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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 23:47

Requiem pour une révolution est un roman de Robert Littell paru aux éditions BakerStreet en mars 2014 (503 pages, 21 €, ISBN 978-2-917559-40-6). The Revolutionist (1988) est traduit de l'américain par Julien Deleuze.

 

Je remercie Virginie et les éditions BakerStreet (spécialisées en littérature américaine et anglaise) pour ce très beau roman, déjà paru en 1989 aux éditions Julliard sous le titre Les larmes des choses.

 

Robert Littell est né le 8 janvier 1935 à New York dans une famille juive originaire de Lithuanie. Il est journaliste et auteur de romans (en particulier espionnage comme La Compagnie, sur la CIA). Il vit entre les États-Unis et la France. Son fils, Jonathan Littell, est l'auteur de Les bienveillantes paru en 2006.

 

New York, mars 1911. Alexander Til, jeune ouvrier de l'habillement âgé de 17 ans, perd son père et son frère aîné dans l'incendie de l'immeuble Asch. Cent quarante quatre victimes ont péri dans cet immeuble de dix étages...

« Quelque chose se cassa en Alexander, comme une montre au ressort trop remonté ; il cessa de parler, de penser, de sentir. » (page 14).

Des semaines après le fatidique événement, Alexander reprend vie en annonçant à son demi-frère, Léon, qu'il veut se battre pour la Justice parce que le système crée des inégalités.

« C'est à ce moment précis de sa vie qu'Alexander commença à se considérer comme un révolutionnaire. » (page 15).

New York, 1917. Deux agent du FBI, dont un bleu d'une vingtaine d'années qui s'appelle Hoover, cherchent Alexander Til, un Blanc d'origine juive russe naturalisé Américain, pour piquets de grève illégaux et réunions illicites.

« De notre point de vue, dit Hoover, ce Til est un dangereux idéaliste. […] Mais votre point de vue est erroné. Dans les États-Unis d'Amérique, l'idéalisme n'est pas encore un crime. » (page 19).

À cette période, Alexander rencontre Trotski et Boukharine qui habitent le Bronx et il décide de retourner en Russie pour faire la Révolution.

« Il était destiné à retourner là-bas ! Il fallait qu'il y retourne ! Il y retournerait ! » (page 57).

Quant à Léon, le frère et ami, il choisit une autre voie, celle d'Israël mais « Léon l'avait averti que la Russie lui briserait le cœur, et elle l'avait fait. » (page 280).

 

J'ai été un peu surprise que le roman – sous-titré Le grand roman de la Révolution russe – commence aux États-Unis mais tout se tient et, bien vite, le personnage principal, Alexander Til (renommé Zander), sera en Russie et fréquentera les révolutionnaires et les intellectuels du Parti : Staline, Lénine, Skriabine, Maïakovski, Pasternak, Molotov, Zinoviev... et quelques années plus tard même Khroutchev jeune. Toute la révolution russe est passée au crible, c'est incroyable, quelle érudition dans ce récit, aussi bien qu'un bon document ! C'est parce qu'Alexander est en haut, parmi les décideurs. Mais la motivation des révolutionnaires côtoie leur ambition, la folie et les plus sombres desseins de cette révolution qui, « au nom du peuple », fit le contraire de ce qu'elle voulait faire...

 

« Les masses obscures savent ce que c'est que la terre, déclara Trotski d'une voix retentissante. Nous leur donnerons de la terre ! Elles savent ce que c'est que le pain. Nous leur donnerons du pain ! » Il paraissait s'étouffer d'émotion. « Elles savent ce que c'est que la paix. Nous leur donnerons la paix ! » Il se tourna vers le reste du groupe et leva de façon théâtrale les bras en l'air. « Nous assistons au début de la seconde Révolution russe. Espérons que beaucoup d'entre nous […] y participeront. » (page 46).

 

Certains se doutaient bien – et pas seulement les détracteurs – que le Parti et le Comité Central engendreraient un dictateur et qu'il y aurait des répercussions sur l'économie, l'art et la liberté des citoyens. Mais l'idéal semblait si beau...

« Quand nous serons au pouvoir, dit Lénine, nous abolirons toutes les frontières. Les gens seront libres d'aller et venir à volonté. Trotski parle toujours des États-Unis d'Europe. Pourquoi pas ? » (page 155).

Ces révolutionnaires se sont-ils menti à eux-même dès le début ou ont-il vraiment cru aux bienfaits d'une telle révolution meurtrière ?

« Les idéalistes ne survivront qu'un peu plus longtemps que les poètes » (Rhonza, page 210).

Car dès leur arrivée au pouvoir, après un bain de sang, les Bolcheviks transfèrent la capitale à Moscou, au Kremlin, s'arrogent des privilèges et mettent en place une surveillance accrue, de tous y compris des membres influents. Lénine a promis de faire disparaître l'armée, la police, la bureaucratie mais il n'en fait rien ; au contraire, dès son arrivée au pouvoir, il crée une police secrète, la Tcheka.

 

En tout cas, la guerre fratricide entre Russes blancs et Russes rouges et la mort du tsar et de sa famille se jouent à si peu de choses, c'est le destin, « nitchevo » ! Et le lecteur va vivre l'horreur de cette grande Russie, de Moscou à Perm en passant par Ekaterinbourg.

« La folie avait une méthode. Les gens qui échappaient à la purge se reprochaient des trahisons imaginaires et retournaient au travail plus ardents qu'auparavant pour cacher leur sentiment de culpabilité. » (page 328).

 

J'ai noté de nombreux extraits durant ma lecture mais je ne peux malheureusement pas tous les publier ici. Alors, que vous aimiez la Russie ou pas, que vous sachiez déjà des choses sur la révolution soviétique ou pas, je vous conseille fortement la lecture de ce grand roman dans lequel vous côtoierez les bolcheviks, les koulaks, les mencheviks, le Politburo, le Soviet, et avec lequel vous comprendrez tout sur la collectivisation, la grande purge, la déportation des Juifs au Birobidjan dans les années 50, la Tass, le Guépéou, le NKVD, etc. Et surtout, vous rencontrerez le peuple russe, ce peuple que les révolutionnaires qualifient de « masse obscure », ce peuple pris en otage dans une révolution qu'il n'a pas demandée et qui le dépasse, mais au nom duquel (comme d'autres au nom de Dieu) certains décident de tout même du pire !

