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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 04:12

Les aurores montréales est un recueil de nouvelles de Monique Proulx paru aux éditions du Boréal en avril 1996 (244 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-89052752-2).

 

Monique Proulx est née le 17 janvier 1952 à Québec mais elle vit à Montréal depuis 1984. Elle est romancière, nouvelliste, scénariste et elle a reçu de nombreux prix littéraires.

 

Les nouvelles de ce recueil datent un peu (elles ont apparemment été écrites entre 1989 et 1994) mais elles me semblent toujours d'actualité (même si je ne peux pas l'affirmer à 100 % car je ne connais pas du tout la ville de Montréal). Elles parlent en tout cas toutes de Montréal et de la vie à Montréal. « Montréal a changé, c'est la faute de Montréal. » (page 231).

 

De l'exil et des difficultés d'adaptation : Gris et blanc (enfant du Costa Rica), Jaune et blanc (jeune femme de Chine), Rose et blanc (fille d'immigrés italiens), Noir et blanc et La classe laborieuse (couple de Haïtiens), Rouge et blanc (Indien, il n'est pas en exil donc mais il ne reconnaît pas sa propre terre), Sans domicile fixe.

Le blanc revient souvent !

 

Des relations entre enfants et parents : Le passage (une jeune fille « même pas majeure » quitte ses parents pour aller vivre à Montréal avec son copain étudiant), Le futile et l'essentiel (une femme très bavarde rend visite à sa fille à Montréal), Noir et blanc (racisme et violence).

 

Des relations entre hommes et femmes : Léa et Paul, par exemple (intéressant avec plusieurs flashback non chronologiques), Les femmes sont plus fines, Madame Bovary, Dépaysement, Oui or no.

 

De la relation entre l'humain et l'animal : Gris et blanc (Manu, le chien qui manque à l'enfant), Jouer avec un chat (Pierrot et sa chatte, Grosse Chose).

 

Des différences dans le comportement ou l'attitude : Allô, Les transports en commun, Tenue de ville, Rue Sainte-Catherine, Baby, L'enfance de l'art (courte et percutante), Les aurores montréales, Fucking bourgeois.

C'est bizarre, en listant ces nouvelles, je me rends compte que ce sont celles-ci que j'ai le moins aimées !

 

Clin d'œil à la culture et à la littérature québécoises : Leçon d'histoire (au théâtre), Français, Françaises (auteurs québécois).

 

Une nouvelle inclassable : Ça ; elle ne fait qu'une page et je ne l'ai pas comprise…

 

Mes nouvelles préférées

Gris et blanc : un enfant écrit à son chien, Manu, resté à Puerto Quepos (Costa Rica) pour lui raconter sa nouvelle vie dans cette ville grise et parfois blanche, et lui dire combien il lui manque.

Le futile et l'essentiel : Fabienne rend visite à sa fille Martine qui pressent que « cette semaine sera infernale » car sa mère est volubile et cancanière. « Et tout ce temps, tandis qu'elle parcourait et dévorait insatiable la ville, les mots s'étaient éjectés de sa bouche à une vitesse sidérale, elle parlait et la réalité se rapetissait comme aspirée de l'intérieur, elle parlait et la vie devenait une anecdote désespérante de laquelle tout sublime était à jamais évacué, à jamais. » (page 47).

Jaune et blanc : une jeune Chinoise écrit à sa grand-mère restée en Chine et lui décrit le foisonnement de cette ville dans laquelle elle était perdue à son arrivée.

Madame Bovary : Diane, mariée et mère de famille, écrit à un journaliste dont elle aime les chroniques afin de le rencontrer (et plus si affinités) mais il la mouche dans une chronique suivante.

Noir et blanc : après avoir vu en famille le film Malcolm X, un chauffeur de taxi haïtien écrit à Malcolm X pour lui dire son mécontentement sur la violence et le racisme qui n'est pas à sens unique. « Les faits parlent d'eux-mêmes, et l'homme est un loup pour l'homme, qu'il soit noir, jaune, ou vert martien... » (page 141).

Français, Françaises : un directeur littéraire français vient à Montréal pour rencontrer des auteurs québécois « uniquement distribués au Québec » (page 181) et ceux-ci espèrent beaucoup des éditeurs français mais l'homme préfère s'installer à Montréal réduisant leurs espoirs à néant.

 

Drôles ou tristes, tendres ou cruelles, réelles ou imaginaires, émouvantes ou déroutantes, ces 27 histoires ont toutes un intérêt, une manière bien à elles de raconter Montréal, ses habitants et ses différentes couleurs. Ce fut pour moi une belle découverte car je n'avais jamais lu Monique Proulx.

Plusieurs de ces nouvelles sont écrites sous forme de lettres : Gris et blanc, Jaune et blanc, Rose et blanc, Noir et blanc, Rouge et blanc, Blanc, et la lettre au journaliste dans Madame Bovary.

 

Le mot de la fin pour l'Amérindien qui ne reconnaît plus son pays, dans Rouge et blanc. « Cette terre bruyante peuplée de créatures bavardes et ces forêts sans arbres sont tout ce qui nous reste : il faut apprendre à y enfouir de nouvelles racines ou accepter de disparaître. » (pages 195-196).

 

Une lecture pour Québec en septembre que je mets aussi dans les challenges 1 mois, 1 plume, En toutes lettres, Littérature francophone, Le mélange des genres (nouvelles), Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Tour du monde en 8 ans.

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 19:48

Un coup de tonnerre est un recueil de nouvelles de Ray Bradbury.

Parues à l'origine aux États-Unis entre 1948 et 1964, ces nouvelles ont été éditées par Denoël entre 1954 et 1965 puis par Gallimard en 1992 avec un supplément et par Gallimard Jeunesse en 1997.

J'ai lu l'édition spéciale Folio Jeunesse rééditée en 2004 avec des illustrations de Michel Politzer et un supplément de 32 pages (avec des jeux, quiz, infos pédagogiques et littéraires) réalisé par Christian Grenier et illustré par Marc Lagarde.

 

Ray Bradbury est né le 22 août 1920 à Waukegan dans l'Illinois (États-Unis) et il est mort le 5 juin 2012 à Los Angeles en Californie laissant une œuvre abondante (romans, nouvelles, poésie, théâtre) en science-fiction, anticipation, fantastique voire horreur et gothique. Ses œuvres ont été adaptées au cinéma, à la télévision, en bande dessinée. Plus d'infos sur le site officiel, http://www.raybradbury.com/.

