Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 03:54

Le liseur du 6h27 est un roman de Jean-Paul Didierlaurent paru Au Diable Vauvert en mai 2014 (218 pages, 16 €, ISBN 978-2-84626-801-1).

 

Jean-Paul Didierlaurent est né le 2 mars 1962 dans les Vosges. Il a d'abord écrit des nouvelles et Le liseur du 6h27 est son premier roman.

 

Ce roman, je l'ai repéré en librairie et sur la blogosphère littéraire alors j'ai hâte de le lire et j'espère qu'il me plaira ! De plus, c'est le 7e et dernier livre que je lis dans le cadre de la Reading's week du 4 au 10 août.

 

Lorsque leur fils est né en 1976, les parents ne se sont pas rendus compte de la contrepèterie entre Guylain Vignolles et Vilain Guignol : « un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l'existence pour ne plus le quitter. » (pages 7-8). C'est le fardeau que porte Guylain, le personnage principal de ce roman et pour se faire oublier, il a appris à être transparent, insignifiant : « Se fondre dans le paysage jusqu'à se renier soi-même pour rester un ailleurs jamais visité. » (page 9).

Le matin, le célibataire de 32 ans prend le RER de 6h27 et lit pendant les vingt minutes du trajet des feuillets qu'il sort de sa serviette en cuir. Mais il lit à haute voix et, pour les passagers, c'est devenu un rituel de l'écouter : « il était le liseur […] Et à chaque fois, la magie opérait. » (page 13).

Depuis quinze ans, Guylain travaille dans une usine (la STERN, Société de traitement et de recyclage naturel) dans laquelle la Zerstor 500 broie les livres invendus. « La Chose était là, massive et menaçante, posée en plein centre de l'usine. […] Ne jamais la nommer, c'était là l'ultime rempart qu'il était parvenu à ériger entre elle et lui pour ne pas définitivement lui vendre son âme. » (page 19).

La machine monstrueuse détruit, anéantit… « La Chose était née pour broyer, aplatir, piler, écrabouiller, déchirer, hacher, lacérer, déchiqueter, malaxer, pétrir, ébouillanter. […] (elle) génocide ! » (page 21).

Pour Guylain, opérateur en chef qui doit mettre la machine en route chaque matin, la Chose commet un crime et son travail lui paraît de plus en plus difficile à supporter.

 

À travers ce roman, l'auteur dénonce la sur-production et le pilonnage des livres. Un roman digne de La Bête humaine, d'Émile Zola : chaque soir, Guylain doit plonger dans les entrailles métalliques de la machine avec sa frontale et c'est à ce moment-là, hors des caméras de surveillance, qu'il en profite pour récupérer les « feuilles volages rabattues par le souffle contre la cloison ruisselante d'eau » (page 49).

Elle est très importante cette machine (je me demande bien si elle n'est pas l'actrice principale, du moins dans la première partie parce qu'après c'est Julie et c'est moins intéressant...), la machine donc, il y a des descriptions d'elle, de son fonctionnement et contre toute attente, c'est passionnant !

J'ai remarqué qu'il y a redondance de synonymes, comme plus haut pour la machine ou pour le patron : « Félix Kowalski ne parlait pas. Il aboyait, hurlait, beuglait, invectivait, rugissait mais il n'avait jamais su causer normalement. » (page 27). C'est un style, ça renforce l'humour mais ça peut sûrement énerver certains lecteurs.

Il y a une intéressante galerie de personnages, le patron, cité plus haut, Yvon Grimbert, qui sans sa guérite de gardien lit des alexandrins et du théâtre, Lucien Brunner, le jeune loup de vingt-cinq ans, qui prend plaisir à son travail de destruction, Giuseppe Carminetti, l'ancien opérateur en chef qui a perdu ses jambes dans la machine…

Guylain est pris dans une douloureuse routine y compris le week-end (son seul compagnon est Rouget de l'Isle, un poisson rouge) mais un matin, sur le quai de la gare, Monique et Josette Delacôte lui adressent la parole : « Voilà, on voulait vous dire, on aime bien ce que vous faites. » (page 86) et quelques jours plus tard, il trouve une clé USB oubliée dans le train.

Le passage aux Glycines, avec la lecture d'Huguette Lignon, institutrice à la retraite, est très drôle. « Guylain fila, non sans avoir promis de revenir le samedi suivant. Il ne s'était pas senti aussi vivant depuis longtemps. » (page 113).

Le liseur du 6h27 est réussi… dans sa première partie ! Avec la machine et les personnages qui ont du caractère. La deuxième partie avec les extraits du journal de Julie, dame-pipi de 28 ans à la recherche du grand amour, bof, bof… Heureusement, l'auteur a de l'humour et j'ai quand même lu jusqu'au bout parce que ce n'est pas désagréable non plus. Mais, du coup, ce n'est pas un coup de cœur pour moi... Pourtant, lisez-le et vous vous ferez votre propre opinion !

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde (pour le poisson rouge très présent), Paris, Petit Bac 2014 (catégorie Moment/Temps) et Premier roman.

 

Partager cet article

Repost 0
20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 03:59

Le secret de Cracovie est un roman de Małgorzata et Michał Kuźmiński paru aux éditions ZdL en novembre 2013 (418 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-9538791-7-9). Sekret Kroke (2009) est traduit du polonais par Jacqueline Dera-Fisher.

 

Je remercie Virginie et les éditions ZdL (Zofia de Lannurien) pour ce roman. J'ai découvert cette toute nouvelle maison d'éditions en 2011 avec Churchill à Yalta – La Pologne trahie, de Michael Dobbs.

 

Małgorzata Fugiel-Kuźmińska est anthropologue spécialisée dans la culture (langues, modes de pensée, ethnologie...). Elle travaille dans les relations publiques et la publicité.

Michał Kuźmiński est journaliste et expert des médias.

Le secret de Cracovie est le premier roman du couple.

 

Mars 1939. Il y a un nouveau pape, Pie XII. Benjamin quitte Prague pour la Pologne plus sûre. C'est la fête de Pourim.

Les Juifs ont peur « mais je me dis, reprit le père, que cette année sera meilleure. Que Adonaï sera avec nous, puisqu'il nous a déjà accordé un beau printemps. Qu'Il va changer notre sort. C'est bien ce que nous fêtons à Pourim, la fête des sorts, déclara-t-il sans plus trembler. » (Jacob Rosenberg, page 27).

Il existerait une relique détenue par une fraternité secrète – créée au XIIe siècle par Lévi des Livius d'Alexandrie – qui peut changer le destin du monde.

