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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:21

Narcisse ou l'amant de lui-même est une pièce de Jean-Jacques Rousseau écrite en 1733 et jouée en décembre 1752 par les comédiens du Roi, puis publiée en février 1753.

 

Jean-Jacques Rousseau est né le 28 juin 1712 à Genève (Suisse). Écrivain, philosophe et musicien, il était francophone. Il est mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville (France). Tout Rousseau sur http://www.rousseauonline.ch/ (17 volumes) : Narcisse ou l'amant de lui-même est dans le volume 8, Théâtre, poésie et musique (l'illustration ci-contre provient de ce site).

 

Dans la préface, l'auteur explique qu'il a écrit cette pièce jeune (à 18 ans) mais qu'il se gardait de la montrer et de la faire publier pour ne pas ternir sa réputation d'autant plus que ses détracteurs l'accusaient de ne pas croire aux vérités qu'il défendait.

 

C'est sûr qu'en écrivant ceci : « Le goût des lettres, de la philosophie et des beaux-arts anéantit l'amour de nos premiers devoirs et de la véritable gloire. Quand une fois les talents ont envahi les honneurs dus à la vertu, chacun veut être un homme agréable, et nul ne se soucie d'être homme de bien. De là naît encore cette autre conséquence, qu'on ne récompense dans les hommes que les qualités qui ne dépendent pas d'eux : car nos talents naissent avec nous, nos vertus seules nous appartiennent. » (page 13) et « Le goût des lettres, de la philosophie et des beaux-arts, amollit les corps et les âmes. Le travail du cabinet rend les hommes délicats, affaiblit leur tempérament ; et l'âme garde difficilement sa vigueur quand le corps a perdu la sienne. » (page 14), il ne va pas plaire à tout le monde, aussi bien au XVIIIe siècle que maintenant !

 

Les personnages de la pièce

Lisimon : le père

Valère et Lucinde : enfants de Lisimon.

Angélique et Léandre : frère et sœur, pupilles de Lisimon.

Marton : servante de Lucinde.

Frontin : valet de Valère.

 

Valère est si beau et si délicat que sa sœur (Lucinde) et la servante (Marton) voient en lui une femme cachée. Pour lui faire une surprise, Lucinde veut accrocher un portrait de lui, travesti comme si une femme était cachée sous des vêtements masculins.

Mais où est le mal ? Les femmes (du XVIIIe siècle) se rapprochant des hommes, n'est-il pas normal que les hommes fassent de même ? Ou du moins « la moitié du chemin » ? En tout cas, la mode peut faire évoluer les choses !

Or Valère, fils légitime de Lisimon, va épouser Angélique, pupille de Lisimon et sa bien-aimée. Et Lucinde, fille légitime de Lisimon, doit épouser Léandre, frère d'Angélique et également pupille de Lisimon. Mais Lucinde ne veut pas épouser Léandre car son cœur est pris par Cléonthe.

« Marton.

(À part.) Si elle savait que Léandre et Cléonte ne sont que la même personne, un tel refus changerait bien d'épithète. ».

Valère, de retour avec Frontin, son valet, est bien aise en découvrant un si beau portrait. Et, tout amoureux qu'il est d'Angélique, il s'éprend de suite de la belle inconnue.

« Valère.

Quoi ! Je ne pourrai découvrir d'où vient ce portrait ? Le mystère et la difficulté irritent mon empressement. Car, je te l'avoue, j'en suis très réellement épris.

Frontin, à part.

La chose est impayable ! Le voilà amoureux de lui-même. ».

Arrive Lisimon qui propose de reculer le mariage le temps que Léandre arrive pour qu'il puisse assister au mariage de sa sœur, Angélique. Valère est aux anges : il va pouvoir courir tout Paris pour retrouver la demoiselle du portrait !

« Lisimon.

Un sot peut réfléchir quelquefois ; mais ce n'est jamais qu'après la sottise. Je reconnais là mon fils. ».

 

La pièce – inspirée du mythe grec de Narcisse – est en un acte, en prose, et contient 19 scènes qui se déroulent dans l'appartement de Valère. Elle se lit avec grand plaisir (je devrais lire plus de théâtre) même si elle est rédigée en vieux français.

Quiproquos et drôlerie sont au rendez-vous de cette charmante comédie méconnue dans laquelle Lisimon croit avoir le dernier mot ! Laissons-le à son idée, il est le père, il ordonne et les enfants obéissent, n'est-ce pas ? Chacun y aura, en tout cas, appris quelque chose, sur lui-même (vanité, coquetterie), sur les autres et sur les sentiments. Tout cela sur un ton léger mais intelligent : Rousseau quoi !

 

J'ai lu cette pièce pour la Journée mondiale du théâtre le 27 mars car Sophie – du blog Les bavardages de Sophie – avait organisé l'événement Blogs en scène : le billet de présentation et le récapitulatif des articles.

J'en profite pour mettre cette lecture dans les challenges Littérature francophone, Le mélange des genres (théâtre), Petit Bac 2014 (catégorie Prénom), Un classique par mois et Voisins voisines (Suisse).

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 02:45

Caligula est une pièce en 4 actes d'Albert Camus : ébauchée en 1937 et écrite à partir de 1938, elle est parue en mai 1944 aux éditions Gallimard (mais une version de 1941 est parue dans les Cahiers Albert Camus en 1984).

 

Elle a été représentée pour la première fois au Théâtre Hébertot en 1945 dans une mise en scène de Paul Œttly (comme pour Les Justes). Gérard Philippe, un tout jeune acteur de 23 ans, joua le rôle de Caligula.

 

Il existe actuellement plusieurs éditions : Cahiers Albert Camus n° 4 (1984), Folio (1972), Folio Plus Classiques (1993), Folio Théâtre (1993), Gallimard collection Blanche (1944 ; 1947 ; 1958) ou en intégrale comme celle de La Pléiade (1962).

 

Pour découvrir l'auteur, je vous renvoie vers Les lundis philo – 9 : Albert Camus. Après avoir redécouvert cet auteur et avoir eu un coup de cœur pour Les Justes, j'ai vraiment eu envie de lire d'autres titres d'Albert Camus.

 

Des patriciens et des sénateurs attendent dans une salle du palais ; ils sont inquiets car ils n'ont pas de nouvelles de l'Empereur depuis trois jours et il ne se passe rien (ce mot est très important, il est répété plusieurs fois ; il ne se passe rien mais ça cause quand même !).

« Premier patricien : Êtes-vous capable de souffrir plus d'un an ?

Deuxième patricien : Moi, non.

Premier patricien : Personne n'a ce pouvoir.

Vieux patricien : La vie serait impossible. » (pages 17-18).

« Hélicon : Du calme, Messieurs, du calme. Sauvons les apparences. L'Empire romain, c'est nous. Si nous perdons la figure, l'Empire perd la tête. Ce n'est pas le moment, oh non ! Et pour commencer, allons déjeuner, l'Empire se portera mieux. » (page 18).

Caligula aimait Drusilla, sa sœur, et comme elle est morte, il est inconsolable.

« Premier patricien : En tout cas, la raison d'État ne peut admettre un inceste qui prend l'allure des tragédies. L'inceste, soit, mais discret. » (page 19).

Depuis l'époque des Romains, et même avant, jusqu'à nos jours, l'hypocrisie de ceux qui nous gouvernent et de leurs conseillers n'a pas changé !

« Cherea : Ce garçon aimait trop la littérature.

Deuxième patricien : C'est de son âge.

Cherea : Mais ce n'est pas de son rang. Un empereur artiste, cela n'est pas convenable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout. Mais les autres ont eu le bon goût de rester des fonctionnaires.

Premier patricien : C'était plus reposant.