 

Un coup de tonnerre (A sound of thunder, 1952)

2055. La société La chasse à travers les âges propose de voyager dans le temps pour chasser le Tyrannausorus rex, le Lézard du Tonnerre. Dans la machine, cinq personnes voyagent plus de soixante millions d'année avant. Mais personne ne doit rien toucher, ni la faune ni la flore ni même le sol afin de ne pas mettre ne péril le futur.

« Garantissez-vous qu'on en revienne vivant ? – Nous ne garantissons rien, répondit l'employé, sauf les dinosaures. » (page 9). « Signez ce papier. Quoi qu'il arrive, nous ne sommes pas responsables. Ces dinosaures sont affamés. » (page 11).

 

Ils avaient la peau brune et les yeux dorés (Dark they were, and golden-eyed, 1949)

La famille Bittering – un couple, Harry et Cora, et leurs trois enfants, Dan, Laura et David – et d'autres colons arrivent sur Mars. Harry s'y sent mal à l'aise et veut retourner sur Terre mais c'est impossible.

« Pense. Oblige-toi à penser. Pense à n'importe quoi. Mais chasse de ton esprit la Terre, la guerre atomique et les fusées détruites. » (pages 35-36). « Jamais il ne pourrait se libérer de sa peur. Elle lui serrait la gorge, elle lui broyait le cœur. Elle mouillait son bras, sa tempe, sa paume tremblante. » (page 41).

 

Vacance (The vacation, 1963)

« Ce serait tellement agréable... » (page 59) avait dit l'homme à son épouse. Depuis le couple et leur jeune fils, Jim, voyagent dans un vieux wagonnet. Il n'y a plus qu'eux sur Terre.

 

« Jeunes amis, faites pousser des champignons dans votre cave » (Boys ! Raise giant mushrooms in your cellar !, 1962)

Un samedi comme les autres chez Hugh et Cynthia Fortnum. Leur fils, Tom, a reçu un colis : ce sont les champignons qu'il veut faire pousser dans la cave.

« Le Mammouth-des-clairières, espèce sylvatique, pousse garantie, une mine d'or dans votre cave ! » (page 70).

Hugh Fortnum rencontre son ami Roger Willis : celui-ci a peur de quelque chose sans savoir quoi et le lendemain, il disparaît.

 

La sirène (The fog horn, 1951)

McDunn et son apprenti, Johnny (le narrateur), vivent et travaillent dans un phare. Au sommet de ce phare, une sirène mugit, c'est la sirène de la Baie solitaire.

« L'Océan, vois-tu, est la plus damnée mare de neige fondue qu'on ait jamais inventée. Il roule et brasse mille formes et couleurs sans que deux d'entre elles s'y ressemblent. Et parfois des choses étranges s'y passent. » (page 96).

 

L'enfant invisible (Invisible boy, 1945)

Ses parents s'étant absentés, Charles vit chez sa tante, Vieille Dame. Mais elle est une sorcière et elle veut rendre l'enfant invisible.

« Elle avait enfoncé une aiguille dans sa maigre épaule, avait recueilli trois gouttes de sang, craché par-dessus son bras droit, marché sur un grillon écrasé et, au même moment, tendu sa main crochue […]. » (page 110).

 

L'homme (The man, 1949)

Le capitaine Hart et le lieutenant Martin atterrissent à bord de leur fusée sur la Planète 43 du Système stellaire 3 mais personne ne vient les accueillir.

« Peut-être cherchons-nous la tranquillité et la paix ? En tout cas, il n'y en a pas sur la Terre. » (page 126).

 

La fusée (The rocket, 1950)

Fiorello, mariée à Maria, père de cinq enfants, possède un petit chantier de ferraille et rêve de monter dans une des fusées qu'il regarde passer la nuit.

« Pense à ce que tu pourras voir, […]. Les météores, comme des poissons. L'univers. La Lune. Celui qui ira doit savoir raconter. Et tu sais parler. » (page 147).

 

Dans ce recueil, pas de vilain petit canard ! Les huit nouvelles de science-fiction sont excellentes voire parfaites ! Bien écrites, bien dosées, inquiétantes sans être effrayantes. Elles jouent sur les défauts du genre humain, sur ses peurs et sur ce qui est inexplicable ou inéluctable. Angoissantes à souhait donc ! L'homme est une histoire plus ésotérique et La fusée est plus tendre. Je ne saurais dire laquelle de ces huint nouvelles est ma préférée tant elles ont toutes leur raison d'être. Pour chaque nouvelle, j'ai voulu choisir au moins un extrait. Lisez les nouvelles de Ray Bradbury et vous ne serez pas déçus mais un conseil, quand même : faites attention aux champignons !

 

J'ai un peu de retard pour publier cette note de lecture car j'avais lu ce livre durant le Ray's Day (le 22 août). Je le mets dans les challenges ABC critiques 2014-2015 (lettre B), Animaux du monde (Tyrannosaure), Anticipation, Arche de Noé (je « sauve » les dinosaures !), Fant'classique, Geek, Jeunesse & young adults # 3, Le mélange des genres (roman SF / fantastique / imaginaire), Mois américain et Un classique par mois.

 

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 10:11

Ils étaient chouettes, tes poissons rouges est un recueil de nouvelles d'André Vers paru aux éditions Finitude en février 2014 (112 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-36339-0314-8).

 

André Vers est né en 1924 à Paris, dans le quartier des Halles, d'une famille auvergnate. Il a commencé a travaillé, a connu le Paris occupé, s'est lié d'amitié avec des écrivains (Jacques Prévert, René Fallet, André Hardellet, Blaise Cendras) et des chanteurs (Georges Brassens, Guy Béart). Il est mort en 2002, laissant trois romans en 40 ans : Misère du matin (1953), Martel en tête (1967), Gentil n'a qu'un œil (1979) et un recueil de souvenirs : C'était quand hier ? (1990).

 

Ils étaient chouettes, tes poissons rouges

Martine et Robert se revoient par hasard cinq ans après leur séparation. « Tu parles d'une surprise ! Qu'est-ce que je suis heureuse de te revoir ! » (page 9). Elle parle, elle parle… « Il avait mal de l'entendre, mais le mal était bon. » (page 12).

