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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 17:21

Le terrier est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1923 (six mois avant la mort de l'auteur) et parue posthume en 1931. Der Bau, traduit de l'allemand par Dominique Miermont (éditions Mille et une nuit, 2002) est considéré comme un conte animalier.

 

Il est possible de lire Der Bau en allemand sur DigiBib.org et Gutenberg-Spiegel.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine demain.

 

Le terrier est écrit à la première personne, ce qui est rare chez Kafka. Le « je » est une taupe qui vit dans un terrier, symbolisant le lieu idéal (calme et confiné) pour l'auteur.

Dans ce terrier, il y a de nombreux tunnels et de la nourriture un peu partout, la vie devrait donc y être parfaite.

« La chose la plus merveilleuse dans mon terrier, c'est le silence. »

Mais la taupe, angoissée et paranoïaque comme pas possible, vit dans la terreur...

« Et ainsi je peux jouir pleinement et sans souci des moments que je passe ici, ou plutôt je le pourrais, mais c'est impossible. »

… Non seulement d'ennemis de l'extérieur qui pourraient s'introduire dans son terrier mais aussi d'ennemis de l'intérieur qu'elle croit entendre.

« Il y a aussi des ennemis dans les entrailles de la Terre. Je ne les ai jamais vus, ils sont légendaires, mais j'y crois. »

La taupe sait qu'un jour elle sera piégée (car il n'y a aucune sécurité nulle part et il est impossible de pouvoir tout contrôler en même temps) et condamnée à mourir (peut-être de façon effroyable).

Alors le terrier, abri ou piège ?

Le terrier est en tout cas angoissant aussi pour le lecteur !

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde (taupe), Des contes à rendre (conte animalier), Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois (pour une fois que je n'attends pas la fin du mois !).

 

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 22:28

Dans la colonie pénitentiaire est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1914 et publiée en 1919. Vous pouvez livre ce texte sur ebooksgratuits.com. Il est possible de lire In der Strafkolonie en allemand sur DigiBib.org, Gutenberg-Spiegel et Zeno.org.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine le 3 juin (déjà ?!).

 

Un chercheur en voyage d'études est invité dans la colonie pénitentiaire pour assister à l'exécution d'un soldat condamné.

Un officier prépare « l'appareil », ingénieuse invention de l'ancien commandant, et se met à expliquer avec grand plaisir son fonctionnement au voyageur.

Le nouveau commandant est contre ce genre d'exécution : la machine ira-t-elle au bout de sa fonction ?

 

Le soldat condamné « pour indiscipline et offense à son supérieur » s'est en fait endormi devant la porte de son capitaine alors qu'à chaque heure, il est sensé se lever et saluer. C'est bien maigre pour condamner quelqu'un, vous ne trouvez pas ?

Non seulement le condamné ne connaît pas la sentence et ne sait même pas qu'il est condamné (quelle justice expéditive !) mais la machine est un énorme engin de torture qui s'acharne pendant douze heures sur le corps du malheureux qui y est attaché ! Qui a envie de voir un tel spectacle ? Mais tous les habitants de l'île, même les enfants, venaient y assister avant que le nouveau commandant ne l'interdise !

Le voyageur – on sait qu'il est européen – réfléchit : il voudrait intervenir, dire quelque chose car « L'iniquité de la procédure et l'inhumanité de l'exécution ne faisaient aucun doute. » mais il n'est qu'invité de la colonie pénitentiaire, étranger de surcroît et, malgré les belles idées éclairées que sa culture a engendrées, il est sur cette île seul et totalement isolé.

Quant à l'officier, nostalgique de son ancien commandant, est lui aussi seul à défendre la conception et l'utilisation de la machine. « C'était le bon temps, camarade ! ». Et il se doute bien que le nouveau commandant utilisera tout ce que dira le chercheur pour l'interdire sous prétexte qu'ailleurs c'est différent, que l'accusé est interrogé avant d'être condamné, qu'il est averti de sa condamnation. Sa peur de changer, d'évoluer, de modifier sa pensée vont le pousser au pire.

 

Ma phrase préférée : « Mais comme l'homme devient alors silencieux, à la sixième heure ! L'intelligence vient au plus stupide. » L'intelligence ? Au bout de six heures de torture...

 

Je me suis demandé de quel pays était originaire le voyageur et à quel pays pensait Franz Kafka pour localiser sa colonie pénitentiaire (peut-être en Asie ?) : c'est quand même un peu frustrant de ne pas savoir...

Écrit en octobre 1914, soit moins de trois mois après le début de la Première guerre mondiale, Dans la colonie pénitentiaire montre peut-être les craintes de l'auteur concernant les guerres modernes et les totalitarismes.

En tout cas, la machine est en marche, et tant qu'elle ne sera pas détruite, le monde et les humains continueront eux aussi leur marche vers la folie, que ce soit en 1914, en 1939 ou à notre époque.

Il existe plusieurs adaptations (cinéma, théâtre, opéra, bande dessinée) de La colonie pénitentiaire mais je ne les connais pas.

 

Une lecture dérangeante mais indispensable que je place dans les challenges Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois.

 

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 19:45

Mariés ! est un recueil de récits et nouvelles d'August Strindberg paru aux éditions Actes Sud en 1986. Je l'ai lu en Babel paru en novembre 2006 (444 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-7427-6443-3). Giftas I et Giftas II sont parus respectivement à Stockholm en 1884 et 1886. Ils sont traduits du suédois par Pierre Morizet et Eva Ahlstedt.

 

August Strindberg est né le 22 janvier 1849 à Stockholm (Suède). Marié trois fois et divorcé trois fois, il a eu deux filles et un fils de son premier mariage, et une fille de son deuxième mariage. Écrivain, dramaturge (un des pères du théâtre moderne) et peintre, il a traversé plusieurs courants : d'abord naturalisme, puis symbolisme, il est parmi les pionniers de l'expressionnisme en Europe, et enfin mysticisme. Il est décédé le 14 mai 1912 à Stockholm.