 

Mes deux passages préférés

« Le crâne du poète vint heurter le mur de pierre. Des éclairs de lumière passèrent devant ses yeux et il crut un instant que la pièce avait explosé. La souffrance était intense... submergeait la pensée... son cerveau ne produisait plus d'idées... pas assez d'air... tout était vide... la douleur diminuait... il lui faudrait émigrer... les poètes étaient devenus des émigrés intérieurs... ils erraient dans le labyrinthe de la littérature, où le pouvoir soviétique ne pouvait pas les suivre... Pouchkine l'y attendait quelque part... Pouchkine le protégerait... » (page 348).

« Nous avions de si grands espoirs, Léon. Nous allions libérer les travailleurs et créer une société où les gens pourraient vivre sans entraves. Tu ne sais pas comment c'était juste après la révolution. Des balayeurs et des secrétaires siégeaient en conseil des ministres. N'importe qui pouvait donner son opinion et critiquer celle d'autrui. Tout était possible. Il n'y avait pas de limite. » (page 460).

 

Une lecture très enrichissante que je mets dans les challenges

Le mélange des genres (roman historique)

et Mois américain-Challenge US.

 

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 03:47

Les Justes est une pièce de théâtre en 5 actes d'Albert Camus parue en 1950 aux éditions Gallimard : dans la collection Blanche en mars 1950 (c'est cette édition que j'ai lue, 212 pages), édition reliée en juin 1950, réédition en septembre 1966, Folio n° 477 en novembre 1973, Folio Théâtre n° 111 en mai 2008, Folio Plus Classiques n° 185 en janvier 2010.

 

Première représentation le 15 décembre 1949 au Théâtre Hébertot (78 bis boulevard des Batignolles, Paris, 18e arrondissement) dans une mise en scène de Paul Œttly (comédien et metteur en scène de théâtre né le 25 juin 1890 à Constantine en Algérie et mort le 17 mars 1959 à Cliousclat dans la Drôme).

 

Albert Camus : je vous renvoie au Lundi philo – 9 : Albert Camus de juin 2013 sur l'homme et l'auteur.

 

Cette note de lecture est différente de celles que je publie généralement. J'ai en fait noté mes réactions en même temps que le résumé et les extraits. Du coup, c'est (très) long (c'est sûrement l'article le plus long que j'aie écrit sur ce blog !). Évidemment, je raconte l'histoire donc ne lisez pas jusqu'au dernier acte si vous souhaitez découvrir un jour ce livre. Mais rassurez-vous, je n'ai pas dévoilé la fin, quand même ! Je ne pourrais pas dire si j'ai fait une analyse poussée de ce récit ou si j'ai simplement donné des idées, des sentiments, mais j'espère que cela vous donnera envie de lire Les Justes et les autres œuvres d'Albert Camus. De mon côté, j'ai adoré cette lecture qui m'a fait réfléchir et je pense que je lirai bientôt Caligula (lecture commune prévue par Heide avec Lee Rony et proposée pour septembre, à confirmer, et si vous souhaitez vous joindre à nous).

 

Moscou, Russie. Février 1905.

Acte 1. « L'appartement des terroristes. Le matin. » (page 12).

Dora Doulebov et Boris Annenkov (surnommé Boria) attendent une visite. Un coup de sonnette puis deux autres coups. C'est lui, c'est Stepan Fedorov ! Il avait été arrêté et il a passé trois ans au bagne avant de fuir pour la Suisse mais il n'y était pas heureux et le parti l'a renvoyé en Russie pour une mission.

« La liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme est asservi sur la terre. J'étais libre et je ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves. » (page 16).

L'objectif de ce « groupe de combat du parti socialiste révolutionnaire » (page 19) est de tuer le grand-duc Serge (oncle du tsar) et d'abattre la tyrannie afin de « hâter la libération du peuple russe » (idem).

« Que dois-je faire ? » demande Stepan (page 19) : je m'interroge, est-on libre quand on doit demander ce qu'on doit faire à quelqu'un ? Peut-on penser qu'on va libérer tout un peuple (et le monde entier) quand on n'est pas libre de ses pensées et de ses actes ?

Les camarades pour maintenir la liaison avec le Comité Central sont Alexis Voinov qui était aussi en Suisse et Ivan Kalyayev (surnommé Yanek ou le Poète) : Yanek pense que « la poésie est révolutionnaire » (page 21), Stepan pense que « la bombe seule est révolutionnaire » (idem). Qui a raison ? Ont-ils raison tous les deux ? D'autant plus que Stepan, lui, veut assez de bombes pour faire sauter Moscou ! Un peu mégalomane, non ?

« Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu'il faut. » (Stepan, page 26). Ment-on aussi à ses camarades ? Se ment-on à soi-même ? Si on le fait bien, on peut certainement se persuader et persuader les autres qu'on a raison...

« J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre. Maintenant, je suis heureux. » (Alexis, page 28).

Si Alexis a un côté romantique, Yanek est un optimiste, il aime le bonheur : « Il faut être gaie, il faut être fière. La beauté existe, la joie existe ! » (à Dora, page 33).

Stepan veut lancer une des deux bombes sur le grand-duc mais ce sont Alexis et Yanek qui ont été désignés et la règle doit être respectée même si elle est dure : ah, l'exaltation... (Yanek qui aime la vie mais qui pense au sacrifice de sa vie), ah, l'orgueil... (Stepan, qui aime « la justice qui est au-dessus de la vie », page 41).

Mais ils ont une justification qui leur paraît imparable : « nous tuons pour bâtir un monde où plus jamais personne ne tuera ! Nous acceptons d'être criminels pour que la terre se couvre enfin d'innocents. » (Yanek, page 46) : quel orgueil, quelle démence !