Est-ce une maladie ou bien c'est la vie ?

Le décalage entre la réalité et ce qu'on imagine, alors, une maladie ou la vie ? Le narrateur se pose la question et le lecteur aussi par la même occasion ! « Je ne suis pas encore vacciné. » (page 16).

Le Gros, le Demi-Gros et le Détail

Gros, Demi-Gros et Détail sont inséparables, une bande de copains à eux trois. Jusqu'au jour où Berthe arrive de la campagne auvergnate pour travailler au bistrot où ils se retrouvent. « C'est fou le charme qu'elle a ! » (page 24).

Les piliers de bistrot

Pour découvrir la différence entre les Debouts et les Assis en mangeant un bon bout de fromage de tête ! « Quand le vin est tiré, ou servi, il faut le boire. » (page 30).

Mort pour la France

Antoine, l'époux de Marie, n'est plus qu'un nom sur le monument aux morts et il n'a jamais connu leur fils. « C'est de ma faute s'il est mort ! » (page 32) ; « Il m'aimait si fort, monsieur le curé, c'est pour ça qu'il est mort. » (page 33). Mais la vérité est autre... Cette nouvelle est disponible librement au format pdf sur le site de l'éditeur.

Conte en forme de croix

Allégorie de la croix pour l'origine de l'épouvantail. « Ils traînèrent l'arbre en forme de croix, aux feuilles déjà mortes, jusqu'au sommet de la colline. » (page 42).

Le vautour

Patrick Cooper, un Américain de Détroit, s'est engagé pour lutter contre l'Allemagne nazie. « Son brevet de pilote lui valut d'être versé dans l'aviation puis, après un entraînement intensif, d'être affecté à une escadrille de bombardiers. » (page 45). Comme sa mère est Française, après la guerre, il prend la décision de vivre en France.

Le respect

Dialogue entre un jeune homme et un ancien parachutiste devenu « chevalier d'industrie […] pour donner du travail à des chômeurs » (page 55) avec une chute percutante.

Des nains sur la pelouse

Le narrateur picole et appelle sa compagne La Grosse, lui promettant une mandale si elle fait des réflexions. Excédée, au bout de dix ans, Jane se tire. « J'ai cru qu'elle allait revenir au bout d'un jour ou deux, en chialant et demandant pardon. Ça fait deux mois qu'elle est partie, La Grosse. » (page 61).

Bas les masques

Tout savoir sur la fabrication des macaronis, spaghettis et coquillettes ! « Consommateurs, mes frères, on vous abuse. La publicité mensongère envahit insidieusement votre vie quotidienne. » (page 69).

La bonne dame et le commissaire

Une dame honorable qui nourrit les chats errants est arrêtée parce qu'elle a frappé un homme, une « graine de bandit » (page 74), « un monstre » (page 77), avec un tisonnier en fonte.

L'homme qui boit c'est comme une bête

Parce qu'il aime boire, Sosthène est depuis longtemps surnommé « Boit-sans-soif » : « Je n'attends pas de manquer. » (page 79) mais un jour... il eut soif !

Les voies du Seigneur sont impénétrables

Loulou-Gueule-en-or et Ti-Jo ont chacun des projets pour Fernande-Beaux-Roberts mais la trentenaire a d'autres projets. « J'ai décidé de m'orienter différemment. » (page 84).

Des trains qu'on voit passer...

Alexandre Painlevé, dit Pinpin, a depuis l'enfance une passion pour les trains mais ses parents l'ont placé chez un épicier. « Toutes les locomotives le rendaient fou de désir, il aurait voulu les avoir toutes à lui. » (page 88).

Le couple

Un cinquantenaire célibataire et une quadragénaire divorcée se rencontrent à la boulangerie et c'est le début d'une belle histoire mais « pourquoi ne s'étaient-ils pas connus dans les belles années de la jeunesse ? » (page 98).

Printemps

Tante Anna est une vieille fille peu avenante mais un jour, elle recueille Antoine. « Il était devenu grand et fort. Une bête superbe. » (page 103). Mais un jour, la cousine Mélanie emmène de sa Corrèze une jeune chatte caressante.

 

L'éditeur nous dit que « Dans ces nouvelles, André Vers ressuscite malicieusement un Paris révolu, le petit Paris des années 50-60, celui des Halles, des meublés et du rosbif du dimanche. »

Dans ces 16 nouvelles, André Vers nous parle de la vie, de l'amour, non sans un certain humour. Il y a des humains, des bistrots et des choses de la vie quotidienne ; il y a des oiseaux et des chats ; il y a des rencontres, des séparations et des retrouvailles ; il y a aussi la guerre, des morts et des survivants qui ne savent pas trop comment vivre.

Parfois dans les recueils comme celui-ci, les nouvelles sont inégales mais ici elles ont toutes leur place, elles forment un bel ensemble et je ne saurais dire qu'elle est ma préférée.

J'ai quand même (en plus des extraits ci-dessus car je voulais un extrait pour chaque nouvelle) repéré deux phrases qui m'ont plus attirée :

« Ils n'ont rien respecté. Les vivants, ça leur suffisait pas, ils ont bombardé les morts. » (page 51, in Le vautour). Le mieux est l'ennemi du bien...

« Les frictions des premiers jours étaient surtout dues au fait qu'Antoine miaulait parisien et Bruyère patois corrézien. » (page 104, in Printemps). La fin est terrible...

Avec ce recueil, j'ai découvert André Vers que je ne connaissais pas du tout et je me demande quand ces nouvelles ont été écrites : elles sont publiées posthumes, peut-être qu'elles ont été retrouvées récemment. Je pense lire un jour ses deux premiers romans : Misère du matin (1953) dont le décor est l'usine d'aviation dans laquelle il a travaillé adolescent et Martel en tête (1967) qui se déroule dans la Vallée du Cantal d'où est originaire sa famille.

Assurément un auteur à découvrir et à lire !

 

Une très chouette lecture pour les challenges A reading's week, Le mélange des genres (catégorie Recueil de nouvelles), Paris, Petit Bac 2014 (catégorie Couleur) et Rentrée littéraire d'hiver 2014. Deux nouvelles avec des chats donc : Animaux du monde et Totem.