 

La récompense de la vertu

À Norrtullsgatan. Au moment où Wennerström, un professeur de botanique à l'Académie des Sciences découvre une nouvelle fleur, son épouse « qui n'avait reçu aucune éducation » meurt à même pas quarante ans, le laissant seul avec des enfants qu'il n'a pas appris à connaître. « Le soir, quand sa femme fut morte, il éclata en sanglots ; […] Mais ces émotions furent de courte durée. » (page 35). « Le père se replongea dans ses herbiers […]. » (page 36).

Amour et céréales

Ludvig, notaire, veut épouser Louise, la fille d'un commandant mais celui-ci pense que le jeune homme ne gagne pas assez. « Nigaud ! Tu es un grand nigaud ! Mais on dit que tu es un homme en qui on peut avoir confiance, et pour cette raison je te permets de te fiancer à ma fille ; […] Le prix du blé est en hausse ! » (page 72). Il faut dire que Louise est habituée à ne manquer de rien voire même à mener la grande vie.

Pour être marié

Adolphe est un jeune violoniste de l'orchestre royal. Il épouse Elin, l'aînée de l'horloger. Le couple ne roule pas sur l'or mais pourrait vivre bien si la famille d'Elin (des parents, cinq sœurs et trois frères quand même !) n'abusait pas de l'hospitalité d'Adolphe. « Sa maison était devenue un enfer ; […]. » (page 93).

Il le faut

Alber Blom, un instituteur déçu par la vie, se marie enfin « mais comment les gens pouvaient mariés, alors qu'ils pouvaient à peine vivre en célibataires, c'était un mystère. » (page 117).

Compensation

Un brillant étudiant, considéré comme un génie, doit abandonner ses études car il est sans le sou. Il décide de fréquenter les salons et la haute société afin d'épouser une femme riche. Il épouse finalement une jeune fille noble mais le mariage ne le rend pas heureux.

Malchance

Son vieil oncle l'avait pourtant prévenu : il faut bien choisir sa fiancée et apprendre à la connaître avant de l'épouser et de passer toute sa vie avec elle. Mais Ernst et la « femme de sa vie » ne se connaissaient pas vraiment (pas du tout !) avant de se marier...

Dissensions

Un jeune baron désabusé rencontre à un bal une jeune fille qui pense comme lui. Il se fiancent mais ils ne s'aiment pas puisque aucun des deux ne croit à l'amour. Le mari change du tout au tout après avoir travaillé aux Finances de l'État et avoir rencontré une cousine.

Sélection contre-nature ou l'origine de la race

Un baron veut absolument que son épouse allaite leur fils car il juge contre-nature de traire une paysanne ou une vache pour nourrir son enfant mais le nourrisson maigrit car la mère n'a pas de lait. « Il n'y a pas d'autre remède que de prendre une nourrice, déclara le docteur. » (page 156).

Tentative de réforme

À Paris, Lisen qui fabrique des fleurs rencontre un artiste peintre. Comme ils ont les mêmes idées sur la vie, ils se marient mais ont chacun une chambre et ne veulent pas d'enfant. Où va leur couple ?

Cas de force majeure

Anna, une jeune comptable du bureau des bagages du chemin de fer épouse un inspecteur des eaux et forêts (surnommé le chasseur vert). Tout va bien jusqu'au jour où l'épouse voit ses horaires changer et doit travailler plus tard le soir. De plus, elle doit aller à une réunion et un repas avec ses collègues qui sont tous des hommes. Le mari, ouvert d'esprit, prêchant l'égalité homme-femme et l'émancipation change radicalement. « Quelle horreur, il était jaloux, quel affront ! Quelle offense, quel manque de confiance ! Que pensait-il d'elle ? » (page 167).

Une maison de poupée

Marié depuis six ans, un couple prend plaisir aux séparations dues au fait que l'époux est capitaine de marine. Mais les lettres qu'envoie Gurli à Vilhelm ne le satisfont plus : elle y parle de son amie, Ottilia Sandegren, et de philosophie... « Platon ! Platon ! Au diable Platon ! Eh oui, quand on est en mer pendant six mois, voilà Platon qui s'amène ! » (page 185). Elle lui envoie aussi un livre, Maison de poupée (Henrik Ibsen) auquel il ne comprend rien. Les relations entre eux se dégradent.

L'oiseau Phénix

Le jeune homme est tombé amoureux de cette adolescente blonde de quatorze ans mais il est parti étudier à l'École des Mines et dix ans après, il épouse la jeune femme malgré les changements et la maladie. « […] il l'aimait malgré tout. Son amour n'était plus aussi fougueux qu'autrefois, mais il était solide et calme […]. » (page 198). Elle lui donna deux fils et enfin, une fille : elle était « la joie du père » mais elle mourut de la diphtérie et il ne s'en remit pas.

 

En fait, j'ai lu la première partie : douze histoires de mariage avec interview et préface, ce qui correspond, je pense, à Giftas I, recueil paru en 1884. Je ne sais pas si je lirai la deuxième partie, Giftas II donc, recueil paru en 1886. Déjà, c'est écrit tout petit (j'ai vraiment du mal...) et puis, passée la découverte, toujours intéressante, je trouve ces nouvelles un peu répétitives... Je crois qu'en lisant August Strindberg, tout le monde va comprendre que le mariage, qu'il soit d'amour ou arrangé, est une horreur, que l'époux ou l'épouse ou la belle-famille sont tout simplement invivables, que c'est encore pire s'il y a un (ou des) enfant(s) et qu'il vaut mieux rester célibataires ! Car, après l'amour et l'euphorie du mariage, les couples découvrent vite les problèmes liés à la routine, aux finances, à la venue de l'enfant (désiré ou pas) et s'engluent dans l'incompréhension, le manque de confiance, la défiance et parfois la haine. Désabusé par ses unions ratées, névrosé, impécunieux, l'auteur dénonce les mensonges et l'hypocrisie du mariage et des relations entre hommes et femmes. On comprend mieux lorsqu'on remet ces récits dans le contexte de l'époque, la fin du XIXe siècle : urbanisation, industrialisation, divorces, prostitution... Mais, en fait, rien n'a changé car ce sont les défauts du genre humain que montre Strindberg, et l'incompatibilité entre les uns et les autres, en s'inspirant de son expérience et de ce qu'il observe, mais il n'a pas la sensibilité et le panache panache de Maupassant ou de Tchekhov...