« Mourir pour l'idée ; c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée. C'est la justification. » (Yanek, page 48) : décidément, les terroristes, qu'ils soient politiques ou religieux n'ont qu'un résultat en tête, mourir en emportant d'autres vies (le plus de vies ?) avec eux. Et pourquoi ? Pour l'idée ! Une idée qui leur a souvent été inculquée de force quoi qu'ils en disent (endoctrinement, lavage de cerveau...).

 

Acte 2. « Le lendemain soir. Même lieu. » (page 60).

Dora et Boris sont dans l'appartement. Ils attendent que la calèche du grand-duc passe. Ils sont un peu tristes de ne pas être dans l'action mais Dora fabrique les bombes et Boris est le chef, ils doivent donc rester en vie. Ils ont l'air calme mais ils ont peur. Ils guettent... « Comme c'est long. » (Boris, page 66). Mais rien, pas de bruit, pas d'explosion, que s'est-t-il passé ?

« Frères, pardonnez-moi . Je n'ai pas pu. » (Yanek « dans l'égarement », page 69). Il n'a pas pu, effectivement, parce qu'alors que le grand-duc devait être seul, il y avait des enfants dans la calèche, le neveu et la nièce du grand-duc, ainsi que la grande-duchesse. « Mon bras est devenu faible. Mes jambes tremblaient. Une seconde après, il était trop tard. » (pages 73-74). Le Poète a donc du cœur, il a une âme ! « Boria, je ne suis pas un lâche, je n'ai pas reculé. Je ne les attendais pas. Tout s'est passé trop vite. Ces deux petits visages sérieux et dans ma main, ce poids terrible. C'est sur eux qu'il fallait le lancer. Ainsi. Tout droit. Oh, non ! Je n'ai pas pu. » (page 74).

Chacun comprend Yanek et, pour le réconforter, avoue qu'il aurait fait la même chose mais Stepan, lui, est fort mécontent : deux mois de perdus dans cette mission non accomplie ! « Je n'ai pas assez de cœur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera. » (page 80). Il vient de déplorer la perte de deux hommes (un arrêté et un pendu) et il veut tuer des enfants... Folie...

Le dialogue à ce moment-là est extrêmement intéressant :

« Dora : Ce jour-là, la révolution sera haïe de l'humanité entière.

Stepan : Qu'importe si nous l'aimons assez fort pour l'imposer à l'humanité entière et la sauver d'elle-même et de son esclavage.

Dora : Et si l'humanité entière rejette la révolution ? Et si le peuple entier, pour qui tu luttes, refuse que ses enfants soient tués ? Faudra-t-il le frapper aussi ?

Stepan : Oui, s'il le faut, et jusqu'à ce qu'il comprenne. Moi aussi, j'aime le peuple. » (page 81).

Voilà, tout est dit. Si le peuple refuse de comprendre et n'accepte pas d'être endoctriné, brimé (d'une autre façon que celle qu'il subit actuellement), on lui imposera l'idée, on lui prouvera qu'il a tort, on le fera taire, on le détruira. Plus loin, Stepan tient en plus des propos sexistes contre Dora qui est la seule femme du groupe. Je pense qu'à l'époque de la parution des Justes, Albert Camus a lancé un pavé dans la mare pour éclabousser tous ceux qui soutenaient haut et fort le régime communiste soviétique. Parce qu'Albert Camus refuse la barbarie ; pour lui, la fin ne justifie pas les moyens et la vie est plus importante que tout. Et je suis d'accord avec lui, d'autant plus qu'on sait ce qu'ont fait ces régimes en Russie, en Chine, au Vietnam, au Cambodge et ailleurs. De plus, Camus a écrit ce texte au sortir de la deuxième guerre mondiale et il y avait eu déjà tant d'horreurs (les camps de la mort, les deux bombes nucléaires sur le Japon, etc.).

Il y a d'ailleurs conflit entre les membres car ils pensent différemment bien qu'ils fassent partie du même groupe, de la même cause :

« Boris : Des centaines de nos frères sont morts pour qu'on sache que tout n'est pas permis.

Stepan : Rien n'est défendu de ce qui peut servir notre cause. » (page 82).

Et plus loin :

« Dora : Même dans la destruction, il y a un ordre, il y a des limites.

Stepan, violemment : Il n'y a pas de limites. La vérité est que vous ne croyez pas à la révolution. » (pages 84-85).

C'est typique de retourner sa violence (sa haine) contre les autres, de les humilier, de leur faire croire qu'ils ne sont pas dignes...

Mais Yanek n'est pas dupe :

« […] derrière ce que tu dis, je vois s'annoncer un despotisme qui, s'il s'installe, fera de moi un assassin alors que j'essaie d'être un justicier. » (page 85).

Comme il a raison ! Et tout ce qui s'est passé en Russie puis en Union Soviétique (et ailleurs) le prouve. Des millions de gens ont ignoré l'innocence (comme le préconise Stepan page 87) et ont installé une justice bien différente de celle qui avait été pensée au départ, quoique...

Et ces paroles prémonitoires (je rappelle, écrites en 1949) :

« Pour savoir qui, de toi ou de moi, a raison, il faudra peut-être le sacrifice de trois générations, plusieurs guerres, de terribles révolutions. Quand cette pluie de sang aura séché sur la terre, toi et moi serons mêlés depuis longtemps à la poussière. » (Yanek, page 88).

 

Acte 3. « Même lieu, même heure, deux jours après. » (page 96).

Même projet de jeter deux bombes sur la calèche du grand-duc qui va au théâtre. Mais deux jours ont passé, les cerveaux ont cogité, la fatigue s'est accumulée, Alexis a honte, il a peur, et il a honte d'avoir peur, il ne se sent pas capable de rassembler son courage une deuxième fois, il n'a pas la force, il se sent « faible comme un enfant » (page 104), il est désespéré, il se sent lâche, inutile et préfère quitter le groupe. Tiens, lui aussi aurait un cœur, une âme !

De son côté, Yanek est également torturé. Ce n'est pas simple de tuer. Même si on a l'idée et le courage. Il y a la haine aussi. Et la haine, ce n'est pas bon pour le bonheur...