 

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 17:21

Le terrier est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1923 (six mois avant la mort de l'auteur) et parue posthume en 1931. Der Bau, traduit de l'allemand par Dominique Miermont (éditions Mille et une nuit, 2002) est considéré comme un conte animalier.

 

Il est possible de lire Der Bau en allemand sur DigiBib.org et Gutenberg-Spiegel.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine demain.

 

Le terrier est écrit à la première personne, ce qui est rare chez Kafka. Le « je » est une taupe qui vit dans un terrier, symbolisant le lieu idéal (calme et confiné) pour l'auteur.

Dans ce terrier, il y a de nombreux tunnels et de la nourriture un peu partout, la vie devrait donc y être parfaite.

« La chose la plus merveilleuse dans mon terrier, c'est le silence. »

Mais la taupe, angoissée et paranoïaque comme pas possible, vit dans la terreur...

« Et ainsi je peux jouir pleinement et sans souci des moments que je passe ici, ou plutôt je le pourrais, mais c'est impossible. »

… Non seulement d'ennemis de l'extérieur qui pourraient s'introduire dans son terrier mais aussi d'ennemis de l'intérieur qu'elle croit entendre.

« Il y a aussi des ennemis dans les entrailles de la Terre. Je ne les ai jamais vus, ils sont légendaires, mais j'y crois. »

La taupe sait qu'un jour elle sera piégée (car il n'y a aucune sécurité nulle part et il est impossible de pouvoir tout contrôler en même temps) et condamnée à mourir (peut-être de façon effroyable).

Alors le terrier, abri ou piège ?

Le terrier est en tout cas angoissant aussi pour le lecteur !

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde (taupe), Des contes à rendre (conte animalier), Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois (pour une fois que je n'attends pas la fin du mois !).

 

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 22:28

Dans la colonie pénitentiaire est une nouvelle de Franz Kafka écrite en 1914 et publiée en 1919. Vous pouvez livre ce texte sur ebooksgratuits.com. Il est possible de lire In der Strafkolonie en allemand sur DigiBib.org, Gutenberg-Spiegel et Zeno.org.

 

Biographie et bibliographie de Franz Kafka sur l'article du Challenge Kafka qui se termine le 3 juin (déjà ?!).

 

Un chercheur en voyage d'études est invité dans la colonie pénitentiaire pour assister à l'exécution d'un soldat condamné.

Un officier prépare « l'appareil », ingénieuse invention de l'ancien commandant, et se met à expliquer avec grand plaisir son fonctionnement au voyageur.

Le nouveau commandant est contre ce genre d'exécution : la machine ira-t-elle au bout de sa fonction ?

 

Le soldat condamné « pour indiscipline et offense à son supérieur » s'est en fait endormi devant la porte de son capitaine alors qu'à chaque heure, il est sensé se lever et saluer. C'est bien maigre pour condamner quelqu'un, vous ne trouvez pas ?

Non seulement le condamné ne connaît pas la sentence et ne sait même pas qu'il est condamné (quelle justice expéditive !) mais la machine est un énorme engin de torture qui s'acharne pendant douze heures sur le corps du malheureux qui y est attaché ! Qui a envie de voir un tel spectacle ? Mais tous les habitants de l'île, même les enfants, venaient y assister avant que le nouveau commandant ne l'interdise !

Le voyageur – on sait qu'il est européen – réfléchit : il voudrait intervenir, dire quelque chose car « L'iniquité de la procédure et l'inhumanité de l'exécution ne faisaient aucun doute. » mais il n'est qu'invité de la colonie pénitentiaire, étranger de surcroît et, malgré les belles idées éclairées que sa culture a engendrées, il est sur cette île seul et totalement isolé.

Quant à l'officier, nostalgique de son ancien commandant, est lui aussi seul à défendre la conception et l'utilisation de la machine. « C'était le bon temps, camarade ! ». Et il se doute bien que le nouveau commandant utilisera tout ce que dira le chercheur pour l'interdire sous prétexte qu'ailleurs c'est différent, que l'accusé est interrogé avant d'être condamné, qu'il est averti de sa condamnation. Sa peur de changer, d'évoluer, de modifier sa pensée vont le pousser au pire.

 

Ma phrase préférée : « Mais comme l'homme devient alors silencieux, à la sixième heure ! L'intelligence vient au plus stupide. » L'intelligence ? Au bout de six heures de torture...

 

Je me suis demandé de quel pays était originaire le voyageur et à quel pays pensait Franz Kafka pour localiser sa colonie pénitentiaire (peut-être en Asie ?) : c'est quand même un peu frustrant de ne pas savoir...

Écrit en octobre 1914, soit moins de trois mois après le début de la Première guerre mondiale, Dans la colonie pénitentiaire montre peut-être les craintes de l'auteur concernant les guerres modernes et les totalitarismes.

En tout cas, la machine est en marche, et tant qu'elle ne sera pas détruite, le monde et les humains continueront eux aussi leur marche vers la folie, que ce soit en 1914, en 1939 ou à notre époque.

Il existe plusieurs adaptations (cinéma, théâtre, opéra, bande dessinée) de La colonie pénitentiaire mais je ne les connais pas.

 

Une lecture dérangeante mais indispensable que je place dans les challenges Fant'classique, Kafka, Petit Bac 2014 (catégorie Lieu) et Un classique par mois.

 

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 19:45

Mariés ! est un recueil de récits et nouvelles d'August Strindberg paru aux éditions Actes Sud en 1986. Je l'ai lu en Babel paru en novembre 2006 (444 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-7427-6443-3). Giftas I et Giftas II sont parus respectivement à Stockholm en 1884 et 1886. Ils sont traduits du suédois par Pierre Morizet et Eva Ahlstedt.

 

August Strindberg est né le 22 janvier 1849 à Stockholm (Suède). Marié trois fois et divorcé trois fois, il a eu deux filles et un fils de son premier mariage, et une fille de son deuxième mariage. Écrivain, dramaturge (un des pères du théâtre moderne) et peintre, il a traversé plusieurs courants : d'abord naturalisme, puis symbolisme, il est parmi les pionniers de l'expressionnisme en Europe, et enfin mysticisme. Il est décédé le 14 mai 1912 à Stockholm.

