligner que les émotions qui tissent ce récit sont véridiques, peu importe que les événements racontés soient inventés ou réels.

Le 24 mai 1975 à sept heures du matin, Mijeanne, l'amoureuse de mon père, s'est déchirée... Je suis né. Ce même 24 mai, à dix-neuf heures trente, ma mère a débranché mon père... Il est mort.
Ma toute première journée d'existence, je l'ai passée étendu sur l'abdomen de mon père, Arthur. » (page 2).

Thure est donc l'histoire d'une « fusion » entre un père et son fils qu'il ne connaîtra jamais.


Après les funérailles de sa mère auxquelles il assiste avec sa fille (Fay), Thure découvre un carnet de dessins et croquis faits par son père. Dans ce carnet, une lettre de sa mère à son père datée du 24 mai 1975.
« Ton fils. Il arrive et tu pars. Vous vous croisez sur le palier de l'éternité. [...] Sens-tu comme il est calme, couché sur ta peau ? Vous êtes semblables. » (page 4).

Et Thure apprend qu'en fait son père n'a jamais su qu'il allait avoir un fils et qu'il n'est pas mort de façon naturelle mais que sa mère l'a débranché le jour de sa naissance !

 

La vie poursuit son cours.

« Fay et moi vivons au-dessus de l'Académie de Ballet Michoustine qui est située dans un ancien entrepôt. Le bâtiment m'a été légué par ma mère et j'y administre l'école de danse fondée par mon arrière-grand-père, Youri Michoustine. Nous vivons au second étage dans l'appartement où j'ai grandi. Mon atelier de sculpture est installé dans celui où mon père faisait jadis les décors pour les spectacles de l'Académie. » (page 8).


Mais Thure entend en lui la « voix » de son père, Arthur, qui lui raconte ses racines : son arrière-grand-père Youri Michoustine, né en 1791 à Saint-Pétersbourg, et son arrière-grand-mère Kay, né en Irlande. Leur fille, sa grand-mère, Mika née à Paris.

Voici quelques beaux extraits.

« – Arthur, tu ne le sais pas, mais cette cause plus grande que soi à laquelle tu cherches à te joindre, ce n'est pas la paix dans le monde, c'est la paix en toi. Toi par rapport à toi. Toi en vertu des autres. » (page 30).
« – Pour qu'une chose qui ne sert à rien ait de la valeur, il faut l'avoir bien faite. » (page 41).
Après la guerre et l'exil à la campagne, Papi Youri et Arthur embarquent sur un rafiot russe pour le Canada.

« – Tu es prêt, Arthur ?

Oui, mon capitaine !

C'est bien... J'aime les gens toujours prêts.

Prêt à quoi, mon capitaine ?

Prêt ! Prêt à tout. La question n'est pas de savoir à quoi tu es prêt... C'est simplement de vivre sachant que tu es prêt, prêt à tout... » (page 54).

« – Youri, un jour, je vous ai écouté me dire que pour vous, c'était contre nature de ne pas savoir danser... Qu'à votre avis on vient au monde en gesticulant, on grandit en incarnant tout ce qui nous anime et dès la petite école tout cela se gâte quand devant un instituteur ou une institutrice, devant une personne qui parle sans arrêt et qui n'en finit plus de barbouiller sur un grand pan de mur, on apprend à se soumettre à l'inertie, à la retenue et à la contradiction... » (page 67).

 

Par la « voix » de son père en lui, Thure apprend la vie de Youri et Kay (ses arrières-grands-parents), l'horreur qu'a subi Mika (sa grand-mère) à cause d'un officier nazi et comment son père est né, puis la rencontre entre son père et Mijeanne, leur amour, sa prochaine venue et l'accident... Mais ce roman n'est pas seulement l'histoire d'une famille (sur cinq générations quand même, des arrières-grands-parents de Thure à sa fille, Fay), c'est aussi la Russie, la danse, la seconde guerre mondiale, l'exil (en France d'abord puis au Canada), les relations humaines, les souffrances et aussi les moments de bonheur heureusement.