« Fraternitas Alchelmistarum, la Confrérie des Alchimistes. » (page 44). « Un certain manuscrit, reprit-il, contient une hérésie restée en sommeil des siècles durant. Dans la situation politique actuelle, elle constitue un danger mortel pour l'Église, pour la sainte foi chrétienne et pour tout le monde civilisé. » (page 45). « un rouleau couvert de signes mystérieux qu'une confrérie secrète était chargé de protéger. » (page 50).

Le cardinal Marco Tornicelli envoie à sa recherche un moine soldat espagnol, Carlos Chacal.

Depuis Nuremberg, le nazi Otto von Liennenheim envoie en Pologne son espion, le Prince Mikhaïl Nikolaïevitch Romanov, qu'il tient sous sa coupe. « Il lui fallait intercepter le manuscrit. Lorsque cela arriverait, le monde serait convaincu du droit immémorial du Reich à sa domination et sa progression serait irrésistible. Et lui, précisément, Otto von Liennenheim, Kriminaldirektor de la Gestapo, serait le prêtre célébrant cet hommage. » (page 120).

Et un collectionneur américain envoie Jimmy Gonshènitza qui va s'allier avec Maciek Messer et sa pègre locale.

Pendant ce temps, Rebecca et Eva (19 ans), respectivement fille et nièce de Jacob Rosenberg, étudient l'Art et rêvent d'une belle vie. Franek, l'étudiant aux cheveux roux, propose ses services à Romanov dès son arrivée. Les chasseurs de relique vont débarquer dans la vie de ces jeunes de Cracovie et, comme les meurtres s'accumulent, le sous-commissaire Milosz Lucznik va mener l'enquête.

(source de l'illustration ci-dessus http://www.lapetite-pologne.com/includes/languages/french/kazimierz.html).

 

Ce roman n'est pas seulement un très bon thriller historique voire ésotérique, il est aussi une passionnante balade dans la ville de Cracovie et en particulier dans le vieux quartier de Kazimierz (le nom yiddish est Kroke) principalement habité par des Juifs (dont plusieurs sont antiquaires et pourraient posséder la relique). Les traditions juives et l'ambiance de ce quartier sont vraiment bien transcrites avec l'augmentation des persécutions contre les Juifs et la montée de la peur.

J'avais déjà pas mal lu sur Varsovie et son tristement célèbre ghetto mais pas sur Cracovie qui me semble une très belle ville chargée d'Histoire.

(source de l'illustration ci-dessus http://www.shabbat-goy.com/?page_id=2098).

Situé près de la Vistule, le ghetto de Cracovie (créé en mars 1941, soit deux ans après les événements de ce roman) est peut-être moins connu que le ghetto de Varsovie mais des noms comme Roman Polanski (qui y vécut enfant), Oscar Schindler (qui fit travailler les habitants du ghetto dans sa fabrique d'émail), Tadeusz Pankiewicz (qui fut le seul non-Juif à rester dans le ghetto de Podgórze et qui raconta la vie du ghetto dans La pharmacie du ghetto de Cracovie paru chez Actes Sud en 1998) vous disent sûrement quelque chose. Dans le roman, le lecteur croise Władysław Szpilman (page 284), célèbre pianiste et compositeur polonais, auteur de La mort d'une ville, immortalisé par Le pianiste réalisé par Roman Polanski en 1993.

Le quartier de Kazimierz est classé au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1978, ainsi que les autres quartiers historiques de Cracovie : Stare Miasto (Vieille Ville) et Wawel.

 

Mon passage préféré

« Il tira de son gousset une montre suspendue à une chaînette d'argent.

– Quant à moi, ajouta-t-il, je dois m'en aller sans plus tarder. On m'attend. Si j'en crois la chance que nous avons, peut-être nous reverrons-nous.

Le plus naturellement du monde, il lui fit un clin d'œil, se retourna et s'en alla vers la rue.

– Attends ! s'écria-t-elle à cet instant. Quel est ton prénom ?

Il s'arrêtat. Son visage disparaissait dans l'ombre de la porte cochère dont l'arc laissait filtrer, à l'autre bout du passage, l'éclat intense de la rue inondée de soleil. Les appels, les cris d'enfants, les bruits de pas des passants, tout se fondait en une rumeur sourde et uniforme.

– Je m'appelle Romanov. Mikhaïl Romanov, dit-il en effleurant le bord de son chapeau. Prince.

Puis il s'éloigna. » (page 153).

Vous l'aurez compris, ce roman est aussi une charmante histoire d'amour entre Rebecca Rosenberg, jeune femme passionnée par l'Art, innocente, naïve, inexpérimentée et le loup dans la bergerie, Mikhaïl Nikolaïevitch Romanov, prince russe (et neveu du tsar Nicolas II assassiné avec sa famille en 1917 à Ekaterinbourg).

 

Je « voyage » régulièrement en Pologne ces derniers temps ! Poznan avec Second portrait d'Irena, de Laura Berg, Varsovie avec Les impliqués, de Zygmunt Miłoszewski et Cracovie avec ce roman. Comme je le disais il y a quelques jours : la Pologne, nouvel eldorado du roman policier ? En tout cas, j'aime ce pays et si vous avez d'autres romans à me conseiller, en particulier des romans policiers, n'hésitez pas !

 

Si vous comprenez le polonais !

Une lecture enrichissante pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2013, Lire sous la contrainte (nom + nom), Petit Bac 2014 (catégorie Lieu), Premier roman, Thrillers et polars, Tour du monde en 8 ans et Voisins voisines (Pologne).

 

Partager cet article

Repost 0
3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 04:14

Anne avait mené de main de maître le challenge Premier roman auquel j'avais participé (tant bien que mal pour donner régulièrement mes liens...) en 2012 et en 2013 mais elle souhaite lever le pied sur les challenges : lire ici et ici.

 

C'est Daniel Fattore du blog Fattorius qui reprend le flambeau pour ce challenge, merci à toi Daniel de faire vivre ce challenge !

 

Infos, nouveau logo, inscription ici et récapitulatif des premiers romans lus ici.

 

Les premiers romans lus en 2014

1. Sennefer – 1 : les larmes de Kémi, de Cédric Chaillol (France)

2. Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson (Suède)

3. Le mec de la tombe d'à côté, de Katarina Mazetti (Suède)

4. Second portrait d'Irena, de Laura Berg (France)

5. Le tunnel, d'Ernesto Sábato (Argentine)

...