 

La récompense de la vertu

À Norrtullsgatan. Au moment où Wennerström, un professeur de botanique à l'Académie des Sciences découvre une nouvelle fleur, son épouse « qui n'avait reçu aucune éducation » meurt à même pas quarante ans, le laissant seul avec des enfants qu'il n'a pas appris à connaître. « Le soir, quand sa femme fut morte, il éclata en sanglots ; […] Mais ces émotions furent de courte durée. » (page 35). « Le père se replongea dans ses herbiers […]. » (page 36).

Amour et céréales

Ludvig, notaire, veut épouser Louise, la fille d'un commandant mais celui-ci pense que le jeune homme ne gagne pas assez. « Nigaud ! Tu es un grand nigaud ! Mais on dit que tu es un homme en qui on peut avoir confiance, et pour cette raison je te permets de te fiancer à ma fille ; […] Le prix du blé est en hausse ! » (page 72). Il faut dire que Louise est habituée à ne manquer de rien voire même à mener la grande vie.

Pour être marié

Adolphe est un jeune violoniste de l'orchestre royal. Il épouse Elin, l'aînée de l'horloger. Le couple ne roule pas sur l'or mais pourrait vivre bien si la famille d'Elin (des parents, cinq sœurs et trois frères quand même !) n'abusait pas de l'hospitalité d'Adolphe. « Sa maison était devenue un enfer ; […]. » (page 93).

Il le faut

Alber Blom, un instituteur déçu par la vie, se marie enfin « mais comment les gens pouvaient mariés, alors qu'ils pouvaient à peine vivre en célibataires, c'était un mystère. » (page 117).

Compensation

Un brillant étudiant, considéré comme un génie, doit abandonner ses études car il est sans le sou. Il décide de fréquenter les salons et la haute société afin d'épouser une femme riche. Il épouse finalement une jeune fille noble mais le mariage ne le rend pas heureux.

Malchance

Son vieil oncle l'avait pourtant prévenu : il faut bien choisir sa fiancée et apprendre à la connaître avant de l'épouser et de passer toute sa vie avec elle. Mais Ernst et la « femme de sa vie » ne se connaissaient pas vraiment (pas du tout !) avant de se marier...

Dissensions

Un jeune baron désabusé rencontre à un bal une jeune fille qui pense comme lui. Il se fiancent mais ils ne s'aiment pas puisque aucun des deux ne croit à l'amour. Le mari change du tout au tout après avoir travaillé aux Finances de l'État et avoir rencontré une cousine.

Sélection contre-nature ou l'origine de la race

Un baron veut absolument que son épouse allaite leur fils car il juge contre-nature de traire une paysanne ou une vache pour nourrir son enfant mais le nourrisson maigrit car la mère n'a pas de lait. « Il n'y a pas d'autre remède que de prendre une nourrice, déclara le docteur. » (page 156).

Tentative de réforme

À Paris, Lisen qui fabrique des fleurs rencontre un artiste peintre. Comme ils ont les mêmes idées sur la vie, ils se marient mais ont chacun une chambre et ne veulent pas d'enfant. Où va leur couple ?

Cas de force majeure

Anna, une jeune comptable du bureau des bagages du chemin de fer épouse un inspecteur des eaux et forêts (surnommé le chasseur vert). Tout va bien jusqu'au jour où l'épouse voit ses horaires changer et doit travailler plus tard le soir. De plus, elle doit aller à une réunion et un repas avec ses collègues qui sont tous des hommes. Le mari, ouvert d'esprit, prêchant l'égalité homme-femme et l'émancipation change radicalement. « Quelle horreur, il était jaloux, quel affront ! Quelle offense, quel manque de confiance ! Que pensait-il d'elle ? » (page 167).

Une maison de poupée

Marié depuis six ans, un couple prend plaisir aux séparations dues au fait que l'époux est capitaine de marine. Mais les lettres qu'envoie Gurli à Vilhelm ne le satisfont plus : elle y parle de son amie, Ottilia Sandegren, et de philosophie... « Platon ! Platon ! Au diable Platon ! Eh oui, quand on est en mer pendant six mois, voilà Platon qui s'amène ! » (page 185). Elle lui envoie aussi un livre, Maison de poupée (Henrik Ibsen) auquel il ne comprend rien. Les relations entre eux se dégradent.

L'oiseau Phénix

Le jeune homme est tombé amoureux de cette adolescente blonde de quatorze ans mais il est parti étudier à l'École des Mines et dix ans après, il épouse la jeune femme malgré les changements et la maladie. « […] il l'aimait malgré tout. Son amour n'était plus aussi fougueux qu'autrefois, mais il était solide et calme […]. » (page 198). Elle lui donna deux fils et enfin, une fille : elle était « la joie du père » mais elle mourut de la diphtérie et il ne s'en remit pas.

 

En fait, j'ai lu la première partie : douze histoires de mariage avec interview et préface, ce qui correspond, je pense, à Giftas I, recueil paru en 1884. Je ne sais pas si je lirai la deuxième partie, Giftas II donc, recueil paru en 1886. Déjà, c'est écrit tout petit (j'ai vraiment du mal...) et puis, passée la découverte, toujours intéressante, je trouve ces nouvelles un peu répétitives... Je crois qu'en lisant August Strindberg, tout le monde va comprendre que le mariage, qu'il soit d'amour ou arrangé, est une horreur, que l'époux ou l'épouse ou la belle-famille sont tout simplement invivables, que c'est encore pire s'il y a un (ou des) enfant(s) et qu'il vaut mieux rester célibataires ! Car, après l'amour et l'euphorie du mariage, les couples découvrent vite les problèmes liés à la routine, aux finances, à la venue de l'enfant (désiré ou pas) et s'engluent dans l'incompréhension, le manque de confiance, la défiance et parfois la haine. Désabusé par ses unions ratées, névrosé, impécunieux, l'auteur dénonce les mensonges et l'hypocrisie du mariage et des relations entre hommes et femmes. On comprend mieux lorsqu'on remet ces récits dans le contexte de l'époque, la fin du XIXe siècle : urbanisation, industrialisation, divorces, prostitution... Mais, en fait, rien n'a changé car ce sont les défauts du genre humain que montre Strindberg, et l'incompatibilité entre les uns et les autres, en s'inspirant de son expérience et de ce qu'il observe, mais il n'a pas la sensibilité et le panache panache de Maupassant ou de Tchekhov...

