« On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues » Sei Shônagon in « Notes de Chevet ». Lues, mais aussi aimées, vues, entendues, etc.
J'ai tué Anémie Lothomb est un roman de Jean-Pierre Gattégno paru chez Calmann-Lévy en janvier 2009 (246 pages, 14 €, ISBN 978-2-7021-3982-0).
Jean-Pierre Gattégno est né le 10 mai 1944 à Brive-la-Gaillarde (ou tout simplement Brive), ville connue pour ses écrivains et son « École de Brive » (romans régionaux), sa Foire du livre créée en 1973 (prochaine édition du 6 au 8 novembre 2009), son Festival du cinéma – moyen métrage (qui s'est déroulé en avril 2009) et ses Orchestrades universelles (qui auront lieu du 16 au 27 août 2009.
Du même auteur
1992 - Neutralité malveillante (Calmann-Lévy)
1994 - La nuit du professeur (Calmann-Lévy)
1997 - Mortel transfert (Calmann-Lévy)
2001 - Une place parmi les vivants (Calmann-Lévy)
2002 - Le grand faiseur (Actes Sud)
2004 - Longtemps, je me suis couché de bonne heure (Actes Sud)
2007 - Sur le divan (Calmann-Lévy, Sciences Humaines et Essais)
2007 - Avec vue sur le royaume (Actes Sud)
Je n'avais jamais lu de livre de Jean-Pierre Gattégno et c'est vraiment le titre et le sujet qui m'ont donné envie de lire ce roman. En janvier j'ai lu Où est passée Anémie Lothomb ? ainsi que le premier chapitre sur BibliObs. Ça m'a vraiment plu et j'ai finalement lu J'ai tué Anémie Lothomb.
Voici la phrase qui débute le roman : « Tout avait commencé en pleine nuit, sur une route déserte. » (page 11) mais en fait, ça commence au Salon du livre de Saint-D. (dans les Vosges) où Antoine Galoubet dédicace son nouveau roman Une saison dans les ténèbres, enfin... 'dédicace' est un bien grand mot puisque les visiteurs l'ignorent prodigieusement, lui préférant les auteurs célèbres comme Anémie Lothomb qui elle dédicace à tour de bras !
Évidemment Galoubet est en colère, il part « vers vingt-trois heures, après la cérémonie de clôture » (page 15), remonté contre son éditrice (Maryse Bernadac du groupe éditeur Condorcet), les journalistes qui font mal leur travail et les lecteurs qui se laissent stupidement dicter leurs lectures par les médias.
Cependant il se rend au chalet que Maryse lui a généreusement prêté afin qu'il puisse se reposer et écrire tranquillement son nouveau roman. C'est sur la route, en pleine nuit et sous la pluie qu'il croise Sun Si, l'ami japonais d'Anémie Lothomb, débraillé et pieds nus, puis qu'il découvre leur voiture contre un arbre avec le cadavre de la jeune femme : « Pendant un long moment, je restai à la contempler. » (page 19). Puis il décide d'emmener le corps : « Soudain, pris d'une impulsion que je ne saurais expliquer (comme si j'avais l'intention de faire ce qui allait suivre, mais sans en être conscient), je pris la jeune femme dans mes bras et la tirai hors de la voiture. » (page 20) et de faire croire à un kidnapping.
Mais tout va aller beaucoup plus loin que ce qu'il aurait pu imaginer, pour ne pas dire prévu car il n'avait justement rien prévu !
Ce roman contient trois parties, la première se déroule dans les Vosges, la deuxième à Paris où l'auteur se cache et la troisième de nouveau dans les Vosges où l'auteur trouve un complice inattendu (Ernest Bourdin, avec qui il a discuté et fumé au salon du livre quelques jours auparavant) plus une conclusion.
Tout en dénonçant la mégalomanie du monde littéraire, Jean-Pierre Gattégno montre bien par quelles étapes passent un auteur (solitude de la création, excitation de la publication, désilllusion puis colère/haine) et pose avec humour la question de savoir jusqu'où un auteur est prêt à aller pour se faire connaître des médias et vendre, ce qui malheureusement n'a souvent rien à voir avec la Littérature... Un roman, pas vraiment policier, avec lequel j'ai bien ri et je ne vous dis pas à qui ressemble Anémie Lothomb !