Si Strindberg et son œuvre vous intéressent, vous pouvez visiter le site de la Société August Strindberg, en suédois et en anglais mais vous trouverez Strindberg d'année en année en français.

 

Une lecture que j'ai faite lors des marathons de lecture suédois (week-end des 18 et 19 janvier et week-end des 22 et 23 février) pour Un hiver en Suède et que je mets aussi dans les challenges...

ABC critiques 2013-2014 (lettre S), Bookineurs en couleurs (couverture noire, bon pas complètement, hein, mais beaucoup de noir quand même !), Tour du monde en 8 ans (Suède), Un classique par mois et XIXe siècle.

 

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 04:07

Barbares ! est une nouvelle de science-fiction de Southeast Jones parue chez édition999 en octobre 2009 (7 pages, e-book gratuit).

 

Southeast Jones est le pseudonyme de Paul Demoulin, né en 1957 à Liège (Belgique). Passionné par la science-fiction dès l'enfance, il écrit sa première nouvelle à l'âge de 15 ans. Boulanger-pâtissier, il a toujours pris du temps pour lire et écrire. Plusieurs de ses nouvelles paraissent dans des magazines ou des fanzines et il a participé au recueil Fin(s) du monde, 20 récits pour en finir avec l'Apocalypse (2012).

Du même auteur : Contrat (2009), Émancipation (2009), Fin de semaine (2010), Migraine (2009), Rétrocession (2009), Le temps du repos (2009), Trip (2010).

 

« Les Barbares arrivent ! […] Dans moins de trois mois, il seront sur nous, semant la mort et la destruction. » (page 1).

Les quatre cent mille colons de Manamée ont peur. Ils savent qu'ils ne pourront tous être évacués à temps.

Quelque chose s'était passé sur cette planète avant leur arrivée mais ils ne savent pas quoi.

« Quelqu'un était venu. Quelqu'un avait dévasté ce monde. » (page 4).

C'est un soldat qui raconte, un soldat soulagé que son épouse Virna et leur fils Noon aient pu partir avant les combats.

Mais il sait qu'il ne pourra pas les rejoindre, qu'il va combattre et se sacrifier.

« Dans vingt ans, peut-être cinquante, nous serons capables de les repousser et pourquoi pas de les vaincre. » (page 5).

 

Qui sont ces Barbares si puissants et destructeurs ?

Une histoire agréable à lire, presque trop courte, et je ne m'attendais pas à la chute !

Une belle surprise donc.

J'ai vu deux fautes, page 1, fuyions au lieu de fuyons et age au lieu de âge.

Mais c'est un auteur belge à découvrir et à suivre !

 

Une lecture pour le Mois belge (de janvier qui continue en février !) dans le cadre de Littérature francophone et que je mets aussi dans les challenges Anticipation et Geek.

 

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 00:59

Les contes d'Amy est un recueil de nouvelles de Frédéric Livyns paru aux éditions Lokomodo en octobre 2013 avec une préface de Christophe Collins et un marque-page (223 pages, 6 €, ISBN 978-2-35900-187-7).

 

Frédéric Livyns est né le 2 juin 1970 à Tournai en Belgique. Passionné par la littérature et le fantastique, il lit beaucoup et commence à écrire dès l'âge de 12 ans. Le recueil Les contes d'Amy est d'abord paru en 2011 aux éditions Chloé des Lys et a reçu le Prix Masterton en 2012. Plus d'infos sur http://phero.e-monsite.com/.

Du même auteur

Sous le pseudonyme de Kiss Huige : Phero Nexafreuse, Matriarcat et Résurgence (romans).

Sous le pseudonyme de Joshua Zell : D'échéance de soi (recueil de poèmes).

Sous son nom : Catharsis, Oxana, Danse de sang, Le souffle des ténèbres (romans) et Entrez... (recueil de nouvelles).

 

Je remercie Peggy et les éditions Lokomodo pour ce recueil de nouvelles.

 

Intro – Charles et Coralie visitent Les Pins, une immense bâtisse en pleine forêt qui fut un asile psychiatrique et que les Allemands ont réquisitionné pendant la guerre. Pendant que son mari voit les dégâts à l'étage avec l'agent immobilier, Coralie entre dans l'ancien local des médecins et découvre le dossier et le cahier d'Amy, une fillette de dix ans avec un visage de vieille femme.

Fin de route – Christophe et Cindy sont divorcés mais en bon terme car ils ont une fille de huit ans, Déborah, qui est atteinte de Chorée de Huntington. Christophe vit maintenant avec Céline à l'autre bout du pays mais il prend la route car sa fille mourante le réclame.

Amour éternel – Afin de fonder une famille, Christian et Sophie ont acheté une maison qu'ils retapent avec des amis. Mais l'état de santé de Sophie se dégrade très rapidement sans que les médecins trouvent quoi que ce soit.

Le village maudit – C'est l'hiver dans le petit village de Tépiat où vivent une trentaine de familles. Des loups rôdent et ont attaqué une vache. Bertrand le conteur pense à autre chose mais les hommes se moquent de son imagination.