Si Strindberg et son œuvre vous intéressent, vous pouvez visiter le site de la Société August Strindberg, en suédois et en anglais mais vous trouverez Strindberg d'année en année en français.

 

Une lecture que j'ai faite lors des marathons de lecture suédois (week-end des 18 et 19 janvier et week-end des 22 et 23 février) pour Un hiver en Suède et que je mets aussi dans les challenges...

ABC critiques 2013-2014 (lettre S), Bookineurs en couleurs (couverture noire, bon pas complètement, hein, mais beaucoup de noir quand même !), Tour du monde en 8 ans (Suède), Un classique par mois et XIXe siècle.

 

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 04:07

Barbares ! est une nouvelle de science-fiction de Southeast Jones parue chez édition999 en octobre 2009 (7 pages, e-book gratuit).

 

Southeast Jones est le pseudonyme de Paul Demoulin, né en 1957 à Liège (Belgique). Passionné par la science-fiction dès l'enfance, il écrit sa première nouvelle à l'âge de 15 ans. Boulanger-pâtissier, il a toujours pris du temps pour lire et écrire. Plusieurs de ses nouvelles paraissent dans des magazines ou des fanzines et il a participé au recueil Fin(s) du monde, 20 récits pour en finir avec l'Apocalypse (2012).

Du même auteur : Contrat (2009), Émancipation (2009), Fin de semaine (2010), Migraine (2009), Rétrocession (2009), Le temps du repos (2009), Trip (2010).

 

« Les Barbares arrivent ! […] Dans moins de trois mois, il seront sur nous, semant la mort et la destruction. » (page 1).

Les quatre cent mille colons de Manamée ont peur. Ils savent qu'ils ne pourront tous être évacués à temps.

Quelque chose s'était passé sur cette planète avant leur arrivée mais ils ne savent pas quoi.

« Quelqu'un était venu. Quelqu'un avait dévasté ce monde. » (page 4).

C'est un soldat qui raconte, un soldat soulagé que son épouse Virna et leur fils Noon aient pu partir avant les combats.

Mais il sait qu'il ne pourra pas les rejoindre, qu'il va combattre et se sacrifier.

« Dans vingt ans, peut-être cinquante, nous serons capables de les repousser et pourquoi pas de les vaincre. » (page 5).

 

Qui sont ces Barbares si puissants et destructeurs ?

Une histoire agréable à lire, presque trop courte, et je ne m'attendais pas à la chute !

Une belle surprise donc.

J'ai vu deux fautes, page 1, fuyions au lieu de fuyons et age au lieu de âge.

Mais c'est un auteur belge à découvrir et à suivre !

 

Une lecture pour le Mois belge (de janvier qui continue en février !) dans le cadre de Littérature francophone et que je mets aussi dans les challenges Anticipation et Geek.

 

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 00:59

Les contes d'Amy est un recueil de nouvelles de Frédéric Livyns paru aux éditions Lokomodo en octobre 2013 avec une préface de Christophe Collins et un marque-page (223 pages, 6 €, ISBN 978-2-35900-187-7).

 

Frédéric Livyns est né le 2 juin 1970 à Tournai en Belgique. Passionné par la littérature et le fantastique, il lit beaucoup et commence à écrire dès l'âge de 12 ans. Le recueil Les contes d'Amy est d'abord paru en 2011 aux éditions Chloé des Lys et a reçu le Prix Masterton en 2012. Plus d'infos sur http://phero.e-monsite.com/.

Du même auteur

Sous le pseudonyme de Kiss Huige : Phero Nexafreuse, Matriarcat et Résurgence (romans).

Sous le pseudonyme de Joshua Zell : D'échéance de soi (recueil de poèmes).

Sous son nom : Catharsis, Oxana, Danse de sang, Le souffle des ténèbres (romans) et Entrez... (recueil de nouvelles).

 

Je remercie Peggy et les éditions Lokomodo pour ce recueil de nouvelles.

 

Intro – Charles et Coralie visitent Les Pins, une immense bâtisse en pleine forêt qui fut un asile psychiatrique et que les Allemands ont réquisitionné pendant la guerre. Pendant que son mari voit les dégâts à l'étage avec l'agent immobilier, Coralie entre dans l'ancien local des médecins et découvre le dossier et le cahier d'Amy, une fillette de dix ans avec un visage de vieille femme.

Fin de route – Christophe et Cindy sont divorcés mais en bon terme car ils ont une fille de huit ans, Déborah, qui est atteinte de Chorée de Huntington. Christophe vit maintenant avec Céline à l'autre bout du pays mais il prend la route car sa fille mourante le réclame.

Amour éternel – Afin de fonder une famille, Christian et Sophie ont acheté une maison qu'ils retapent avec des amis. Mais l'état de santé de Sophie se dégrade très rapidement sans que les médecins trouvent quoi que ce soit.

Le village maudit – C'est l'hiver dans le petit village de Tépiat où vivent une trentaine de familles. Des loups rôdent et ont attaqué une vache. Bertrand le conteur pense à autre chose mais les hommes se moquent de son imagination.

Au revoir – Marie est réveillée en pleine nuit par les hurlements de Pauline, sa fille de douze ans : son cauchemar paraissait si réel qu'elle a vu quelque chose se déplacer autour de son lit. Mais Marie pense que sa fille est traumatisée à cause de la récente séparation d'avec son père.

Eurydice – François et ses amis rentrent à cinq heures du matin : François, vingt-neuf ans, est un « ami fidèle, drôle et intelligent » (page 105) qui ne boit jamais mais un chauffard ivre croise leur route. Sa famille et ses proches sont effondrés par cette mort tragique et son petit chien, croisé bichon maltais et caniche, nommée Eurydice, refuse de se nourrir.

Réminiscences – Une virée entre copains : « Le dernier arrivé payait les prochaines tournées. » (page 113). Depuis l'accident, Christophe a perdu une partie de sa mémoire, il a des migraines et des visions horribles.

La nuit vient – « […] les ténèbres originelles. […] Elles se nourrissent de nos peurs. Elles s'en délectent même. » (page 130). Une jeune femme fragile mentalement, soupçonnée d'avoir tué ses parents, est enfermée.