Les personnages sont tous faces à eux-mêmes, ils sont confrontés à leur conscience, à ce qu'ils auraient fait. Ainsi cet acte, axé sur le questionnement, est plus introspectif. Qu'arrive-t-il quand on s'est enfin posé, qu'on a pu faire le point, seul, et qu'on a réfléchi par soi-même, en dehors de toute organisation ? On pense qu'on est lâche mais, en fait, on a plus ou moins compris que tout ça est inutile, futile... Voilà pourquoi les groupes intégristes envoient immédiatement leurs tueurs, sans qu'ils aient le temps de penser par eux-mêmes, de réfléchir à l'inutilité de leur acte, car ils reviendraient sûrement sur leur décision ! D'ailleurs, leur décision... ou la décision que les autres ont prise à leur place ?

Car le peuple que ces terroristes disent aimer, ce peuple... « Le peuple se tait. Quel silence, quel silence... » (Dora, page 118).

Oh ! Au moment où je lisais « Sept heures sonnent. » (page 130), sept heures ont vraiment sonné !

Et quand la calèche du grand-duc passe, il y a une explosion. Boria qui remplaçait Alexis n'a pas jeté sa bombe mais Yanek a lancé la sienne. « Yanek a réussi. Réussi ! O peuple ! O joie ! » (Stepan, page 131). Dora, elle, s'effondre en larmes ; la bombe qu'elle a fabriquée a tué...

 

Acte 4. « Une cellule dans la Tour Pougatchev à la prison Boutirki. Le matin. » (page 134).

Yanek rencontre Foka, un pauvre bougre qui a attrapé une hache et tué trois hommes pour avoir un peu d'eau... Il en a pris pour vingt ans et, accompagné d'un gardien, il nettoie les cellules des autres condamnés. Yanek qui a 23 ans calcule que s'il en prend également pour vingt ans, il en sortira avec les cheveux gris. Foka ne comprend pas l'acte de Yanek, il le voit comme un barine (un homme supérieur, un propriétaire terrien). Pourquoi n'a-t-il pas profité de sa situation ? Pourquoi a-t-il commis pareille folie ? Foka pense que l'idée dont parle Yanek est « le royaume de Dieu » (page 143).

Eh oui, qu'on le veuille ou non, qu'on soit croyant ou non, les idées communistes (partage, communauté, amour, égalité, etc.) sont calquées sur les idées chrétiennes, la violence en plus ! Alors, à quoi bon créer une nouvelle doctrine qui existait déjà ? Parce qu'avec l'athéisme, des penseurs ont voulu une doctrine politique et économique plutôt que religieuse. Et alors, qu'est-ce que ça a donné ? Pareil et même pire !

Mais Foka, se rendant compte que Yanek va être pendu, s'éloigne de lui ; en effet, c'est lui le forçat qui pend les condamnés et en échange de chaque pendu, il gagne une année de liberté. « Oh, ce ne sont pas des crimes, puisque c'est commandé. Et puis, ça leur est bien égal. Si tu veux mon avis, ils ne sont pas chrétiens. » (Foka, page 147). Le bon sens populaire qui n'a que faire d'une révolution... Travail, efficacité, satisfaction, esprit tranquille !

Au moment où le gardien et le prisonnier partent, Skouratov entre dans la cellule de Yanek. Skouratov est « directeur du département de police » (page 150) et il souhaite aider Yanek à obtenir la grâce. Bien sûr, Yanek n'en veut pas, il est fier de ce qu'il a fait au nom du parti, au nom de ses idées, mais Skouratov insiste (il est de toute façon en position de force).

« Que voulez-vous, je ne m'intéresse pas aux idées, moi, je m'intéresse aux personnes. » (page 156).

Évidemment, Skouratov veut que Yanek dénonce ses camarades pour avoir la vie sauve !

« Yanek : Ai-je bien compris ?

Skouratov : Sûrement. Ne vous fâchez pas encore. Réfléchissez. [...] » (page 158).

Yanek ne lâche pas le morceau mais la grande-duchesse veut le voir !

« Yanek : Je ne veux pas la voir.

Skouratov : Je regrette, elle y tient. Et après tout, vous lui devez quelques égards. On dit aussi que depuis la mort de son mari, elle n'a pas toute sa raison. Nous n'avons pas voulu la contrarier. […] La voilà. Après la police, la religion ! On vous gâte décidément. » (page 161).

Quelle préparation mentale ! Et puis, que Yanek soit d'accord pour rencontrer la grande-duchesse ou pas, est-ce lui qui va en décider ? Il n'a aucun pouvoir, en cellule ; ses idées, le parti n'y ont aucun pouvoir !

« Yanek : Taisez-vous.

La grande-duchesse : Pourquoi ? Je dis la vérité. » (pages 165-166).

Pravda. La vérité. Tranchant.

Yanek ne se démonte pourtant pas, il regimbe par ses mots, il ne se sent pas criminel car il a été forcé au crime par ceux qui martyrise le peuple, il voit la grande-duchesse comme une figure religieuse donc une ennemie, il ne veut pas prier, il ne veut pas se repentir, il ne veut pas de la Sainte Église, il veut mourir, il veut mériter et accepter son jugement et son sort. Mais l'amour et la douleur les réunit en paroles et la grande-duchesse est plus maline que lui :

« La grande-duchesse : Je vais vous laisser. Mais […] Je demanderai votre grâce.

Yanek : Je vous en supplie, ne le faites pas. Laissez-moi mourir ou je vous haïrai mortellement.

La grande-duchesse : Je demanderai votre grâce, aux hommes et à Dieu.

Yanek : Non, non, je vous le défends. » (page 175-176).

Yanek a le dernier mot en paroles mais la grande-duchesse aura le dernier mot en acte. Quelle classe, cette grande-duchesse ! Quelle femme ! Quelle grandeur d'âme ! L'âme de la Russie !

Mais qui aura le dernier mot tout à la fin ? Skouratov a pensé à un plan diabolique.

« J'attendrai la défaillance. […] Ne vous pressez-pas. Je suis patient. » (page 178).

 

Acte 5. « Un autre appartement, mais de même style. Une semaine après. La nuit. » (page 180).