Au revoir – Marie est réveillée en pleine nuit par les hurlements de Pauline, sa fille de douze ans : son cauchemar paraissait si réel qu'elle a vu quelque chose se déplacer autour de son lit. Mais Marie pense que sa fille est traumatisée à cause de la récente séparation d'avec son père.

Eurydice – François et ses amis rentrent à cinq heures du matin : François, vingt-neuf ans, est un « ami fidèle, drôle et intelligent » (page 105) qui ne boit jamais mais un chauffard ivre croise leur route. Sa famille et ses proches sont effondrés par cette mort tragique et son petit chien, croisé bichon maltais et caniche, nommée Eurydice, refuse de se nourrir.

Réminiscences – Une virée entre copains : « Le dernier arrivé payait les prochaines tournées. » (page 113). Depuis l'accident, Christophe a perdu une partie de sa mémoire, il a des migraines et des visions horribles.

La nuit vient – « […] les ténèbres originelles. […] Elles se nourrissent de nos peurs. Elles s'en délectent même. » (page 130). Une jeune femme fragile mentalement, soupçonnée d'avoir tué ses parents, est enfermée.

La véritable nature de l'homme – Virginie, trente-deux ans, tout juste divorcée de son infidèle de mari après sept ans de vie commune, va danser en boîte de nuit avec des copines. Elle y rencontre Chris, un inconnu.

La forêt – Après dix ans de vie commune, Véronique l'a quitté. Alors monsieur Lafleur a accepté cet emploi de gardien à Bocar, un village au milieu de la forêt dans le Vercors. Mais les villageois sont bizarres.

L'ami – Tionille, un village vieillissant dans le sud de la France. Après la construction de maisons neuves, de nouveaux habitants arrivent. Mais Christelle, décoratrice, venue avec sa fille de six ans, Clarisse, préfère vivre au Manoir Parker qui a appartenu à un architecte anglais. Clarisse communique avec un ami imaginaire, Louis.

Cimetière – Bruno, mis à la porte par son épouse, a passé la nuit dans un parc. Il accepte le poste de gardien de cimetière (logé) mais est-ce bien les ados qui vandalisent les tombent ?

Outro – « Coralie referma le livre. Elle n'avait jamais rien lu d'aussi malsain. » (page 213).

 

Fut un temps où j'aurais été morte de trouille de lire des nouvelles de ce genre, fantastique horreur, et où j'aurais fait des cauchemars et ça faisait longtemps que je n'avais pas lu cette catégorie de livres ! Là, pas de cauchemars bien que j'aie lu ce recueil la nuit, eh oui ! Par contre, ça n'enlève rien à la qualité de ces nouvelles qui sont toutes plus réussies les unes que les autres ! Autant dire que ce recueil n'est pas inégal et que toutes les histoires se lisent avec délectation et... horreur ! Frédéric Livyns est réellement inventif car les nouvelles se déroulent toutes d'une façon différente et les chutes sont bien adaptées sans que le lecteur reste sur sa faim. Fin de route et Eurydice sont plus tendres. La nuit vient et La forêt font un peu plus peur. Et vous, oserez-vous lire ce livre ?

 

Denis m'a appris que le Mois belge (janvier) – dans le cadre du challenge Littérature francophone – continuait en février : chouette, je vais y mettre cet auteur ! Je mets aussi ce recueil dans 1 % de la rentrée littéraire 2013, Des contes à rendre, Lire sous la contrainte (nom + nom), Petit Bac 2014 (catégorie Prénom), Tour du monde en 8 ans et Voisins voisines (Belgique).

 

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 00:05

Le faste des morts est un recueil de nouvelles de Kenzaburô Ôé paru aux éditions Gallimard dans la collection Du monde entier en novembre 2005 (175 pages, 15 €, ISBN 2-07-077619-0). Ces nouvelles sont traduites du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty.

 

Plutôt que de récrire une biographie de Kenzaburô Ôé, je préfère vous renvoyer vers l'article qui je lui ai consacré suite au Salon du livre de Paris 2012.

 

Quoi de mieux pour découvrir un auteur que de plonger dans ses premières œuvres et de suivre son évolution ? Les trois nouvelles de ce recueil font en effet partie de la première période littéraire de Kenzaburô Ôé.

 

Le faste des morts (死者の奢り Shisha no ogori), nouvelle parue en août 1957 a lancé la carrière de l'auteur.

Le narrateur, un étudiant en littérature française, et une étudiante en littérature anglaise, descendent pour la première fois à la morgue de l'université de médecine. « Une fois la porte ouverte, une lumière semblable aux lueurs de l'aurore et un air chargé d'épais relents d'alcool nous envahirent. Au fond de ce remugle, gisait une odeur encore plus âcre, une odeur tenace et pénétrante. » (page 12). Ils ont tous deux répondu à une petite annonce pour un « travail de manutention de cadavres destinés à la dissection » (pages 16-17). Effectivement des corps flottent dans une solution alcoolisée laiteuse et servent aux étudiants en médecine mais certains sont là depuis des années et sont inutilisables... « Le travail était d'une extrême simplicité, mais il fallut beaucoup de temps pour traiter un cadavre. Il n'était toutefois pas nécessaire de nous concentrer constamment, ce à quoi je m'habituai peu à peu. » (page 23). Que veut dire l'auteur avec ce récit ? Que l'on est prêt à faire n'importe quel travail pour un peu d'argent ? Que l'on s'habitue à tout même au pire ? Que le travail est une violence ? « J'avais pénétré le monde des morts. Puis quand j'étais retourné chez les vivants, tout était devenu compliqué » (page 31). J'ai lu cette nouvelle de façon distraite... L'auteur écrit très bien, oui, ou du moins c'est bien traduit, mais je n'ai pas ressenti la petite étincelle qui m'aurait permis d'accrocher. Pourtant, en fin de livre, les traducteurs parlent, au sujet de cette nouvelle, de « maîtrise surprenante » et de « véritable vision du monde »...