La véritable nature de l'homme – Virginie, trente-deux ans, tout juste divorcée de son infidèle de mari après sept ans de vie commune, va danser en boîte de nuit avec des copines. Elle y rencontre Chris, un inconnu.

La forêt – Après dix ans de vie commune, Véronique l'a quitté. Alors monsieur Lafleur a accepté cet emploi de gardien à Bocar, un village au milieu de la forêt dans le Vercors. Mais les villageois sont bizarres.

L'ami – Tionille, un village vieillissant dans le sud de la France. Après la construction de maisons neuves, de nouveaux habitants arrivent. Mais Christelle, décoratrice, venue avec sa fille de six ans, Clarisse, préfère vivre au Manoir Parker qui a appartenu à un architecte anglais. Clarisse communique avec un ami imaginaire, Louis.

Cimetière – Bruno, mis à la porte par son épouse, a passé la nuit dans un parc. Il accepte le poste de gardien de cimetière (logé) mais est-ce bien les ados qui vandalisent les tombent ?

Outro – « Coralie referma le livre. Elle n'avait jamais rien lu d'aussi malsain. » (page 213).

 

Fut un temps où j'aurais été morte de trouille de lire des nouvelles de ce genre, fantastique horreur, et où j'aurais fait des cauchemars et ça faisait longtemps que je n'avais pas lu cette catégorie de livres ! Là, pas de cauchemars bien que j'aie lu ce recueil la nuit, eh oui ! Par contre, ça n'enlève rien à la qualité de ces nouvelles qui sont toutes plus réussies les unes que les autres ! Autant dire que ce recueil n'est pas inégal et que toutes les histoires se lisent avec délectation et... horreur ! Frédéric Livyns est réellement inventif car les nouvelles se déroulent toutes d'une façon différente et les chutes sont bien adaptées sans que le lecteur reste sur sa faim. Fin de route et Eurydice sont plus tendres. La nuit vient et La forêt font un peu plus peur. Et vous, oserez-vous lire ce livre ?

 

Denis m'a appris que le Mois belge (janvier) – dans le cadre du challenge Littérature francophone – continuait en février : chouette, je vais y mettre cet auteur ! Je mets aussi ce recueil dans 1 % de la rentrée littéraire 2013, Des contes à rendre, Lire sous la contrainte (nom + nom), Petit Bac 2014 (catégorie Prénom), Tour du monde en 8 ans et Voisins voisines (Belgique).

 

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 00:05

Le faste des morts est un recueil de nouvelles de Kenzaburô Ôé paru aux éditions Gallimard dans la collection Du monde entier en novembre 2005 (175 pages, 15 €, ISBN 2-07-077619-0). Ces nouvelles sont traduites du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty.

 

Plutôt que de récrire une biographie de Kenzaburô Ôé, je préfère vous renvoyer vers l'article qui je lui ai consacré suite au Salon du livre de Paris 2012.

 

Quoi de mieux pour découvrir un auteur que de plonger dans ses premières œuvres et de suivre son évolution ? Les trois nouvelles de ce recueil font en effet partie de la première période littéraire de Kenzaburô Ôé.

 

Le faste des morts (死者の奢り Shisha no ogori), nouvelle parue en août 1957 a lancé la carrière de l'auteur.

Le narrateur, un étudiant en littérature française, et une étudiante en littérature anglaise, descendent pour la première fois à la morgue de l'université de médecine. « Une fois la porte ouverte, une lumière semblable aux lueurs de l'aurore et un air chargé d'épais relents d'alcool nous envahirent. Au fond de ce remugle, gisait une odeur encore plus âcre, une odeur tenace et pénétrante. » (page 12). Ils ont tous deux répondu à une petite annonce pour un « travail de manutention de cadavres destinés à la dissection » (pages 16-17). Effectivement des corps flottent dans une solution alcoolisée laiteuse et servent aux étudiants en médecine mais certains sont là depuis des années et sont inutilisables... « Le travail était d'une extrême simplicité, mais il fallut beaucoup de temps pour traiter un cadavre. Il n'était toutefois pas nécessaire de nous concentrer constamment, ce à quoi je m'habituai peu à peu. » (page 23). Que veut dire l'auteur avec ce récit ? Que l'on est prêt à faire n'importe quel travail pour un peu d'argent ? Que l'on s'habitue à tout même au pire ? Que le travail est une violence ? « J'avais pénétré le monde des morts. Puis quand j'étais retourné chez les vivants, tout était devenu compliqué » (page 31). J'ai lu cette nouvelle de façon distraite... L'auteur écrit très bien, oui, ou du moins c'est bien traduit, mais je n'ai pas ressenti la petite étincelle qui m'aurait permis d'accrocher. Pourtant, en fin de livre, les traducteurs parlent, au sujet de cette nouvelle, de « maîtrise surprenante » et de « véritable vision du monde »...

 

Le ramier ( Hato), nouvelle parue en mars 1958.

Le narrateur a 14 ans et il vit dans une maison de redressement. Il ne donne pas son nom et ne dit pas pourquoi il est là. Il raconte les éducateurs brutaux et les ados plus âgés, comme le Marin, qui abusent sexuellement des garçons plus jeunes. Le directeur de l'établissement a un fils adoptif métis, blanc aux yeux bleus, et les ados l'épient jouant avec sa chienne grâce à un trou dans le mur. Un soir, ils surprennent la chienne avec un chien. « À travers les nuées pâles, le soleil couchant envoyait des rayons vifs qui formaient des ombres violacées : dans cette profusion de lumière, la chienne en haletant entretenait le plaisir du mâle en ne s'appuyant que sur ses fines pattes avant. Nous regardions les mouvements énergiques du mâle en riant. » (page 69). Lorsqu'un éducateur tue le chien et le balance dans la décharge polluée de l'autre côté, les jeunes délinquants se mettent à tuer et à pendre au mur tous les animaux qu'ils attrapent, la chienne, des rats, des taupes, des oiseaux, des lézards, des insectes, etc. Mais le fils du directeur, inconsolable après la mort de sa chienne, fait de même et tue le ramier du gardien. Toute cette cruauté envers les animaux m'a estomaquée ! Et le directeur et les éducateurs, si prompts à la punition, laissent faire ça ! La violence entre ces jeunes et les tueries d'animaux. Ils sont enfermés, mais ne sont pas éduqués ; ils sont surveillés et punis mais en fait livrés à eux mêmes et à leurs pires pulsions. Quelle vie pour l'enfant constamment violé par le Marin et que devient-il lorsqu'il est évincé au profit d'un autre : comment, après une telle humiliation physique et psychologique, peut-il se construire et avoir une vie adulte épanouie ? Le ramier est difficile à lire, j'ai du m'accrocher.