Dora, Boris, Alexis (de retour) et Stepan attendent de connaître la décision du tsar. Yanek s'est-il repenti comme la grande-duchesse l'a fait dire partout ? A-t-il demandé sa grâce ? Les a-t-il trahis ? Ou faut-il croire ce qu'il a dit au Tribunal et ce qu'il leur a écrit ? Doute... Espoir... Effroi... Colère...

« La Russie entière est en prison. Nous allons faire voler ses murs en éclats. » (Boris, page 195).

« […] il faut marcher. On voudrait s'arrêter. Marche ! Marche ! » (Dora, page 196).

Camper sur ses positions pour ne pas avoir peur, pour ne pas se sentir coupable, et aller au bout de la colère et de la folie car on ne peut ni s'arrêter ni faire demi-tour...

 

Je sais que mon article est très long mais c'est venu comme ça en lisant Les Justes, une œuvre qui paraît simple mais qui est d'une grande profondeur, importante (indispensable même) et complexe tout en étant abordable et agréable à lire. Camus, bien que venant d'une famille pauvre, était considéré par les socialistes comme un moraliste, donc un bourgeois qui écrivait contre le peuple qu'il avait rejeté et trahi. Pourtant, plus de 60 ans après cette pièce, on sait ce qui s'est passé en Union Soviétique (et ailleurs), pas tout mais ce qu'on sait est déjà plus qu'horrible, et j'imagine le courage qu'il a fallu pour écrire, publier et jouer cette pièce, le parti communiste étant à l'époque très puissant et les intellectuels le soutenant fort nombreux. Respect, monsieur Camus.

 

Une lecture pour le challenge Un classique par mois.

 

PS : cet article contient 3077 mots et 13870 caractères (16870 caractères en incluant les espaces, soit 300 espaces).

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 00:29

HiverRusse2Dernier jour pour le challenge Un hiver en Russie alors je vais vous parler de musique et je veux remercier Cryssilda et Titine pour ce chouette challenge hivernal.

 

Les artistes russes sont peu connus en France mais je suis sûre que certains sont très bons. En tout cas, Motorama l'est.

 

Motorama est un groupe de rock indépendant plutôt cold wave de Rostov sur le Don (une ville très loin au sud de Moscou, près de la Mer d'Azov qui est au nord de la Mer Noire). Le groupe a été formé en 2005 et un premier album auto-produit est sorti en 2010 : Alps. Le deuxième album avec 10 titres est sorti en octobre 2012 sur le label indépendant, Talitres Records : Calendar. Une belle ambiance inspirée de Joy Division mais en moins dépressif et avec la patte russe en plus. J'espère que vous aimerez !

 

MotoramaCalendar MotoramaGroupe.png

 

Les membres : Vladislav Parshin : guitare et chant ; Maksim Polivanoc : guitare ; Airin Marchenko : basse ; Alexander Norets : clavier ; Roman Belenky : batterie.

 

Le site officiel du groupe : http://wearemotorama.com/.

 

Voici les trois vidéos (singles) de l'album Calendar. (Les vidéos issues du premier album, Alps, peuvent être vues sur la chaîne YouTube de Motorama). Scars est mon titre préféré.

 

 

 

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Publié par Catherine - dans musique rock Russie
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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 05:10

VilainCanard1.jpgCoeurCinemaLe vilain petit canard (Гадкий утёнок = Gadkij utënok) est un film d'animation de 1 h 14 réalisé par Garri Bardine en 2010. Il est adapté du conte d'Andersen, sur la musique de Tchaïkovski interprétée par l'Orchestre philharmonique national de Russie. Il est sorti en DVD chez Arte éditions en 2012.

 

Tout le monde connaît l'histoire du Vilain petit canard (conte de Hans Christian Andersen, 1842). Ici, elle est poussée à son paroxysme et arrache des larmes !

 

Il était une fois une basse-cour où vivaient joyeusement des poules et coqs, des canards et canes, des oies, des dindons et dindes... Cette basse-cour était très vivante, très productive et les réveils se faisaient en fanfare, façon Chœurs de l'Armée rouge.

Un matin, un coq découvrit un énorme œuf et le poussa jusqu'au tas que couvait une poule. Mais l'oiseau qui en sortit ne ressemblait à aucun autre... Il était grand et tout le monde le trouva laid ; de plus, il se dandinait et chantait très mal.

Évidemment il fut moqué, humilié, et malgré tous ses efforts pour se faire aimer et les dangers de l'extérieur, il fut violemment chassé de la basse-cour.

 

Comme il est poignant le moment où, rejeté pour la nuit, le vilain petit canard se retrouve seul, dans le noir, tremblant et apeuré, et qu'il chante sa peine, lui qui ne demande qu'à aimer ses frères oiseaux et à en être aimer. Il va découvrir la liberté et ses dangers car la liberté s'acquiert et se garde précieusement.

 

VilainCanard2.jpgLe vilain petit canard est un film très émouvant, réalisé en pâte à modeler, image par image, mais le résultat est différent des autres studios (américains et anglais en particulier) car il y a comme des imperfections ce qui donne tout son cachet et sa poésie au film ! De plus le ver de terre apporte de l'humour tout au long du récit.

 

Garri Bardine  naîtle 11 septembre 1941 à Orenbourg en Russie. Diplômé de l'École du théâtre d'Art de Moscou Nemirovitch-Dantchenko, il débute sa carrière en tant qu'acteur puis réalisateur (théâtre de marionnettes, courts-métrages). Il crée son propre studio, Stayer, en 1991. Le vilain petit canard est son premier long métrage et il a nécessité 6 ans de travail. Plus d'infos sur http://www.bardin.ru/ en russe et en anglais.

 

Piotr Ilitch Tchaïkovski naît le 7 mai 1840 à Votkinsk. C'est un célèbre compositeur russe de la période romantique. Il est éclectique : symphonies, concertos, suites, ballets, opéras, musique de chambre, avec un mélange de musique classique occidentale et de musique folklorique russe. Il meurt le 6 novembre 1893 à Saint-Pétersbourg, chez son frère, Modeste, qui est écrivain.