Partager cet article

Repost 0
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 00:03

Sauf les fleurs est un roman de Nicolas Clément paru aux éditions Buchet-Chastel dans la collection Qui Vive le 22 août 2013 (75 pages, 9 €, ISBN 978-2-2830-2662-5).

 

Nicolas Clément « est né en 1970 à Bourgoin-Jallieu. Agrégé de philosophie, il enseigne en lycée et en classes préparatoires. » (source : site de l'éditeur). Plus d'infos sur http://www.nicolas-clement.com/.

 

Marthe et son petit frère Léonce vivent avec leurs parents, Andrée et Paul Reynaud, dans une ferme isolée d'un village français.

Ça sent bon le cèdre, le pain grillé du petit-déjeuner, la campagne et les animaux.

Mais...

« Aujourd'hui, il me reste peu de mots et peu de souvenirs. J'écris notre histoire pour oublier que nous n'existons plus. » (introduction, page 7).

En dehors de l'école, les activités de la jeune Marthe, ses deux joies, sont « coudre pour Maman et lire des histoires à [son] frère. » (page 11), les deux êtres qu'elle aime.

Le père, peu causant, est violent... Marthe n'arrive pas bien à en parler, elle se rattache aux animaux : « les bêtes nous sauvent. » (page 13).

La nuit, Marthe, devenue insomniaque, prie pour que ce père qu'elle a tant aimé avant meure mais « Maman répète C'est votre père, Et vous devez l'aimer. » (page 14).

Dans le bus qui va à l'école, les autres enfants sont méchants, moqueurs et insultants...

« Pour sécher les crachats, je note les insultes – les mots sont des buvards. » (page 17).

Heureusement, il y a Mademoiselle Nathalie, la gentille institutrice, et puis il y a les fleurs, les mots et les livres qu'il faut cacher car le père ne veut pas de ça à la maison.

« La soif de connaître ruisselle de mes poings serrés. » (page 19).

Marthe souhaite étudier le grec, devenir professeur et traduire Eschyle.

À seize ans, elle fait la connaissance de Florent qui veut être musicien.

« Il me plaît, je me laisse faire. » (page 28).

L'inéluctable arrive et Marthe part à Baltimore avec Florent, mais son âme est restée à la ferme, avec Maman, Léonce, les animaux et les fleurs.

 

« Je donnerais toute ma vie pour avoir une vie. » (page 28) pense Marthe. Elle va la vivre, sa vie, dans la souffrance, dans l'abandon, dans le déracinement, et le lecteur va la suivre dans les moments clés de cette vie (les différents chapitres), 12 ans, 16 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans.

C'est beau, c'est puissant, c'est violent, c'est cruel et c'est tendre et triste aussi.

« Je rame, le bonheur est là. » (page 55).

Sauf les fleurs est un premier roman au style épuré tout en pudeur, poignant (il m'a tellement bouleversée que j'en ai pleuré !), d'une grande sensibilité et inoubliable.

Quel coup de maître ! C'est peu de dire que ce roman est un coup de cœur ! Je vais suivre cet auteur de près, ça c'est sûr !

 

Une lecture pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2013, Animaux du monde (parce que les chiens, les chats et les animaux de la ferme y ont une grande place), Je lis des nouvelles et des novellas (roman très court) et Premier roman.

 

Un extrait de Sauf les fleurs lu par Judith Magre, une actrice française née en 1926.

Une interview de Nicolas Clément à la librairie Mollat (il vaut mieux écouter l'auteur après avoir lu le roman).

Une interview de Nicolas Clément à la librairie Mollat (il vaut mieux écouter l'auteur après avoir lu le roman).

http://youtu.be/nHbqnaBqQVw

PS : Monsieur l'a lu et n'a pas du tout accroché !

Partager cet article

Repost 0
25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 23:25

Dorian Gray, le portrait interdit : sexe, alcool & perversion dans le Londres du XIXe siècle est un roman d'Oscar Wilde et Nicole Audrey Spector paru aux éditions Ma dans la collection Pôle roman en juillet 2013 (224 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-822-402248). Fifty shades of Dorian Gray (2013) est traduit de l'américain par Múira Muirfinn.

 

Je remercie Gilles Paris qui m'a envoyé ce roman même si je suis sceptique concernant de genre de littérature revisitée.

 

Nicole Audrey Spector, qui vit à Brooklyn (NY), est écrivain, éditeur et écrit pour le New Yorker.

 

Oscar Wilde (son nom complet est Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde) est né le 16 octobre 1854 à Dublin (Irlande) dans une famille bourgeoise protestante et il est mort le 30 novembre 1900 à Paris. Il était écrivain, poète et dramaturge. Doué, cultivé, adulé, décrié, emprisonné, le dandy vécut en Angleterre, aux États-Unis et en France avant de retourner à Londres et d'épouser Constance Lloyd qui lui donnera deux enfants, Cyril et Vyvyan. Plus d'infos sur les sites « officiels » d'Oscar Wilde en français et en anglais.

 

Rosemary Hall, « belle, intelligente et têtue », a repoussé tous les prétendants au mariage (bah, à seulement 20 ans, elle a bien le temps, non ?) et veut se consacrer à la peinture.

« Quel soulagement d'être seule, au calme, afin de pouvoir se consacrer à sa passion et mener une vie artistique ! » (page 4).

Elle refuse même de tomber amoureuse.

« La souffrance nous attend tous, une souffrance terrible en échange de ce que les dieux nous ont donné. » (page 8).

Mais elle a rencontré, deux mois auparavant, chez une amie, un beau jeune homme de 18 ans qui depuis l'obsède : Dorian Gray.

« Il était merveilleusement beau, avec ses lèvres écarlates finement dessinées, ses yeux d'un gris profond, sa soyeuse chevelure dorée. » (page 21).

Rosemary se confie à sa meilleure amie, Helen Wotton, 28 ans, mariée et dévoreuse d'hommes mais, lorsque celle-ci rencontre Dorian, elle le séduit et lui tient un discours sur la beauté et la jeunesse qui va influencer le jeune homme fragile.

« Le seul moyen de se débarrasser d'une tentation est d'y céder. Essayez de lui résister, et votre âme aspire maladivement aux choses qu'elle s'est défendues, avec en plus le désir pour ce que des lois monstrueuses ont rendu monstrueux et illégal. » (page 27).

Difficile de résister puisque Rosemary revoit souvent Dorian dans son atelier pour peindre son portrait.