Vieux patricien : À chacun son métier. » (page 21).

Enfin, Caligula revient, sale et fatigué ; il veut la lune parce que c'est une des choses qu'il ne possède pas.

« Caligula : Tu penses que je suis fou.

Hélicon : Tu sais bien que je ne pense jamais. Je suis bien trop intelligent pour ça. » (page 25).

« Scipion : Il me disait que la vie n'est pas facile, mais qu'il y avait la religion, l'art, l'amour qu'on nous porte. Il répétait souvent que faire souffrir était la seule façon de se tromper. Il voulait être un homme juste. » (page 31).

Mais Caligula, dans une nouvelle logique inspirée par un intendant sous-entendant que le plus important de tout est le Trésor public, décide que toutes les personnes de l'Empire doivent déshériter leurs enfants pour en faire bénéficier l'État.

« Caligula : Écoute-moi bien, imbécile. Si le Trésor a de l'importance, alors la vie humaine n'en a pas. Cela est clair. Tous ceux qui pensent comme toi doivent admettre ce raisonnement et compter leur vie pour rien puisqu'ils tiennent l'argent pour tout. Au demeurant, moi, j'ai décidé d'être logique et puisque j'ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous coûter. J'exterminerai les contradicteurs et les contradictions. S'il le faut, je commencerai par toi. » (page 35). (Il parle à l'intendant).

« Scipion : Mais c'est un jeu qui n'a pas de limites. C'est la récréation d'un fou.

Caligula : Non, Scipion, c'est la vertu d'un empereur. (Il se renverse avec une expression de fatigue.) Je viens de comprendre enfin l'utilité du pouvoir. Il donne ses chances à l'impossible. Aujourd'hui, et pour tout le temps qui va venir, ma liberté n'a plus de frontières. » (pages 36-37).

Et voilà, comment un jeune homme aimant la religion, l'art, l'amour et considéré comme fragile devient un tyran sanguinaire ! Il suffit de peu de choses...

 

Ces phrases m'ont fait réfléchir, m'ont surprise ou gênée. À méditer donc...

« Caligula : Ce monde est sans importance et qui le reconnaît conquiert sa liberté. » (page 38).

« Caligula : Qu'il est dur, qu'il est amer de devenir un homme ! » (page 40).

« Caligula : Je ferai à ce siècle le don de l'égalité. Et lorsque tout sera aplani, l'impossible enfin sur terre, la lune dans mes mains, alors, peut-être, moi-même je serai transformé et le monde avec moi, alors enfin les hommes ne mourront pas et ils seront heureux. » (page 42). Alors, envie d'un peu d'égalité ?

« Cherea : Sans doute, ce n'est pas la première fois que, chez nous, un homme dispose d'un pouvoir sans limites, mais c'est la première fois qu'il s'en sert sans limites, jusqu'à nier l'homme et le monde. » (page 53). C'est arrivé plusieurs autres fois depuis...

« Hélicon : Allons, Messieurs, un peu de bonne volonté. Vous verrez, d'ailleurs, qu'il est plus facile de descendre l'échelle sociale que de la remonter. » (page 59). (Il s'adresse aux sénateurs à qui Caligula a ordonné de préparer la table et de la servir à la place des esclaves).

« Caligula : Je veux, vous entendez, je veux vous voir rire. » (page 62).

« Caligula : On est toujours libre aux dépens de quelqu'un. C'est ennuyeux, mais c'est normal. » (page 68).

« Caligula : Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents. » (page 81).

« Caligula : La logique, Caligula, il faut poursuivre la logique. Le pouvoir jusqu'au bout, l'abandon jusqu'au bout. Non, on ne revient pas en arrière et il faut aller jusqu'à la consommation. » (page 110). (Il se parle à lui-même). Caligula est bien conscient qu'il va au bout de l'absurde.

« Caligula : La vie, mon ami, si tu l'avais assez aimée, tu ne l'aurais pas jouée avec tant d'imprudence. » (page 135).

« Caligula : C'est drôle. Quand je ne tue pas, je me sens seul. Les vivants ne suffisent pas à peupler l'univers et à chasser l'ennui. » (page 147).

 

Quel drame ! Tous – Caligula en quête de l'absolu et de l'impossible, les protagonistes impuissants qu'ils soient serviles ou comploteurs et le lecteur – s'y enfoncent inexorablement. Et il n'y a pas de solution à cette logique absurde qui peut même se contredire et à ces actes arbitraires et méprisables. À part la mort... Et même de la mort, Caligula en rit !

Il y a cependant des passages cocasses comme celui où Caligula décide de renflouer le Trésor public (qui d'ailleurs n'en a pas besoin) avec la création d'une maison publique et l'octroi d'une distinction mensuelle de Héros civique !

Caligula ne veut plus vivre d'illusions et de malentendus et, comme il a le pouvoir, il va vivre autrement, il le peut, mais il va créer d'autres illusions et d'autres malentendus, en écrasant, humiliant, tuant. Est-ce cela la liberté ? La liberté peut-elle être au détriment des autres ?

J'ai beaucoup aimé cette lecture mais je ne vais pas embrayer sur Le malentendu tout de suite car il faut que je me remette de toute cette logique et de toute cette cruauté.

À noter que Camus a désigné Caligula et Le malentendu (théâtre), Le mythe de Sisyphe (récit) et L'étranger (roman) comme étant le Cycle de l'absurde. Il a ensuite fait de même avec Les Justes et L'état de siège (théâtre), L'homme révolté (essai) et La peste (roman) comme le Cycle de la révolte.

Camus s'est inspiré de Vies des douze Césars, l'œuvre de Suétone (historien latin né en 69 après JC et mort aux environ de 130) : après six mois de règne juste, Caligula serait devenu subitement lunatique et tyrannique, sûrement après avoir été empoisonné (il ne serait donc pas responsable de ses actes !).

Mais tout ça ne sert pas de leçon car d'autres humains après Caligula (et peut-être d'autres avant lui) en détruisant tout autour d'eux se sont détruits eux-mêmes...

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette œuvre de Camus, vous pouvez lire l'étude de Caligula sur Magister. Il y a aussi de nombreuses infos sur le site de l'UQAC (Université de Québec à Chicoutimi) et sur le Web Camus (site consacré à Albert Camus).

 

Une lecture commune avec Heide que je mets dans les challenges Petit Bac 2013 (catégorie Prénom) et Un classique par mois.

 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 03:06

La cantatrice chauve est une pièce d'Eugène Ionesco parue en 1950 aux éditions Gallimard. Il existe plusieurs éditions, par exemple celle de Folio (que j'ai lue, avec à la suite le drame comique La leçon dont je vous parlerai une autre fois) ou celles plus récentes de Classico, de Folio théâtre, de Foliothèque, sans compter les intégrales comme Théâtre dans la collection Blanche ou Théâtre complet dans la Bibliothèque de La Pléiade.

 

La première représentation de La cantatrice chauve eut lieu le 11 mai 1950 au Théâtre des Noctambules fondé en 1894 (7 rue Champollion à Paris dans le 5e arrondissement, dans le Quartier Latin) et le metteur en scène était Nicolas Bataille (1926-2008). Depuis 1957, elle est représentée au Théâtre de la Huchette (23 rue de la Huchette à Paris dans le 5e arrondissement). Elle fait partie des pièces les plus représentées en France (et peut-être même au monde) et elle a reçu un Molière d'honneur en 1989.

 

Eugène Ionesco est né Eugen Ionescu le 26 novembre 1909 à Slatina (Roumanie). Son père était Roumain et sa mère était une Française qui a grandi en Roumanie.

Il était dramaturge et écrivain dans les deux langues, roumain et français. Il a aussi écrit quelques poèmes et dans les années 1980, il a commencé à dessiner, à peindre et à réaliser des lithographies.