Pour Le vilain petit canard, les musiques sont issues du Lac des cygnes et de Casse-Noisette  et elles se fondent à merveille dans le film et dans l'histoire.

 

HiverRusse2

Un article que je mets

dans les challenges

Un hiver en Russie

et Des contes à rendre !.

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Publié par Catherine - dans cinéma animation conte Russie
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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 04:51

HiverRusse2Lavatory lovestory (Уборная история — любовная история) est un court métrage d'animation de 9'39 réalisé en 2006 par Konstantin Bronzit.

 

Si vous avez visionné la vidéo ci-dessus (et j'espère que oui), vous avez compris pourquoi je place cet article le jour de la Saint-Valentin : un peu d'amour, ça ne fait pas de mal !

 

Konstantin Bronzit (Константин Эдуардович Бронзит) naît le 12 avril 1965 à Léningrad (Saint-Pétersbourg) en Russie. Après son diplôme de l'Institut des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en 1983, il devient animateur puis réalisateur de films d'animation : une dizaine de films et une cinquantaine de prix !ContesChallenge

 

En mars 2007, Lavatory lovestory a gagné le Prix du meilleur scénario du 12e Open Russian Festival of Animated Film.

 

La musique est du compositeur Valentin Vassenkov né le 26 avril 1953.

 

Pour Un hiver en Russie et Des contes à rendre ! parce que c'est un joli conte moderne !

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Publié par Catherine - dans cinéma animation Russie
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 05:04

J'ai déjà participé au challenge Une année en Russie organisé par Pimpi en 2010 et en 2011 mais j'ai trouvé dommage que ça ne continue pas une année de plus et Pimpi a malheureusement disparu de la blogosphère depuis juillet... (Pimpi, où es-tu ?).

 

Le 21 octobre, Cryssilda et Titine ont lancé Un hiver en Russie. Elles sont fortes, Cryssilda et Titine : elles nous avaient déjà conviés au Mois anglais avec Lou l'hiver dernier. Cette année, hiver russe donc du 21 décembre 2012 au 21 mars 2013. Oui ! Je suis partante ! J'espère qu'il ne fera pas trop froid quand même !

 

Tout sur la Russie (« littérature, cuisine, vodka, cinéma, musique... »), des lectures communes de prévues, etc., et pour cela : infos et inscription chez Cryssilda et Titine.

 

HiverRusse1.jpg HiverRusse2

 

Mes articles pour Un hiver en Russie

1. Un rêve, d'Ivan Tourgueniev (nouvelle)

2. L'étoile, de Vikenti Veressaïev (nouvelle / conte)

3. Lavatory lovestory, par Konstantin Bronzit (court-métrage d'animation)

4. Le vilain petit canard, réalisé par Garri Bardine avec la musique de Tchaïkovski (film d'animation)

5. Calendar, de Motorama (musique).

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Publié par Coccinelle - dans challenges & défis Russie
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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 05:49

NinaVolkovitch1.jpgCoupCoeur2012La lignée est le premier tome de la trilogie Nina Volkovitch de Carole Trébor ; il est paru aux éditions Gulf Stream en septembre 2012 (220 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-35488-171-9).

 

Carole Trébor a étudié l'Histoire et a enseigné l'histoire de l'art. Elle est réalisatrice de films documentaires. Elle écrit du théâtre et des livres pour la jeunesse (en particulier la collection d'albums illustrés animaliers Au cirque Fanfaron présente) mais La lignée est son premier roman. D'après les infos à la fin du livre et sur son site, j'ai l'impression qu'elle vit en Ardèche. Plus d'infos sur http://minisites-charte.fr/sites/carole-trebor/ et http://www.caroletrebor.com/.

 

Alors, j'ai reçu ce roman et j'aimerais bien remercier qui de droit mais impossible de retrouver (dans mes centaines de mails) qui me l'a envoyé (et comme il n'y avait pas de courrier accompagnant le livre...), mais merci, merci beaucoup !

 

Décembre 1548. Dimitri Volkovitch est condamné à l'emprisonnement par le tsar Ivan IV car il est accusé d'hérésie ; il est déchu de ses droits et de sa dignité ; il risque d'être brûlé vif. (chroniques du monastère de Zaïmouchi).

 

Automne 1941. Moscou est bombardée. Nina et sa mère sont à l'abri dans le métro. Il y a aussi deux garçons qui semblent seuls (Sacha et Dima, deux frères orphelins, que Nina va retrouver plus tard).

« Sais-tu, ma chérie, que derrière les choses les plus immenses se cachent parfois des choses minuscules ? » (page 15).

Nina a 9 ans, mais elle a les cheveux très courts et elle est si petite qu'elle ressemble à un garçonnet. « J'ai tellement peu mangé que j'ai arrêté de grandir. » (page 17).

En fait, le père de Nina a disparu, en 1937 : alors qu'il était conservateur du Musée d'Art russe ancien, il a été jugé ennemi du peuple...

 

Février 1948. La guerre est finie mais il y a encore des restrictions à Moscou. La mère de Nina, qui travaille au Musée d'art moderne, a défendu les peintres occidentaux, elle est donc une ennemie du peuple elle aussi et deux hommes l'emmènent de force.

« Elle chuchote en me serrant dans ses bras. […] Nina, où qu'ils t'emmènent, enfuis-toi, retrouve ta grand-mère, elle t'expliquera. » (page 21).

Peu de temps après, Nina est conduite à l'orphelinat d'État de Karakievo. Dans son sac, la voisine, Madame Petrova a mis sa poupée et une quinzaine de cartes postales. Nina a 15 ans mais elle en paraît 9 ou 10. À l'orphelinat, elle se fait une amie, Véra Zinovia, 16 ans, qui veut étudier et entrer au Parti.

« Tant pis pour les erreurs et la cruauté de certains destins, la fin justifie les moyens. » (page 34) pense Véra. Elle en fera les frais...

Nina n'a qu'une solution : s'enfuir !

« Au point où j'en suis, je suis prête à croire à tout, même au surnaturel. Les explications scientifiques, je les garde pour plus tard. » (pages 137-138).

