« On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues » Sei Shônagon in « Notes de Chevet ». Lues, mais aussi aimées, vues, entendues, etc.
Jeudi 2 octobre était diffusée sur France 5 la cinquième émission de La grande librairie avec sur le plateau Laure Adler, François Bégaudeau, Jean d'Ormesson et Bernard Pivot.
Ces messieurs étant tous bien éduqués, c'est Laure Adler qui commence pour L'insoumise, son livre sur Simone Weil, résistante et philosophe (ne pas confondre avec Simone Veil). Mais d'abord portrait de l'auteur (non, je ne mets pas un « e » car je trouve ça très moche !), née en 1958, qui débuta en 1974 à France Culture dont elle est devenue la directrice culturelle, qui est considérée comme une dénicheuse de nouveaux talents et qui fut la conseillère culturelle de Mitterand. Après ses biographies de Marguerite Duras et de Hannah Arendt, voici celle de Simone Weil, morte à 34 ans, une icône occultée par Simone de Beauvoir qui la détestait car elle la trouvait trop attachée aux humiliés. Cette Simone Weil était une femme engagée, qui avait des valeurs, des idéaux, qui s'est battue sur tous les fronts et qui a pris tous les risques (guerre d'Espagne, Résistance) mais qui devait vivre aussi avec la maladie (anorexique tuberculeuse, elle était de plus androgyne et asexuée) et la fascination pour son frère André, le génie de la famille, grand mathématicien du XXème siècle.
Au classement de la semaine, Le fait du prince d'Amélie Nothomb est premier, Miserere de Christophe Grangé est deuxième, le tome 1 de Millenium est troisème et plusieurs essais se vendent bien.
Jean d'Ormesson, 83 ans, le « monument national » entré à l'Académie Française en 1973 et qui aime par dessus tout le soleil revient pour Qu'ai-je donc fait (sans point d'interrogation), un nouveau traité de souvenirs et de confessions. Lui dont l'ambition était de « ne rien faire » (son rêve d'enfant était de ressembler à Cary Grant) et qui dit n'avoir fait « presque rien » pense « qu'être écrivain, c'est avoir un style » que l'on reconnaît aussitôt. Il met en tout cas de la bonne humeur sur le plateau avec des phrases comme « Il est acquis que je ne suis pas Montaigne, Chateaubriand, Proust » ou « J'écris mes livres moi-même, vous savez ». Et puis j'ai bien ri avec l'histoire du rabbin, de ses deux assistants et du cocher !
Ça fait bizarre à Bernard Pivot d'être là, eh oui ce journaliste et critique littéraire (entré au Figaro Littéraire en 1958), animateur (Ouvrez les guillemets, Apostrophes, Bouillon de Culture), créateur du mensuel Lire (en 1975) et membre de l'Académie Goncourt avait plutôt l'habitude d'être à la place qu'occupe François Busnel qui le surnomme « le Nicolas Hulot de la langue française » ! Il est là pour présenter son nouveau livre, 100 expressions à sauver, car il faut « accepter les nouveaux mots et les nouvelles expressions sans virer les autres ». Il a une jolie phrase : « L'expression est une formule qui a réussi », ce qui inclut souvent les expressions populaires et le nouveau langage de la jeunesse.
Cette émission est vraiment animée et plus drôle que les autres avec Jean d'Ormesson qui répond à Bernard Pivot que sur le fronton de l'Académie Française, « il n'y a pas écrit sexe - sexe - sexe mais prostate - prostate - prostate » !
Puis François Bégaudeau prend le relais avec son Anti-manuel de littérature, un ouvrage à la fois « potache et sérieux » selon François Busnel. Portrait de cet ancien professeur de français, ayant reçu la Palme d'Or à Cannes pour le rôle de prof qu'il interprète dans le film adapté de son roman, Entre les murs. Anti-manuel étant le titre de la collection, il ne faut pas croire qu'il dénigre les manuels scolaires qu'il trouve plutôt « assez bien foutus » mais dont il pense qu'ils sont remplis de lacunes car ils ne montrent jamais la littérature « sur un mode concret » et ils n'expliquent jamais « comment on écrit ». En une phrase, décréter que la littérature, c'est bien sans donner d'explications, c'est nul. Ce qu'il préconise, c'est de remettre les choses à plat et de laisser les individus vérifier par eux-mêmes. François Busnel lit une définition de la littérature de Jean d'Ormesson : « La littérature, c'est du chagrin dominé par la grammaire » et je trouve cette phrase belle mais Bégaudeau n'est pas d'accord car il y a des écrivains heureux. Suivent des réflexions intéressantes sur le Beau, le style, la langue, les métaphores.
À la fin de l'émission, les auteurs répondent à des questions posées par les téléspectateurs et François Busnel présente un coffret DVD contenant l'intégralité des entretiens de Bernard Pivot avec Alexandre Soljenitsyne.