Entre 1913 et 1942, il a vécu soit en France soit en Roumanie selon les vicissitudes de la vie (séparation de ses parents, remariage de son père, études, guerre...).

En 1928, lors de ses études de français à Bucarest, il a rencontré Émile Michel Cioran et Mircea Éliade qui deviendront deux autres grands auteurs roumains, exilés aussi en France (puis aux États-Unis pour Éliade) et écrivant également en français. Il a aussi rencontré Rodica Burileanu, une étudiante en philosophie et en droit qui deviendra son épouse en 1936.

Dès 1934, à la fin de ses études, Ionesco a enseigné le français à Bucarest et en 1938, il a obtenu une bourse pour étudier à Paris (thèse de doctorat sur les thèmes du péché et de la mort dans la poésie moderne depuis Baudelaire).

En mai 1942, Ionesco et son épouse se sont installés définitivement en France. Marie-France, leur fille unique, y est née le 26 août 1944 et Ionesco a travaillé comme correcteur pour une maison d'éditions juridiques jusqu'en 1955.

Parallèlement à ce travail, il commença à écrire des pièces dès 1947 mais il connut le succès en 1959 avec Rhinocéros paru aux éditions Gallimard (il est – avec Samuel Beckett – le père du théâtre de l'absurde) et il entra à l'Académie française en 1970.

Eugène Ionesco se considérait comme un « anti-auteur » qui écrivait des « anti-pièces ». Il est en fait un avant-gardiste, déjà reconnu de son vivant comme un auteur classique, et aussi un auteur engagé qui a lutté contre tous les totalitarismes (ce qui le rapproche d'Albert Camus).

Il est mort le 28 mars 1994 à Paris laissant une œuvre conséquente. Du théâtre avec parmi ses titres les plus célèbres La cantatrice chauve (1950), Les chaises (1952), Le maître (1953), Le tableau (1955), Rhinocéros (1959), Le roi se meurt (1962), etc., un recueil de nouvelles : La photo du colonel (1962), un roman : Le solitaire (1973, un livret d'opéra : Maximilien Kolbe (1985) et quelques essais.

Plus d'infos sur http://www.ionesco.org/, un site consacré à Eugène Ionesco et son œuvre, créé en 1997 par Søren Olsen et rédigé en français, danois et anglais.

 

J'ai lu beaucoup de titres de Ionesco il y a une trentaine d'années, j'étais à fond dans son œuvre, j'adorais son théâtre, son sens de l'absurde et j'ai lu tout ce que j'ai trouvé à l'époque puis je ne l'ai plus (re)lu mais j'en ressentais parfois l'envie. Le challenge ABC critiques 2012-2013 de Babelio se termine le 12 septembre (demain) et j'ai remarqué que je n'avais pas d'auteur pour la lettre I : ce fut donc l'occasion pour moi de relire in extremis Ionesco ! Et j'ai choisi La cantatrice chauve parce que c'est son premier livre, sa première pièce (autant reprendre par le début !).

 

Il y a six personnages :

Monsieur et Madame Smith, un couple d'Anglais vivant à Londres et se comportant de façon très anglaise et Mary, leur bonne.

Monsieur et Madame Martin, un autre couple d'Anglais, vivant à Londres mais originaires de Manchester.

Le capitaine des pompiers qui apparemment est le petit ami de Mary.

 

« Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. [...] Un long moment de silence anglais [...] » (page 11). J'adore ! Ah, le silence anglais...

Monsieur Smith lit le journal et ne répond à son épouse qu'en faisant claquer sa langue. Madame Smith raccommode des chaussettes et parle de leur excellent repas du soir : un repas anglais bien sûr et il faut bien manger du poisson frais car « ça fait aller aux cabinets » (page 12), bon sang, c'est à pisser de rire, puis de leurs enfants et petits-enfants, puis de choses et d'autres. La conversation est en fait d'abord un monologue de Madame Smith, qui parle de manière mécanique, c'est vraiment étrange, presque dérangeant. Et quand Monsieur Smith prend la parole, ce n'est pas piqué des hannetons (ou des vers, comme vous voulez) : « Un médecin consciencieux doit mourir avec le malade s'ils ne peuvent pas guérir ensemble. » (page 14), de la même façon qu'un capitaine de bateau périt avec son bateau. Il doit y avoir pénurie de médecins en Angleterre, et peut-être même de commandants de bateaux ! Au bout d'un moment, Monsieur Smith s'énerve : « Je ne peux pas tout savoir. Je ne peux pas répondre à toutes tes questions idiotes ! » (page 20). Quel couple charmant...

Heureusement arrive la bonne, Mary. Elle a passé une excellente journée car elle a été au cinéma avec son amoureux. Mais, devant la porte, elle a trouvé Monsieur et Madame Martin qui étaient invités pour le repas du soir et qui n'ont pas osé entrer car la bonne (absente donc) n'était pas venue leur ouvrir... Oh punaise ! J'y crois pas !

Pendant que les époux Smith vont se changer (ils portaient déjà leurs vêtements de nuit), les Martin entrent et attendent le retour de leurs amis. Leur conversation est tout aussi surréaliste et absurde que celle des Smith !

Lorsque les Smith viennent rejoindre les Martin (d'ailleurs sans s'être changés), c'est une succession de conversation gênée et de silences entrecoupés par des coups de sonnette à la porte. C'est le capitaine des pompiers avec « un énorme casque qui brille et un uniforme » (page 43).

 

Mon passage préféré : c'est juste après la « fable expérimentale » avec le bœuf et le chien.

« Mme Martin : Quelle est la morale ?

Le pompier : C'est à vous de la trouver. » (page 56).

 

À méditer

« Mme Smith : J'aime mieux un oiseau dans un champ qu'une chaussette dans une brouette. » (page 73).

« M. Martin : Le papier c'est pour écrire, le chat c'est pour le rat. Le fromage c'est pour griffer. » (page 74).

Et il y en a d'autres !

 

C'est en consultant L'anglais sans peine de la méthode Assimil (dialogues bizarres, phrases qui n'ont pas de rapport les unes avec les autres) que Ionesco a eu l'idée de cette pièce dramatique en un acte de 11 scènes, une « anti-pièce » comme il dit.

Il y met aussi sans en parler toute la gravité de la guerre et montre l'interchangeabilité des humains.

Le lecteur (le spectateur aussi) côtoie deux couples d'Anglais dans la plus pure tradition anglaise mais leurs répliques sont de plus en plus surréalistes, pleines de dérision et de non-sens.

C'est sûr, Ionesco manie l'absurde à la perfection ! Et le dénouement, tonitruant, est surprenant, déroutant.

Les propos sont saugrenus, et même incohérents (comme la pendule qui sonne n'importe quoi n'importe quand), ça saute du coq à l'âne, il faut suivre... ou pas !

Au départ, le titre était L'anglais sans peine et le lecteur se demande pourquoi la cantatrice chauve ? On l'apprend grâce au pompier qui confond institutrice blonde et cantatrice chauve !

Je vais (re)lire dès que possible d'autres pièces de Ionesco, c'est sûr et certain.

 

Sur UbuwebSound, il est possible d'entendre Eugène Ionesco lire La cantatrice chauve ainsi que La leçon.

Une lecture pour les challenges ABC critiques 2012-2013Bookineurs en couleurs (couverture blanche), Littérature francophone (Roumain qui écrit en français) et Un classique par mois.

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 03:47

Les Justes est une pièce de théâtre en 5 actes d'Albert Camus parue en 1950 aux éditions Gallimard : dans la collection Blanche en mars 1950 (c'est cette édition que j'ai lue, 212 pages), édition reliée en juin 1950, réédition en septembre 1966, Folio n° 477 en novembre 1973, Folio Théâtre n° 111 en mai 2008, Folio Plus Classiques n° 185 en janvier 2010.