« Comme c'est triste... comme c'est triste ! Je deviendrai vieux, horrible et hideux, mais ce portrait restera jeune pour toujours. Il ne prendra jamais un jour de plus qu'aujourd'hui... Si seulement ça pouvait être le contraire ! Si je pouvais rester éternellement jeune et si le portrait pouvait vieillir à ma place ! Pour cela... oui, pour cela je donnerais tout ! Il n'est rien au monde que je ne donnerais pas ! Je donnerais même mon âme ! » (page 40).

De son côté, Rosemary se brouille avec son père lorsqu'il lui apprend que sa mère n'est pas morte, qu'elle s'est enfuie avec un Américain et qu'elle a un demi-frère. C'est la même histoire que Dorian vient de raconter à Hélène ! Celle-ci va alors entraîner Dorian dans une vie dissolue et, une nuit, après le théâtre, Dorian se rend compte que quelque chose a changé dans le tableau.

« Dans la lumière tamisée qui pénétrait à travers les rideaux de soie crème, le visage lui apparut légèrement changé. L'expression semblait différente. On aurait dit qu'une touche de cruauté flottait sur ses lèvres. C'était vraiment étrange. » (page 122).

« Son vœu ne pouvait pas avoir été exaucé ! De telles choses étaient impossibles. Cette seule évocation semblait monstrueuse. Et pourtant, le portrait était là, devant lui, avec une touche de cruauté sur les lèvres. » (page 123).

Dorian est incrédule mais la transformation du tableau continue. Le portrait vieillit à la place de Dorian qui va rester jeune et beau (enfin pendant quelques temps).

 

Ma phrase préférée

« Les mots étaient si clairs, si vivants et si cruels ! Quelle magie ils dissimulaient ! » (page 185).

 

En lisant ce roman, j'ai eu l'impression de participer au challenge Harlequin (rires), actes sexuels en plus ! Bref, rien de nouveau sous le soleil de la déchéance et de la décadence. Je reste d'ailleurs sceptique quant à cette lecture : ce n'est pas mal écrit (traduit en tout cas) même s'il y a beaucoup de points d'exclamation et ce n'est pas désagréable à lire (en même temps, c'est court), mais c'est tellement loin de l'œuvre originale... Le portrait de Dorian Gray (1891) est le seul roman d'Oscar Wilde puisqu'il a écrit de la poésie, des nouvelles, des contes, des essais et des pièces de théâtre. Alors, lisons plutôt l'œuvre originale ! Parce que là, j'ai vraiment l'impression que c'est pour surfer sur la vague Fifty shades et pour faire de l'argent. Et pour aborder Oscar Wilde différemment (en particulier dans sa vie de mari et de père) et intelligemment, il y a la série de l'Anglais Giles Brandreth dont j'ai déjà présenté Oscar Wilde et le jeu de la mort.

 

Je crois que, dans la même collection, j'ai aussi reçu Jane Eyrotica, de Charlotte Brontë et Karena Rose : je le lirai à l'occasion et j'essaierai de vous en parler mais je crains que ce soit dans la même veine...

 

Une lecture pour les challenges L'art dans tous ses états (peinture), Premier roman (dans une interview pour Piatkus Books, l'auteur dit que Fifty shades of Dorian Gray est son premier roman) et Victorien.

 

Partager cet article

Repost 0
16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 00:32

Jumelles est un roman de Saskia Sarginson paru aux éditions Marabout dans la collection Marabooks en juillet 2013 (384 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-501-08169-6). The twins (2013) est traduit de l'anglais par Jérémy Oriol.

 

Je remercie Pauline et les éditions Marabout pour ce roman qui m'a enchantée.

 

Saskia Sarginson … Rien trouvé alors voici ce qu'en dit l'éditeur : « Saskia Sarginson a grandi dans le Suffolk. Diplômée de littérature anglaise à l'université de Cambridge, elle a également un diplôme de mode et design. Elle a travaillé pour la presse magazine, la radio et l'édition, mais se consacre désormais totalement à l'écriture. Elle a quatre enfants – dont des jumelles – et vit à Londres. »

 

Isolte (Issy) et Viola sont nées en 1960. Leur mère, Rose Love, une hippie, a vécu dans une communauté au Pays de Galles et les jumelles ne savent pas qui est leur père. Mais elles savent que leur mère l'a rencontré durant son voyage aux États-Unis, lors d'un festival en Californie, alors elles pensent que c'est Jim Morrison. Rose leur dit que non, mais après la mort du chanteur, elle décide de quitter la communauté et de vivre avec ses filles dans le Suffolk, près d'une forêt. Là, Issy et Viola rencontrent deux jumeaux, Michael et John Catchpole, qui deviennent leurs amis. Ils sont inséparables mais évidemment la vie va les séparer.

1984. Alors qu'Isolte devient rédactrice de mode et gagne bien sa vie, Viola vit dans un squat à Brixton avec des inadaptés et se croit elle aussi inadaptée. « Elles avaient vingt-quatre ans maintenant. Un âge où on était sensé construire sa vie, penser à l'avenir. Et Viola, elle, avait le doigt posé sur le bouton autodestruction. » (page 88).

Mars 1987. Issy, apparemment heureuse, fréquente depuis un an Ben, un photographe de mode. Viola est hospitalisée pour la troisième fois. « L'hôpital est un autre monde. Le temps y est différent, les heures se traînent lentement dans un espace sans climat. » (page 20). L'anorexie de Viola, qui ne supporte pas Londres, a commencé chez leur tante Hettie qui les a recueillies. « Bien sûr, Isolte sait pourquoi elle le fait : elle fuit leur passé, se soustrait à la culpabilité, aux souvenirs. Viola cherche à s'effacer, petit à petit. Elle n'aura atteint son but que lorsqu'elle aura disparu tout à fait. » (page 40).

1972. Rose s'occupe bien de ses filles mais elle boit beaucoup. Au milieu de la nuit, elle va à la mer et s'enfonce dans l'eau. « Elle s'est noyée dans la mer. Une nuit. Elle était soûle, mais ce n'était pas un accident. On a retrouvé des cailloux dans ses poches. » (page 59).

 

Je ne vais pas en dire plus dans ce résumé pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture et de la découverte. La plus malheureuse des deux jumelles n'est peut-être pas celle que l'on pense. Chacune affronte la vie à sa façon. Et ce roman, avec ses flash backs, est vraiment bien construit. Petit à petit le lecteur découvre ce qui s'est passé et comment Isolte et Viola en sont arrivées là. En effet, les souvenirs et la vie d'Isolte alternent avec ceux de Viola : elles ont vécu les mêmes événements mais, même en étant jumelles et si proches l'une de l'autre, elles ne perçoivent pas et ne ressentent pas les choses de la même façon, du coup elles prennent chacune un chemin différent qui les éloigne de plus en plus.

