« On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues » Sei Shônagon in « Notes de Chevet ». Lues, mais aussi aimées, vues, entendues, etc.
1900 L'aube (2) est le deuxième tome de Le roman de Bergen de Gunnar Staalesen paru aux éditions Gaïa en mars 2007 (270 pages, 21 €, ISBN 978-2-84720-085-0) mais je l'ai reçu en poche : Points (Grands romans, juin 2011, 338 pages, 7 €, ISBN 978-2-75782-371-2). 1900. Morgenrød (1997) est traduit du norvégien par Alexis Fouillet.
Je remercie Bibliofolie (qui n'existe plus maintenant) de m'avoir envoyé ce roman en même temps que le tome 1.
Gunnar Staalesen est né en 1947 à Bergen (Norvège). Il a étudié la philologie et a commencé à écrire en 1969. Il est surtout connu pour sa série de polars avec le détective privé Varg Veum créé en 1975. Le roman de Bergen est une grande fresque historique et sociale mais aussi policière consacrée à sa ville natale.
Plus d'infos sur le site officiel de l'auteur (en norvégien).
La fresque Le roman de Bergen : 1900 L'aube tome 1 ; 1900 L'aube tome 2 ; 1950 Le zénith tome 1 ; 1950 Le zénith tome 2 ; 1999 Le crépuscule tome 1 ; 1999 Le crépuscule tome 2.
Après la quasi-destruction de Bergen par un feu accidentel, on se retrouve en 1917, date où la première guerre mondiale touche la Norvège car – malgré sa neutralité – le pays craint l'ennemi allemand surtout en mer avec des victimes humaines et des pertes de marchandises et de bateaux. Ensuite il y a la pénurie d'énergie (gaz, charbon), de nourriture et la grippe espagnole (1918) avec ses nombreuses victimes. « C'est dans ce contexte que l'engagement politique au sein des syndicats se développa. » (page 39).
C'est avec un grand plaisir que je me suis plongée dans ce deuxième tome pour retrouver la ville de Bergen et les personnages que j'ai aimé suivre dans le premier tome. J'ai été un peu déroutée d'être confrontée à de nouveaux personnages, les enfants des personnages principaux du tome 1 ayant grandi sont maintenant aux premières loges. Eh oui, c'était logique !
Contrairement au premier tome, ce tome n'est pas un roman policier, ce qui n'est pas gênant car c'est une saga historique et sociale. D'ailleurs, c'est surtout le social qui est privilégié pour cette période car il y a de plus en plus de jeunes qui débarquent de leur campagne pour travailler en ville, le chemin de fer reliant de plus en plus de communes. En découlent les problèmes entre les patrons et les employés, des conflits sociaux, la naissance du syndicalisme, les premières grèves et l'arrivée du communisme en Norvège.
« Compte tenu des problèmes que la grève créa de la sorte pour le reste de la population, qui s'était habituée au tramway et en avait fait un moyen de transport courant et un élément acquis dans le tableau urbain, les employés du tram ne reçurent ni enthousiasme ni soutien notoire de la part de leurs concitoyens. » (page 146).
Mais les inspecteurs Christian Moland et Ole Berstad sont toujours en vie, en activité et même montés en grade !
« C'était peut-être justement parce que ce lieu l'invitait toujours à repartir dans le passé, vers sa jeunesse maintenant disparue, qu'il en vint à méditer sur le temps qui s'écoulait, sur les nombreuses affaires sur lesquelles il avait travaillé – parmi lesquelles « l'affaire Frimann ». Bon sang, ça va faire vingt-cinq ans, avait-il songé. Vingt-cinq ans ! » (page 83).
« Après le départ de Nils Henrik Hauge, Berstad alla se poster près de la fenêtre. Il devait bien l'admettre : le bonhomme avait réveillé son intérêt pour cette affaire. Il se sentait à présent presque obligé de se replonger dedans une fois de plus […]. » (page 85).
En novembre 1924, l'affaire Frimann va être ré-ouverte avant sa prescription (le 2 janvier 1925) et Moland, Berstad, Mademoiselle Pedersen vont ressurgir du passé (pour mon plus grand plaisir).
De plus, Svend Atle Moland, un des fils de Christian Moland, devient policier comme son père, alors que son frère aîné, Per Christian, est parmi les conducteurs de tramway licenciés car grévistes.
D'autres thèmes sont abordés tout au long de ce roman :
La religion (ainsi que les abus d'un « homme de dieu ») : c'est un peu le christianisme (haugianisme) contre la laïcité (Christiana, la capitale est d'ailleurs rebaptisée Oslo en 1924).
Le commerce avec la ruine d'artisans et de commerçants après l'incendie mais certains ont su rebondir voire s'associer comme Fridtjof Helgesen et Haakon Emil Brekke !
Le théâtre a encore une place importante avec en particulier Normann Johannessen : le jeune homme qui avait découvert le corps sans vie du comédien Robert Gade en 1909 est en effet devenu directeur du National Scene en 1928 ; et avec le dramaturge communiste Hjalmar Brandt.
La libération des femmes : « Elle [Martha Nesbø] avait lu Kollontaï et Nini Roll Anker, et savait ce qui distinguait une femme moderne de sa congénère des siècles passés. Ce n'était pas en premier lieu la conscience politique, même si l'accession au droit de vote n'était pas négligeable, mais c'était sa liberté sexuelle, la libération du joug masculin, de la morale sociale victorienne et de l'oppression chronique de ses propres pulsions sexuelles, aussi bien dans le couple que dans la vie publique. C'est pourquoi elle avait décidé très tôt de faire ses propres choix, dans ce domaine également. » (page 168).
Cette saga du XXe siècle est vraiment riche et complète, et les bouleversements politiques internationaux commencent vers la fin de L'aube (octobre 1932) : le communisme en URSS, l'arrivée du fascisme en Italie et du national socialisme en Allemagne. Mais « Nous formons une bonne vieille nation de paysans, dont les ancêtres ont été démocrates pendant plus de mille ans. Tous les mouvements extrémistes, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont morts-nés, dans ce pays ! » (page 221).
La suite donc dans Le zénith puis Le crépuscule que je lirai dès que possible.