 

Le livre fait très envie, il a une belle couverture et il est doré sur les tranches !

Une « petite » histoire dans la grande Histoire mais, on le sait bien, ce sont ces petites histoires qui font souvent la grande Histoire.

De plus, l'Art et les peintres sont bien mis en avant, ce qui donne encore une autre dimension à ce roman historique teinté de fantastique.

Je me suis attachée à Nina, j'ai tremblé pour elle, j'ai trouvé avec plaisir la boussole et le petit couteau magiques avec elle et j'ai pris grand plaisir à lire son histoire... et à fuir avec elle !

Carole Trébor sait mettre en place de façon idéale son récit et tenir en haleine avec un suspense bien dosé en plongeant ses lecteurs dans un monde très réaliste, celui de la Russie soviétique, et tout en insinuant un petit côté fantastique avec la volonté de découvrir les pouvoirs que détient Nina sans le savoir.

J'ai hâte de lire la suite et de mieux connaître ses ancêtres qui lui ont légué d'étranges pouvoirs ! Le tome 2, Le souffle, est annoncé pour janvier 2013 (lien éditeur) et le tome 3, Le combat, pour mai 2013 : ça va, ça ne fait pas trop longtemps à attendre !

À noter que ce roman est plébiscité par les adolescents car il est sélectionné pour le prix des collégiens Imaginales 2013.

 

Rentreelitt2012-1 Un roman pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2012L'art dans tous ses états (Art et peintres en Union Soviétique), Premier roman, Tour des genres en 365 jours (historique) et bien sûr Jeunesse & young adults # 2. ChallengeArt
PremierRoman1 TourGenres Jeunesse2012-13

 

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 04:13

EtrennesRussie.jpgCoupCoeur2009.pngÉtrennes de Russie est un roman de Christelle Ravey paru aux éditions de La Boucle en mars 2009 (250 pages, 14 €, ISBN 978-2-35715-003-4).

 

Je remercie les Agents littéraires et les éditions de La Boucle pour ce magnifique roman.

 

Christelle Ravey est née à Besançon en 1973 et a étudié les Lettres à Lyon où elle vit actuellement. Cette romancière écrit aussi pour la presse et anime des ateliers d'écriture.

Du même auteur : De couleur... mauve (2004), Le tapisseau byzantin (2005), Amours en fugue (2008), Partition singulière (2011).

Plus d'infos sur son site http://www.christelleravey.net/.

 

Maison de la Pomme-de-Pin, à La Tranche sur Mer, 1928.

Sidonie a six ans. Elle passe les étés au bord de l'océan avec sa mère, une belle jeune femme russe qui joue du piano, et ses frères aînés, Alix et Louis. Son père, Antoine Gauveau, notaire à Luçon, vient aussi. Ainsi que Lucia, leur bonne.

« La révolution avait changé le cours de ses rêves, mais Tatiana Nicolaevna n'en avait guère été malheureuse. Elle avait laissé en Russie les peurs et les deuils. » (page 34).

Dans la maison en face, la Bellesauve, vit un couple étrange qui ne parle à personne et Sidonie aime observer la belle inconnue.

« Il faut des mots pour continuer. Et des mots, il n'y en a plus. Rien que le silence, et le bruit des vagues, attirant, effrayant. Fait pour remplir le vide. » (page 13).

Mais la vie est cruelle et Sidonie perd sa maman en janvier 1930.

Lors des vacances à la mer, à l'été 1931, avec ses frères et Lucia, l'enfant se rend compte que la Bellesauve est – et reste – fermée.

« Sidonie aimerait être plus grande pour franchir la porte de la Bellesauve, gravir les escaliers qui montent au premier et puis regarder là, sous la marche la plus haute, le carnet que la femme a caché... » (page 51).

 

Paris, 1999.

Célia étudiante en Histoire, d'origine russe par sa mère, a trouvé un job d'été : garder une vieille dame à La Tranche sur Mer. C'est parfait pour passer ses vacances au bord de l'eau et apprendre le texte pour son rôle dans Roussalka.

« Je vous admire de faire du théâtre. Il me semble que cela m'aurait tentée, mais j'aurais été bien incapable d'aller au bout d'un tel projet. J'ai toujours éprouvé une espèce de fascination pour ces gens qui passent le plus clair de leur temps à créer d'autres mondes pour redire et re-redire le nôtre ! » (page 83).

La vieille dame s'appelle Sidonie. Sa fille, Brigitte, et son gendre, André, pensent qu'elle est devenue dingue depuis son attaque cérébrale...

« Dans la tête de Sidonie, un peu du passé revient dans le présent, un peu du présent s'éclipse, oublie de s'inscrire. » (page 73).

Un soir, sur la plage, près d'un blockhaus, Célia rencontre un Allemand, Günther Wortmann, qui était sur le front russe dans les années 40.

« Le temps passe. Un temps qui n'a rien à voir avec le temps. Un temps dépourvu d'avant ou d'après. Un temps qui n'a personne pour l'habiter, le faire exister. Un vrai temps d'éternité. » (page 95).

 

Extrait du journal de Macha : « […] les jaloux n'ont pas besoin de prétextes, encore moins de raisons. Ils fabriquent au fur et à mesure un monde imaginaire qui se substitue au réel, leur monde n'est plus le nôtre. Rien ne sert de se défendre. Ils sont ailleurs, peuplés de visions, d'étranges certitudes, de fabuleux raisonnements. » (page 230).

 

J'ai déjà parlé de ce très beau roman dans Le mardi sur son 31 # 5 avec un extrait de la page 31. J'ai été immédiatement sous le charme d'Étrennes de Russie. L'écriture de Christelle Ravey est d'une telle élégance, tout en finesse (ça m'a fait penser à Tous nos petits morceaux, d'Emmanuelle Urien lu l'automne dernier). C'est un roman qui parle du temps qui passe et qui voit partir les gens, de la famille, de l'amour, des souvenirs, d'une petite fille devenue une vieille dame qui va découvrir un secret et d'une jeune femme qui va aussi déceler d'où elle vient et qui elle est.