 

Quelques extraits

« Le magazine, c'était plus que son lieu de travail : c'était son identité, sa maison. Cela fait cinq ans qu'elle y est. » (page 102). « Voilà comment on récompense la loyauté, se dit-elle. En fin de compte, elle n'était rien d'autre qu'un rouage de la machine. » (page 103).

« Londres empeste les corps et les gaz d'échappement, les produits chimiques et la pourriture. » (page 123).

« Vous savez, dit-elle en élevant la voix comme si elle s'adressait à toute une foule et pas simplement à nous, c'est nous qui décidons de notre façon de vivre, c'est notre droit : rien ne doit nous faire craindre d'être libres. Jamais. » (page 249).

« La mer avale les choses, se dit-elle, puis la mer les rend. » (page 303).

 

À travers ce roman – un premier roman étonnant et intense ! – l'auteur aborde avec sensibilité l'enfance, la gémellité, l'absence du père, le traumatisme (tuer le chevreau d'une de leurs deux chèvres pour le manger), l'arrivée d'un homme (dans la vie de leur mère), la disparition d'une fillette, le suicide de la mère, l'abandon de leur chez-soi, la séparation d'avec leurs amis, l'arrivée dans une grande ville polluée chez une quasi-inconnue, la culpabilité, le déni, l'adolescence et l'anorexie, l'éloignement entre jumeaux, le monde impitoyable du travail, l'amour, bref la complexité de la vie. De plus, l'auteur connaît bien sa région et décrit admirablement bien le Suffolk, ce qui ne gâche rien au plaisir de lecture.

 

Un coup de cœur pour moi que ce roman (j'en ai eu peu depuis le début de l'année) ; je l'ai lu en deux fois et je l'ai terminé dans la nuit car je ne pouvais pas m'arrêter ! Les personnages étaient tellement présents que j'avais l'impression qu'ils étaient là, que je les connaissais et que je faisais partie de l'histoire ! Je vais suivre Saskia Sarginson avec attention.

 

Une lecture pour le Cercle de lecture de Tête de Litote (plus de 350 pages) et les challenges God save the livre, Premier roman et Voisins voisines.

 

Partager cet article

Repost 0
30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 04:20

La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi... est un roman de Rachel Joyce paru aux éditions XO en septembre 2012 (364 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-030-4). The unlikely pilgrimage of Harold Fry (2012) est traduit de l'anglais par Marie-France Girod.

 

Rachel Joyce est scénariste pour la radio, le théâtre et la télévision, et comédienne. Elle vit avec sa famille dans une ferme du Gloucestershire. La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi... est son premier roman. Plus d'infos sur http://www.racheljoycebooks.com/.

 

Harold et Maureen Fry vivent dans une petite maison à Kingsbridge dans le South Devon. Après plus 40 ans de mariage, leur couple n'est plus ce qu'il était et la communication ne se fait plus très bien mais leur fils unique, David, fait leur fierté car il est sorti diplômé de l'université de Cambridge.

Harold, à 65 ans, est retraité depuis six mois et il n'a guère d'occupation, à part tondre son gazon et discuter avec le voisin, Rex, qui est veuf depuis peu.

Un mardi matin, au petit-déjeuner, Harold reçoit une enveloppe rose (postée de Berwick-upon-Tweed) qui contient une lettre de Queenie Hennessy, une ancienne collègue de travail (et amie car elle l'a tirée du pétrin et il ne l'a pas remerciée) qu'il n'a pas vue depuis 20 ans.

« C'est... le cancer. Queenie écrit pour dire adieu. » (page 13).

Harold va répondre mais « Que pouvait-on dire à une femme en train de mourir d'un cancer ? […] Il fit une boulette avec la feuille de papier et en prit une autre. Il n'avait jamais été doué pour exprimer ses sentiments. » (page 15).

Enfin, à passé 11 heures, il annonce à Maureen qu'il va mettre la lettre à la boîte, au bout de la rue. Mais « c'est une belle journée » (page 19) alors pourquoi ne pas marcher encore un peu jusqu'à la boîte aux lettres suivante puis jusqu'au bureau de poste de Fore Street ?

Pourtant « il passa devant le bureau de poste sans s'arrêter. » (page 21) : voilà comment se termine le premier chapitre. Vous devinez la suite ? Harold va continuer à marcher pourtant il n'est ni habitué ni équipé : il a ses chaussures de bateau et n'a pris ni son téléphone ni quoi que ce soit d'utile ou d'indispensable lorsqu'on part marcher ! Et il décide de marcher jusqu'à Berwick à plus de 1 000 km de chez lui pour guérir Queenie !

Ainsi Harold va passer devant plusieurs boîtes aux lettres en gardant l'enveloppe dans sa poche, il va sortir de la ville, traverser la campagne en songeant « à tout ce qu'il avait laissé passer au cours de son existence. » (page 27-28). Une vie tranquille sans problème, le même emploi de représentant pendant 45 ans dans une brasserie... Et là, « l'Angleterre s'ouvrait sous ses pieds, et cette sensation de liberté, de progression dans l'inconnu, était si exaltante qu'elle lui arracha un sourire. […] Harold se sentit plein d'humilité. » (page 54).

 

Chaque jour, en marchant, les souvenirs vont affluer, les bons et les mauvais, des moments qu'il avait complètement oubliés, des moments où il a été malheureux (sa mère est partie en Nouvelle-Zélande lorsqu'il avait 13 ans et il a été élevé par son père et des tantes), des moments où il a été courageux et d'autres où il a été lâche... Et à chaque fois, il se demandait pourquoi tel souvenir lui revenait et « il n'imaginait pas que marcher pouvait être douloureux à ce point. » (page 98).

Alors qu'il a toujours peu parlé avec son épouse (qui fulmine dans son coin), il lui téléphone presque tous les soirs et se confie aux inconnus qu'il rencontre ou il les écoute et il se rend compte que « une vie sans amour n'était pas une vie. » (page 172).

Harold va s'ouvrir au monde et aux autres : certains vont l'aider, le soigner, lui redonner courage et d'autres le tromper. « Harold ne pouvait plus croiser un inconnu sans reconnaître que tous étaient pareils et que chacun était unique ; et que c'était cela le dilemme de la condition humaine.