 

Seventeen (セヴンティーン), nouvelle parue en janvier 1961.

Aujourd'hui le narrateur a 17 ans, seventeen (on voit la place de l'anglais dans le quotidien japonais des années 50 et 60), mais sa famille a oublié son anniversaire et il en est frustré. Pour se consoler, il se masturbe : il le fait de plus en plus souvent depuis qu'il a compris que ce n'était pas mauvais pour la santé. Le soir, lors d'une discussion politique, l'adolescent (qui se dit de gauche) se dispute avec sa sœur qui travaille comme infirmière dans un hôpital des Forces de défense américaines. « Moi, je lui dis merde à la prospérité actuelle du Japon. Je dis merde aux Japonais qui élisent le parti des conservateurs. Tout ça, c'est dégoûtant ! » (page 113). Puis dans un accès de colère, il la frappe et la blesse gravement à un œil mais il n'est pas fier de lui. « Je suis dégueulasse et obsédé du sexe. » (page 133). Personne ne dit rien, ni le père qui lit son journal, ni la mère qui reste à la cuisine, ni le grand frère trop occupé par son travail à la banque. Le lendemain, après une épreuve de sport, un copain de classe surnommé Shin-Tôhô lui demande de travailler à ses côtés pour un meeting de la droite. Seventeen accepte parce que « La compagnie d'un ami pour lequel on n'a que du mépris est plus rassurante que la solitude, dans la mesure où l'orgueil n'est pas blessé. » (page 147). Et il se lance à fond dans l'aventure car il ne se sent plus « misérable », « ce seventeen solitaire, pitoyable, maladroit », il a « pris conscience de cette nouvelle nature », celle qui fait de lui un adulte indépendant... Un homme respectable ? J'ai mis gauche et droite en italique comme dans la nouvelle : je crois que ces termes ne sont pas utilisés au Japon, les partis principaux sont les démocrates (considérés comme la gauche) et les conservateurs (considérés comme la droite) mais il y a de nombreux autres partis comme ceux considérés plus à gauche (socialistes, populistes), au centre (progressistes, néo-libéraux) ou plus à droite (nationalistes). Pour en revenir au seventeen de la nouvelle, l'adolescent n'a pas les idées bien en place, il ne réfléchit pas vraiment, il est amer, complexé, frustré et saute d'un extrême à l'autre car il est malléable, influençable. Dans la notice en fin de livre, les traducteurs expliquent que l'auteur a écrit cette nouvelle en écho aux manifestations du printemps 1960 durant lesquelles le chef du parti socialiste a été assassiné par un militant d'extrême droite de 17 ans.

 

Avec ces trois nouvelles, Kenzaburô Ôé montre que la jeunesse est importante : dans Le ramier, les adolescents ont l'âge d'être collégiens, dans Seventeen, le personnage principal est lycéen, et dans Le faste des morts, les deux « travailleurs » d'une journée sont étudiants. Or ils sont tous confrontés à des situations extrêmes voire très violentes. Cette jeunesse doit être correctement formée, pas seulement l'enseignement et la discipline, mais quelque chose dans leur pensée, leur âme, (Quoi ? Comment ?) sans pour cela qu'elle doive subir un endoctrinement quel qu'il soit. Pas facile donc de former cette jeunesse et d'en faire des adultes sereins, heureux et responsables.

Je vais lire d'autres livres de Kenzaburô Ôé, mais pas tout de suite !

 

Une lecture pour le challenge Écrivains japonais que je mets aussi dans le Cercle de lecture de Tête de Litote (la ronde de juin concerne les nouvelles), Des livres et des îles (Shikoku, Japon), Je lis des nouvelles et des novellas et Un classique par mois (deux des trois nouvelles sont parues avant 1960).

 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 04:47

Le singe est une nouvelle d'Alphonse Daudet parue le 12 août 1872 dans L'Événement (quotidien créé par par deux journalistes, Auguste Dumont et Edmond Magnier, et publié jusqu'en 1966).

 

Alphonse Daudet est né à Nîmes (Gard) le 13 mai 1840. Il est auteur de romans, de nouvelles, de contes et de théâtre. Il est mort le 16 décembre 1897 à Paris. J'ai déjà présenté Tartarin de Tarascon.

 

Un samedi soir, la femme de Valentin, surnommée « le singe » par les autres ouvriers, cherche son mari pour éviter qu'il ne dilapide sa paye. Mais « C'est trop tard. La paye est finie... Comment va-t-elle faire maintenant ? Où le trouver pour lui arracher sa semaine, l'empêcher de la boire ?... On a tant besoin d'argent à la maison ! »

Dans les bars et les cabarets, « tous ces misérables oublient qu'il n'y a pas de feu au logis, et que les femmes et les enfants ont froid. »

Et la femme continue de chercher... « Cherche, cherche, pauvre singe !... Elle va d'un cabaret à l'autre, se penche, essuie un coin de vitre avec son châle, regarde, puis repart, toujours inquiète, fiévreuse. »

 

Elle était jolie, cette femme lors de leur rencontre, mais la misère, les soucis, les maladies et les enfants l'ont transformée. Elle n'a pas les moyens de s'arranger et elle doit en plus lutter contre la méchanceté des autres : n'ont-ils pas une femme et des enfants eux aussi ? Mais ils s'en moquent, ils préfèrent les oublier en buvant leur paye et en s'enivrant dans les bouges que l'auteur décrits très bien. Son Valentin est-il devenu comme ça aussi ?

 

Pour Un classique par mois, je n'avais pas le temps de lire quelque chose de long et le mois touche à sa fin : j'ai donc lu une nouvelle (courte) d'Alphonse Daudet mais elle plonge bien le lecteur dans la vie et la misère de l'époque. Je mets aussi cette lecture dans Je lis des nouvelles et des novellas.

 

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