 

Première représentation le 15 décembre 1949 au Théâtre Hébertot (78 bis boulevard des Batignolles, Paris, 18e arrondissement) dans une mise en scène de Paul Œttly (comédien et metteur en scène de théâtre né le 25 juin 1890 à Constantine en Algérie et mort le 17 mars 1959 à Cliousclat dans la Drôme).

 

Albert Camus : je vous renvoie au Lundi philo – 9 : Albert Camus de juin 2013 sur l'homme et l'auteur.

 

Cette note de lecture est différente de celles que je publie généralement. J'ai en fait noté mes réactions en même temps que le résumé et les extraits. Du coup, c'est (très) long (c'est sûrement l'article le plus long que j'aie écrit sur ce blog !). Évidemment, je raconte l'histoire donc ne lisez pas jusqu'au dernier acte si vous souhaitez découvrir un jour ce livre. Mais rassurez-vous, je n'ai pas dévoilé la fin, quand même ! Je ne pourrais pas dire si j'ai fait une analyse poussée de ce récit ou si j'ai simplement donné des idées, des sentiments, mais j'espère que cela vous donnera envie de lire Les Justes et les autres œuvres d'Albert Camus. De mon côté, j'ai adoré cette lecture qui m'a fait réfléchir et je pense que je lirai bientôt Caligula (lecture commune prévue par Heide avec Lee Rony et proposée pour septembre, à confirmer, et si vous souhaitez vous joindre à nous).

 

Moscou, Russie. Février 1905.

Acte 1. « L'appartement des terroristes. Le matin. » (page 12).

Dora Doulebov et Boris Annenkov (surnommé Boria) attendent une visite. Un coup de sonnette puis deux autres coups. C'est lui, c'est Stepan Fedorov ! Il avait été arrêté et il a passé trois ans au bagne avant de fuir pour la Suisse mais il n'y était pas heureux et le parti l'a renvoyé en Russie pour une mission.

« La liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme est asservi sur la terre. J'étais libre et je ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves. » (page 16).

L'objectif de ce « groupe de combat du parti socialiste révolutionnaire » (page 19) est de tuer le grand-duc Serge (oncle du tsar) et d'abattre la tyrannie afin de « hâter la libération du peuple russe » (idem).

« Que dois-je faire ? » demande Stepan (page 19) : je m'interroge, est-on libre quand on doit demander ce qu'on doit faire à quelqu'un ? Peut-on penser qu'on va libérer tout un peuple (et le monde entier) quand on n'est pas libre de ses pensées et de ses actes ?

Les camarades pour maintenir la liaison avec le Comité Central sont Alexis Voinov qui était aussi en Suisse et Ivan Kalyayev (surnommé Yanek ou le Poète) : Yanek pense que « la poésie est révolutionnaire » (page 21), Stepan pense que « la bombe seule est révolutionnaire » (idem). Qui a raison ? Ont-ils raison tous les deux ? D'autant plus que Stepan, lui, veut assez de bombes pour faire sauter Moscou ! Un peu mégalomane, non ?

« Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu'il faut. » (Stepan, page 26). Ment-on aussi à ses camarades ? Se ment-on à soi-même ? Si on le fait bien, on peut certainement se persuader et persuader les autres qu'on a raison...

« J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre. Maintenant, je suis heureux. » (Alexis, page 28).

Si Alexis a un côté romantique, Yanek est un optimiste, il aime le bonheur : « Il faut être gaie, il faut être fière. La beauté existe, la joie existe ! » (à Dora, page 33).

Stepan veut lancer une des deux bombes sur le grand-duc mais ce sont Alexis et Yanek qui ont été désignés et la règle doit être respectée même si elle est dure : ah, l'exaltation... (Yanek qui aime la vie mais qui pense au sacrifice de sa vie), ah, l'orgueil... (Stepan, qui aime « la justice qui est au-dessus de la vie », page 41).

Mais ils ont une justification qui leur paraît imparable : « nous tuons pour bâtir un monde où plus jamais personne ne tuera ! Nous acceptons d'être criminels pour que la terre se couvre enfin d'innocents. » (Yanek, page 46) : quel orgueil, quelle démence !

« Mourir pour l'idée ; c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée. C'est la justification. » (Yanek, page 48) : décidément, les terroristes, qu'ils soient politiques ou religieux n'ont qu'un résultat en tête, mourir en emportant d'autres vies (le plus de vies ?) avec eux. Et pourquoi ? Pour l'idée ! Une idée qui leur a souvent été inculquée de force quoi qu'ils en disent (endoctrinement, lavage de cerveau...).

 

Acte 2. « Le lendemain soir. Même lieu. » (page 60).

Dora et Boris sont dans l'appartement. Ils attendent que la calèche du grand-duc passe. Ils sont un peu tristes de ne pas être dans l'action mais Dora fabrique les bombes et Boris est le chef, ils doivent donc rester en vie. Ils ont l'air calme mais ils ont peur. Ils guettent... « Comme c'est long. » (Boris, page 66). Mais rien, pas de bruit, pas d'explosion, que s'est-t-il passé ?

« Frères, pardonnez-moi . Je n'ai pas pu. » (Yanek « dans l'égarement », page 69). Il n'a pas pu, effectivement, parce qu'alors que le grand-duc devait être seul, il y avait des enfants dans la calèche, le neveu et la nièce du grand-duc, ainsi que la grande-duchesse. « Mon bras est devenu faible. Mes jambes tremblaient. Une seconde après, il était trop tard. » (pages 73-74). Le Poète a donc du cœur, il a une âme ! « Boria, je ne suis pas un lâche, je n'ai pas reculé. Je ne les attendais pas. Tout s'est passé trop vite. Ces deux petits visages sérieux et dans ma main, ce poids terrible. C'est sur eux qu'il fallait le lancer. Ainsi. Tout droit. Oh, non ! Je n'ai pas pu. » (page 74).

Chacun comprend Yanek et, pour le réconforter, avoue qu'il aurait fait la même chose mais Stepan, lui, est fort mécontent : deux mois de perdus dans cette mission non accomplie ! « Je n'ai pas assez de cœur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera. » (page 80). Il vient de déplorer la perte de deux hommes (un arrêté et un pendu) et il veut tuer des enfants... Folie...

Le dialogue à ce moment-là est extrêmement intéressant :

« Dora : Ce jour-là, la révolution sera haïe de l'humanité entière.

Stepan : Qu'importe si nous l'aimons assez fort pour l'imposer à l'humanité entière et la sauver d'elle-même et de son esclavage.

Dora : Et si l'humanité entière rejette la révolution ? Et si le peuple entier, pour qui tu luttes, refuse que ses enfants soient tués ? Faudra-t-il le frapper aussi ?

Stepan : Oui, s'il le faut, et jusqu'à ce qu'il comprenne. Moi aussi, j'aime le peuple. » (page 81).

Voilà, tout est dit. Si le peuple refuse de comprendre et n'accepte pas d'être endoctriné, brimé (d'une autre façon que celle qu'il subit actuellement), on lui imposera l'idée, on lui prouvera qu'il a tort, on le fera taire, on le détruira. Plus loin, Stepan tient en plus des propos sexistes contre Dora qui est la seule femme du groupe. Je pense qu'à l'époque de la parution des Justes, Albert Camus a lancé un pavé dans la mare pour éclabousser tous ceux qui soutenaient haut et fort le régime communiste soviétique. Parce qu'Albert Camus refuse la barbarie ; pour lui, la fin ne justifie pas les moyens et la vie est plus importante que tout. Et je suis d'accord avec lui, d'autant plus qu'on sait ce qu'ont fait ces régimes en Russie, en Chine, au Vietnam, au Cambodge et ailleurs. De plus, Camus a écrit ce texte au sortir de la deuxième guerre mondiale et il y avait eu déjà tant d'horreurs (les camps de la mort, les deux bombes nucléaires sur le Japon, etc.).