 

Le ramier ( Hato), nouvelle parue en mars 1958.

Le narrateur a 14 ans et il vit dans une maison de redressement. Il ne donne pas son nom et ne dit pas pourquoi il est là. Il raconte les éducateurs brutaux et les ados plus âgés, comme le Marin, qui abusent sexuellement des garçons plus jeunes. Le directeur de l'établissement a un fils adoptif métis, blanc aux yeux bleus, et les ados l'épient jouant avec sa chienne grâce à un trou dans le mur. Un soir, ils surprennent la chienne avec un chien. « À travers les nuées pâles, le soleil couchant envoyait des rayons vifs qui formaient des ombres violacées : dans cette profusion de lumière, la chienne en haletant entretenait le plaisir du mâle en ne s'appuyant que sur ses fines pattes avant. Nous regardions les mouvements énergiques du mâle en riant. » (page 69). Lorsqu'un éducateur tue le chien et le balance dans la décharge polluée de l'autre côté, les jeunes délinquants se mettent à tuer et à pendre au mur tous les animaux qu'ils attrapent, la chienne, des rats, des taupes, des oiseaux, des lézards, des insectes, etc. Mais le fils du directeur, inconsolable après la mort de sa chienne, fait de même et tue le ramier du gardien. Toute cette cruauté envers les animaux m'a estomaquée ! Et le directeur et les éducateurs, si prompts à la punition, laissent faire ça ! La violence entre ces jeunes et les tueries d'animaux. Ils sont enfermés, mais ne sont pas éduqués ; ils sont surveillés et punis mais en fait livrés à eux mêmes et à leurs pires pulsions. Quelle vie pour l'enfant constamment violé par le Marin et que devient-il lorsqu'il est évincé au profit d'un autre : comment, après une telle humiliation physique et psychologique, peut-il se construire et avoir une vie adulte épanouie ? Le ramier est difficile à lire, j'ai du m'accrocher.

 

Seventeen (セヴンティーン), nouvelle parue en janvier 1961.

Aujourd'hui le narrateur a 17 ans, seventeen (on voit la place de l'anglais dans le quotidien japonais des années 50 et 60), mais sa famille a oublié son anniversaire et il en est frustré. Pour se consoler, il se masturbe : il le fait de plus en plus souvent depuis qu'il a compris que ce n'était pas mauvais pour la santé. Le soir, lors d'une discussion politique, l'adolescent (qui se dit de gauche) se dispute avec sa sœur qui travaille comme infirmière dans un hôpital des Forces de défense américaines. « Moi, je lui dis merde à la prospérité actuelle du Japon. Je dis merde aux Japonais qui élisent le parti des conservateurs. Tout ça, c'est dégoûtant ! » (page 113). Puis dans un accès de colère, il la frappe et la blesse gravement à un œil mais il n'est pas fier de lui. « Je suis dégueulasse et obsédé du sexe. » (page 133). Personne ne dit rien, ni le père qui lit son journal, ni la mère qui reste à la cuisine, ni le grand frère trop occupé par son travail à la banque. Le lendemain, après une épreuve de sport, un copain de classe surnommé Shin-Tôhô lui demande de travailler à ses côtés pour un meeting de la droite. Seventeen accepte parce que « La compagnie d'un ami pour lequel on n'a que du mépris est plus rassurante que la solitude, dans la mesure où l'orgueil n'est pas blessé. » (page 147). Et il se lance à fond dans l'aventure car il ne se sent plus « misérable », « ce seventeen solitaire, pitoyable, maladroit », il a « pris conscience de cette nouvelle nature », celle qui fait de lui un adulte indépendant... Un homme respectable ? J'ai mis gauche et droite en italique comme dans la nouvelle : je crois que ces termes ne sont pas utilisés au Japon, les partis principaux sont les démocrates (considérés comme la gauche) et les conservateurs (considérés comme la droite) mais il y a de nombreux autres partis comme ceux considérés plus à gauche (socialistes, populistes), au centre (progressistes, néo-libéraux) ou plus à droite (nationalistes). Pour en revenir au seventeen de la nouvelle, l'adolescent n'a pas les idées bien en place, il ne réfléchit pas vraiment, il est amer, complexé, frustré et saute d'un extrême à l'autre car il est malléable, influençable. Dans la notice en fin de livre, les traducteurs expliquent que l'auteur a écrit cette nouvelle en écho aux manifestations du printemps 1960 durant lesquelles le chef du parti socialiste a été assassiné par un militant d'extrême droite de 17 ans.

 

Avec ces trois nouvelles, Kenzaburô Ôé montre que la jeunesse est importante : dans Le ramier, les adolescents ont l'âge d'être collégiens, dans Seventeen, le personnage principal est lycéen, et dans Le faste des morts, les deux « travailleurs » d'une journée sont étudiants. Or ils sont tous confrontés à des situations extrêmes voire très violentes. Cette jeunesse doit être correctement formée, pas seulement l'enseignement et la discipline, mais quelque chose dans leur pensée, leur âme, (Quoi ? Comment ?) sans pour cela qu'elle doive subir un endoctrinement quel qu'il soit. Pas facile donc de former cette jeunesse et d'en faire des adultes sereins, heureux et responsables.

Je vais lire d'autres livres de Kenzaburô Ôé, mais pas tout de suite !

 

Une lecture pour le challenge Écrivains japonais que je mets aussi dans le Cercle de lecture de Tête de Litote (la ronde de juin concerne les nouvelles), Des livres et des îles (Shikoku, Japon), Je lis des nouvelles et des novellas et Un classique par mois (deux des trois nouvelles sont parues avant 1960).

