« On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues » Sei Shônagon in « Notes de Chevet ». Lues, mais aussi aimées, vues, entendues, etc.

Tout près, le bout du monde est le nouveau roman de Maud Lethielleux paru aux éditions Flammarion dans la collection Tribal en novembre 2010 (509 pages, 10 €, ISBN 978-2-0812-4850-2).
Je remercie Rita et Brigitte des éditions Flammarion de m'avoir envoyé ce très beau roman que j'ai dévoré comme un conte de Noël.
Pour ceux qui ne connaissent pas Maud Lethielleux, allez vite lire l'interview qu'elle m'a accordée et ma note de lecture de son premier roman, Dis oui, Ninon !
Le bout du monde, c'est une ferme où vit Marlène Chaalil, une éducatrice différente qui accueille, en ce mois de novembre, trois enfants. Et la thérapie, enfin le projet pédagogique, au bout du monde, c'est : chacun travaille et doit écrire une page chaque jour, même Marlène.
Ce roman est un récit à trois voix, les trois pensionnaires écrivant librement tout ce qu'ils veulent.
Alors, il y a Malo, 11 ans, qui a été signalé et enlevé à Cynthia. Il a des problèmes de comportement en ce qui concerne les besoins naturels. « Il faut que je me dépêche et que je tire la chasse d'eau. […] pouvoir faire caca comme ça, n'importe où […]. » (page 8).
Il y a aussi Solam, 15 ans, qui se retrouve seul et qui a la haine mais il est vraiment doué pour les travaux et très bon cuisinier (ce qui n'est pas le cas de Marlène !). « La putrie de ta mort, quand j'y pense ça me débecte de savoir que c'est là qu'on m'a jeté ! » (page 15).
Et puis il y a Jul, Julia Williamson, ou Djoule pour Malo, 17 ans, une adolescente anorexique, couverte de bleus mais qui refuse de dénoncer son petit copain et qui va se passionner pour le tricot. « Ley, […] J'essaierai de tout te raconter au jour le jour. Ce sera ma raison de vivre. » (page 25).
C'est un tour de force qu'a réussi Maud Lethielleux de faire parler trois jeunes, de façon totalement différente (et pas seulement parce que la police de caractère est différente pour chacun), avec des mots de leur âge, mais toujours en respectant la langue française. Écrire pour exorciser ses démons, pour comprendre, pour faire face, écrire pour vivre !
Et puis peu à peu, alors qu'ils étaient centrés chacun sur soi, ils s'ouvrent au monde qui les entoure. Qui est Marlène ? Pourquoi est-elle seule ? Qu'est-ce qui l'a poussée à recevoir des jeunes chez elle ? Et puis les autres, qui sont-ils et pourquoi sont-ils là ? Parce que quand même, quand on va passer Noël ensemble, il faut se connaître un minimum, non ?
« Marlène, quand elle parle, on dirait qu'elle se tait. » (Malo, page 65).
« Dans cette maison il y a peu d'objets mais tous ont une âme. » (Jul, page 177).
« Y a des trucs, c'est quand on les a plus qu'on se rend compte qu'ils étaient là. » (Solam, page 220).
Je vais vous dire, Maud, elle connaît les maux, elle connaît les mots, c'est une magicienne, elle connaît la vie, la souffrance, elle nous montre comment être soi, s'intéresser aux autres, s'accepter et accepter les autres. C'est presque de la résilience !
Bon, c'est vrai, la « guérison » arrive un peu rapidement pour Malo, Solam, Jul et même Marlène, mais le bouquin ne pouvait pas faire des milliers de pages et puis on va dire que c'est grâce à la magie de Noël !
Écrire, parler, communiquer, se faire confiance, faire confiance aux autres, s'ouvrir, voilà le message de Malo, Solam, Jul, Marlène et Maud !
Bravo, Maud, un grand merci pour ce beau roman, émouvant et sincère, et qui se lit très bien malgré le fait que ce soit un pavé de plus de 500 pages !
J'adore !
« Les jours de vacances passent plus vite que les jours d'école, la preuve : je n'ai pas vu la semaine passer ! » (Malo, page 303). À qui le dis-tu, mon petit Malo ?!!!