Il y a d'ailleurs conflit entre les membres car ils pensent différemment bien qu'ils fassent partie du même groupe, de la même cause :

« Boris : Des centaines de nos frères sont morts pour qu'on sache que tout n'est pas permis.

Stepan : Rien n'est défendu de ce qui peut servir notre cause. » (page 82).

Et plus loin :

« Dora : Même dans la destruction, il y a un ordre, il y a des limites.

Stepan, violemment : Il n'y a pas de limites. La vérité est que vous ne croyez pas à la révolution. » (pages 84-85).

C'est typique de retourner sa violence (sa haine) contre les autres, de les humilier, de leur faire croire qu'ils ne sont pas dignes...

Mais Yanek n'est pas dupe :

« […] derrière ce que tu dis, je vois s'annoncer un despotisme qui, s'il s'installe, fera de moi un assassin alors que j'essaie d'être un justicier. » (page 85).

Comme il a raison ! Et tout ce qui s'est passé en Russie puis en Union Soviétique (et ailleurs) le prouve. Des millions de gens ont ignoré l'innocence (comme le préconise Stepan page 87) et ont installé une justice bien différente de celle qui avait été pensée au départ, quoique...

Et ces paroles prémonitoires (je rappelle, écrites en 1949) :

« Pour savoir qui, de toi ou de moi, a raison, il faudra peut-être le sacrifice de trois générations, plusieurs guerres, de terribles révolutions. Quand cette pluie de sang aura séché sur la terre, toi et moi serons mêlés depuis longtemps à la poussière. » (Yanek, page 88).

 

Acte 3. « Même lieu, même heure, deux jours après. » (page 96).

Même projet de jeter deux bombes sur la calèche du grand-duc qui va au théâtre. Mais deux jours ont passé, les cerveaux ont cogité, la fatigue s'est accumulée, Alexis a honte, il a peur, et il a honte d'avoir peur, il ne se sent pas capable de rassembler son courage une deuxième fois, il n'a pas la force, il se sent « faible comme un enfant » (page 104), il est désespéré, il se sent lâche, inutile et préfère quitter le groupe. Tiens, lui aussi aurait un cœur, une âme !

De son côté, Yanek est également torturé. Ce n'est pas simple de tuer. Même si on a l'idée et le courage. Il y a la haine aussi. Et la haine, ce n'est pas bon pour le bonheur...

Les personnages sont tous faces à eux-mêmes, ils sont confrontés à leur conscience, à ce qu'ils auraient fait. Ainsi cet acte, axé sur le questionnement, est plus introspectif. Qu'arrive-t-il quand on s'est enfin posé, qu'on a pu faire le point, seul, et qu'on a réfléchi par soi-même, en dehors de toute organisation ? On pense qu'on est lâche mais, en fait, on a plus ou moins compris que tout ça est inutile, futile... Voilà pourquoi les groupes intégristes envoient immédiatement leurs tueurs, sans qu'ils aient le temps de penser par eux-mêmes, de réfléchir à l'inutilité de leur acte, car ils reviendraient sûrement sur leur décision ! D'ailleurs, leur décision... ou la décision que les autres ont prise à leur place ?

Car le peuple que ces terroristes disent aimer, ce peuple... « Le peuple se tait. Quel silence, quel silence... » (Dora, page 118).

Oh ! Au moment où je lisais « Sept heures sonnent. » (page 130), sept heures ont vraiment sonné !

Et quand la calèche du grand-duc passe, il y a une explosion. Boria qui remplaçait Alexis n'a pas jeté sa bombe mais Yanek a lancé la sienne. « Yanek a réussi. Réussi ! O peuple ! O joie ! » (Stepan, page 131). Dora, elle, s'effondre en larmes ; la bombe qu'elle a fabriquée a tué...

 

Acte 4. « Une cellule dans la Tour Pougatchev à la prison Boutirki. Le matin. » (page 134).

Yanek rencontre Foka, un pauvre bougre qui a attrapé une hache et tué trois hommes pour avoir un peu d'eau... Il en a pris pour vingt ans et, accompagné d'un gardien, il nettoie les cellules des autres condamnés. Yanek qui a 23 ans calcule que s'il en prend également pour vingt ans, il en sortira avec les cheveux gris. Foka ne comprend pas l'acte de Yanek, il le voit comme un barine (un homme supérieur, un propriétaire terrien). Pourquoi n'a-t-il pas profité de sa situation ? Pourquoi a-t-il commis pareille folie ? Foka pense que l'idée dont parle Yanek est « le royaume de Dieu » (page 143).

Eh oui, qu'on le veuille ou non, qu'on soit croyant ou non, les idées communistes (partage, communauté, amour, égalité, etc.) sont calquées sur les idées chrétiennes, la violence en plus ! Alors, à quoi bon créer une nouvelle doctrine qui existait déjà ? Parce qu'avec l'athéisme, des penseurs ont voulu une doctrine politique et économique plutôt que religieuse. Et alors, qu'est-ce que ça a donné ? Pareil et même pire !

Mais Foka, se rendant compte que Yanek va être pendu, s'éloigne de lui ; en effet, c'est lui le forçat qui pend les condamnés et en échange de chaque pendu, il gagne une année de liberté. « Oh, ce ne sont pas des crimes, puisque c'est commandé. Et puis, ça leur est bien égal. Si tu veux mon avis, ils ne sont pas chrétiens. » (Foka, page 147). Le bon sens populaire qui n'a que faire d'une révolution... Travail, efficacité, satisfaction, esprit tranquille !

Au moment où le gardien et le prisonnier partent, Skouratov entre dans la cellule de Yanek. Skouratov est « directeur du département de police » (page 150) et il souhaite aider Yanek à obtenir la grâce. Bien sûr, Yanek n'en veut pas, il est fier de ce qu'il a fait au nom du parti, au nom de ses idées, mais Skouratov insiste (il est de toute façon en position de force).

« Que voulez-vous, je ne m'intéresse pas aux idées, moi, je m'intéresse aux personnes. » (page 156).

Évidemment, Skouratov veut que Yanek dénonce ses camarades pour avoir la vie sauve !

« Yanek : Ai-je bien compris ?

Skouratov : Sûrement. Ne vous fâchez pas encore. Réfléchissez. [...] » (page 158).

Yanek ne lâche pas le morceau mais la grande-duchesse veut le voir !

« Yanek : Je ne veux pas la voir.

Skouratov : Je regrette, elle y tient. Et après tout, vous lui devez quelques égards. On dit aussi que depuis la mort de son mari, elle n'a pas toute sa raison. Nous n'avons pas voulu la contrarier. […] La voilà. Après la police, la religion ! On vous gâte décidément. » (page 161).

Quelle préparation mentale ! Et puis, que Yanek soit d'accord pour rencontrer la grande-duchesse ou pas, est-ce lui qui va en décider ? Il n'a aucun pouvoir, en cellule ; ses idées, le parti n'y ont aucun pouvoir !

« Yanek : Taisez-vous.

La grande-duchesse : Pourquoi ? Je dis la vérité. » (pages 165-166).

Pravda. La vérité. Tranchant.