 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 04:47

Le singe est une nouvelle d'Alphonse Daudet parue le 12 août 1872 dans L'Événement (quotidien créé par par deux journalistes, Auguste Dumont et Edmond Magnier, et publié jusqu'en 1966).

 

Alphonse Daudet est né à Nîmes (Gard) le 13 mai 1840. Il est auteur de romans, de nouvelles, de contes et de théâtre. Il est mort le 16 décembre 1897 à Paris. J'ai déjà présenté Tartarin de Tarascon.

 

Un samedi soir, la femme de Valentin, surnommée « le singe » par les autres ouvriers, cherche son mari pour éviter qu'il ne dilapide sa paye. Mais « C'est trop tard. La paye est finie... Comment va-t-elle faire maintenant ? Où le trouver pour lui arracher sa semaine, l'empêcher de la boire ?... On a tant besoin d'argent à la maison ! »

Dans les bars et les cabarets, « tous ces misérables oublient qu'il n'y a pas de feu au logis, et que les femmes et les enfants ont froid. »

Et la femme continue de chercher... « Cherche, cherche, pauvre singe !... Elle va d'un cabaret à l'autre, se penche, essuie un coin de vitre avec son châle, regarde, puis repart, toujours inquiète, fiévreuse. »

 

Elle était jolie, cette femme lors de leur rencontre, mais la misère, les soucis, les maladies et les enfants l'ont transformée. Elle n'a pas les moyens de s'arranger et elle doit en plus lutter contre la méchanceté des autres : n'ont-ils pas une femme et des enfants eux aussi ? Mais ils s'en moquent, ils préfèrent les oublier en buvant leur paye et en s'enivrant dans les bouges que l'auteur décrits très bien. Son Valentin est-il devenu comme ça aussi ?

 

Pour Un classique par mois, je n'avais pas le temps de lire quelque chose de long et le mois touche à sa fin : j'ai donc lu une nouvelle (courte) d'Alphonse Daudet mais elle plonge bien le lecteur dans la vie et la misère de l'époque. Je mets aussi cette lecture dans Je lis des nouvelles et des novellas.

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 13:59

La bibliothèque des instruments de musique 악기들의 도서관 est un recueil de nouvelles de KIM Jung-hyuk 김중혁 paru aux éditions Decrescenzo dans la collection Micro-fictions en octobre 2012 (126 pages, 15 €, ISBN 978-2-36727-001-2). Ces textes (2008) sont traduits du coréen par Moon so-young, Lee Seung-shin, Hwang Ji-young, Lee Tae-yeon, Jeong Hyun-joo, Lee Goo-hyun et Aurélie Gaudillat qui signe la préface.

 

Kim Jung-hyuk est né en 1971 à Kimcheong (province de Gyeongsang, Corée du Sud). Il a suivi des études littéraires. Il est écrivain, illustrateur, journaliste, photographe, web-designer et disc-jockey.

Ses recueils de nouvelles : Penguin news (2006), Que sera, sera (2011), 1F/B1 (2012). La bibliothèque des instruments de musique est son deuxième recueil de nouvelles.

Ses romans : Les zombies (2010), Mister Monorail (2011).

Plus d'infos sur son blog, http://www.penguinnews.net/ (en coréen !).

 

Les éditions Decrescenzo sont situées à Fuveau, près d'Aix en Procence. Elles ont été fondées par Jean-Claude de Crescenzo et son épouse coréenne, Kim Hye-gyeong de Crescenzo, et sont dirigées par Franck de Crescenzo, leur fils. Elles publient exclusivement à la littérature coréenne.

 

La bibliothèque des instruments de musique

Titre original : Akkideuleui doseogwan

En sortant du travail, le narrateur a été percuté par une voiture sur le passage piétons. Pendant que son corps est projeté en l'air, cette phrase lui vient à l'esprit : « C'est injuste de mourir anonyme. » (page 23). Par miracle, il reste en vie, et quelques mois après, il est embauché au magasin Musica. « Je n'ai pas vraiment le physique pour vendre des instruments de musique. – Ha ! Ha ! Vous pensez qu'il y a un physique pour vendre des instruments ? Vous êtes un comique ! » (page 33). Le jeune homme se prend de passion pour les instruments et la musique. « Mon cœur vibrait à chaque note. » (page 35). Il veut même créer une nouvelle classifications pour les instruments et se met à enregistrer leurs différents sons.

Cette première nouvelle, qui donne le titre au recueil, entre bien dans le vif du sujet : un événement inattendu bouleverse la vie d'un jeune homme qui cherchait sa place dans la société. Une société hiérarchisée, dure, impitoyable, dans laquelle le « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » de Friedrich Nietzsche a toute sa place. L'autre thème qui a son importance est la musique, elle va permettre au jeune homme de « revivre », de trouver sa place, de s'épanouir et de faire quelque chose d'utile.

 

B et moi

Titre original : Nawa B

Le narrateur travaille dans un magasin de disques mais l'industrie du disque est en crise et les affaires vont mal... Un soir, il est confronté à un voleur qu'il revoit une semaine plus tard jouer de la guitare dans le parc. Contre toute attente, ils vont devenir amis et B propose au vendeur de lui enseigner la guitare. « Pathétique ! Je rêvais de devenir guitariste mais mon corps s'y refusait. » (page 59). Alors que le vendeur, ayant entre temps perdu son emploi (le magasin a fermé), développe une allergie qui l'empêche de jouer, B devient « un jeune guitariste talentueux et prometteur » (page 61).

Dans cette nouvelle, deux êtres que tout oppose (un vendeur et un voleur) vont se rapprocher grâce à leurs points communs : la guitare et leur amour de la musique. Ce récit est moins douloureux que le précédent mais il montre deux choses indispensables dans la société coréenne : le travail et une bonne santé. Et si dans la première nouvelle, la confiance du patron rendait le jeune homme fort face à sa nouvelle vie, c'est ici l'amitié entre les deux hommes qui les renforce mutuellement.