« Est-ce possible d'être à ce point lié à sa fibre paternelle que même le vécu que l'on croit intime n'est en fait qu'une récurrence ? » (page 78).

Le récit de Thierry Leuzy est beau, fluide, très agréable à lire. Il a une âme.

Il est tourné vers l'avenir, les jours meilleurs. « Fay ne sait pas qu'à l'origine il y a eu tant de violence et de détresse. Comme une fleur libre de s'épanouir, elle grandit à l'abri des intempéries. » (page 81).

Thure est un roman (en partie autobiographique ?) à la fois triste et drôle, avec des événements beaux ou atroces. C'est en tout cas un texte organique, puissant et à lire absolument !

 

Ma phrase préférée

« Le culot des femmes les rend souvent inaccessibles. On dirait qu'à se dévoiler elles disparaissent. » (page 134).

 

Une lecture qui entre dans les challenges Paris je t'aime (une grande partie du roman se déroule à Paris où vivent Youri, Kay et leur fille Mika, avant et pendant la seconde guerre mondiale), Premier roman, Cent pages (en espérant que 164, ce n'est pas de trop), Ô vieillesse ennemie (pour le grand-père, Youri, qui est très présent tout au long du roman et qui élève Arthur. Sa mort est un des moments tristes et magiques du roman) et Mon Québec en septembre. Je remercie Alphalire car j'ai lu ce roman en numérique sur leur site.

ParisJet'aime PremierRoman1 DefiCentPages
VieillesseChallenge QuebecSeptembre1 ClubLN

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 23:50

CoeursBrises.jpgCœurs-brisés.com est un roman d'Emma Garcia paru aux éditions Ma dans la collection Pôle roman en mai 2012 (385 pages, 18 €, ISBN 978-2-822-400992). Never Google heartbreak (2011) est traduit de l'anglais par Marie Boudewyn.

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé ce roman. Il fait partie de ces livres que je n'avais pas prévu de recevoir et qui ont flingué mon organisation de lecture (« dans la vie, faut pas s'en faire, moi je ne m'en fais pas... ») mais ça valait le coup parce que j'ai été très agréablement surprise !

 

Emma Garcia est diplômée de l'Université de Roehampton en écriture romanesque (creative writing) et a déjà écrit des albums illustrés pour enfants mais Cœurs-brisés.com est son premier roman (inspiré de son expérience personnelle).

 

Vivienne Summers et Robin Waters (Viv et Rob pour les intimes) sont ensemble depuis 5 ans. Après deux demandes en mariage ajournées, Rob n'étant pas prêt (peur de l'église, passage des 35 ans...), Viv espère beaucoup de cette troisième demande. Dans deux mois, ils seront mariés, enfin !

Ils ont la trentaine, ils sont beaux, séduisants, gagnent bien leur vie et ont tout pour être heureux mais... « Je ne peux pas, Viv, m'annonce-t-il. » (page 4).

C'en est trop pour Viv qui quitte l'appartement de Rob et s'installe dans un petit deux-pièces londonien. Heureusement qu'à 32 ans, elle est autonome financièrement, et peut compter sur sa meilleure amie, Lucy Bond (une accro au sexe), son meilleur ami, Max Kelly (un peintre bohème qui vit avec son chat, Dave), sa Mémé de 70 ans, Ève (elle a élevé Viv après le départ de sa mère) et plus ou moins sur Christie, sa collègue pas très futée.

Attention, hein, ce n'est pas une rupture, c'est une pause ! Du moins, c'est ce que Viv croit jusqu'à ce qu'elle se rende compte que Rob ne la rappelle pas pendant un mois parce qu'il l'a déjà remplacée...

« […] j'ai le moral à zéro ! Un mois entier sans Rob. Bon. D'accord, nous avons décidé de marquer une pause mais je ne m'attendais à pas ça. À une coupure aussi radicale... comme s'il était mort ! » (page 9).