Yanek ne se démonte pourtant pas, il regimbe par ses mots, il ne se sent pas criminel car il a été forcé au crime par ceux qui martyrise le peuple, il voit la grande-duchesse comme une figure religieuse donc une ennemie, il ne veut pas prier, il ne veut pas se repentir, il ne veut pas de la Sainte Église, il veut mourir, il veut mériter et accepter son jugement et son sort. Mais l'amour et la douleur les réunit en paroles et la grande-duchesse est plus maline que lui :

« La grande-duchesse : Je vais vous laisser. Mais […] Je demanderai votre grâce.

Yanek : Je vous en supplie, ne le faites pas. Laissez-moi mourir ou je vous haïrai mortellement.

La grande-duchesse : Je demanderai votre grâce, aux hommes et à Dieu.

Yanek : Non, non, je vous le défends. » (page 175-176).

Yanek a le dernier mot en paroles mais la grande-duchesse aura le dernier mot en acte. Quelle classe, cette grande-duchesse ! Quelle femme ! Quelle grandeur d'âme ! L'âme de la Russie !

Mais qui aura le dernier mot tout à la fin ? Skouratov a pensé à un plan diabolique.

« J'attendrai la défaillance. […] Ne vous pressez-pas. Je suis patient. » (page 178).

 

Acte 5. « Un autre appartement, mais de même style. Une semaine après. La nuit. » (page 180).

Dora, Boris, Alexis (de retour) et Stepan attendent de connaître la décision du tsar. Yanek s'est-il repenti comme la grande-duchesse l'a fait dire partout ? A-t-il demandé sa grâce ? Les a-t-il trahis ? Ou faut-il croire ce qu'il a dit au Tribunal et ce qu'il leur a écrit ? Doute... Espoir... Effroi... Colère...

« La Russie entière est en prison. Nous allons faire voler ses murs en éclats. » (Boris, page 195).

« […] il faut marcher. On voudrait s'arrêter. Marche ! Marche ! » (Dora, page 196).

Camper sur ses positions pour ne pas avoir peur, pour ne pas se sentir coupable, et aller au bout de la colère et de la folie car on ne peut ni s'arrêter ni faire demi-tour...

 

Je sais que mon article est très long mais c'est venu comme ça en lisant Les Justes, une œuvre qui paraît simple mais qui est d'une grande profondeur, importante (indispensable même) et complexe tout en étant abordable et agréable à lire. Camus, bien que venant d'une famille pauvre, était considéré par les socialistes comme un moraliste, donc un bourgeois qui écrivait contre le peuple qu'il avait rejeté et trahi. Pourtant, plus de 60 ans après cette pièce, on sait ce qui s'est passé en Union Soviétique (et ailleurs), pas tout mais ce qu'on sait est déjà plus qu'horrible, et j'imagine le courage qu'il a fallu pour écrire, publier et jouer cette pièce, le parti communiste étant à l'époque très puissant et les intellectuels le soutenant fort nombreux. Respect, monsieur Camus.

 

Une lecture pour le challenge Un classique par mois.

 

PS : cet article contient 3077 mots et 13870 caractères (16870 caractères en incluant les espaces, soit 300 espaces).

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 05:05

BlancTheatre.jpgBlanc est une pièce d'Emmanuelle Marie parue aux éditions L'avant-scène théâtre dans la collection Quatre-vents en 2005 (58 pages, 9,20 €, ISBN 978-2-7498-0954-0). Préface de Zabou Breitman. Pièce créée au Théâtre de la Madeleine à Paris en 2006.

 

Emmanuelle Marie est née en 1965 à Boulogne sur Mer (Pas de Calais). Elle a étudié les Lettres modernes et la filmologie. Elle est auteur (romans, pièces de théâtre, livret d'opéra) et a fondé la Compagnie des Docks en 1989. Elle est décédée le 9 mai 2007.

 

La scène : une cuisine.

Les personnages : deux sœurs, l'aînée a 30 ans et la cadette a 25 ans.

Assises l'une en face de l'autre, sur deux chaises, « L'Aînée » et « La Cadette » se parlent en préparant un repas (du bœuf-carottes) alors que leur mère est mourante dans la chambre à côté.

 

« L'Aînée : Il a dit quoi ?

La Cadette : Il a dit un jour deux jours trois jours une semaine...

L'Aînée : Il en sait rien.

La Cadette : Il a dit pas plus d'une semaine.

L'Aînée : Il a dit ça pas plus d'une semaine ! » (page 11).

 

L'aînée va annuler ses rendez-vous professionnels et... perdre de l'argent.

« L'Aînée : Il peut pas être plus précis ?

La Cadette : Qui ?

L'Aînée : Le toubib peut pas être plus précis ?!... » (page 13).

 

La cadette a éloigné Jean, son mari, et Gabriel, leur fils de 4 ans.

« La Cadette : […] Ils sont partis à l'aube... Mais je te l'ai dit déjà. Et tu n'écoutes pas. Tu n'écoutes rien. » (page 14).

 

EmmanuelleMarie.jpgVoila, c'est dit : les deux sœurs se parlent mais sans vraiment se parler et surtout sans s'écouter ! Parce que la cadette fait des reproches à l'aînée mais elle agit de même (voir l'épisode du riz pages 18-19 et du thé pages 19-20).

 

Parfois la lumière baisse puis se dépose sur une des sœurs qui monologue. Chacune a ses soucis. Pour L'Aînée, travail et argent car elle doit payer son loyer, et un homme aussi, ça lui manque. Pour La Cadette, vie d'épouse, de mère et de fille car elle vit en famille dans cette maison et s'occupe de leur mère.

 

« La Cadette : Lutter lutter pour en arriver là. Ce qu'elle nous a appris quelle valeur aujourd'hui ça veut dire quoi... ? » (page 25).

 

Avez-vous remarqué, dans les extraits, les mots mis bout à bout et l'absence de ponctuation ? Ça rend la lecture bizarre et je pense qu'il faut plutôt s'imaginer les deux voix.

Et puis le manque de réel échange entre les deux sœurs existe aussi avec la mère qui ne dit rien : « Tenir sa main pour toutes les choses que l'on ne peut pas dire qu'il est trop tard pour dire […] Tenir sa main merde je peux seulement faire ça. » (pages 28-29).

L'Aînée se réfugie dans la gourmandise (pain-beurre-chocolat) et le rêve (un train genre l'Orient-Express). La Cadette avoue son infidélité. Elles sont en fait toutes les deux dans un grand désarroi, une grande confusion, elles rêvent d'ailleurs.

Et puis un absent... Le père. L'Aînée voudrait l'appeler mais s'il ne venait pas...

Il y a du désespoir... Attendre la mort de sa mère, ne pas pouvoir parler avec elle, ne pas dire l'amour qu'on se porte... Le silence... Et une occupation à laquelle se raccrocher : les draps à laver et à pendre, les draps blancs.

Quelle force dans ces dialogues et monologues surprenants !

 

Lu pour le Tour des genres en 365 jours (2e théâtre), je mets aussi ce livre dans les challenges Cent pages, Lire sous la contrainte (titre en un seul mot), Petit bac (dans la catégorie couleur) et Ô vieillesse ennemie.
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LireContrainte4 PetitBac2013 VieillesseChallenge

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 05:09

ConstellationChien.jpgLa Constellation du Chien est une pièce de Pascal Chevarie parue aux éditions Lansman (Québec) en janvier 2011 (45 pages, 9 €, ISBN 978-2-87282-812-8).

 

Pascal Chevarie est né en 1975 aux îles de la Madeleine, un archipel québécois dans le golfe du Saint-Laurent. Il a étudié la littérature et le théâtre à l'Université de Laval, et l'écriture dramatique à l'École nationale de théâtre du Canada. Il est auteur, scénariste, adaptateur, assistant de mise en scène, conseiller dramaturgique et écrit plutôt pour la jeunesse.