 

D le décalé

Titre original : Eotbakja D

En regardant le film d'un concert de musique qu'il a produit, le narrateur reconnaît D le décalé qu'il a connu il y a vingt ans : ils étaient ensemble au lycée et dans la chorale pour la fête de fin d'année. En fait, l'homme saute au moment où les autres retombent ce qui le fait paraître plus grand. Pas de doute, il mérite toujours son surnom de décalé ! « Il est trop rigolo, ton ami. Si on le mettait dans l'intro ? Et pourquoi pas sur la jaquette du DVD ? » (page 76). Après la sortie du DVD, le narrateur est contacté par D pour organisé le concert de Double Dubbing. Bien que gêné, le producteur accepte et ne le regrette pas : « Double Dubbing et son groupe régnaient en maîtres sur la scène au point qu'il était difficile de croire que c'était leur premier concert. » (page 96).

Pas facile de revoir un copain de classe qu'on n'a pas vu depuis vingt ans et qui avait été la risée de tout le lycée tant il chantait faux (D représente en fait la note ré qu'il forçait). Mais accepter de le rencontrer et donner sa chance au Décalé peut être bénéfique pour les deux hommes. Toujours la musique, importante, et puis là, un traumatisme, réglé vingt ans après, pas de haine, mais D prend sa revanche, pas une vengeance hein !, une revanche, sur ses anciens copains de classe et le professeur de musique, sur la musique, et gagne le respect de tous.

Cette nouvelle a reçu le Prix littéraire Kim Yu-jeong en 2008.

 

Les maniaques de vinyles

Titre original : Binilgwand sidae

Pour payer ses études, le narrateur travaille la journée chez un disquaire et le soir comme disc-jockey sous le pseudonyme de DJ Stiff. Lui et son ami, DJ Koala, souhaitent devenir DJ pro après l'épreuve de la fête de fin d'année. « Dans nos moments d'ennuis nous communiquons par mixages interposés […]. Personne ne comprend ce que nous disons, mais c'est notre manière de communiquer. » (page 111). Un soir, ils vont choisir des disques au Réserv'vinyle et y rencontrent un étrange collectionneur. Celui-ci invite DJ Stiff à venir voir ses disques mais il l'enferme des jours dans sa cave car il déteste les DJ qui, à son avis, ne font pas de la vraie musique.

Ici, pas de perte d'emploi et pas d'accident, mais un étudiant confronté à la folie d'un homme, d'un inconnu, et qui a subi un éprouvant enfermement. DJ Stiff n'en sort pas sans dommages, à tel point qu'il ne peut plus faire de musique... Heureusement, la musique est plus forte que tout et l'amitié de son ami l'aidera à retrouver ses esprits et à refaire surface. Encore une fois, il y a la musique, décidément très importante dans ces quatre récits, et le thème déjà abordé de la bonne santé est considéré ici sous la forme de la santé mentale.

 

Ainsi pour bien vivre et bien travailler dans la société coréenne, il faut un corps sain dans un esprit sain, et si on présente un éventuel décalage, une originalité ou une excentricité, il faut l'utiliser pour en faire quelque chose d'utile, quelque chose de bien pour soi et pour tous, souvent en saisissant une opportunité liée à un événement inhabituel tels que ceux décrits dans les quatre récits !

Ces nouvelles m'ont plu aussi parce qu'elles abordent le thème de la musique ; elles sont une réflexion sur la vie et l'adversité, et également une réflexion sur la musique, la place de la musique dans la société coréenne et les relations qu'on peut avoir avec la musique.

Si vous aimez les nouvelles, la musique, la Corée, ou si vous êtes curieux, je vous conseille cet intéressant recueils de nouvelles dans lequel les quatre hommes s'en sortent mais pas dans la facilité. Elles ont la taille idéales, entre 20 et 25 pages, et sont écrites avec un certain humour et un réel talent d'écriture.

Un deuxième recueil de nouvelles de Kim Jung-hyuk est annoncé, Bus errant, j'ai hâte de le lire, ainsi que les autres auteurs de Decrescenzo !

 

Une lecture que je suis ravie de placer dans le Printemps coréen et aussi dans 1 % de la rentrée littéraire 2012, Je lis des nouvelles et des novellas, Petit Bac 2013 (catégorie Objets) et Tour du monde en 8 ans (Corée du Sud).

 

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 12:41

À l'occasion du 192e anniversaire de la naissance Charles Baudelaire (voir le beau doodle de Google), j'ai décidé de relire cet auteur pour le challenge Un classique par mois.

 

Baudelaire2013.jpg

Charles Baudelaire est né le 9 avril 1821 à Paris. Il est surtout célèbre pour ses poèmes mais il était aussi critique, essayiste et traducteur. Il est mort le 31 août 1867 à Paris.

 

LaFanfarlo.jpgPlutôt que de parler de poésie et de romantisme, j'ai choisi de lire La Fanfarlo, une nouvelle parue dans le Bulletin de la Société des Gens de Lettres en janvier 1847, en fait la seule nouvelle écrite par Baudelaire !

 

Samuel Cramer, fils d'un Allemand et d'une Chilienne, est connu sous le nom de plume Manuela de Monteverde car il écrivit quelques textes romantiques.

Voici sa description : il avait « le front pur et noble, les yeux brillants comme des gouttes de café, le nez taquin et railleur, les lèvres impudentes et sensuelles, le menton carré et despote, la chevelure prétentieusement raphaélesque. »

Bien qu'ambitieux, il était fainéant et ses œuvres étaient ratées... Mais il se prenait pour un génie.

Un jour, au jardin du Luxembourg, il revit une jeune femme qu'il avait aimée quelques années auparavant en province.

