« On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues » Sei Shônagon in « Notes de Chevet ». Lues, mais aussi aimées, vues, entendues, etc.
Chroniques d'une prof qui en saigne est un essai de Princesse Soso paru aux éditions Privé / Michel Lafon le 21 octobre 2010 (335 pages, illustrations en noir et blanc,
14,90 €, ISBN 978-2-35076-115-2).
Je remercie Camille des éditions Michel Lafon de m'avoir envoyé ce livre. Comme j'ai lu récemment L'école de la honte, d'Émilie Sapielak, je me suis dit que ça pouvait être intéressant de lire un autre témoignage, écrit de façon plus humoristique même si « Le monde va mal. » (page 105).
Princesse Soso est prof d'anglais en collège depuis 6 ans. Elle offre un témoignage détaillé et détendu de sa profession, des collégiens, des parents... Sur pas mal de points, son témoignage rejoint celui d'Émilie Sapielak mais elle le délivre de façon tellement différente, moins dramatique, et avec beaucoup plus d'humour que j'ai ri plusieurs fois malgré les « situations délicates, pénibles voire dangereuses » (page 46).
En tout cas, elle démarre fort : « Il faut bien garder en tête que le collège est une jungle. » (page 15) et n'hésite pas à se moquer gentiment du lecteur : « Vous remarquerez qu'une culture générale de premier ordre est conseillée pour bien comprendre cet ouvrage. » (page 7) et « Au fait, je ne vous ai pas dit. J'enseigne la langue de [Shakespeare] Britney Spears. » (page 8). Très drôle, elle aurait dû dire des Spice Girls qui sont Anglaises puisqu'elle enseigne l'anglais et pas l'américain ! À noter qu'elle écrit entre crochets ce qu'elle pense et à côté ce qu'elle se sent obligée de dire, bref souvent le politiquement correct.
« En six ans, j'ai côtoyé 1 542 élèves dans douze bahuts différents : des gamins adorables, des psychopathes en puissance, des mômes qui n'ont pas la moindre notion de respect de l'autre, des choupinous curieux et marrants, des ados qui ne savent pas lire et des cas sociaux en veux-tu en voilà... » (page 10).
Allez, c'est parti pour une année scolaire ? Trois trimestres palpitants, aux multiples rebondissements, avec des « enfants ignares et mal élevés » et des « ados violents et perturbés » (page 43), des parents démissionnaires et négligents » (page 127), et tout ce que vous avez envie / pas envie (rayez la mention inutile) de lire sur les profs, les enfants, les ados et les parents.
Princesse Soso ose dire les choses. « Certains diront que ce que j'écris est vraiment choquant et que je devrais changer de métier si je suis si aigrie. À cela je répondrai que ce que je trouve réellement choquant, c'est [...] » (page 61), « Le bahut a des allures de lupanar en ce moment... » (page 82), « Il est triste, affligeant, inquiétant (liste d'adjectifs non exhaustive) de constater qu'en 2010 beaucoup de familles vivent dans une précarité culturelle et intellectuelle d'une telle ampleur. » (page 90), « […] Une génération qui est fière de son ignorance et qui se complaît dans le rejet de la culture. » (page 146), « […] au lieu de se vautrer dans l'ignorance et surtout la fierté de cette ignorance. » (page 203), « Le collège unique est une terrible erreur. » (page 294) : évidemment elle argumente abondamment ses points de vue et apporte courageusement quelques solutions.
Éduquer les parents pour qu'ils deviennent des adultes responsables capables d'élever leurs enfants parce que « Le vrai problème, c'est que trop de gens élèvent mal leurs enfants. […] Je pense à l'absence de limites et de repères. » (page 235) : « Quand les parents fixeront de véritables limites à leur enfant et seront du côté de la connaissance et du respect, quand nous aurons plus de moyens humains pour encadrer, encourager, surveiller les élèves, quand la violence ne sera plus la norme sociale, peut-être l'école retrouvera-t-elle son aura d'autrefois. » (page 41), « Je ne pensais pas que tant de quadragénaires écrivaient comme des porcs sur un ordinateur. » (pages 68-69), « Au lieu d'apprendre de leurs erreurs et d'espérer que leur enfant réussisse mieux qu'eux, ils le brident et l'enferment dans leur médiocrité intellectuelle. » (page 222).
Appeler un chat un chat [ah, le politiquement correct...] : on ne doit pas dire une faute (connotation religieuse) mais une erreur [tout le monde en fait, c'est cool !], on ne doit pas dire échec scolaire [ouh, le gros mot !] mais réussite différée [MDR, il faut arrêter de prendre les gens pour des cons !]...
Les trois petits défauts du livre de Princesse Soso
Elle n'hésite pas à écorcher elle aussi la langue française en utilisant des anglicismes (ah, ben ça ne plaît pas à tout le monde ; au Québec c'est même interdit !) ou le langage des jeunes (pas jeunes-ados mais jeunes-adultes).
Sa culture générale en vrac, Hello Kitty, Pucca, les Bisounours, les Feux de l'amour, Sex and the city, Benjamin Castaldi et Secret story... : j'ai préféré prendre ça au second – et même au troisième – degré et en rire. C'était le but, n'est-ce pas ?
Les fameuses vacances dont les profs exténués ont besoin pour se reposer et se ressourcer, je veux bien, mais il existe d'autres professions (dans le social, les loisirs, la culture) où des adultes sont en contact tous les jours avec des enfants et des ados et ils n'ont pas autant de vacances pourtant ils en auraient besoin eux aussi pour se reposer et se ressourcer, non ?
Le petit plus
Princesse Soso aime les contrepèteries ! Un titre de chapitre : Le résultat des fouilles finit dans les caisses de l'État. Un autre : Le choix dans la date.
Un document à savourer pour son humour que vous ayez des enfants au collège ou pas ; et tout comme pour L'école de la honte, j'aimerais bien avoir les avis de profs qui ont lu ce livre.
Retrouvez Princesse Soso sur son blog, Food'Amour : apparemment Princesse Soso n'est pas que prof d'anglais, elle est aussi bonne cuisinière alors essayez son risotto, ses sushis et makis, ses muffins, etc !
PS : L'extrait « victime du crime qui tombe dans la déprime » (page 251) proviendrait-il du dessin animé Tic et Tac ?