Du même auteur : Terra nostra (2001-2006), Naufrages (2004), Mika, l'enfant pleureur (2004-2005), Iana et le mur (2005), Tour de lune (2006), La défonce (2002-2007), Les enfants du sabbat (adaptation d'un roman, 2005).

 

Un champ. Plutôt un terrain vague en fait. Un pylône électrique et le ciel étoilé.

Éleonore (surnommée Léo) Brenham raconte. Elle a 15 ans.

Émile Lemieux a 12 ans. Il arrive sur son vélo et s'adresse au ciel. Il espère le retour de Laïka.

Il y a un poème (pages 20-21) magnifique, un poème qui m'a arraché des larmes. Extrait :

« Ils l'ont lancée comme ça, un trois novembre

pour voir si ça se pouvait

envoyer quelqu'un dans l'espace.

Quelqu'un ? Ben... Laïka.

C'était une chienne, c'est pour ça.

Une toute petite chienne qu'ils ont trouvé dans la rue.

Les Russes. »

Émile subit des violences à l'école de la part des plus grands qui s'en prennent aux plus petits, aux plus « faibles ». Mais Émile connaît la grandeur de l'univers, il connaît toutes les étoiles qu'il observe avec sa lunette astronomique. Il s'est donc réfugié dans son monde, dans ses rêves et il est persuadé que Laïka va revenir cette nuit.

« Personne sait ce qui est impossible ou pas » (page 25).

« Foutaises ! Elle est morte depuis belle lurette, ta Laïka !

Dis pas ça ! Elle va venir. Je le sais. Puis on va partir ensemble. » (page 26).

Éleonore continue de raconter car, effectivement, il s'est passé quelque chose cette nuit-là.

 

La Constellation du Chien a été écrite en 2007 à Limoges (France) car l'auteur a passé trois mois en résidence à la Maison des auteurs de Limoges.

 

En ce moment, je lis peu de théâtre mais cette pièce m'a beaucoup touchée, aussi bien au niveau d'Émile que de Laïka : enfant et animal, tous deux victimes de la cruauté du « plus fort ». Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir le livre ou la pièce ou les deux si vous en avez l'occasion. Émotion assurée.

 

 

Un livre pour les challenges Des livres et des îles, Cent pages, Tour des genres en 365 jours (théâtre), Jeunesse & young adult # 2 et Littérature francophone (Québec).

DesLivresEtIles DefiCentPages
TourGenres Jeunesse2012-13 LittFrancophone


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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 04:01

Albatros.jpgAlbatros est une pièce de Fabrice Melquiot parue aux éditions de L'Arche dans la collection Théâtre jeunesse en juillet 2008 (91 pages, 9 €, ISBN 978-2-85181-582-8).

 

Fabrice Melquiot est né en 1972 à Modane en Savoie. Depuis 1998, il écrit des textes pour la jeunesse et il a reçu de nombreux prix. Plus d'infos sur http://www.fabricemelquiot.fr/.

 

Casper, 12 ans, et sa copine, Tite Pièce, 10 ans, font l'école buissonnière et, perchés sur les Trois escaliers près d'un carrefour, ils observent les voitures et se demandent ce que font les hommes habillés en noir.

« Mon père, il est catégorique. […] La vie, c'est pas ça. La vie, c'est de l'huile de coude. » dit Casper (page 20).Ainsi, après le départ de Tite Pièce, le garçonse frotte le coude et le Génie de l'huile de coude apparaît.Mais... Il est abruti ce génie, c'est lui qui fait un vœu ! Ilannonce à Casperla fin du monde pour dans trois jours et lui demande de sauver sept personnes.

« Tu ne voudrais pas sauver le monde ? » (page 26).

Casper réfléchit. C'est sûr que pour « devenir quelqu'un », sauver le monde c'est l'idéal !

« Tu choisis sept personnes, c'est toi qui les embarques, tu fais comme tu le sens, petit. Mais que de la qualité. Parce qu'avec ces sept personnes, il faudra refaire le monde. » (page 30).

Un homme qui n'a plus rien dans la vie, passant par là à la recherche de son pigeon perdu, partage son sandwich avec Casper et le conseille : « Prends des grands hommes, prends des hommes qui ont des vies plus grandes que la mienne, moi j'ai tout raté ouais, tout sauf mon pigeon, prends des grands hommes. » (page 48).

Casper ne comprend pas bien, et des grands hommes, il n'en connaît pas, il ne sait pas s'il pourra mener à bien sa mission...

« Je crois que c'est impossible de choisir. » lui dit Tite Pièce (page 77).

 

Je me suis demandé pourquoi Albatros ? Parce qu'après l'homme au sandwich, Casper rencontre un homme qui court. « Et là, je l'ai vue m'arriver dessus, la femme depuis trente ans, belle avec ses cheveux comme des albatros, et tout avait l'air d'un albatros, alors je lui ai crié : bonjour mon albatros ! Et elle a ri, et j'ai ri […]. » (page 64).

 

Ce qui m'a bien faire rire ? Matou Salem, « un chat très connu », très vieux, « le plus vieux des chats » ; (page 43).

 

D'ailleurs cette pièce, créée le 16 novembre 2004 au Théâtre Am Stram Gram à Genève sur une mise en scène de Dominique Catton et Christiane Suter, est bien sûr tragique mais elle est drôle aussi. Et il y a même un petit côté fantastique. Alors si vous avez l'occasion de la lire ou d'en voir une représentation en famille (elle est tout public), n'hésitez pas !

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde (le titre est Albatros mais il y a en fait un pigeon, des grenouilles et un Matou Salem), Littérature jeunesse & young adults et le défi Cent pages. C'est la première fois que je présente du théâtre dans ces challenges.

ChallengeAnimaux JeunesseYoungAdults DefiCentPages

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 23:08

TectoniqueSentiments.jpgLa tectonique des sentiments est un drame d'Éric-Emmanuel Schmitt paru aux éditions Albin Michel en décembre 2007 (173 pages, 13 €, ISBN 978-2-226-16806-1).


Diane Pommeray, fille unique, vit avec sa mère, une femme enfant, âgée et exubérante, qui souhaiterait que sa fille se marie avec Richard et que ce beau couple lui donne des petits-enfants.


Mais Diane, qui a déjà résisté à Richard pendant plus de deux ans, refuse toutes les demandes en mariage. Pourtant comme Richard n'a pas réitéré sa demande depuis quelques mois, Diane craint qu'il l'aime moins et qu'il se détache d'elle.


Grâce à deux prostituées qu'elle a rencontrées en rédigeant un dossier parlementaire, Diane invente tout un stratagème et lorsque le couple se sépare, Richard fait la connaissance de Rodica Nicolescou, la cinquantaine, et de sa fille Elina, étudiante en littérature, qui arrivent toutes deux de Roumanie.


Mais Rodica n'est pas la mère d'Elina, qui n'est pas étudiante... Et le piège se referme sur Richard, mais aussi sur Diane.


La tectonique des plaques est une métaphore pour les sentiments qui bougent, qui évoluent, ou comment passer de l'amour à la haine et perdre la personne aimée. Un thème classique avec un couple qui se déchire, qui se ment et qui souffre mais par orgueil, chacun se ment à soi-même avant de mentir à l'autre. Ça se lit bien, ça se lit vite, pas besoin de voir la pièce, on imagine très bien à la lecture les personnages et ce qui les motive. Mais contrairement au jeu vidéo, il n'est pas possible pour les humains de « rejouer » leur vie et la vie est malheureusement cruelle parfois.

Je suis de plus en plus emballée par les livres d'Éric-Emmanuel Schmitt ! Après deux romans (Oscar et la dame rose, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran) et là du théâtre, que vais-je bien pouvoir lire de lui ?