« Du haut de sa solitude, encombrée de paperasses, pavée de bouquins et peuplée de ses rêves, Samuel apercevait souvent, se promenant dans une allée du Luxembourg, une forme et une figure qu'il avait aimées en province, - à l'âge où l'on aime l'amour. »

La jeune femme est maintenant mariée... « Elle s'appelait Mme de Cosmelly, et demeurait dans une des rues les plus aristocratiques du faubourg Saint-Germain. »

Mais son époux, plus âgé qu'elle, la trompe avec « une danseuse aussi bête que belle », la Fanfarlo.

Samuel décide d'aider son ancien amour.

 

De la littérature (Walter Scott, Diderot...), de la poésie, de la galanterie, de la mélancolie, de la vanité masculine, de la naïveté féminine, des pas de danse, de la gastronomie et quelques malentendus, voilà ce qui caractérise ce récit de Baudelaire.

Samuel le dandy va être pris à son propre piège, et Samuel, c'est un peu Baudelaire !

Quant à la Fanfarlo, elle est probablement un avatar de Lola Montès qui défraya la chronique dans les années 1840.

La Fanfarlo est une nouvelle agréable à lire, non dénuée d'humour, mais ce n'est pas elle qui fit la renommée de Baudelaire !

 

Une lecture dans les challenges Cent pages, Je lis des nouvelles et des novellas et Un classique par mois.

DefiCentPages NouvellesChallenge2 ClassiqueMois4


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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 05:45

Etoile.gifL'étoile (Звезда) est un conte de Vikenti Veressaïev paru en Russie en 1903.

 

Vikenti Veressaïev (Вике́нтий Вике́нтьевич Вереса́ев) de son vrai nom Vikenti Vikentievitch Smidovitch (Викéнтий Викéнтьевич Смидо́вич) est né le 4 janvier 1867 à Toula en Russie (à moins de 200 km au sud de Moscou). Fils de médecin, il a étudié la philologie et la médecine. Il exerça la médecine et vécut en parallèle une carrière de romancier, nouvelliste, poète, critique (une étude sur Tolstoï et Dostoïevski) et traducteur (après un voyage en Grèce, en 1910, il traduisit L'Iliade et L'Odyssée en russe). Vikenti Veressaïev est un auteur réaliste, il reçut le Prix Staline littéraire en 1945 et décéda la même année, le 3 juin à Moscou.

Quelques-unes de ses œuvres : Sans route (1895), Notes d'un médecin (1901), Récits de guerre (1906), Dans l'impasse (1923), Les sœurs (1933)... et des récits biographiques sur Gogol et Pouchkine.

 

L'étoile ne commence pas par « Il était une fois... » mais par « C'était dans les temps anciens, dans une contrée lointaine et inconnue. »

Dans ce monde, il faisait tout le temps nuit, « une nuit noire éternelle » avec des « brouillards méphitiques ». Malgré l'inhospitalité de ce monde, des humains y vivaient et lorsque, parfois, le vent se montrait, les humains pouvaient voir le ciel étoilé et c'était la fête ! Ainsi les étoiles recevaient prières, chansons et étaient étudiées par les savants qui, les voyant se rapprocher de la terre, annoncèrent qu'un jour (mais dans très longtemps), leurs descendants ne vivraient plus dans cette nuit noire.

Espoir et patience font vivre...

Mais un jour, la voix d'Adéïle, « jeune homme indocile et déraisonnable  » se fit entendre : pourquoi espérer pour des descendants très lointains alors qu'eux avaient besoin de la lumière des étoiles, ici et maintenant ? Quelques jeunes hommes et jeunes filles le suivirent au grand désarroi de leurs parents.

Lorsque, par miracle, Adéïle revint – seul – avec une étoile, ce fut l'euphorie malgré la perte des autres jeunes gens, mais ce bonheur ne dura pas. En effet, comment vivre en voyant toutes « les difformités de la vie » ?

 

Ce conte oriental (*) fut publié en France dans la Revue bleue (année 49, n° 2) en 1911 dans une traduction de Jacques Povolozky. Il est disponible sur la Bibliothèque russe et slave dans la section Littérature russe et sur Wikisource.

(*) L'auteur parle du « grand Brahma », il se réfère donc à l'Hindouisme, Brahmâ étant le dieu-créateur de l'Hindouisme, le premier de la Trimûrti (Trinité) composée également de Shiva et Vichnou.

Sous le couvert d'une histoire fantastique : un jeune homme risque sa vie (et celles de ses compagnons de route) pour décrocher une étoile et apporter la lumière, Vikenti Veressaïev montre la noirceur non seulement de la vie humaine mais aussi de l'âme humaine.ClubLN

Un conte qui fait réfléchir, comme tous les contes, n'est-ce pas ?

L'humain souffre de vivre dans le noir et rêve de clarté, mais ensuite il souffre aussi de vivre dans la lumière et aspire à plus d'ombre. Cruel dilemme, impossible à régler, mais il y aura toujours des voix qui se feront entendre, des voix d'humains qui voudront aller plus loin, savoir, connaître, comprendre, bousculer la sagesse établie, et si ces voix n'existent pas, la Nature le fera, ça prendra beaucoup plus de temps mais ce qui doit arriver arrivera quand même. Il y a une notion d'inéluctable et les humains ne sont pas maîtres de leur destin quels que soient leurs pensées, leurs actes et leur sagesse.

C'est la première fois que je lis cet auteur et j'aimerais beaucoup lire d'autres de ses textes car cette Étoile est une belle découverte.

 

Une lecture pour les challenges ABC 2012-2013 (lettre V), Des contes à rendre, Je lis des nouvelles et des novellas, Un classique par mois, Voisins Voisines 2013 et bien sûr Un hiver en Russie.

ABC2012-2013 ContesChallenge NouvellesChallenge3
ClassiqueMois1 VoisinsVoisines2013 HiverRusse2

 

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