« On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues » Sei Shônagon in « Notes de Chevet ». Lues, mais aussi aimées, vues, entendues, etc.
127 heures est un récit d'Aron Ralston paru aux éditions Michel Lafon le 10 février 2011 (304 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-7499-1372-8). Between a rock and a hard place (2004) est traduit de l'américain par Yves Forget-Menot.
Je remercie Camille et les éditions Michel Lafon de m'avoir envoyé ce livre.
J'aime la Nature, la montagne, les grands espaces et l'aventure mais j'ai hésité avant d'accepter ce livre parce que j'avais peur que le thème (l'alpinisme) ne m'intéresse pas vraiment et que certaines scènes soient trop difficiles mais je ne regrette pas de l'avoir lu car il est vraiment très bien.
Ce livre n'est pas un roman, c'est l'histoire d'Aron Ralston, un aventurier de 27 ans (il est né en octobre 1975 dans l'Indiana), fier, expérimenté, qui n'hésite pas à partir seul pour des randonnées et des escalades souvent dangereuses.
Ce 26 avril 2003, Aron part dans les gorges de l'Utah pour randonner dans le Blue John Canyon, un canyon reculé et peu fréquenté, autrefois cachette des bandits de la Horde sauvage (Butch Cassidy, Blue John...). Il n'a prévenu personne et n'a jamais de téléphone portable. Le matin, il rencontre deux jeunes femmes de la région, Megan et Kristi, mais ils ne partent pas du même côté et elles ne savent pas où il va exactement.
Tout se passe bien, mais un peu avant le rappel du Big Drop, un énorme rocher tombe sur Aron qui lève la main droite pour protéger son visage et c'est cette main qui va être coincée entre le caillou et la paroi. Il sera impossible de la retirer ou de soulever le rocher (il pèse dans les 500 kilos).
Pendant 127 heures, soit plus de 5 jours, Aron va rester bloqué, luttant pour sa vie, luttant contre la déshydratation (il lui reste moins d'un litre d'eau), contre la faim (il ne lui reste que deux burritos), contre l'hypothermie, contre la douleur, contre une insuffisance cardiaque (dans ces cas-là, le cœur peut lâcher) et aussi contre la folie.
Comment va réagir le jeune homme qui a déjà par le passé failli mourir noyé, failli tomber dans une crevasse, et été pris dans une avalanche ? Car pendant les jours (5 jours et quelques et 5 nuits) où il est bloqué, il ne raconte pas que son calvaire : il se remémore sa vie, sa passion de la montagne depuis qu'il a 12 ans, ses voyages avec sa jeune sœur ou ses amis, son travail d'ingénieur, ses excursions sur les plus de 4000 mètres, etc., et s'enregistre chaque jour sur sa petite caméra portable. Dès le début, il pense à couper son bras mais il n'en a pas le courage...
Quelques extraits
« Nous ne sommes pas remarquables parce que nous nous trouvons au sommet de la chaîne alimentaire, ni parce que nous modifions notre environnement […], nous le sommes précisément parce que nous exerçons notre volonté dans cet univers en dépit de notre insignifiance comme de la fragilité et du caractère éphémère de notre existence. » (page 19).
« Je voulais savoir qui j'étais vraiment : étais-je de ceux qui se laissaient mourir ou au contraire de ceux qui surmontaient tous les obstacles pour se sauver et sauver les autres ? » (page 84).
« Nous créons notre propre existence. J'avais recherché l'aventure ; je l'avais trouvée. » (pages 114-115).
« Au cours de mes expéditions moins dangereuses mais aventureuses, je poussais mes limites d'endurance en m'engageant dans des souffrances imposées pour tenter de briser mes résistances intérieures et de me surpasser. » (page 149).
Un récit incroyable et édifiant qui montre qu'il est important d'aller au bout de soi, même si ça peut paraître orgueilleux. Une lutte pour la vie. Une décision à prendre, et au bon moment. Un miracle. « Don't give up ! ».
Le livre contient 8 pages de photographies en couleur (l'auteur avait son appareil photo et sa caméra avec lui) qui permettent de voir Aron, son équipement et le lieu de l'accident.
Ce récit n'est pas trop difficile à lire finalement et je n'ai pas eu d'impression de voyeurisme (j'avais peur que ça soit un peu gore). C'est un témoignage à découvrir même si on n'aime pas la montagne ou l'escalade.
127 heures est sorti le 23 février dans les salles : un film de Danny Boyle avec James Franco, inspiré de cette histoire vraie et tourné dans l'Utah, près de Moab (les décors sont magnifiques). Et sur le site du livre, des places de cinéma à gagner !