Au bout de trois semaines de marche, un journal local publie un article et une photo d'Harold puis la nouvelle devient nationale. J'ai moins aimé ces moments où Harold chemine avec les « disciples » qui se sont joints de force à lui pour marcher car ils dénaturent son voyage, ils font ça pour s'amuser ou pour la gloire, et j'ai été soulagée lorsque Harold se sépare d'eux (avec Le Chien) pour enfin arriver seul au Centre de soins palliatifs St. Bernardine.

 

Quel livre ! Quel périple ! Quel pèlerinage devrais-je dire d'après le titre original ! Plus de 1 000 km (627 miles) intégralement à pieds en 87 jours pour rejoindre Berwick-upon-Tweed au nord-est de l'Angleterre depuis Kingsbridge au sud-ouest de l'Angleterre ! (il y a heureusement une carte en début de livre sur laquelle le lecteur peut suivre le trajet). Un très beau moment de lecture avec de la vie, de l'émotion, de la pudeur, des villes, des paysages, des rencontres et des surprises, bonnes ou mauvaises ! J'ai eu quelques craintes que le récit soit répétitif mais pas du tout, il est tout en sensibilité et les personnes que Harold rencontre sont toutes différentes, elles lui apportent chacune quelque chose ; le paysage aussi change et j'aime bien Le Chien qui le suit et qui court après des pierres.

La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi... est la transformation de Harold mais aussi de Maureen et sûrement un peu du lecteur.

Un premier roman qui m'a emballée, réjouie, conquise, bouleversée.

C'est à ce jour le dernier roman de la rentrée littéraire d'automne 2012 que j'ai lu et je ne regrette pas de lui avoir donner sa chance !

Il paraît que Rachel Joyce écrit son deuxième roman : j'ai hâte de le lire.

 

Une lecture pour le Cercle de lecture de Tête de Litote (plus de 350 pages) et pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2012 (qui se termine aujourd'hui !), God save the livre, Petit Bac 2013 (catégorie Prénom), Premier roman et Voisins voisines 2013. Je le mets aussi dans Lire sous la contrainte car la contrainte de l'été est « mot étranger » et fry est un mot anglais signifiant frire, poêler.

 

Partager cet article

Repost 0
26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 03:55

L'énigme des cœurs gelés, premier tome de la série Wilma Tenderfoot, d'Emma Kennedy est paru aux éditions Casterman en avril 2012 (311 pages, 13,95 €, ISBN 978-2-203-04841-6).

Wilma Tenderfoot and the case of the frozen hearts (2009) est traduit de l'anglais par Corinne Daniellot.

Les illustrations sont de Nancy Peña.

 

Emma Kennedy est née le 28 mai 1967 à Corby dans le Northamptonshire (Angleterre). Elle a étudié à Oxford. Elle est comédienne (théâtre, télévision) et a écrit pour le théâtre et des essais. Le premier tome de Wilma Tenderfoot est son premier roman.

Plus d'infos sur http://www.emmakennedy.net/ .

 

Nancy Peña est née le 13 août 1979 à Toulouse. Elle est illustratrice et auteur de bandes dessinées.

Plus d'infos sur http://nancy.ultra-book.com/ et http://nancypena.canalblog.com/.

 

Connaissez-vous l'île de Cooper ? C'est une île par là, entre l'Angleterre et la France. À vrai dire, elle ressemble un peu à un papillon : sur l'aile de gauche, Bas, la partie pauvre, et sur l'aile de droite, Haut, la partie riche dans laquelle les habitants de Bas n'ont pas le droit d'aller. Dans le sud de Bas, l'Institution pour Petits Malchanceux, c'est-à-dire l'orphelinat, tenu par l'horrible Madame Skratch. Et dans cet orphelinat : Wilma Tenderfoot, déposée il y a 10 ans, un soir d'orage « si violent qu'il avait fendu en deux l'unique arbre de la cour » (page 12).

Wilma rêve de devenir un grand détective comme son héros, Théodore P. Lebon. Elle peut enfin quitter Bas car elle va travailler comme domestique chez la vieille Barbara Ronchard au Donjon Hurlant, au nord de Haut. Mais la maison est aussi horrible que son habitante, elle est humide, moisie, et Wilma vit à la cave où elle a trouvé un petit chien abandonné, un Beagle, qui s'appelle Pétrin.

Pendant ce temps-là, Alan Kastoran – qui adore manger les tartes au citron meringué et les petits oignons de sa tante – a découvert un très gros diamant auquel il donne son nom. Il en fait don au musée de l'île mais il s'avère que le diamant avait été volé et le jeune homme et sa tante sont assassinés : leurs cœurs ont gelé.

C'est l'occasion pour Wilma de mener l'enquête ! « Rien ni personne n'arrête Wilma Tenderfoot ! » (page 81). Elle va se mesurer à la fraternité des Affreux Criminels, et en particulier au vilain Barbu d'Anvers et son adjoint Tully. Et recevoir les judicieux conseils du grand détective de l'île car il faut « toujours traiter une scène de crime avec précaution. Que ce soit pour le vol d'une toute petite chose, comme un trombone, ou pour le meurtre d'une chose énorme, comme un hippopotame, c'est la règle. » (page 152).

 

Vous ne pariez pas sur la réussite d'une orpheline de 10 ans bavarde et complètement inexpérimentée ? Détrompez-vous, lecteurs de peu de foi ! Ce premier tome est plein d'aventures, de découvertes, de surprises, de rebondissements, et aussi d'humour.

L'auteur s'adresse parfois aux lecteurs, comme « Mais attention, c'est une énigme si terrifiante que si vous êtes de constitution fragile, je ne peux que vous conseiller de reposer immédiatement ce livre... » (page 11) et « Je vous l'avais bien dit, que le pire était à venir. Vous ne trouvez pas ça terrifiant, vous ? » (page 266).

Vous avez remarqué comme, depuis Harry Potter, les orphelins ont la cote en littérature jeunesse ? Surtout dans la littérature anglaise : Madeleine de la série Madame Pamplemousse, Penelope Tredwell, Rebecca et Douglas qui recherchent leurs parents, Rose, mais pas que : Mary de The Agency, Nina Volkovitch, Penelope Green, etc.

Et donc, avec Wilma Tenderfoot, un très bon moment de lecture, vraiment original !

Un petit détail : en tournant les pages du livre, vous verrez en bas à droite, le petit chien Pétrin courir. Ça s'appelle un folioscope.