C'est au mariage de leurs amis communs, Jane et Hugo, que Viv fait la connaissance de Sam, la nouvelle élue, toute fière au bras de Rob.

« Sache une chose : l'homme qui se moque de toi ne te mérite pas. » (page 86). Mais Viv ne veut pas entendre raison, elle s'accroche, elle est obnubilée par Rob, elle pense que c'est l'homme idéal, l'homme qu'il lui faut, SON homme.

Elle a quand même une idée, pour sortir de son chagrin et de sa torpeur : créer un site où tous les cœurs brisés pourront témoigner, où chacun pourra donner des conseils et se soutenir les uns les autres, parce que « On ne se sent jamais aussi seul que quand on a le cœur brisé ! » (page 102).

 

Je n'en dis pas plus car je ne veux pas dévoiler ce que va vivre Viv ! Mais « parfois, il faut encaisser un coup dur pour se secouer les puces et prendre certaines décisions. » (page 328).

 

Je vais vous avouer que je n'avais jamais lu de chick lit avant. Par choix. Cette littérature légère et féminine ne m'inspire pas, même si j'ai bien aimé l'adaptation cinématographique du Journal de Bridget Jones par la réalisatrice anglaise, Sharon Maguire (2001).

Mais revenons à Cœurs-brisés.com. Je suis sous le charme ! Au niveau littéraire, c'est réussi, c'est cocasse et tendre. Et puis j'ai ri, j'ai vraiment bien ri, car c'est drôle (humour anglais), bon je ne dis pas si vous venez d'être larguée et êtes déprimée, peut-être que... Quoique !

J'ai donc passé un très bon moment de lecture et j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties de Viv, ce qu'elle fait alors qu'elle sait qu'il ne faut pas le faire (s'accrocher, harceler...), et de ses proches. Des extraits du site Cœurs-brisés.com sont en en-tête des chapitres et c'est excellent. Le roman mérite bien son sous-titre : « une comédie romantique drôle et déjantée ». Vraiment ce roman est une véritable surprise pour moi !

Alors vais-je me ruer sur tous les titres de chick lit parus en France depuis une quinzaine d'années ? Non ! Vais-je en lire de temps en temps s'ils sont de qualité ? Oui !

Par contre, Never Google est pour l'auteur une série et la suite s'intitulera Never Google baby. Le lirai-je ? Sûrement mais il y aura la crainte d'être déçue parce que ça ne se renouvelle pas...

 

Je mets cette lecture dans les challenges Premier roman, God save the livre et Voisins Voisines 2012.

PremierRoman1 GodSaveLivre VoisinsVoisines2012

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 04:23

Kosaburo1945.jpgCoupCoeur2011Kosaburo, 1945 est un roman de Nicole Roland paru aux éditions Actes Sud dans la collection Un endroit où aller en février 2011 (138 pages, 16,30 €, ISBN 978-2742794829).

 

Nicole Roland est professeur de lettres dans un lycée à Namur (Belgique). Kosaburo, 1945 est son premier roman.

 

Le narrateur est Kosaburo. Il aurait voulu être peintre, ou poète, ou calligraphe, mais c'est la guerre. Il a donc quitté l'université et se prépare à se battre, pour l'empereur, pour sa famille, pour son pays.

Mitsuko est son amie d'enfance, c'est aussi la femme qu'il aime en secret.

« Et la guerre venait de déchirer sans bruit la page qu'ils auraient pu écrire. » (page 4).

Il prépare un cadeau, un « livre de l'oreiller » : un petit coffret en bois laqué contenant des poèmes, des dessins que les amoureux s'offrent traditionnellement.

« Mais ils en étaient là : la guerre fracassait tous les rêves. » (page 6).

Mitsuko a un jeune frère, Akira qui étudie la littérature française. L'adolescent ayant fuit dans un monastère, c'est le déshonneur pour sa famille.

À partir de ce moment, Mitsuko devient la narratrice : elle prend la place de son frère. Elle apprend les préceptes des samouraïs, s'entraîne avec Kosaburo et va devenir pilote d'élite.