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 23:31

CyranoBergerac1.jpgCoupCoeurXIXe.pngCyrano de Bergerac est une comédie héroïque en cinq actes d'Edmond Rostand créée en 1897.

Il existe plusieurs éditions (de 300 à 400 pages selon la taille du texte), brochée, poche, scolaire, anthologie, recueil et même en bande dessinée. J'illustre mon article avec deux de mes couvertures préférées.


Edmond Rostand (son nom complet est Edmond Eugène Alexis Rostand) est né à Marseille le 1er avril 1868 dans une famille aisée (son père est économiste). Il passe ses étés à Bagnères de Luchon (une station thermale de Haute-Garonne, en Midi-Pyrénées). Il étudie le Droit à Paris et il est publié dès 1887. Il est élu à l'Académie française en 1901. Il est mort à Paris le 2 décembre 1918 (de la grippe espagnole) mais il est enterré dans sa ville natale.

Parmi ses œuvres : un vaudeville (Le gant rouge, 1888), des comédies (dont Cyrano de Bergerac, 1897), des drames (comme L'Aiglon, 1900), de la poésie.

Les fils qu'il a eus avec son épouse Rosemonde Gérard (1866-1953, poétesse) sont les célèbres Maurice Rostand (1891-1964, romancier, poète et dramaturge) et Jean Rostand (1894-1977, écrivain et biologiste, académicien).

Un site sur Edmond Rostand et un autre dédié à Cyrano de Bergerac.


Attention histoire dévoilée en partie !!!


Premier acte : Une représentation à l'hôtel de Bourgogne

1640, Paris, salle de l'hôtel de Bourgogne où va jouer Clorise.

Parmi la foule qui s'installe au parterre, des cavaliers, des bourgeois, des pages, des marquis gascons dont le jeune Christian de Neuvillette qui va entrer dans les Gardes en tant que Cadet.

Christian est amoureux d'une belle jeune fille (il ne connaît pas encore son nom) et il a toutes ses chances car il est très beau mais... : « Je n'ose lui parler car je n'ai pas d'esprit. » prouve qu'il est lucide sur sa condition de « bon soldat timide ». Puis Christian apprend que sa bien-aimée se nomme Magdeleine Robin, surnommée Roxane, et qu'elle est promise au Comte de Guiche...

Mais Clorise va commencer. Alors que Montfleury commence sa tirade, Cyrano intervient, l'oblige à se taire et fait le spectacle ! Ensuite il part à la porte de Nesle (les comédiens et la foule lui font un cortège) se battre seul contre cent hommes qui veulent tendre un piège à son ami Lignière, un poète.


Répliques cultes !

« Un ivrogne doit boire son bourgogne... (Il boit.) à l'hôtel de Bourgogne ! ».

Et évidemment celles sur le nez de Cyrano : « Un nez !... Ah ! Messeigneurs, quel nez que ce nez-là !... », « Apprenez que je m'enorgueillis d'un pareil appendice, […]. », « C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule ! », etc.


CyranoBergerac2.jpgDeuxième acte : La rôtisserie des poètes

Rue Saint-Honoré, dans la boutique de Ragueneau, rôtissier-pâtissier.

Ami de Cyrano et des poètes, Ragueneau n'hésite pas à les laisser manger contre leurs écrits, ce qui ne convient pas du tout à son épouse, Lise, qui a fait fabriquer des sacs en papier avec prose et poèmes ! « Fourmi !... n'insulte pas ces divines cigales » ! » lui répond-il.

Cyrano y rencontre Roxane qui est sa cousine. « Je me suis donc battu, madame, et c'est tant mieux, Non pour mon vilain nez , mais bien pour vos beaux yeux. » mais celle-ci lui avoue qu'elle est amoureuse d'un beau jeune homme qu'elle a vu à la Comédie. « Il a sur son front de l'esprit, du génie, Il est fier, noble, jeune, intrépide, beau... » : la pauvre, elle se fait des idées !

Cyrano me plaît beaucoup, il veut être libre, indépendant, et ne pas être obligé d'écrire pour les puissants.

Alors qu'il raconte à la demande générale ses exploits, Christian l'interrompt continuellement en faisant des allusions à son nez mais Cyrano n'ose rien dire au bien-aimé de Roxane et lui propose finalement : « Dis, veux-tu qu'à nous deux nous la séduisions ? ».


Troisième acte : Le baiser de Roxane

Roxane connaît les lettres de Christian (Cyrano) par cœur mais elle est toujours courtisée – et promise – à Monsieur de Guiche... Heureusement ce dernier doit partir pour le siège d'Arras où il est nommé mestre de camp ! Roxane use d'un subterfuge pour que le régiment des Cadets dont fait partie Christian (et Cyrano) reste à Paris. Christian parle seul avec Roxane mais il se montre tellement sot qu'elle le renvoie. Cyrano rattrape le coup avec la scène du balcon (clin d'œil à Roméo et Juliette ?). Cyrano s'emporte un peu : « Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien […]. » mais l'affaire est faite pour Christian !


Quatrième acte : Les Cadets de Gascogne

Monsieur de Guiche ayant compris la ruse de Roxane a bien sûr envoyé le régiment des Cadets à Arras. Mais le siège se prolonge, il y a de nombreux morts, les survivants meurent de faim... « Qu'est-ce qu'on pourrait bien dévorer ? (Cyrano, lui jetant le livre qu'il tient à la main.) L 'Iliade. » : éclat de rire ! Enfin Cyrano écrit deux fois par jour des lettres à Roxane au nom de Christian et risque à chaque fois sa vie pour les envoyer. Mais Roxane arrive dans un carrosse conduit par Ragueneau et rempli de bonnes nourritures et boissons : de quoi remonter le moral des troupes ! Mais Christian...


Cinquième acte : La gazette de Cyrano

Automne 1655, Paris, couvent des Dames de la Croix où Roxane s'est retirée après la mort de Christian. De temps en temps, Monsieur de Guiche lui rend visite, elle lui a pardonné et ils sont devenus amis. Chaque semaine, Cyrano vient également la voir et lui raconte ce qui se passe à Paris. Mais ce jour-là...


JaimelesClassiquesJ'ai essayé de ne pas trop en dire à la fin car il faut que vous puissiez le lire et garder le plaisir de la découverte et du suspense.

Je l'avais déjà lu, deux fois, peut-être même trois, mais le charme était encore au rendez-vous pour cette nouvelle lecture ! J'en déduis que cette histoire est intemporelle et apporte quelque chose à chaque lecture.

En plus, c'est vraiment drôle.


Note : Edmond Rostand cite Théophraste Renaudot (1586-1653) et parle de sa Gazette. Effectivement, Renaudot est un des fondateurs de la presse avec sa Gazette qu'il a lancé le 30 mai 1631 avec le soutien de Richelieu (1585-1642). Ce journal – le plus ancien en France – paraîtra jusqu'en 1915. Cent-vingt numéros de la Gazette sont consultables librement sur Gallica.

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 06:14
Theatre5continentsJ'ai été tellement occupée depuis la création du défi Théâtre sur les 5 continents que je n'ai pas encore pensé sérieusement aux choix que j'allais faire... Il en est de même pour Poésie sur les 5 continents... Je remplirai donc au fur et à mesure de mes découvertes et de mes lectures.

Afrique : pas d'idée précise.

Amérique : mieux vaut tard que jamais ! La Constellation du Chien, de Pascal Chevarie (Québec, Canada).

Asie : j'ai déjà parlé de Chants d'adieu, d'Oriza Hirata mais c'était en mai 2009 donc je lirai autre chose pour le défi.

Europe : Le collectionneur, de Christine et Olivier Orban (France).

Océanie : pas d'idée précise.

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