J'ai hâte de lire les tomes suivants : L'énigme du poison putride (tome 2, septembre 2012) et L'énigme du fantôme maudit (tome 3, avril 2013).

 

Une lecture pour les challenges Animaux du monde (chien), God save the livre, Jeunesse & young adults # 2, Mois anglais, Petit Bac 2013 (catégorie Partie du corps humain), Premier roman et Voisins Voisines 2013 (Angleterre).

 

Partager cet article

Repost 0
18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 04:19

Yellow birds est un roman de Kevin Powers paru aux éditions Stock dans la collection La Cosmopolite en février 2013 (250 pages, 19 €, ISBN 978-2-234-07398-2). The Yellow Birds (2012) est traduit de l'américain par Emmanuelle et Philippe Aronson.

 

Kevin Powers est né le 11 juillet 1980 à Richmond en Virginie (États-Unis). Il s'est engagé à l'âge de 17 ans et a combattu en Irak en 2004-2005.

Le retour au pays a été difficile et Yellow birds, son premier roman, est largement autobiographique.

Yellow birds a reçu plusieurs prix. En 2012, il a été finaliste du National Book Award et il a reçu le Guardian First Book Award et le Flaherty-Dunnan First Novel Prize. En 2013, il a reçu le Hemingway Foundation/PEN Award et le Prix littéraire Le Monde.

 

Un livre sur la guerre ? J'en ai lu, oui, en particulier sur la deuxième guerre mondiale, mais maintenant, c'est rare que j'en lise. Et puis, j'ai vu et entendu Kevin Powers à la Fête du livre de Bron (la présentation et une photo ici + une autre photo et plusieurs vidéos ici) et j'ai su qu'il me fallait lire ce livre ! Je n'ai qu'un regret : l'auteur est parti tôt et je n'ai pas pu avoir de livre dédicacé...

 

« La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L'herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s'adoucissait, et nous patrouillions à travers les collines qui s'étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par terre en prière. Lorsque nous poursuivions notre route, malgré l'épuisement, elle gardait ses yeux blancs ouverts dans l'obscurité. Nous mangions, et la guerre jeûnait, se nourrissant de ses propres privations. » (page 13, premières phrases du premier chapitre).

 

Printemps 2004. L'unité de John Bartle, surnommé Bart (21 ans), et de Daniel Murphy, surnommé Murph (18 ans), est à Al Tafar en Irak.

Al Tafar, c'est près du Tigre, ça devrait être beau, mais tout est en ruines, les survivants se sont enfuis dans les montagnes et la guerre a fait des milliers de morts, soldats, hommes, femmes, enfants, et même animaux (je le précise parce que l'auteur observe bien ce qui l'entoure, végétation, oiseaux, animaux domestiques).

« Tu n'es rien, voilà le secret : un uniforme dans une mer de nombres, un nombre dans une mer de poussière. » (pages 22-23).

Beaucoup d'hommes tombent mais la mort n'est pas inhabituelle.

« Murph aura toujours dix-huit ans, et il sera toujours mort. Et je vivrai avec une promesse que je n'ai pas pu tenir ? » (page 42).

L'unité de Bart et de Murph est sous les ordres du Sergent Sterling, un homme sévère mais juste, qui, malgré son jeune âge, a déjà une expérience de l'Irak et qui est respecté et admiré car il a reçu une médaille.

 

Le roman est composé de chapitres se déroulant en Irak, entrecoupés d'autres chapitres racontant des souvenirs puis de la vie après la guerre.

Les souvenirs : les classes militaires, la rencontre avec Murph, l'adieu aux familles avant le départ, la promesse faite malgré lui à LaDonna Murphy, la mère de Daniel alors qu'il n'avait rien promis à sa propre mère.

« John, promets-moi que tu prendras soin de lui. – Bien sûr. […] – Il ne lui arrivera rien, n'est-ce pas ? Promets-moi que tu me le ramèneras à la maison. – Je vous le promets, dis-je. Je vous promets que je vous le ramènerai. » (pages 58-59).

 « J'eus le sentiment de contempler un mensonge. Mais je m'en fichais. Le monde fait de nous tous des menteurs. » (page 60).

Après la guerre, en mars 2005 : le debriefing à Kaiserslautern en Allemagne et le retour en à Richmond en Virginie. Avec la culpabilité. La culpabilité d'avoir tué. Et la culpabilité de ne pas avoir tenu sa promesse.

À Kaiserslautern, le père Bernard dit à Bart : « Les secrets que l'on garde pour soi sont les plus lourds à porter. » (page 70). Et le sergent Sterling, ivre : « Oh, bougonna-t-il, tout le monde s'en fout de Murph. […] Personne ne veut en entendre parler, de tout ça. » (page 81), ce qui ne l'empêchera pas de se mettre une balle dans la tête...

 

Tout au long du récit, l'auteur montre une profonde tendresse, pour ses personnages, les compagnons d'armes, la population d'Al Tafar, et pour ses propres souvenirs. Mais il y a aussi de la lucidité et une grande tristesse.

« Je songeai à la guerre de mon grand-père. Au fait qu'ils avaient des destinations et des buts à l'époque. Nous, le lendemain, nous marcherions sous un soleil qui se lèverait à peine à l'est au-dessus des plaines pour retourner dans cette ville qui avait déjà livré bataille : une lente et sanglante parade automnale qui marquerait le changement de saison. Nous les chasserions. Comme nous l'avions toujours fait. Nous les tuerions. Ils nous tireraient dessus, certains d'entre nous perdraient leurs membres, ils fuiraient en courant à travers les collines et les oueds pour se réfugier dans les ruelles poussiéreuses de leurs villages. Et ils reviendraient, et nous recommencerions depuis le début en les saluant tandis qu'ils s'adosseraient aux lampadaires, se tiendraient sous des auvents verts en buvant du thé devant la devanture de leurs boutiques. Nous patrouillerions dans les rues et lancerions des bonbons aux enfants qu'il nous faudrait combattre quelques années plus tard. » (pages 105-106).

Voici un de mes passages préférés. Il est intense et montre bien la stupidité de la guerre.