Car, tels les typhons qui s'étaient déchaînés en 1281, empêchant par deux fois l'invasion du Japon par les Mongols, les jeunes pilotes devaient être les « vents divins » (kamikaze) et repousser l'ennemi.

« Des noms sur une liste, voilà ce que nous étions. Et c'était mieux ainsi. » (page 92).

En plus de l'entraînement très difficile, Mitsuko a bien sûr peur d'être découverte mais elle est prête à aller jusqu'au bout et à se sacrifier même si tout cela lui semble vain.

« Nous étions tombés bien bas, si les meilleurs pilotes étaient sacrifiés. Il n'y avait plus d'espoir. » (pages 112-113).

 

C'est après avoir vu la photo – datant de 1945 – du visage d'un pilote japonais dans un journal que Nicole Roland a voulu écrire ce roman. « […] des traits fins, un regard fixe et la désinvolture des lunettes relevées sur le bonnet d'aviateur. Autour de son cou, une écharpe de soie blanche se déployait dans le vent. » (page 2).

Endoctrinement, exaltation, loyauté, bravoure, honneur, soumission patriotique sont des notions très présentes dans ce récit. Mais ce qui est vrai pour la nation japonaise – les « valeureux guerriers » qui se sacrifient sont les « boucliers » de la nation – est vrai pour toutes les nations qui durant les guerres envoient leurs soldats combattre pour « protéger » le pays, les civils et les dirigeants.

La tension est grandissante avec l'entraînement, les premiers combats, les premiers avions ennemis abattus, et enfin les sacrifices, mais il y a une telle tranquillité, presque de la douceur dans les phrases de Nicole Roland.

Le récit est agréable, bien documenté, et entrecoupé de beaux poèmes, d'extraits du Dit du Genji ou du Bushido. Et un point important : l'auteur ne porte pas de jugement, j'ai l'impression qu'elle aime ses personnages, en particulier Kosaburo et Mitsuko.

Ils avaient vingt ans et ils sont morts... Pour qui, pour quoi... « Nous avions vingt ans, nous avions mille ans et sur notre cœur palpitait l'éclat d'une armure invisible. » (page 35).

J'ai été surprise par la fin, ainsi ce roman est un roman-tombeau...

Nicole Roland, une romancière à suivre.

 

SurPagesJaponAout Une lecture pour les challenges Dragon 2012 et Sur les pages du Japon (thème libre en août), pour les défis Premier roman et Cent pages et, comme l'auteur est Belge, pour le challenge Voisins Voisines aussi.


J'en profite pour remercier Alphalire car j'ai lu ce roman en ligne (vous pouvez faire de même en vous inscrivant, c'est gratuit et il y a 12 premiers romans à lire). ChallengeDragonFeu PremierRoman1
DefiCentPages VoisinsVoisines2012 ClubLN

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 05:26

Allee7Rangee38.gifAllée 7, rangée 38 est un roman de Sophie Schulze paru aux éditions Léo Scheer en août 2011 (92 pages, 16 €, ISBN 978-2-756103327).

 

Sophie Schulze, née en France, a vécu des années à l'étranger. Allée 7, rangée 38 est son premier roman.

 

Plutôt que de vous faire un résumé « classique » de ce roman « étrange », je voudrais partager avec vous ces extraits et mes réflexions.

 

À Oldenbourg, près de Königsberg, en Prusse orientale (avant la 2e guerre mondiale). Des touristes visitent la maison d'Emmanuel Kant puis vont manger dans un restaurant au bord de la Mer baltique.

« Franziska naît dans cette Allemagne-là. À Oldenbourg. En 1883. » (page 6). « Franziska est une fille simple, la fille aînée du tavernier. Elle sait à peine lire et écrire. Elle a d'autres soucis. Le temps approche où elle devra se marier. » (page 10). Elle a 17 ans et son père veut qu'elle épouse Günther, le fils d'un riche fermier, mais elle aime Karl, un jeune pêcheur.

Pendant ce-temps-là, Nietschze meurt complètement fou et sa sœur s'attelle à son œuvre.

Après avoir épousé Franziska, Günther se rend compte qu'elle est déjà enceinte. « Günther découvre le pot aux roses le soir de ses noces. La colère et la honte l'accablent. [...] Les jours suivants, il reste seul, emmuré dans la torpeur de l'événement. Il ne peut divorcer, les liens contractés sont sacrés. [...] Il doit reconnaître l'enfant, il doit faire comme s'il était de lui. Mais il ne pardonnera pas. Jamais. Dans son cœur, cet enfant ne sera jamais le sien. » (page 14).

« Walter, l'enfant illégitime, grandit dans la colère de son père. Il n'a droit à aucune marque d'affection. Il ne connaît que les mots durs, les ordres, les coups de pied, les gifles et les tâches serviles. Toutes ses forces sont employées à sa survie. Un frère naît. Puis une sœur. Les parents de Walter sont tout à ces nouveaux venus. Walter est tenu à l'écart. » (page 15).

Après avoir tué son jeune (demi-)frère dans un accident, Walter est chassé de la ferme. Il fuit à Berlin puis à Strasbourg et s'engage en 1919 dans la Légion étrangère. « Il apprécie la vie du camp. La camaraderie qui y règne est simple. Personne ne cherche non plus à connaître son passé. » (page 24).

À la même époque, Heidegger, l'assistant d'Edmund Husserl, devient professeur. « Hannah Arendt est l'élève de Heidegger à Marbourg. Elle a vingt ans. » (page 25).

« La situation politique est tendue. Les communistes sont sous l'influence de l'Union soviétique. Ils tiennent une ligne dure, sans compromis. Cette inflexibilité fait gagner chaque jour des suffrages à l'extrême droite. » (page 36).

« 1932. Walter est naturalisé. Il se rend alors compte qu'il peut sortir de la cité minière de Wittelsheim sans courir le risque d'être arrêté. Il n'a plus besoin de se cacher comme un immigré sans papiers. Il est un Français comme les autres. » (page 37).

Durant la fête du 14 juillet, Walter – qui travaille à la mine de potasse à Wittelsheim en Alsace – rencontre Alice et en tombe amoureux. Il va progresser en français, devenir chef d'équipe, se marier, etc.

 

Ce roman que j'ai trouvé agréable à lire mais décousu contient beaucoup de personnages et saute du coq à l'âne (ça a un certain charme). Pourtant il n'est pas dénué d'intérêt : à travers l'histoire d'une vie (celle de Walter), c'est le le XXe siècle qu'il raconte. Et puis, en parallèle de cette vie, représentative de la vie de beaucoup d'autres, Sophie Schulze mêle habilement les relations entre politique et philosophie, et transcende son roman en une sorte de réflexion naturelle sur le régime totalitaire. Voici un extrait pour que vous vous rendiez compte par vous-même.

« Alice accouche. Seule. Elle ne sait pas où est son mari, ni même s'il est encore en vie. Elle n'a que cet enfant, qui lui réclame son lait. Alice est affaiblie. Mais l'enfant, lui, est en bonne santé.

Hannah arrive à New York. Elle n'a pas d'argent ni de papiers. Elle ne connaît personne. Elle parle très mal anglais. Il lui faut repartir de zéro. Elle commence par chercher du travail. » (page 53).

 

La phrase à méditer. Elle est de Hannah Arendt.

« Le sujet idéal du régime totalitaire n'est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais l'homme pour qui la distinction entre fait et fiction (c'est-à-dire la réalité de l'expérience) et la distinction entre vrai et faux (c'est-à-dire les normes de la pensée) n'existent plus. » (page 66).

 

 

Une lecture pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2011, Premier roman, Cent pages et Vivent nos régions (car si la première partie se passe en Allemagne, la deuxième se déroule en Alsace et y raconte bien la vie à cette époque).

 

Je remercie Alphalire car j'ai lu ce roman en numérique sur leur site.

1pourcent2011 PremierRoman1
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