Étrennes de Russie a été nominé pour le Prix Chronos de littérature 2010, a reçu le Prix Vaugelas 2011 et il le mérite amplement !

Un gros coup de cœur pour moi et je vous conseille chaleureusement ce roman que j'ai tant aimé que je l'ai envoyé à une blogueuse que j'aime bien pour son anniversaire (désolée pour le petit retard).

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 22:38

LutteMajeure.jpgLutte majeure est une bande dessinée de Céka et Borris parue aux éditions Casterman dans la collection KSTR en février 2010 (102 pages, 15 €, ISBN 978-2-203-00942-4).

Céka est né le 16 avril 1965. Il a travaillé dans la publicité après avoir décroché un diplôme en communication puis s'est orienté vers la bande dessinée. Il est scénariste.
Plus d'infos sur http://cekabd.jimdo.com/.

Borris est diplômé en Arts plastiques. Il est illustrateur (presse, édition, communication) et Lutte majeure est sa première bande dessinée.
Plus d'infos sur http://jolyerard.canalblog.com/.

25 septembre 2006. Dans la grande salle de la Philharmonie de Saint-Pétersbourg, est jouée la 7e symphonie de Léningrad en ut majeur, en hommage à Dimitri Chostakovitch et aux victimes du Grand Siège.
Mars 1942, le siège de Léningrad. Le Général Belyski a demandé à Staline des renforts, des munitions, de la nourriture... Et Staline a envoyé un commando dont le seul survivant est le Caporal Vlakov qui livre... une partition de musique !
Cette symphonie, dédiée à la ville du compositeur, doit être jouée le 9 août 1942, jour où Hitler a décidé d'envahir Léningrad.
« Ce jour-là, un orchestre symphonique avait défié la plus terrible des armées. » (page 100).

Les bombardements, les rationnements et aussi le musée de L'Hermitage, les œuvres mises à l'abri, le patriotisme. La Russie n'a pas voulu plier devant le nazisme et la musique a revigoré toute une population et une armée affaiblies par un si long siège.
« Montre tes couleurs, cité de pierre, et reste inébranlable, comme la Russie. » (page 71).
Afin de donner une âme à tout ça, on s'attache plus particulièrement à la jeune Irina, une des musiciennes (hautbois), qui vit avec sa mère, Ludmilla Lipitch, veuve et malade.
Un détail qui a son importance : les personnages sont représentés avec des têtes de cochons (ça m'a fait penser aux animaux dans La bête est morte ! de Calvo ou Maus d'Art Spiegelman).
Encore une fois, la petite histoire dans la grande histoire, avec un épisode russe très agréable à lire.

AnneeRussie2011Avant la fin de l'année, je voulais présenter un dernier article pour Une année en Russie – 2011 et remercier Pimpi qui gère ce challenge depuis deux ans (son récapitulatif des billets des participants est ici). J'ai plusieurs auteurs russes dans ma bibliothèque et – comme l'année dernière – j'aurais pu présenter plus d'articles pour ce challenge mais... Et je ne sais pas si Pimpi va reconduire Une année en Russie l'année prochaine.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 14:18

MilanK1.jpgLe prix de la survie est le premier tome de la série Milan K. avec Corentin au dessin et Sam Timel au scénario. Il est paru en septembre 2009 aux Humanoïdes Associés (56 pages, 10,95 €, ISBN 978-2-73162-253-9).

 

Corentin est né à Paris en 1983 et a étudié à l'École Supérieure des Arts Décoratifs. Milan K. est sa première bande dessinée.

Sam Timel est un auteur américain et Milan K. est sa première collaboration bande dessinée avec un auteur européen.

 

À Moscou, au début des années 2000, Andreï Khodorov, PDG du groupe Khodorov, est soupçonné par le gouvernement (le président s'appelle Paline) de faire partie de la mafia. Il est arrêté sous les yeux de son jeune fils, Mikhaïl surnommé Micha, qui s'enfuit avec le garde du corps, Igor.

Cinq ans plus tard, Micha étudie dans une excellente école en Suisse, au bord du Lac Léman, et communique avec son père par Internet.

Pour survivre, Khodorov écrit l'histoire de ses ancêtres et en raconte un peu à Micha à chaque connexion. Mais après cinq ans passés en prison, il n'y a encore aucune preuve contre lui et son procès pour fraude fiscale n'a toujours pas eu lieu (peut-être parce qu'il est innocent ?).

Sa famille peut enfin lui rendre visite, mais Micha refuse de prendre l'avion. Premièrement c'est l'anniversaire d'Isabelle, sa petite amie. Et deuxièmement, il n'aime pas Svetlana, sa belle-mère.

Et il a bien raison car l'avion est abattu en plein vol au-dessus de la province de Bryansk, avec Svetlana et ses trois enfants (Rustam, Inga, Marina) à bord.

Dans sa prison, Khodorov apprend « l'accident » d'avion et son meurtre est maquillé en suicide.

Pour Igor et Micha, une seule solution, puisque les tueurs pensent que le jeune homme est également mort : fuir encore !

Ainsi Mathieu Kramer et son « père » Klaus quittent Zurich pour Los Angeles. Mais il y a toujours le danger d'être reconnu, de faire une erreur...

 

 

J'aime bien ces histoires ancrées dans le réel, un peu thriller, un peu politique et économique. Elles permettent de dire des vérités par le biais de la fiction. Le dessin de Corentin est réaliste et c'est idéal pour le suspense et les scènes d'action.

J'ai vraiment envie de savoir ce qu'il va arriver à Micha et Igor ! Le tome 2, Hurricane, va paraître le 23 février.

 

Je propose cette bande dessinée dans le cadre de trois challenges :

Le Challenge BD de Mr Zombi qui se termine ici avec 30 bandes dessinées lues en moins d'un an !

Le Challenge PAL sèches de Mo qui continue avec cette 15e bande dessinée et pour la première fois un auteur des États-Unis.

Le challenge Une année en Russie – 2011 créé par Pimpi pour parler de tout ce qui concerne la Russie.

Challenge-BD PALseches AnneeRussie2011


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Publié par Catherine - dans bande dessinée Russie
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