 

Une seule année passée là-bas, en Irak, et le retour est si difficile... Beuveries en Allemagne pour oublier, médecins qui ne peuvent pas combler le néant que laisse la guerre. Les rêves et les fantômes qui les habitent, la main qui agit mécaniquement car elle croit encore tenir une arme, le besoin de rentrer chez soi mais de ne pas savoir quoi faire de sa vie et du poids de la guerre... Et puis la culpabilité, encore, parce qu'en tant que soldat, on s'est senti soulagé lorsque le mort était un autre, parce qu'on a porté le poids de promesses impossibles à tenir, parce que ce n'était pas possible de veiller sur quelqu'un d'autre que soi, surtout parce qu'on a tué et qu'on réfléchit au pourquoi de son engagement (on voulait être un homme), parce que tout le monde est fier au pays mais qu'on se sent lâche et assassin. Parce qu'en tant que vétéran, les souvenirs et la tristesse ne partiront pas. Et qu'on ne pense qu'à une chose : avoir une « existence ordinaire » ! Mais « on ne sait jamais si ce que l'on voit ne va pas disparaître pour toujours. » (page 183).

 

Une lecture éprouvante mais agréable (vraiment, c'est très « beau », je pense que vous l'avez vu avec les extraits), salutaire même : bravo à l'auteur qui dit non à la guerre après l'avoir vécue. Il s'en est sorti, il a étudié la littérature, la poésie, et ce premier roman, tout en étant d'une grande sobriété, est puissant et impressionnant. Lisez-le !

 

Une lecture pour les challenges Petit bac 2013 (catégorie Couleur), Premier roman et Tour du monde en 8 ans (États-Unis).

Pas convaincu à 100 % ? Allez lire la note de lecture de Noukette !

« 

Partager cet article

Repost 0
8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 08:28

ChambreFroide.jpgChambre froide est un thriller de Tim Weaver paru aux éditions Ma dans la collection Pôle noir en janvier 2013 (417 pages, 20 €, ISBN 978-2-822-40196-8). Chasing the dead (2010) est traduit de l'anglais par Véronique Gourdon.

 

Je remercie Gilles Paris de m'avoir envoyé cet excellentthriller.

 

Tim Weaver est né en 1977. Il est journaliste (cinéma, télévision, sport, jeux et nouvelles technologies). Il vit près de Bath, en Angleterre. Chambre froide est le premier tome d'une trilogie avec David Raker. Plus d'infos sur http://www.timweaverbooks.com/.

 

Afin de s'occuper de Derryn, son épouse atteinte d'un grave cancer, David Raker abandonne son métier de journaliste et devient par hasard détective à la recherche d'enfants disparus, fugueurs pour la plupart.

Derryn est morte depuis un an lorsqu'une de ses amies, Mary Towne, demande de l'aide à David : son fils Alex a disparu pendant cinq ans, puis son corps a été retrouvé dans une voiture accidentée et carbonisée. C'était il y a un an, or un soir, en sortant du travail, elle a vu Alex, elle en est sûre !

« Elle sourit. – Je ne te connais pas aussi bien que je connaissais Derryn, mais je suis sûre d'une chose : j'ai pris le risque de te parler en espérant que tu me croirais, parce que si la situation était inversée, si c'était toi qui avais vu la personne que tu aimais, je sais que tu aurais fait la même chose, et tu aurais espéré que je te croie. » (page 19).

Mary est seule : Malcolm, son époux, souffre d'Alzheimer depuis quelques années.

Après avoir d'abord refusé, David enquête donc sur Alex : après des études à Bristol, le jeune homme avait obtenu une licence avec mention mais avait accepté un boulot mal payé d'opérateur de saisie et ne voulait pas revenir chez ses parents. En interrogeant Kathy Simmons, la petite amie d'Alex avant sa disparition, David apprend des choses sur Carcondrock, un petit village de Cornouailles.

« La crique... Tout au fond, il y a un rocher en forme de flèche tournée vers le ciel, avec une croix noire peinte dessus. Si vous le trouvez, creusez un peu au-dessous, et vous trouverez une boîte que j'ai laissée là-bas pour Alex. » (page 42).

Sur place, David profite de l'aide de John Cary, ami d'Alex qui est devenu policier.

« Ça ne lui ressemblait pas de tout quitter. En tout cas, il ne serait jamais parti sans raison. À moins qu'il ne soit arrivé quelque chose de grave. » (page 74).

 

Pourquoi Alex a-t-il disparu ? Est-il encore en vie ? En danger ? C'est ce que va découvrir David au péril de sa vie !

« Je n'étais plus l'homme qui avait enquêté pour la première fois sur des affaires de personnes disparues. Je n'étais même plus le même que la veille. J'avais tué deux hommes. Je savais que cela m'avait changé. Au fond de moi, je savais que cela changeait tout. J'étais soudain devenu capable de mettre fin à une vie, de regarder un homme dans les yeux et, en une fraction de seconde, de perdre mon sang-froid au point d'appuyer sur la détente. Quelque part, enfoui au fond de moi, j'avais découvert un homme dont je ne savais rien. Un homme qui ignorait la loi. » (pages 222-223).

 

Chambre froide est un thriller rythmé, avec de l'action, des rebondissements, et une histoire maîtrisée qui fait froid dans le dos. Je trouve que les thrillers britanniques sont moins échevelés que les thrillers américains, mais bien construits et aboutis. C'est le cas de celui-ci et je vous le conseille si vous ne craignez pas de regarder l'horreur en face.

Une trilogie ? Deux autres tomes donc... Je suis preneuse !

 

 

Une lecture qui entre dans les challenges Le crime n'a pas de frontière, God save the livre, Premier roman, Thrillers et polars, Voisins voisines. GodSaveLivre VoisinsVoisines2013
PremierRoman1  ChallengeCrime  ThrillersPolars

Partager cet article

Repost 0

Coccinelle Présente...

  • : La culture se partage
  • La culture se partage
  • : « On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues » Sei Shônagon in « Notes de Chevet ». Lues, mais aussi aimées, vues, entendues, etc.
  • Contact

Mes challenges

 

 

 

height="188"

 

height="200"

 

Recherche

Blog+

     

 

     

 

     

 

  bonial – catalogues, promos en ligne sans papier

 

 

TBACorange.gif

 

 

SpiralGraphics.jpg

Archives

Présente sur

Edwyn, Faiel & Cie

EdwynAV1 FaielAV1bis

 

Les défis et challenges

La page du challenge Des contes à rendre

Les partenaires
Mon profil sur Babelio.com
LivraddictLogo2.png
Matagot.jpeg
ClubLibfly.jpg
EntreeLivreLogo.png
VendrediLecture.

Où êtes-vous ?

Locations of visitors to this page

 


Tops blogs ebuzzing

Ebuzzing - Top des blogs
Ebuzzing - Top des blogs - Culture
Ebuzzing - Top des blogs - Littérature
PageRank Actuel
.
Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -